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LA POLITIQUE DU CAPITAL DANS LA CRISE

 

LECTURE ESTIVALE? 5

 

Ce mercredi (14.08.2013) nous poursuivons la publication d?une ?uvre remarquable de Monsieur Tom Thomas, ?conomiste de son ?tat, analysant la derni?re grande crise syst?mique du mode de production capitaliste-imp?rialiste. Les causes de l?effondrement fantastique de 2008, jusqu?? l?impossibilit? de la reprise ?conomique et industrielle ? rien ne vous sera ?pargn? de la mis?re des riches et de leurs plumitifs. Mais ? la fin de la s?rie vous comprendrez l?in?luctabilit? de l?effondrement de ce mode de production aux trois instances concomitantes et diff?rentes soient?: ?conomique, politique et id?ologique. Cette semaine le ch. 4?: ?LA POLITIQUE DU CAPITAL DANS LA CRISE? est au menu de lecture.? Cette lecture n?est pas facile car le savoir s?acquiert par l?effort, nous r?f?rons vous en avertir.

 

Bonne lecture et ? mercredi prochain.

 

Robert Bibeau,? Marxiste-L?niniste

 

?

Tom THOMAS

La crise. Laquelle?? Et apr?s??

2009

Chapitre 5

 

LA POLITIQUE DUCAPITAL DANSLA CRISE

 

 

Nous savons qu?il ne s?agit pas d?une crise due aux ??exc?s?? financiers d?une politique lib?rale, mais bien ? une baisse du taux de profit engendr?e par un ph?nom?ne de suraccumulation -sous-consommation et aggrav?e par une hyperinflation de capital financier fictif. Au-del? du sauvetage du syst?me financier que les Etats ?taient dans l?obligation d?entreprendre de toute urgence, mais dont nous avons montr? qu?il ne constituait nullement une solution ? la crise, il nous faut donc examiner comment le capital et ses fonctionnaires oeuvrent ? redresser le taux de profit dans la situation concr?te du capitalisme, sp?cifique ? ce stade de son d?veloppement historique.

 

Evidemment, il leur faut agir sur les facteurs qui constituent ce taux, pl et Cc + Cv, soit aussi la composition organique Cc/Cv et le taux d?exploitation pl/Cv. Rappelons en effet que le taux de profit est pl/Cc+Cv, qui peut s??crire pl/Cv//Cc/Cv+1. Il s?agit donc d?essayer d?augmenter pl/Cv tout en augmentant moins vite, voire en diminuant Cc/Cv. Ceci devient objectivement de plus en plus difficile compte tenu du haut niveau de productivit? d?j? atteint. C?est pourquoi la solution principale consiste ? augmenter pl/Cv, qui est le taux de plus-value et aussi le taux d?exploitation.

 

Avec la crise, les lois du march? agissent aveugl?ment dans ce sens. Le capital constant est d?valoris?. Des entreprises en difficult? peuvent ?tre rachet?es ? bas prix. Les prix des mati?res premi?res s??croulent. Les salaires sont lamin?s sous la pression d?un ch?mage massif. Il y a l? des facteurs favorables ? un redressement du taux de profit. N?anmoins, ils sont limit?s car, en m?me temps que ces ph?nom?nes se produisent, la composition organique reste ?lev?e puisque l?importance du capital fixe reste pr?pond?rante, que la consommation diminue en m?me temps que la quantit? de travail vivant utilis?e. Une forte destruction de capitaux marqu?e par des dettes non rembours?es, des faillites, des fermetures d?usines est ?videmment beaucoup plus efficace pour relever le taux de profit. Du c?t? financier, d?abord, o? les centaines de milliards de dollars de capitaux fictifs qui s??vaporent favorisent un redressement du taux de profit moyen. L?effondrement des cours boursiers induit d?ailleurs une am?lioration des rendements financiers car les ratios b?n?fices/prix des actions montent malgr? la baisse des b?n?fices. Il constitue ainsi en lui-m?me une contre-tendance. Du c?t? du capital mat?rialis?, ensuite, la destruction d?une masse importante d?entreprises ?limine les moins performantes, ce qui tend aussi ? ?lever le taux de profit moyen et ? diminuer la suraccumulation relative ? ce taux de profit.

 

Cependant toutes ces ?volutions ne changent rien ? la structure m?me des rapports de production dont la crise a montr? qu?ils ne permettaient plus la poursuite du proc?s de valorisation et de reproduction du capital, notamment la poursuite de gains de productivit? suffisamment g?n?rateurs de plus-value suppl?mentaire. A supposer m?me ? supposition toute th?orique ? que ces ?volutions permettent une reprise de ce proc?s, ce serait tout ? fait ?ph?m?re puisque les m?mes causes produiraient imm?diatement les m?mes effets. Le carburant n?cessaire et essentiel de la reproduction du capital est toujours la croissance de la production de pl. Or ceci passe, pas uniquement mais fondamentalement, par l?accroissement du taux de pl, ou taux d?exploitation, pl/Cv. Et cela implique directement les rapports sociaux de production, comme nous allons le voir. Accro?tre ce taux est un probl?me qui, avec la crise, concerne d?autant plus chaque capital qu?il s?agit de ne pas ?tre celui qui sera ?limin? mais, au contraire, d??tre celui qui sera le moins d?valoris?, celui qui conservera la meilleure capacit? ? se reproduire. Ce probl?me concerne aussi les Etats. Ceux-ci doivent, en effet, reproduire les soci?t?s qu?ils organisent et donc chercher ? y maintenir les capitaux, les emplois, les centres financiers o? refluent les profits des multinationales. La crise aiguise ainsi les rivalit?s en m?me temps qu?elle favorise une concentration accrue de capitaux.

 

Et pour gagner cette bataille ? du moins tant qu?elle ne tourne pas au seul affrontement militaire ?, la priorit? est d?augmenter le taux d?exploitation, de modifier les rapports de production pr?c?dents devenus obsol?tes. Le r?le de l?Etat est alors essentiel car il n?y a que lui qui peut avoir la force de, peut-?tre, r?ussir ? imposer aux prol?taires les changements qui aggraveront consid?rablement leur situation puisqu?il s?agit d?obtenir une forte extorsion de plus value suppl?mentaire.

 

Pour y parvenir l?Etat devra abandonner ses derniers oripeaux d?mocratiques se faire ouvertement policier et totalitaire. Ce processus est d?j? partout en cours. L?Etat devra aussi jouer de son h?g?monie pour essayer de souder le peuple derri?re lui dans les batailles et guerres qui? se multiplieront entre blocs rivaux pour la domination et l?accaparement des richesses mondiales. Pour ce faire, il s?emploiera ? faire appara?tre la concurrence entre capitaux comme une concurrence entre peuples, ce que la bourgeoisie a d?j? r?ussi ? faire mainte fois dans l?histoire. Ces guerres imp?rialistes seront et sont d?j? pr?sent?es comme une mission civilisatrice imposant ??les droits de l?homme?? et la d?mocratie et extirpant le terrorisme.

 

L??tatisme est le plus grand danger qui risque d?obscurcir la conscience ouvri?re dans les luttes d?cisives qu?elle aura ? mener au cours des prochaines ann?es. C?est pourquoi il convient de s?y attaquer en priorit? en montrant o? m?nent toutes les positions qui pr?conisent de renforcer le r?le de l?Etat, inclusion faite des positions dites de gauche qui ne se distinguent en cela de la droite qu?en lui reprochant de ne pas le faire assez.

 

 

5.1. ?? Les effets des interventions de l?etat pour sauver le syst?me financier

 

Nous avons d?j? constat? un premier r?sultat des interventions de l?Etat pour sauver le syst?me financier?: une ?norme cr?ation mon?taire pour subventionner ou nationaliser les banques et autres entreprises en d?route, au moyen d?un gonflement tout aussi ?norme des dettes publiques et de l?absorption par les banques centrales d?un monceau de cr?ances ??toxiques??? et de titres de la dette de l?Etat. Dans le plus grand centre financier du monde ??la base mon?taire des Etats-Unis, c?est-?-dire la liquidit? cr??e par la R?serve f?d?rale, a augment? de 140% en un an??[1], alors m?me que la production et les ?changes stagnaient. Cela entra?nera ??une hausse qui devra ?tre forte de la pression fiscale??, donc une baisse de la consommation et de l?activit? et une hausse du ch?mage. Mais cela ne suffira pas vu l?ampleur pharaonique des dettes publiques[2] et le ralentissement de l?activit? qui ne sera pas r?sorb? pour autant. L?Etat devra? recourir ? de nouvelles ?missions mon?taires?; le remboursement de ses dettes se fera donc en monnaie d?valoris?e[3], ce qui s?apparente ? un moratoire. D?ailleurs, rien ne dit qu?il ne d?cr?tera pas ouvertement un tel moratoire. Il y rajoutera aussi ?videmment, comme il a d?j? commenc? ? le faire ? grande ?chelle, une r?duction drastique des d?penses publiques dans les domaines de la sant?, de l??ducation, des aides sociales, etc. Il continuera ? augmenter les d?penses polici?res et les aides ? la valorisation des capitaux. Il le fera notamment en accentuant la diminution des charges sociales pay?es par les entreprises. Cette m?thode d?abaissement des co?ts salariaux syst?matiquement utilis?e depuis les gouvernements de gauche des ann?es 80 semble in?luctable quels que soient les gouvernements.

 

Pour le moment,? cette inflation mon?taire ne se traduit pas en hausse importante des prix des biens de consommation. Les liquidit?s fournies?:

 

– servent? ? effacer les dettes priv?es, ce qui r?duit d?autant la masse mon?taire,?ou

– sont th?sauris?es en attente de la fin de la crise, ou encore

– se placent en titres des dettes des Etats consid?r?s comme les plus s?rs, les USA au premier chef, mais aussi l?Europe et le Japon.

 

Tout cela a pour effet de gonfler une nouvelle bulle financi?re. Celle-ci ?clatera immanquablement ne serait-ce que parce que les prix de ces titres s?effondreront avec la hausse des taux d?int?r?ts des nouvelles ?missions[4]. Cette hausse adviendra quand les pr?teurs rechigneront ? continuer ? les acheter, lorsqu?ils r?aliseront qu?ils seront rembours?s en monnaie de singe du fait de la masse qui en a ?t? ?mise. D?j?, en ce? d?but 2009, on a vula Chine,? principal acheteur de titres US, et d?autres pays marquer leur d?fiance ? l??gard de la valeur future du dollar.

 

La mondialisation a d?ailleurs permis jusqu?ici de contenir la hausse des prix nominaux des biens de consommation dans des limites basses en renfor?ant la pression ? la baisse des co?ts salariaux. La crise, avec le bradage des marchandises dans le climat de concurrence exacerb?e qu?elle induit dans un premier temps, renforce cette tendance imm?diate au ralentissement de la hausse des prix jusqu?? m?me produire une baisse (d?flation).

 

Mais cette situation pourrait ?voluer au cours de la crise sous l?influence de divers facteurs?tels que, par exemple :

 

– l?affaiblissement de la concurrence due ? la diminution de la production du fait de la faillite de nombreuses entreprises et ? l?accentuation de la concentration oligopolistique?;

– la r?sistance ouvri?re ? de plus fortes baisses de salaires, y compris dans les pays ?mergents;

– l??l?vation des barri?res protectionnistes?;

– l?augmentation des d?penses militaires?;

– les d?valorisations mon?taires massives et g?n?ralis?es que nous avons ?voqu?es ci-dessus.

 

Alors l?inflation dans la sph?re financi?re se doublerait de la hausse des prix des marchandises qui prendrait son essor et aggraverait la situation de toutes les couches populaires, jusqu?aux classes ??moyennes??. Du point de vue de la reprise de l?accumulation du capital, surgirait alors une double difficult??: on assisterait ? une nouvelle baisse de la consommation et ? un affaiblissement du syst?me de cr?dit dont un fondement r?side dans la stabilit? du pouvoir d?achat de la monnaie, dans sa capacit? ? conserver la valeur. A cela viendrait s?ajouter l?obstacle de la d?composition sociale et de la lutte de classe que cette situation engendrerait. On verrait ainsi se d?velopper une situation de ??stagflation???c?est-?-dire une inflation des prix? associ?e ? une stagnation voire ? un recul de la production et de l?accumulation.

 

Inflation, d?flation, stagflation des prix nominaux?? La question n?est pas de faire des proph?ties sur l??volution des prix nominaux. Divers scenarii sont en effet possibles. La d?valorisation mon?taire que g?n?re l??mission massive de liquidit?s n?implique pas automatiquement une hausse proportionnelle des prix des marchandises (d?autres facteurs entrent dans la d?termination de ces prix[5]). Elle peut n?affecter que le syst?me du cr?dit qui exige la conservation de la valeur de la monnaie. Mais surtout, faire de telles proph?ties n?a gu?re d?int?r?t puisque la sortie de crise ne rel?ve pas essentiellement de la question mon?taire et des prix nominaux. Elle rel?ve, r?p?tons-le,? de la quantit? de plus-value contenue dans la valeur produite.

 

Observons, pour en revenir sur ce terrain, qu?au-del? du facteur conjoncturel de la mondialisation quant ? la baisse des prix, il y a une tendance structurelle, permanente, de fond ? cette baisse du fait des hausses constantes de productivit? qui caract?risent l?accumulation du capital et qui abaissent les valeurs des marchandises lesquelles sont au fondement des prix r?els.

 

Cette tendance d?flationniste des valeurs est un probl?me ? r?soudre par le capital. Il s?agit toujours de la baisse du taux de profit, ? savoir qu?? force de diminuer la valeur des marchandises par les gains de productivit?, le capital finit par diminuer aussi la plus-value qui n?en est qu?une partie (ceci m?me s?il parvient pendant un certain temps ? contrer cette tendance en diminuant la part salariale au profit de la pl). Nous reviendrons plus loin sur cette question.

 

Et si l??mission mon?taire ? laquelle les Etats proc?dent pour sauver le syst?me financier parvient, tellement elle est massive ? ce que cette tendance d?flationniste de fond soit contrecarr?e et d?pass?e par une inflation, alors le capital en tirerait sans doute un avantage imm?diat puisque la hausse des salaires ne suivrait pas celle des prix. Mais toutes les cons?quences n?gatives de la d?valorisation mon?taire n?en seraient qu?accentu?es en ce qui concerne le syst?me de cr?dit. D?abord les taux d?int?r?ts y seraient bas parce que les liquidit?s fournies par les Etats seraient abondantes, et qu?elles seraient dirig?es vers la sph?re financi?re notamment vers les titres d?Etat. Mais avec la prise de conscience de la d?valorisation mon?taire et de la baisse du pouvoir d?achat de la monnaie, la crainte des cr?anciers d??tre rembours?s en monnaie de singe serait d?cupl?e. Alors ils seraient r?tifs ? pr?ter, et les taux d?int?r?ts remonteraient. Les investissements deviendraient de plus en plus co?teux, la consommation ralentirait et l?accumulation? se bloquerait ? nouveau.

 

C?est bien parce que le capitalisme moderne n?cessite un syst?me de cr?dit ultra d?velopp?, donc une monnaie stable, conservant la valeur, que le ??mon?tarisme?? et la soi-disant ind?pendance des banques centrales[6] se sont impos?s comme une n?cessit?? apr?s les ann?es 70 de forte inflation.

 

En r?alit?, le proc?s de valorisation du capital n?est pas fond? sur la monnaie, bien qu?elle lui soit ?videmment n?cessaire et que son r?le s?accro?t avec l?importance qu?y prend le cr?dit pour qui la stabilit? mon?taire est une exigence. Il est fond? sur l?augmentation de la masse de valeur produite g?n?rant toujours plus de plus-value. On en revient ? ce constat que la crise n?est pas financi?re, que le sauvetage du syst?me financier, pour n?cessaire et urgent qu?il soit pour le capital, ne r?sout pas pour autant le probl?me de fond que la crise r?v?le. Non seulement le syst?me financier ne fait que fournir par le cr?dit une dose de dopant suppl?mentaire au capital, mais, en augmentant la dette publique, il en fait payer l??norme prix aux couches populaires.

 

Pour que le capital puisse relever son taux de profit moyen et reprendre son proc?s de valorisation et d?accumulation, deux conditions compl?mentaires doivent essentiellement ?tre r?unies au-del? du maintien ? flot du syst?me financier?: premi?re condition, d?truire une grande masse de capitaux, non seulement sous leur formes financi?res mais aussi sous leurs formes mat?rialis?es pour en r?duire ??l?exc?dent?? et aussi pour pouvoir reconstruire un syst?me de production qui permette, deuxi?me condition, d?augmenter le taux d?exploitation pl/Cv (r?duire la composition organique du capital n?est, aujourd?hui, qu?une possibilit? au mieux mineure). C?est ce dernier point que nous allons examiner puisqu?il concerne la transformation des rapports de production, le c?ur de la lutte des classes.

 

 

5.2. ?? Les effets des interventions de l?Etat dans les rapports de production

 

Pour augmenter le taux de profit, le principe est simple ? d?finir. Il s?agit d?augmenter la pl ou/et de diminuer le capital engag? Cc+Cv. Mais il est plus difficile ? appliquer, et c?est l? tout ce qui distingue l?habile capitaliste du moins bon. Pour y parvenir il dispose de deux moyens essentiels en dehors d?autres contre tendances dont nous reparlerons plus loin?: augmenter l?extraction de la pl sous sa forme absolue, ou l?augmenter sous sa forme relative. Ces deux moyens sont presque toujours employ?s simultan?ment bien que le second ait ?t?, et de loin, le plus employ? et le plus efficace. On les confond souvent. D?une part, parce que le r?sultat recherch? est ?videmment le m?me?: il s?agit toujours d?augmenter la part de travail non pay? (le surtravail? qui est la plus-value potentielle) dans la valeur produite. D?autre part, parce que un des moyens d?augmenter la pl absolue, celui qui consiste ? augmenter l?intensit? du travail, c?est-?-dire la quantit? de travail fournie dans un m?me temps, exige toujours, ou presque, une am?lioration du syst?me des machines, laquelle s?accompagne alors aussi d?une augmentation de la pl relative, c?est-?-dire d?une am?lioration de la productivit?. Mais il convient cependant de bien comprendre ce qui les distingue, car nous verrons que le fort ralentissement de l?extraction de la pl sous sa forme relative, ? partir des ann?es 70, explique le recours acharn? de son extraction sous sa forme absolue qu??, depuis ces ann?es, entrepris le capital. Recours qu?il accentue et va encore accentuer pour tenter de surmonter sa crise. Ce qui a des cons?quences importantes sur la lutte des classes.

 

Examinons donc cette distinction.

 

L?augmentation de la pl? relative est obtenue par une diminution du capital ? engager (Cc+Cv) pour une production de valeur donn?e. Cela implique d?utiliser des machines plus perfectionn?es. Cc, l?intensit? capitalistique, augmente mais Cv, la quantit? de travail vivant employ?e, diminue davantage. Le solde marque donc une diminution de sorte que la part de la pl dans la valeur du produit (Cc+Cv+pl) augmente. On connait l?extraordinaire d?veloppement de la science et de ses applications aux machines, de la productivit? horaire du travail et de la production que la recherche constante de l?augmentation de la pl relative a engendr?. Mais on conna?t aussi ses limites?: l?augmentation de la composition organique du capital et la baisse relative concomitante de la masse salariale donc de la consommation. Ce sont ces limites qui ont affect?s les pays industrialis?s[7] dans les ann?es 1960-70 ouvrant la p?riode de crise g?n?ralis?e qui culmine aujourd?hui.

 

Ces limites ont? plusieurs causes, dont les deux principales sont les suivantes?:

1) Les investissements n?cessaires pour obtenir des gains de productivit? additionnels ?taient devenus tr?s lourds du fait de la puissante sophistication des technologies d?j? mises en ?uvre. Les ?conomies sur la quantit? de travail vivant et donc sur la masse salariale restaient n?cessaires mais devenaient de plus en plus difficiles ? obtenir du fait qu?elle ?tait d?j? fort r?duite par rapport ? l??norme quantit? de marchandises produites. Autrement dit, le gain de productivit? exigeait une augmentation consid?rable de Cc difficile ? compenser par une diminution qui devait ?tre encore plus grande de Cv (ph?nom?ne dit des rendements d?croissants).

 

2) la r?sistance ouvri?re au travail ultra parcellis? s?accroissait. Le travail abrutissant et ext?nuant de la cha?ne fordiste ?tait contest?. Les cadences? infernales sans cesse relev?es g?n?raient des actes de sabotage. Cette r?sistance accrue ?tait facilit?e par une situation de relatif plein emploi et par la grande concentration prol?taire au sein de l?usine fordiste. Les manifestations de m?contentement trouvaient mille pr?textes pour ralentir la production. La qualit? des produits ?tait notoirement affect?e ? cause de la fatigue mais aussi ? cause des multiples actes de petits sabotages. De sorte que le nombre croissant de rebuts devenait de plus en plus co?teux pour le capital. Des pi?ces ? retoucher ou ? refaire, c?est autant de temps de travail machine et humain, de capital engag? jet? ? la poubelle. Et sur des centaines de postes de travail, un petit pourcentage de rebuts sur chacun fait une tr?s grosse perte au total, sans compter les pertes de clients m?contents. La r?sistance ouvri?re s?est aussi manifest?e dans les grandes gr?ves qui ont culmin? en France et en Italie notamment ? la fin des ann?es 60. D?bordant les syndicats cogestionnaires, ces mouvements sociaux ont fini par imposer une limite ? l?accentuation du taux d?exploitation obtenu par ce type d?organisation et de division sociale du travail. Briser cette r?sistance en allant chercher ailleurs une masse de main d??uvre disponible pour faire pression sur les salaires et modifier les rapports de production pour transformer l?usine ??fordiste?? devenaient une n?cessit? pour le capital.

 

Venons-en maintenant ? l?extraction de la plus-value sous sa forme absolue.

 

Comme il ?tait devenu difficile d?augmenter substantiellement l?extraction de la plus-value sous sa forme relative, il fallait ? la bourgeoisie mettre l?accent sur une relance de cette extraction sous la forme absolue. Rappelons qu?il s?agit l?, non pas de la diminution de la part du travail n?cessaire (celle qui s??change contre le salaire, Cv) relativement ? celle de la pl par le moyen de l?usage de machines plus performantes, mais par une augmentation de la quantit? de travail vivant obtenue par le moyen d?un allongement de la journ?e de travail ou/et par l?intensit? du travail fourni en un temps donn??: acc?l?ration des cadences, simplification, densification et acc?l?ration des gestes pour ?liminer tous les ??pores?? d?inactivit?, ??chasse aux temps morts??, et autres moyens que nous d?taillerons plus loin. Il s?agit l? de la classique m?thode tayloriste, mais qui va aussi ?tre modifi?e de telle sorte qu?il n?y ait pas, ou le moins possible, d?accroissement simultan? important de capital fixe (machinerie) dont on a rappel? combien il ?tait aujourd?hui difficilement rentable.

 

La m?thode tayloriste, dont les astuces sont bien connues, impliquait une hausse de l?utilisation des machines ce que Ford perfectionna avec la cha?ne. Cette m?thode ?tait d?j? enti?rement li?e, et m?me soumise ? l?objectif d?augmenter l?intensit? du travail et de chasser la ??paresse ouvri?re?? v?ritable obsession de Taylor. Modernis?e, elle consiste ? augmenter la quantit? de travail non pay? de l?ouvrier (surtravail) sans augmenter, ou le moins possible, le capital fixe. Il ne s?agit pas d?allonger le temps de travail en m?me temps que l?intensit? car les deux sont rapidement incompatibles, l?intensification exigeant un ouvrier autant que possible ??frais et dispos??. Certes cette augmentation z?ro du capital fixe est un id?al tout th?orique, mais c?est celui que cherchent ? approcher au plus pr?s les mesures prises depuis quelques ann?es et accentu?es tous les jours. Mesures auxquelles s?ajoutent celles visant une diminution absolue des revenus ouvriers, salaires directs et indirects et sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Or cela a de multiples cons?quences concernant la lutte des classes. D?s maintenant, notons celle-ci?: le renforcement du totalitarisme ?tatique du fait que ces mesures impliquent une lutte ouverte et brutale contre les prol?taires (et ici la difficult? pour beaucoup de travailleurs est de comprendre qu?il s?agit de l?Etat quel que soit son gouvernement). En effet, l?extraction de la plus-value relative constitue un mode d?exploitation relativement pacifique, relativement indolore car l?augmentation de la plus-value y appara?t comme due au perfectionnement des machines, donc ? ce qui vient du c?t? du capital et des scientifiques que celui-ci s?est attach? et non du c?t? des prol?taires. De plus, comme ces gains induisent une production plus massive et abaissent les prix des marchandises, ils peuvent m?me permettre, dans une phase de croissance forte telle que celle dite des ??Trente Glorieuses??[8] d?apr?s guerre d?en laisser quelques miettes aux ouvriers et d?augmenter quelque peu leur pouvoir d?achat tout en r?duisant aussi leur temps de travail hebdomadaire et annuel (cong?s pay?s). C??tait l??poque des ??acquis sociaux?? du soi-disant Etat Providence. Tandis que l?extraction de la plus value absolue est une forme beaucoup plus ouverte, visible, ?vidente de l?exploitation, car l?augmentation de la plus-value y appara?t nettement comme due enti?rement ? ce qui vient du c?t? du travail ouvrier. Celui-ci est allong?, intensifi?, flexibilis?, et, qui plus est, avec la crise, de moins en moins pay?. Il faut donc une violence et une dictature accrue de l?Etat? pour imposer la destruction des acquis sociaux de l?Etat Providence ainsi que ces mesures d?exploitation ouvertement accrues[9]. Ces transformations des rapports sociaux sont et seront encore accentu?es dans le cadre de la crise actuelle.

 

On sait que ce tournant f?t amorc? dans les pays industrialis?s par les Reagan, Thatcher, Mitterrand. La victoire de la bourgeoisie f?t alors ?crasante, illustr?e notamment par l??chec total de quelques grandes gr?ves embl?matiques, telles celles des contr?leurs a?riens US, des mineurs anglais, des sid?rurgistes fran?ais. A partir de ces ?checs, apparurent les premi?res modifications des rapports sociaux. Depuis, elles ont ?t? patiemment et syst?matiquement d?velopp?es et aggrav?es. Elles devront l??tre encore bien davantage car la crise ouverte en a r?v?l? toute l?insuffisance pour relancer le proc?s d?accumulation capitaliste. L?exem?ple fran?ais est une bonne illustration de la mise en place de cette politique dite lib?rale par un gouvernement de gauche. Politique qui continue aujourd?hui, men?e par un gouvernement de droite, au moyen d?un ?tatisme qui a du ?tre renforc?. Ce qui d?montre bien que le capital en crise exige les m?mes rem?des quels que soient les gouvernements et les moyens mis en ?uvre pour les faire ingurgiter au peuple, et que lib?ralisme et ?tatisme ne sont que deux formes de la politique bourgeoise.

 

R?sumons bri?vement ces d?buts dans lesquels toute la suite s?annonce.

a.) Echec total en 1981-83 de la tentative d?exhumer le vieux programme r?formiste de la gauche qui prouve, une fois de plus, son incapacit? ? modifier le cours du capitalisme. Elle en tire la le?on en se lan?ant ? corps perdu dans le ??lib?ralisme??.

b.) Premi?re mesure pour pouvoir abaisser les salaires afin d?augmenter la pl?: la d?sindexation de l??volution des prix. Celle-ci, bien que tronqu?e, avait? n?anmoins une certaine r?alit? pendant la phase fordiste.

c.) Deuxi?me mesure pour passer ? l?acte, mais ??par la bande???: d?charger le capital du paiement des charges sociales (le salaire indirect), sous pr?texte de favoriser l?emploi. Initi?e par le gouvernement Fabius, cette politique sera sans cesse poursuivie et accentu?e ensuite par tous les gouvernements de droite ou de gauche puisqu?elle pr?sente l?avantage de ne pas toucher au salaire direct et de faire payer ce salaire indirect par les salari?s eux-m?mes en le fiscalisant?!

d.) Troisi?me s?rie de mesures pour augmenter le taux de plus-value? et tout particuli?rement par le moyen de la pl absolue?: les lois Aubry de 1998 et 2000 sur les 35 heures hebdomadaires de travail. Mesures qu?il est int?ressant de rappeler dans leurs grandes lignes parce qu?elles ont ?t? pr?sent?es comme une grande r?forme favorable aux travailleurs alors qu?elles jettent les bases de la modification des rapports de production qui seront ensuite sans cesse amplifi?es dans un sens toujours n?faste pour eux. Quelles sont donc ces grandes lignes??

 

1) Les modalit?s d?application des 35 heures devaient faire l?objet d?accords entreprise par entreprise. Ceci a ouvert la voie ? la division des prol?taires en autant de petits sous-groupes impuissants, et, au-del?, a renforc? l?individualisation du rapport salarial. Les patrons sont ?videmment tr?s favorables ? cette individualisation car elle met le prol?taire totalement ? leur merci.

 

2) En l?galisant l?annualisation du temps de travail en lieu et place de la? limite hebdomadaire, le gouvernement ouvrait la porte au d?veloppement de la flexibilit? du travail et, au-del?, ? sa pr?carisation. En effet, cette annualisation permettait au patron d?obliger l?ouvrier ? travailler jusqu?? 48? heures certaines semaines et de moins travailler d?autres semaines. Cela faisait accepter? le principe que l?ouvrier travaille un maximum exactement lorsque le patron en a besoin et ne travaille pas en d?autre temps. Pouss? au bout de sa logique ce principe implique que la plus-value absolue est augment?e quand il travaille, et le salaire annul? quand il ne travaille pas. L? se trouve en gestation ce qui deviendra la ??pr?carit?, le rapport de production ??pr?caris? analys? ci-apr?s. De cette flexibilit? du temps de travail ? la pr?carit? du travail il n?y a qu?un pas, ou plut?t c?est la m?me chose.

 

3) Les accords entreprise par entreprise sur les modalit?s d?appli?cation des 35 heures ont le plus souvent permis aux patrons d?obtenir une suppression des pauses et une densification du temps travaill?, d?orga?niser la polyvalence des postes et d?obtenir un travail en continu plus intense. D?o? une augmentation notoire de la pl absolue en m?me temps qu?une am?lioration du temps d?utilisation des machines augmentant la productivit? (plus-value relative).

 

4) Le financement des 35 heures a ?t? mis ? la charge des salari?s par le biais, une fois de plus, d?une accentuation du non paiement des charges sociales par les patrons. Les lois Aubry ont ainsi mis ? la charge des imp?ts quelques 10 milliards d?euros annuels d?all?gements de cotisations patronales[10]. Ce proc?d? pour baisser les co?ts salariaux et augmenter la plus-value sera utilis? tant et plus de sorte qu?aujourd?hui on en est ? un minimum d?au moins 30 milliards d?euros d?all?gements de charges sociales par an (sans compter l?insuffisance notoire des cotisations pour les retraites). Ainsi, par ce moyen, Sarkozy a r?ussi ? ce que les patrons paient moins cher les heures suppl?mentaires que les heures normales. ??La France est devenue le seul pays de l?Union europ?enne o? les heures suppl?mentaires sont, pour les employeurs, moins cher que les heures normales (gr?ce ? la suppression de toute cotisation sociale, patronale et salariale)??[11]. Allonger ainsi la journ?e de travail avec des heures qui co?tent moins aux patrons, c?est formidable pour augmenter la pl absolue[12]. Mais cela ne cr?e aucun emploi suppl?mentaire, au contraire?: ??40 millions d?heures suppl?mentaires en plus sur un an (en 2008) correspondent ? 90.000 postes de travail ? temps plein sur le trimestre??[13]. Et c?est ??3 ? 4 milliards d?euros?? d?exon?rations de charges sociales (de co?t salarial) en plus pour les patrons. Le r?sultat du chemin ouvert par la gauche dans ce domaine aboutit ? ce que les d?ficits? dans le budget de l?Etat se?creusent (??trou?? dela S?cu, dette publique). Ces d?ficits sont alors brandis comme des preuves qu?il faut rogner encore plus les d?penses sociales de sant?, d??ducation, de logement, ainsi que les allocations diverses. En outre, une part de plus en plus grande de l?entretien et de la reproduction de la force de travail est prise en charge par l?Etat. Ce qui est une caract?ristique du rapport de production pr?caris? que nous allons maintenant analyser. Celui-ci indique le sens des principales mesures de fond dont la bourgeoisie va acc?l?rer et accro?tre la mise en ?uvre pour relancer la valorisation du capital.

 

Le rapport de production pr?caris? dont la bourgeoisie d?veloppe syst?matiquement la mise en place, dans les pays de l?U.E. (ailleurs, il l?est d?j?), r?pond ?videmment ? l?objectif d?accro?tre la pl au d?triment du travail n?cessaire ou part de son travail qui revient ? l?ouvrier. Mais elle se trouve devant ce probl?me sp?cifique de l??poque d?avoir ? ?conomiser au maximum sur l?augmentation du capital constant dont nous avons vu que les hauts niveaux atteints en faisait le principal responsable sur le long terme (structurellement) de la baisse du taux de profit.

 

Ses efforts dans ce sens ont d?ailleurs d?j? port? quelques fruits. Par exemple, en 2002-2004 aux USA, ??les gains?en terme de productivit? du travail ?. ont ?t? stup?fiants?: 4,4% contre une tendance ? long terme de 2,3% apr?s la seconde guerre mondiale. Plus stup?fiant encore, cette acc?l?ration ne vient pas d?une augmentation de plus en plus rapide de l?intensit? capitalistique?.??[14]. Il s?agit bien d?une augmentation de l?intensit? du travail (pl absolue), de la production par travailleur sans que le capital fixe ait augment? en proportion. Mais il s?agit aussi dans une certaine mesure d?une hausse de la pl relative car les auteurs ne voient pas que, si l?intensit? capitalistique n?a que peu, ou pas, augment? en valeur, c?est en partie d? au fait que les prix relatifs des biens d??quipement (leur valeur) ont baiss? notoirement. Par exemple, les prix des mat?riels informatiques ont baiss? de 80%, ? qualit? ?gale, de 1998 ? 2007. En r?alit?, il y a eu une certaine augmentation en volume du capital fixe. Aux USA, elle est pass?e de 43% du PIB en 1996 ? 52% en 2002[15]. Mais? de ce fait, elle ne s?est pas traduite autant en valeur ce qui est id?al pour le capitaliste qui augmente la pl relative en n?investissant que peu ou pas? en capital fixe.

 

Selon un autre auteur : ??Le stock de capital fixe des entreprises fran?aises a culmin? ? 179% de la valeur ajout?e en1982?: pour produire 100F. de richesses suppl?mentaires (cette valeur ajout?e?: co?ts salariaux + profits bruts, n.d.a.), il fallait disposer au pr?alable de 179 F. sous forme de machines, bureaux, etc. En l?espace d?une d?cennie, l?intensit? capitalistique des entreprises est redescendue, se situant ? 155% en 1996?: pour 100F. de valeur ajout?e, on n?a plus besoin aujourd?hui que de 155F de capital fixe. Soir 13% de moins qu?en 1982.??[16]

 

Mais observons n?anmoins, ? propos de ces quelques exemples, que leurs auteurs surestiment la stagnation ou la diminution de la valeur du capital fixe. Cela du fait qu?un certain nombre de ses composantes sont ignor?es des statistiques, ou non prises en compte comme aff?rentes au capital fixe. Tel est le cas, par exemple, du capital ??immat?riel???: achat des scientifiques, d?penses de travail intellectuel, brevets. Par ailleurs, la diminution de la valeur du capital fixe, lorsque c?est le cas, ne suffit pas ? relever le taux de profit. En effet, la valeur des autres ?l?ments du capital constant Cc tels l??nergie et les mati?res premi?res peut augmenter du fait m?me de l?accroissement du capital fixe en volume (plus il y a de machines, plus il faut de l??nergie, etc.) Ce qui pousse ? augmenter la composition organique Cc/Cv, et donc ? diminuer le taux de profit.

 

Quelles que soient l?approximation de ces chiffres concernant le capital fixe, ils indiquent n?anmoins une augmentation significative de l?extraction de la pl sous sa forme absolue. D?ailleurs l?exemple fran?ais permet d?illustrer comment la bourgeoisie modifie syst?matiquement les rapports de production (sans parler ici des modifications qui interviennent conjointement dans la ??superstructure?? ?tatique, juridique, et m?diatique, tout cela tendant ? devenir un m?me appareil totalitaire) pour parvenir ? augmenter cette pl, en augmentant l?intensit? du travail horaire fourni et en ?conomisant le plus possible sur Cc. Nous n?examinerons qu?ult?rieurement le moyen le plus radical et le plus n?cessaire de cette ?conomie, ? savoir la destruction massive de capital ? quoi proc?de la crise. Car il s?agit l? moins d?un plan conscient de la bourgeoisie que d?un effet, qu?elle subit, de la concurrence entre capitaux exacerb?e par la crise.

 

Nous en resterons donc pour le moment ? l?analyse de ce qui rel?ve de la politique bourgeoise volontaire, organis?e par l??tat-major de la bourgeoisie, son Etat, concernant la modification des rapports de production dans le sens ?voqu? ci-dessus. Pour l?exposer il sera commode de s?parer ce qui rel?ve de l??conomie de Cc, et ce qui rel?ve de la diminution du travail n?cessaire (Cv, les salaires). Mais bien ?videmment les deux aspects sont intimement li?s, un certain syst?me de machines et d?organisation de la production induisant toujours un type sp?cifique ad?quat des rapports de production (il n?y a jamais rien de purement technique dans la production).

 

En ce qui concerne les ?conomies? sur le capital constant on peut en relever de trois types utilis?s depuis longtemps mais dont la mise en ?uvre aujourd?hui rev?t des caract?res tr?s sp?cifiques.

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1) Economies dans la partie circulante de ce capital, les marchandises entrantes et sortantes. C?est le ??z?ro stock?? et le ??flux tendu??, le ??just in time??, la fabrication enclench?e par la vente. Les stocks, de produits finaux et de fournitures interm?diaires sont du capital engag?, pay?, qui ne rapporte rien, comme toute machine, tout travailleur immobile. Le but est d?obtenir un proc?s de production souple dont le principe r?side dans la ??flexibilit?, un proc?s de production devant r?agir quasi instantan?ment aux fluctuations du march? afin de n?engager que les d?penses strictement et imm?diatement n?cessaires, afin d?immobiliser le moins de capital possible contrairement aux rigidit?s de la lourde cha?ne fordiste. Tout cela a fait l?objet d?une abondante litt?rature descriptive de la part des sociologues sur laquelle il n?est pas besoin de revenir ici. Le point essentiel sur lequel nous allons par contre revenir est que cette flexibilit? recherch?e dans le proc?s de production conduit directement au travail pr?caire qui caract?rise le rapport de production capitaliste contemporain.

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2) Economies dans la partie fixe de ce capital (machinerie, b?timents, terrains).

L?intensit? capitalistique, c?est-?-dire l?importance du capital immobilis? sous forme de moyens de production, rend primordial l?utilisation en continu des machines ou des b?timents. Toute immobilisation co?te fort cher, c?est une masse de capital qu?il faut quand m?me amortir et dont il faut par exemple rembourser les cr?dits. D?autant plus qu?avec le ??z?ro stock??, un arr?t d?une machine dans la cha?ne des op?rations aboutissant au produit fini peut suffire ? immobiliser toutes les machines de cette cha?ne. D?o? l?importance non seulement du ??z?ro panne?? afin que les machines soient utilis?es en permanence, mais aussi du ??z?ro d?faut?? afin que tout ce temps soit un temps de production utile et non de pi?ces ? mettre au rebut. Cet objectif du z?ro d?faut induit notamment une plus forte simplification du travail ce qui facilite aussi la polyvalence des ouvriers. En outre, il n?cessite un travail minutieusement prescrit et plus rigoureusement contr?l?. L?informatique est d?une grande utilit? ? cet ?gard car elle facilite le ??one best way?? taylorien perfectionn? ? l?extr?me. Il n?cessite aussi des ouvriers pas trop fatigu?s, dociles, ??impliqu?s?? (ils seront appel?s ???quipiers??, ??associ?s??, le groupe sera appel? ? contr?ler lui-m?me ses membres par le biais de diverses r?compenses). L?usage de moyens de production ??just in time?? implique ?videmment que des salari?s soient disponibles la nuit, le dimanche[17], mais seulement tout le temps n?cessaire, de fa?on flexible.

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3) La sous-traitance.

Le but de la sous-traitance est de se d?barrasser du capital constant en en faisant supporter le fardeau, en tout ou partie, ? d?autres[18]. Dans des cas extr?mes, cela peut aller jusqu?? ??l?entreprise sans usine??, la soci?t? m?re ne conservant que les activit?s sup?rieures qui lui permettent de conserver la ma?trise sur les sous-traitants et de s?approprier l?essentiel de la pl produite chez eux. L?accumulation financi?re reste ainsi dans les grands centres. Dans les pays de sous-traitance, l?extorsion de la plus-value est maximum, combinant tous les moyens?: cha?ne tayloris?e au maximum, longueur de la journ?e de travail, absence de cong?s, forte productivit?, bas salaires, conditions de travail quasi esclavagistes.

 

Observons que la flexibilit? ne supprime pas la cha?ne tayloriste-fordiste. Elle l?assouplit en la segmentant en ??cellules?? qui sont localis?es dans le monde et organis?es en fonction du type d?op?rations qui leur sont confi?es. Ainsi elles n?ont pas la rigidit? qu?avaient les anciennes cha?nes fordistes organisant en un bloc compact tout un long proc?s de production. Cette segmentation permet aussi de briser les grandes concentrations ouvri?res qui constituaient de facto une force imposante face aux patrons. Elle organise une sorte de cha?ne tayloris?e ? l??chelle mondiale et maintient le principe fordiste du ??flux continu??, mais avec toute la souplesse que permet la diversification des sous-traitants. Les uns sont choisis pour des fabrications simples avec main d??uvre bon march??; d?autres le sont pour leurs qualifications (l?informatique ??externalis?e?? ? Bengalore en Inde par exemple), d?autres pour leur situation g?ographique ? proximit? du march? par exemple. Tous sont mis en concurrence pour qu?ils travaillent aux plus bas co?ts pouvant ais?ment ?tre remplac?s par d?autres quand ils ne donnent pas satisfaction aux donneurs d?ordres. Ainsi la pr?carit? est partout. Cette organisation d?une cha?ne hyper tayloris?e mais mondialement segment?e est typique de l?imp?rialisme moderne et de sa division du travail. C?est la 3?me phase de la mondialisation capitaliste[19].

 

Tout ce qui vient d??tre analys? en ce qui concerne les ?conomies de capital constant va se r?percuter en ce qui concerne la diminution du travail n?cessaire (Cv) par l?augmentation de l?intensit? du travail? et par sa flexibilisation-pr?carisation. Mais comme cela s?av?rera insuffisant, il faudra y ajouter une prise en charge grandissante du co?t de l?entretien et de la reproduction de la force de travail par l?Etat. Autrement dit, une baisse du co?t salarial pour l?entreprise, qui s?ajoute ? la baisse du salaire r?el (salaire nominal d?flat?), et qui augmente d?autant la pl. Nous verrons que cette caract?ristique est hautement significative de l?ampleur des difficult?s que le capital ? son ?ge s?nile doit r?soudre pour poursuivre son existence, son proc?s de valorisation.

 

Choisir d?augmenter l?intensit? du travail prol?taire tout en diminuant son temps de travail et donc son salaire correspond ? une situation o? l?intensit? capitalistique est forte. Pour compenser ce handicap pour le capital, il faut que la machinerie, le travail mort (pass?) consomme et transfert au produit le maximum de travail vivant dans un m?me temps. Augmenter l?intensit? du travail correspond ? cet objectif. Pour ce faire, on soumettra le prol?taire au contr?le rigoureux d?un travail minutieusement prescrit et on s?efforcera de supprimer jusqu?au moindre temps mort dans ses gestes afin qu?il travaille plus vite.? Ces moyens sont connus et appliqu?s depuis Taylor. Ils induisent la plus grande simplification et?la segmentation du travail et sont aujourd?hui ??perfectionn?s??, syst?matis?s et amplifi?s gr?ce ? l?informatique. Mais, comme dans de nombreux postes de travail, une large part du temps consiste ? surveiller la machine, le capital d?veloppe aussi la polyvalence des t?ches. L?ouvrier travaillera donc sur plusieurs machines ? la fois et sur plusieurs postes diff?rents[20]. Toujours plus de flexibilit? ! D?sormais, il doit ?tre encore beaucoup plus que cela. Il doit accepter de travailler intens?ment quand le capital en a besoin, et d??tre imm?diatement rejet? lorsqu?il n?en a plus besoin. Il doit ?tre totalement disponible aux besoins du capital. Il doit subir une alternance perp?tuelle de p?riodes de travail intense et de non travail, un d?placement de lieux au gr? des mouvements du capital. Il doit? subir les effets de la segmentation mondiale du proc?s de production ?voqu?e ci-dessus (les fameuses d?localisations). Le travail ainsi intensifi?, segment?, intermittent, al?atoire ne lui procurera pas un surcro?t de salaire. Bien au contraire, celui-ci sera diminu? et al?atoire. C?est l? une partie de ce que d?signe la notion de travail pr?caire[21], ou de rapport de production pr?caris?. Nous en compl?terons le contenu de cette notion plus loin.

 

Ce rapport pr?caris? est celui que tend ? syst?matiser, et renforcer la bourgeoisie comme moyen d?augmenter la production de plus-value[22]. Il pr?sente plusieurs avantages pour les entreprises ? forte intensit? capitalistique dont on peut maintenant donner un premier r?sum??:

 

1) Le travail pr?caris? c?est non seulement le travail intermittent, mais aussi la multiplication des emplois ? temps partiels, tout cela g?n?rant des salaires partiels. Les ??working poors??, travailleurs pauvres voient leur nombre? cro?tre.

 

2) Le travail court est ad?quat ? la recherche du maximum d?intensit? et de qualit? du travail?; le rendement du prol?taire est toujours plus ?lev? dans les premi?res heures. ??Comment le travail est-il rendu plus intense?? Le premier effet du raccourcissement de la journ?e du travail proc?de de cette loi ?vidente que la capacit? d?action de toute force animale est en raison inverse du temps pendant lequel elle agit. Dans certaines limites on gagne en efficacit? ce qu?on perd en dur?e.??[23] On a vu que tel ?tait d?j? un des objectifs, atteint, des lois Aubry sur les 35 heures. Ce gain d?efficacit? augmente le taux de pl (d?exploitation). Par exemple, ? salaire horaire ?gal, le temps de travail et le salaire peuvent ?tre divis?s par deux, mais la quantit? de travail vivant fourni pendant ce mi-temps est sup?rieure ? la moiti? de la quantit? du m?me travail qui aurait ?t? fourni ? plein temps. A intensit? de travail diff?rentes le m?me temps de travail ne fournit pas la m?me quantit? de travail, ce gain est donc du surtravail (pl).

 

3) Mieux vaut donc en g?n?ral pour un capitaliste deux ouvriers travaillant chacun quatre heures que un huit heures. De plus si l?un d?eux vient ? manquer, l?autre peut ?tre imm?diatement appel? ? le remplacer. Ou si la production doit ralentir l?un d?eux pourra ?tre renvoy? imm?diatement. De m?me, l?usage massif des int?rimaires constitue un volant de s?curit?, r?ducteurs de risque. A production just in time, travail just in time. Si on ne peut emp?cher l?arr?t des machines, au moins qu?on ?conomise sur tout le capital circulant?: z?ro stock d?intrants, z?ro stock de produits finis, z?ro stock d?ouvriers. Au moins avec tous ces z?ros le capitaliste n?aura ? supporter que l?immobilisation du capital fixe (ce qui pour lui est d?j? beaucoup)[24].

 

4) Le rapport de production pr?caris? est une r?ponse du capitalisme au ph?nom?ne de la r?duction de la quantit? de travail vivant prol?taire qu?il peut employer pour une production donn?e. Il en tient compte ? sa fa?on?: 1?) en raccourcissant le temps de travail prol?taire, 2?) en en profitant pour augmenter l?intensit? horaire, 3?) en pr?sentant tout cela comme des mesures ??pour l?emploi??, une fa?on ? lui de partager le travail prol?taire tout en le rendant plus productif. La cerise sur le g?teau?: Il pourra faire croire qu?il diminue le ch?mage.

 

 

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[1] ? P. Artus, Les Echos, 30.04.09.

[2] ? D?j? en France,? en 2009, le remboursement des seuls int?r?ts des emprunts d?Etat est sup?rieur aux recettes de l?imp?t sur les revenus (IRPP).

[3] ? D?valoris?e, l?unit? mon?taire repr?sente une quantit? de travail social moindre. La valeur du remboursement d?un titre financier de type obligataire libell? dans cette monnaie est moindre que sa valeur lors de l?achat.

[4] ? Calcul?s par capitalisation, les prix des titres de type obligataire, ce que sont les Bons du Tr?sor, montent quand le taux d?int?r?t descend, et r?ciproquement baissent quand il monte.

[5] ? De nombreux facteurs d?terminent les prix ? partir des valeurs. Pour en rester au seul facteur mon?taire,? toutes choses ?gales par ailleurs, il n?y a inflation concernant les biens de consommation que si la masse mon?taire en circulation dans ce secteur (essentiellement donc la masse salariale) augmente par rapport ? la quantit? produite de ces biens. Tant que cette masse salariale n?augmente pas de la sorte, la hausse des prix ,dans la crise, provient de facteurs tels que la rar?faction de l?offre, les ententes monopolistiques, le protectionnisme, etc. Cela? stimulera alors la lutte salariale, l??mission de liquidit?s pour y faire face et l?inflation correspondante.

[6] ???? Qu?elles soient ou non formellement ind?pendantes des gouvernements, les banques centrales, comme les Etats, se plient aux exigences de la reproduction du capital, m?me si des politiciens essaient de faire croire qu?ils pourraient faire tout autre chose en manipulant ? leur guise l??mission mon?taire. On l?a bien vu r?cemment quand les banques centrales se sont toutes pr?cipit?es au chevet du syst?me financier en l?inondant de liquidit?s.

[7] ? Sur ce processus, voir T. Thomas, ??La crise chronique???, op.cit., chapitre 4.

[8] ? Observons n?anmoins que pendant les ??Trente Glorieuses??, qui n??taient que 20, bien d?autres facteurs ont jou? en faveur de la classe ouvri?re. Ainsi en est-il de l?affaiblis?sement de la bourgeoisie? par sa p?riode fasciste au contraire des organisations populaires, du plein emploi, de la volont? de la bourgeoisie de diminuer l?influence du soi-disant communisme qui l?effrayait en tant que tel et en tant que puissance imp?riale sovi?tique, Par ailleurs, cet Etat Providence du r?gime fordiste n?a concern? qu?un petit nombre de pays dits d?velopp?s.

[9] ? C?est ce que Sarkozy, petit Badinguet des temps modernes, appelle en France ??la rupture??, comme pour indiquer que ces transformations n?ont ?t? jusque l? que beaucoup trop mod?r?es.

[10] ?????????? Selon l??tude de P. Artus et L. Maillard dans Probl?mes Economiques n? 2870, 2 mars 2005. Ces auteurs concluent?: ??10 milliards d?euros par an pour 400.000 emplois cr??s repr?sentent donc 25.000 euros par emploi, ce qui est de l?ordre du salaire annuel, y compris les charges.?? Autrement dit ces emplois (sans doute moins que 400.000 en r?alit?) sont gratuits pour le capital?! Par contre le d?ficit budg?taire est ? la charge du salari? contribuable.

[11] ?????????? D Clerc, La France des travailleurs pauvres, Paris, Grasset, p.116.

[12] ?????????? Encore que Sarkozy se soit tromp? d??poque. L?allongement de la journ?e de travail n?est plus la pr?occupation principale des patrons, car ? l??poque du machinisme tr?s d?velopp? il s?agit surtout d?augmenter l?intensit? de l?utilisation des machines par les ouvriers. Intensit? du travail qui est incompatible avec la fatigue de journ?es trop longues. ??Le bas prix du travail agit donc comme un stimulant pour la prolongation du temps de travail?? (K. I, 2, P.218). Certes, et cela reste vrai dans les entreprises ? faible intensit? capitalistique. Et quand Marx faisait cette observation l?allongement de la journ?e de travail ?tait encore quasiment partout le meilleur moyen d?augmenter la pl absolue, le machinisme ?tant beaucoup moins avanc? qu?aujourd?hui.

[13] ?????????? Alternatives Economiques, n?279, avril 2009.

[14] ?????????? M. Aglietta et L. Berrebi, D?sordres dans le capitalisme mondial, opus cit?.

[15] ?????????? Selon P. Artus,? Probl?mes Economiques n?2756, 10.04.02.

[16] ?????????? G. Duval. L?entreprise efficace. Paris, La d?couverte, 2004.

[17] ?????????? La bataille que m?nent en France les grandes surfaces commerciales pour l?ouverture dominicale n?a ?videmment pas d?autre but que d??viter l?immobilisation de leur capital constant (b?timents et stocks) un jour par semaine.

[18] ?????????? Ce point est sp?cialement d?velopp? dans T. Thomas ??Les Mondialisations??, op. cit.

[19] ?????????? Ibidem.

[20] ?????????? Au moment o? j??cris ces lignes il est question que les sarkozystes ?largissent cette polyvalence par le pr?t d?ouvriers d?une entreprise ? une autre. L?ouvrier appartient au capital, et il veut pouvoir le d?placer et le vendre comme sa chose.

[21] ?????????? Voir le livre pr?curseur de J. Aubron, N. M?nigon, J.-M. Rouillan, R. Schleicher, ?Le Prol?taire Pr?caire, notes et r?flexions sur le nouveau sujet de classe,? Paris, Acratie, 2001.

[22] ?????????? A l?exception d?un certain nombre d?emplois qualifi?s pour lesquels il lui faut au contraire chercher ? s?attacher un personnel stable, de m?me qu?il lui faut garder un minimum de salari?s exp?riment?s pour encadrer les travailleurs pr?caires.

[23] ?????????? K. I, 2, p.93. Observons cependant que lorsque le woorking poor parvient ? cumuler 2 ou 3 emplois par jour, travaillant une douzaine d?heures ou plus, cela montre que l?allongement de la journ?e de travail reste? un fait.

[24] ?????????? Il est des secteurs, comme celui des commerces, o? de toute fa?on le capital fixe ne peut pas ?tre utilis? ? plein et en continu puisque. Dans ce cas, les surfaces doivent ?tre dimensionn?es pour les heures de plus forte affluence. D?o? la flexibilit? des horaires des employ?(e)s ? temps partiels. Puis un jour, peut ?tre, la disparition de ces surfaces avec la vente par Internet (le capital fixe est transf?r? ? l?acheteur, mais alors ce n?est plus du capital?!).

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