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La poche trouée d’AREVA

L’entreprise nucléaire française n’en finit pas d’accumuler des déboires au point que l’Etat, pourtant en crise grave financière, est obligé de mettre la main à la poche pour tenter de remplir une poche qui continue de se vider…le mythe de Sisyphe en quelque sorte…

Chacun sait que, très récemment, l’Etat a été obligé de céder son fleuron nucléaire Alstom à l’américain General Electric, (lien) et le voilà contraint maintenant de se pencher au chevet d’un autre grand malade nucléaire, l’entrepriseAreva qui n’en finit pas d’accumuler les pertes financières.

Déjà, en 2008Areva était au bord de la faillite, et les militants du réseau « sortir du nucléaire » s’étaient inquiétés du fait que l’Etat ne se mette à renflouer l’entreprise.

A cette époque, le départ de Siemens du chantier de l’EPR finlandais avait couté 2 milliards à l’entreprise nucléaire, et quelques investissements malheureux aux USA avaient achevé de plomber les comptes de l’entreprise.

Puis l’Afrique du Sud avait annulé purement et simplement la construction de 12 réacteurs, et les38 mois de retard liés à la construction de la centrale nucléaire finlandaise avaient couté 2,4 milliards de pénalités réclamés par les finlandais.

Du coup, la coté d’Areva en bourse a pris un coup de massue, passant de 820 € en juin 2008 à 325 € en février 2009lien

Logique dès lors que l’entreprise envisage sérieusement maintenant de réduire le montant de ses investissements à hauteur de 100, voire de 150 millions à partir de 2015, ce qui avait été déjà entamé en l’abaissant de 200 millions d’euros cet été. lien

Le premier semestre 2014, avec une baisse de 12% du chiffre d’affaire, et une perte financière atteignant les 700 millions d’euros, est la preuve que rien ne va plus dans l’entreprise nucléaire, malgré la vente récente de ses 2 EPR en Grande Bretagne.

Il faut d’abord savoir que l’objectif de commandes avec nos voisins outre manche était de 10 commandes fermes d’ici à 2016, et on est donc très loin du compte, d’autant que l’entreprise française engrangeait régulièrement 1 milliards d’euros grâce au contrat de maintenance signé avec le Japon concernant les 50 réacteurs nippons, dont on sait aujourd’hui qu’ils sont à l’arrêt pour cause de catastrophe nucléaire à Fukushima.

Ajoutons pour la bonne bouche qu’AREVA a ferraillé durement pour conclure un accord avec le gouvernement nigérian, ce dernier trouvant peu équitable le précédent, qui permettait d’exploiter sans trop débourser, les mines d’uranium au Nigerlien

Il faut savoir que le Niger est l’un des Etats les plus pauvres du monde, et que, paradoxalement, près de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité. lien

Ce n’est qu’au bout de 18 mois de négociations difficiles qu’un accord « équilibré » a finalement été trouvé, (la taxation est passée de 5,5% à 12%) car comme le disait le président nigérianMahamadou Issoufou : « il y a une injustice au niveau de l’uranium comme source d’énergie. Il n’est pas payé en fonction de son pouvoir calorifique  ». lien

Ce qui fait mauvais genre pour notre pays, lequel se flattait sans raison de son indépendance énergétique, d’autant que de nombreux observateurs sont convaincus que la guerre au Mali (et par contrecoup au Niger) a des raisons peut être assez éloignées de la « lutte contre le terrorisme ».lien

En effet, le Niger fournit plus de 30% de l’uranium nécessaire à la France pour faire tourner ses centrales nucléaires.

Et puis, ce serait oublier que le sous sol malien est riche non seulement en or, mais aussi en uranium, d’autant que Rockgate, une compagnie minière canadienne, a déposé un permis d’exploration de l’uranium de Faléa, à 350 km à l’ouest de Bamako.

Le gisement recèlerait environ 12 000 tonnes d’uranium, soit 4 fois la production de la mine d’Areva au Niger en 2012lien

Et puis on se souvient que les 4 otages français détenus au Mali étaient des employés d’Areva, tout comme deux autres, qui étaient des géologues prospectant au Malilien

Mais il y a d’autres raisons à cette faillite annoncée d’AREVA : l’E.P.R. finlandais accuse non seulement 9 années de retard sur les prévisions de démarrage de la centrale nucléaire, mais aussi les déboires techniques, lesquels ont entraîné un dépassement financier considérable.

Cette centrale nucléaire, sise à Olkiluoto, estimée d’abord à 3 milliards d’euros va bientôt atteindre les 9 milliards, et la mise en service qui devait être effective en 2009 est repoussée pour l’instant à2018lien

Quant à l’EPR de Flamanville, il accuse déjà 4 ans de retard, et son cout a quasiment triplé atteignant les 8,5 milliards d’euros. lien

Si l’on ajoute qu’il faudra au moins engager la même somme pour le démantèlement de ces centrales un jour ou l’autre, on comprend aisément que dans l’avenir, le prix de notre électricité ne va pas cesser d’augmenter, même si la transition énergétique promise se met un jour enfin en place.

En effet, selon l’INSEE, les dépenses d’énergie liées au logement et au transport constituent 8,4%de la consommation des ménages français, c’est-à-dire autant que pour les loisirs, ou les vêtements, ce qui correspond tout de même à 2300 € par ménage et par anlien

On sait aujourd’hui que le nucléaire coûtera de plus en plus cher en France, et que si les tarifs d’électricité n’avaient augmenté que de 5% en aout 2013, une hausse identique avaient suivi peu après (lien) …hausse qui à continué en 2014, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour le budget des ménages

S’il faut en croire la Cour des Comptes, entre 2010 et 2013, nous sommes passés de 49,6 € par mégawatt-heure à quasiment 60 €, soit une augmentation de 21%, (lien) et pourtant il reste une bonne nouvelle, nous n’avons pas encore eu d’accident de type Fukushima, parce que là, la facture serait bien plus salée, puisque, selon un rapport de l’IRSN, (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) elle pourrait atteindre jusqu’à 5800 milliards d’euroslien

Et pourtant, tout en affirmant sa volonté de réduire la part du nucléaire dans le pays, ce gouvernement, qui détient 88% du groupe, s’apprête a combler les dettes, même si pour l’instant il a déclaré ne rien faire d’ici 2015, affirmant pour faire bonne figure « rien n’est à l’étude ni à l’ordre du jour  », selon Bercy, ou EDF, sans démentir pour autant avoir exploré cette piste, mais, pour EDF, reconnaissant le problème financier d’Arevalien

Le contraire serait difficile.

Ce qui semble en tout cas s’annoncer, c’est un remplacement à la tête de l’entreprise nucléaire, et les jours de Luc Oursel semblent comptés…voire aussi ceux du patron d’EDFHenri Proglio, mais cela est-il de nature à changer la politique énergétique du gouvernement ? lien

Aujourd’hui, le projet de transition énergétique fait la part belle à la voiture électrique, laquelle va fatalement relancer la production d’électricité d’origine nucléaire, car comme le dit Stéphane Lhomme, le directeur de l’Observatoire du nucléaire, non seulement « la voiture électrique pollue autant que la voiture thermique, n’est même pas efficace contre le CO2, en France, mais la voiture électrique est une voiture nucléaire, (…) on ne sauve pas le Titanic en lui envoyant le Costa Concordia  ». lien

Ce projet de transition énergétique serait donc en partie une belle couleuvre que les français s’apprêtent à avaler benoitement…mais que ne ferait-on pas pour sauver AREVA ?

En tout cas, une pétition a été lancée sur le thème de « pas de transition énergétique sans sortie du nucléaire », et on peut la signer sur ce lien.

La France, selon un rapport de la cour des comptes de 2012, a déjà investi 227,8 milliards d’eurosdans l’électricité nucléaire, et il n’y a pas manifestement pas de raison que cette stratégie contestable s’arrête un jour. lien

D’ailleurs, selon 200 experts de l’énergie interrogés par les chercheurs de Grenoble Ecole de management la baisse du nucléaire ne sera pas effective avant 30 anslien

Comme dit mon vieil ami africain : «  la loi est sage, mais les hommes ne le sont pas  ».

L’image illustrant l’article vient de www.insolent.fr

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

 

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