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La plus viellle maison de Paris

FERGUS

Les Parisiens attach?s ? leur patrimoine architectural ont longtemps cru que la plus ancienne maison de la capitale ?tait le n??3 de la rue Volta (3e?arrondissement).?Il n?en est rien?: depuis 1979 et les recherches accomplies par les historiens, on sait d?sormais avec certitude que ce titre symbolique est d?tenu, non loin de l?, par le n??51 de la rue de Montmorency?

Elle a belle allure, la?maison de la rue Volta?avec ses pans de bois, mais elle passe d?sormais pour une usurpatrice?: elle n?est en effet qu?un pastiche de maison m?di?vale construit par un bourgeois nostalgique en? 1644. Une curiosit? pour le moins surprenante car, pour pr?venir les incendies, ce type de construction avait ?t? interdit par ordonnance ? l?issue des??tats G?n?raux?convoqu?s ? Orl?ans par?Catherine de M?dicis?en 1560. Des ?tats G?n?raux qui, sans relation de cause ? effet avec les risques d?incendie, avaient ?galement proscrit la prostitution en bordel et ouvert la chasse aux ribaudes par la pr?v?t?.

D?s lors, comment ces pans de bois ont-ils pu faire leur r?apparition dans une habitation du 17e?si?cle?? Sans doute faut-il voir l? l?un de ces passe-droits comme il en a toujours exist? ici et l?, souvent en ?change d?un juteux pot-de-vin?vers? aux autorit?s par les propri?taires d?sireux de s?exon?rer peu ou prou des obligations l?gales.

La maison du n??3 de la rue Volta a donc ?t? d?chue de son ??label?? m?di?val. Cela n?emp?che pas de nombreux Parisiens de croire encore aujourd?hui qu?elle est la doyenne de la capitale. Une certitude que raillent d?autres habitants du vieux Paris. P?tris de certitudes, ceux-l? clament haut et fort que ces cr?dules ne sont que des ballots car, si l?on en croit ces experts autoproclam?s, ce n?est pas dans le 3e, mais dans le 4e?arrondissement qu?il faut chercher cette doyenne, et plus pr?cis?ment au n??11 et au n??13 de la?rue Fran?ois-Miron.

Et de fait, ces deux l?, respectivement d?nomm?es la ??maison ? l?enseigne du Faucheur?? et la ??maison ? l?enseigne du Mouton??, sont nettement plus ?g?es que ??l?usurpatrice??. Elles ont m?me ?t? construites au 14e?si?cle, affirment les plaques de marbre qui ont ?t? appos?es nagu?re sur leurs fa?ades mitoyennes. H?las?pour les tenants de la rue Fran?ois-Miron, cette information est fausse. Certes, les soubassements de ces deux b?tisses semblent dater du 14e?si?cle, mais les constructions existantes ont bel et bien ?t? ?lev?es au 16e?si?cle, ce qui en fait des mamies tr?s respectables, mais ruine toute pr?tention au doyennat.

C?est donc le n??51 de la?rue de Montmorency, autrefois connu sous le nom de ??maison du Grand pignon??, en rapport avec une partie disparue de l??difice, qui est incontestablement la plus vieille maison de Paris. Une b?tisse bien loin d??tre banale, ne serait-ce que par l?identit? de son propri?taire. Elle a en effet ?t? construite en 1407 par?Nicolas Flamel?et sa femme Pernelle sur les espaces libres situ?s entre l?enceinte de Philippe Auguste?et l?enceinte de Charles V, tout pr?s de la premi?re nomm?e. Un Nicolas Flamel dont le nom reste encore aujourd?hui attach? dans l?esprit de nombreux Fran?ais ? l?alchimie, cet art sulfureux qui engendra tant de fantasmes chez nos lointains a?eux.

Un myst?rieux m?decin juif

? l??vidence, Nicolas Flamel avait, pour ses contemporains, d?couvert la fameuse?pierre philosophale?et r?ussi cette transmutation des vils m?taux en or ? laquelle aspiraient les chimistes en mal de fortune. Comment expliquer autrement qu?il ait pu devenir si riche en prenant de l??ge?? Telle est la rumeur qui courut ? l??poque et qui enfla au fil du temps. ? tel point que, bien apr?s la mort de Nicolas Flamel en 1418, plusieurs ouvrages lui furent attribu?s, du?Livre Flamel, en r?alit? la traduction fran?aise d?un trait? en latin d?Arnaud de Villeneuve, jusqu?au c?l?bre?Livre des figures hi?roglyphiques, paru en 1612, qui serait la traduction de myst?rieux ?crits r?dig?s en latin par Nicolas Flamel.

L?auteur pr?sum? y d?voile notamment le processus de?Grand ?uvre, autrement dit de la transmutation. On y apprend ?galement que l?alchimiste pr?sum? se serait bas?, pour entreprendre ses travaux, sur un tr?s ancien texte en latin intitul??Le Livre d?Abraham le Juif, prince, ?v?que l?vite, astrologue, philosophe, ? la gent des Juifs dispers?s dans les Gaules par l?ire de Dieu. Des travaux qui rest?rent infructueux durant 21 longues ann?es. Ce n?est, en d?finitive, qu?apr?s avoir effectu? un p?lerinage ? Compostelle et s??tre fait expliquer par un myst?rieux m?decin juif le secret des illustrations du Livre d?Abraham que Nicolas Flamel aurait, en 1582, enfin r?ussi ? transmuter le mercure, tout d?abord en argent, puis en or.

Ainsi naquit le mythe, soigneusement entretenu durant des si?cles par des auteurs plus ou moins anonymes et des ?diteurs nettement plus v?naux que cr?dules. Tout cela est naturellement faux et rel?ve uniquement d?une l?gende d?autant plus pris?e qu?elle comporte une large part d??sot?risme. N?en d?plaise aux amateurs de contes, l?origine de la fortune du c?l?bre ?crivain public et libraire-jur?* ne doit en effet rien ? l?alchimie, mais plus prosa?quement ? l?apport de son ?pouse Pernelle, une veuve ais?e disposant de biens cons?quents lors des ?pousailles. Ces biens, ajout?s ? l?argent que gagnait Nicolas Flamel dans ses fonctions lucratives, permirent au couple, parfois par le biais de la proc?dure, de sp?culer habilement et d?acqu?rir tant?intra-muros?qu?extra-muros?un certain nombre de locaux commerciaux et autres immeubles.

Lorsqu?ils entreprirent la construction de la fameuse maison dans l?actuelle rue de Montmorency, Nicolas Flamel et son ?pouse Pernelle s??taient consid?rablement enrichis. Quelque peu revenus de leur boulimie de possession, ils aspiraient d?sormais ? sans doute pour pr?parer leur passage dans l?au-del? en plaisant ? Dieu??, ? disposer d?une partie de leurs biens dans un but humanitaire. C?est ainsi que le couple multiplia les dons charitables, mais sans pour autant construire ? ses frais h?pitaux et chapelles comme le rapporta la l?gende ult?rieurement.

Les pauvres p?cheurs tr?pass?s

Construit de belle mani?re en pierre, le n??51 de la rue de Montmorency r?pondait ? une double fonction?: commerciale au rez-de-chauss?e, o? ?taient implant?es des boutiques, et humanitaire dans les ?tages. Nicolas Flamel et Pernelle y logeaient des laboureurs et des mara?chers qui travaillaient alors sur les parcelles horticoles situ?es entre les enceintes de?Philippe Auguste?et?Charles V. Le logement ?tait gratuit pour les habitants de la?maison du Grand pignon. Seule obligation faite ? ces pauvres gens?: dire des pri?res quotidiennes pour les morts comme l?indique le bandeau qui court sur la fa?ade?: ??Nous h?mes et f?mes laboureurs demourans au porche de ceste maison qui fu f?e en l?an de gr?ce mil quatre cens et sept, somes tenus chascun en droit sou dire tous les jours une pastenotre et un ave maria en priant dieu q de sa gr?ce face perd? aux povres pescheurs trespassez, amen.??

Outre ce bandeau, la fa?ade comporte encore des personnages sculpt?s sur ses six piliers de pierre ainsi qu?un N sur le deuxi?me pilier et un F sur le cinqui?me, r?f?rences au propri?taire de la maison. Ces sculptures, longtemps masqu?es par un disgracieux cr?pi, ne furent d?gag?es qu?en 1900. Au dessus du bandeau existait autrefois une grande fresque sur laquelle ?taient figur?s le Christ, Nicolas Flamel et Dame Pernelle. Cette fresque a totalement disparu, de m?me que le grand pignon qui surmontait autrefois la fa?ade et qui a donn? son nom ? la maison. Elle n?en garde pas moins fi?re allure et vaut sans aucun doute une petite visite, ne serait-ce que pour y ?voquer la vie des laboureurs des prairies Saint-Martin ? l??poque de?Charles VI, ou laisser vagabonder son imagination sur les exp?rimentations enfi?vr?es des alchimistes du temps jadis.

La maison du Grand pignon?a ?t? l?gu?e ? l??glise Saint-Jacques de la Boucherie ? la mort du libraire-jur?, le 22 mars 1418. La pierre tombale de Nicolas Flamel, initialement enterr? dans l??glise, est visible au?mus?e de Cluny. La voirie parisienne, quant ? elle, a tenu ? rendre hommage ? cet homme et ? sa femme?: une rue de Paris, proche du Ch?telet, porte en effet le nom de?Nicolas Flamel?; c?est l? qu??tait situ?e la r?sidence du couple?; non loin de leur demeure, une autre rue porte le nom de?Pernelle. Nicolas et Pernelle, de bien jolis pr?noms?!

*?Nicolas Flamel a occup? les fonctions de copiste et d??crivain public avant de devenir libraire jur?, le serment pr?t? ? l?Universit? ayant pour effet d?en faire un clerc exempt? de rendre des comptes au Pr?v?t des marchands et dispens? de payer la ??taille??.

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