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28 septembre 2011 |
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vu 239 fois La mort. La peur de la mort. L’angoisse de mourir. La crainte de voir ses proches mourir. Voilà des sujets que l’on n’aime pas forcément aborder. Et pourtant ils sont bien souvent là. En toile de fond. Tissant les pensées qui nous arrivent parfois avant de nous coucher ou auprès du lit de mort de nos proches et même, peut-être, inconsciemment dans de nombreux actes quotidiens. Et si finalement, comme le disait Chateaubriand, « tout nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie ». Je me permets humblement ces quelques lignes de réflexion.

La mort et les réflexions qui lui sont liées sont-elles une affaire de croyances ?
Tout d’abord on peut croire en la vie après la mort. En la réincarnation. Ou toute autre pensée concernant un « quelque chose » après la mort. L’Homme possède une belle imagination lorsqu’il s’agit de mettre du sens dans ce qu’il ne comprend pas. Mais si l’on en revient aux faits. A ce que l’on expérimente chaque jour, par l’intermédiaire de la mort des autres. La mort n’est que l’arrêt des fonctions vitales, du souffle et de la vie. En la matière je préfère donc choisir l’option la plus simple et penser comme Cyrano de Bergerac « qu’après la mort, notre âme évanouie sera ce qu’elle était avant la vie. », le vide, le néant… choisissez le terme que vous souhaitez, cela a finalement peu d’importance. Cependant je comprends tout à fait les personnes qui espèrent une vie après la mort ou une réincarnation, car c’est vraiment une douce idée que de se dire que l’on va mourir sans perdre la vie.
La mort, ultime non-sens.
Le principal problème posé par la mort est lié au « non-sens » qui l’accompagne. Comme le dit Cioran « On peut tout comprendre, tout admettre, tout réaliser, sauf sa mort, alors même qu’on y pense sans relâche et qu’on y est résigné. » Ou comme le dit Anthony Burgess, la mort c’est « l’horreur absolue de la non-existence. La mort ne rentre dans aucun schéma. Il n’y a pas d’explication à la mort. Elle entre, elle vous arrête au milieu d’une phrase : « Non, c’est fini » et claque la porte. »
J’irai même plus loin en ajoutant qu’en plus d’un non-sens, la mort est un égalitarisme. Peu importe votre vie, peu importe qui vous soyez, combien vous avez aimé, combien vous êtes aimé, ce que vous possédez, ce que vous avez réalisé. Nous vivons tous de manière inégalitaire, mais une fois la mort survenue il n’y a plus rien. Nous nous retrouvons tous dans la plus stricte égalité.
Alors chacun peut se construire des échelles de valeur. Des transcendances. Se réconforter en se disant qu’on laissera une trace, ou que l’on a vécu une vie « hautement » supérieure, une vie heureuse… etc. Mais tout cela n’est qu’artifice face au fait brut qu’est la mort. Essayer de juger la vie, sa vie, à la lumière de la mort est absurde. Cela revient à vouloir fixer un point d’observation dans un temps où nous ne serons plus. Il n’y a là qu’un effet psychologique qui ne concerne que celui qui le pense. Mais vous pouvez vous prendre pour un sage prétentieux qui se pense au dessus des masses et considère les autres avec mépris, le fait est qu’une fois mort, vous ne serez… qu’un mort de plus.
Ces réflexions concernant les échelles de valeur sont du même genre que celles qui souhaiteraient attribuer au fait de mourir une esthétique avec des jugements tels que « il a eu une belle mort ». Mais comme le dit très justement Sacha Guitry, « il n’y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à raconter – mais, celles-là, ce sont les morts des autres. »
La mort c’est juste la mort. Rien d’autre. Et c’est pourquoi de nombreuses réflexions s’y sont cassé les dents en voulant y coller absolument du sens. L’échec des uns poussant du coup les autres à se dire que si la mort n’avait pas de sens, elle pouvait par contre donner un sens à la vie. Et c’est ainsi que certains affirment que le but de la vie est d’apprendre à mourir. Mais cela ne vaut pas mieux que les réflexions précédentes et Jean-François Revel relève d’ailleurs très justement que « la mort, cela ne s’apprend pas. On ne peut apprendre que ce qu’on peut répéter. La mort est un fait unique et un fait brut. »
Réfléchir à la mort, sans intérêt ?
Si l’on considère la mort comme un fait unique et brut qui ne sera suivi de rien la question est, est-il intéressant d’y réfléchir ? A ce sujet la réponse de Montaigne est claire, « la mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n’êtes plus. »
Que faut-il retenir de tout cela ? Que le seul espace temporel qui existe pour chacun d’entre nous est celui de notre vie. D’un point de vue individuel le reste n’existe pas, il est donc inutile de s’en préoccuper. « La mort n’est pas un événement de la vie. La mort ne peut être vécue. » (Ludwig Wittgenstein). Concernant la mort de nos proches, là encore la mort reste un fait brut. Ce qui nous lie à une personne c’est ce que nous avons vécu avec elle et ce que l’on vie en ce moment avec elle. Une fois disparue la seule chose qui reste c’est ce qu’on a vécu avec elle, le présent et l’avenir se faisant sans elle. Là encore on peut trouver l’idée insupportable et même la refuser, cependant cela ne changera rien. Perdre un proche cela modifie nos « équilibres » de vie, continuer à vivre implique de l’accepter et de chercher à se rééquilibrer. Rien d’autre.
Oscar Wilde« Je n’ai pas peur de la Mort. Ce qui me terrifie, c’est l’approche de la Mort. »
Les réflexions précédentes me font donc dire que la mort n’est pas un problème, ni même un sujet. C’est un fait qui ne nous concerne pas. Sommes-nous libérés de toute angoisse et peur pour autant ? Non. Car ce qui précède la mort est bien réel et concerne cette fois-ci notre vie. J’entends par là, la vieillesse et les maladies. C’est cette idée qui a notamment fait dire à Quintus Ennius que « la mort n’est pas un mal, l’approche de la mort en est un. » Bien plus que la mort c’est sentir ses forces vitales s’en aller qui nous fait peur. Et ceux qui ont dû subir la lente mort de certains de leurs proches ne contrediront pas le fait que la mort est en fait parfois un soulagement lorsque la maladie, la souffrance et la douleur sont devenues trop présentes. « La mort n’est pas une chose si sérieuse ; la douleur, oui. » (André Malraux).
D’ailleurs « parfois la mort est faussement accusée quand elle achève des vieillards qui par l’âge étaient déjà finis, déjà bien morts avant l’avènement de la mort. » (Ahmadou Kourouma). Et cela est aussi vrai pour d’autres cas. Combien de personnes peuvent affirmer comme il est difficile de constater la disparition du proche que l’on connaissait suite à un accident, ou une maladie, alors que le corps dans lequel vivait ce proche est encore bien vivant. C’est ce qu’il y a d’ailleurs de terrible dans les stades avancés de la maladie d’Alzheimer.
Quels enseignements je retire de ces modestes réflexions ?
Des enseignements individuels
Le premier enseignement individuel
Que doit-on retenir de ces réflexions ? Tout d’abord que d’un point de vue individuel et en reprenant ce que je disais plus haut, la mort possède cette capacité ultime à détruire toute échelle de valeur, toute abstraction de la pensée, toute transcendance. En cela la mort est à l’origine de la liberté individuelle totale. C’est-à-dire à l’origine de cette liberté que possède chaque individu dans le choix du sens donné à sa vie, de ses valeurs ou encore de ses instruments de mesure. Un appel à la liberté qui ne pousse pas à laisser aller le bateau à la dérive mais bien à le faire naviguer selon nos choix. Chacun devant garder en tête que l’humilité est incontournable en la matière. En effet, chacun étant libre dans le choix de ses instruments, juger la valeur de l’autre à l’aune de nos propres outils est absurde et sans intérêt. J’en resterai cependant là sur ce premier enseignement, car commence ici la vraie réflexion philosophique que chacun doit mener (moi le premier), celle de la vie, de sa vie. Ce premier enseignement invite chacun à trouver du sens, son sens, car comme le dit encore Montaigne, » la mort est bien le bout, non pourtant le but de la vie. » Je laisserais ici le dernier mot de cet appel à la liberté individuelle à Spinoza, « La chose du monde à laquelle un homme libre pense le moins, c’est la mort ; et la sagesse n’est point la méditation de la mort mais de la vie. »
Le second enseignement individuel
Le second enseignement ne sera lui valable que pour ceux qui auront inclus dans leurs choix de vie la volonté de vivre (qui relève bien d’un choix individuel).
Si la mort ne mérite pas que l’on y pense mais juste qu’on l’accepte, nous devons par contre nous préoccuper de notre santé, de notre forme et de notre hygiène de vie. Car notre espace temporel et le champ de nos possibles en dépendent. Ce sont ces éléments qui définissent notre « temps » et qui permettent d’assurer à l’individu la possibilité d’exercer sa liberté individuelle totale décrite plus haut.
Il n’est bien entendu pas question de tomber inversement dans une angoisse de la maladie ou de la vieillesse qui serait destructrice. Il ne faudrait en effet pas que cette angoisse vous trompe et vous fasse oublier de vivre.
Je résumerai ce second enseignement individuel ainsi : les fonctions vitales étant les supports indispensables de notre vie, les entretenir, voir les améliorer, doit figurer dans nos priorités. Notre santé physique et mentale étant les pré-requis à l’exercice de notre liberté individuelle.
Ces enseignements individuels appellent-ils à une forme d’anarchie chaotique ? Je ne le pense pas et le dernier enseignement ci-dessous va me permettre de m’expliquer.
Des enseignements collectifs
Si l’on repart du dernier enseignement individuel on s’aperçoit que celui-ci n’est possible que dans le cadre d’un projet de société. En effet, chercher à augmenter l’espérance de vie, améliorer la santé et garantir la liberté des choix individuels, ne peut se faire que dans un cadre collectif. L’individu ne peut et ne doit accepter le fameux « contrat social » (qu’il paye au prix d’une diminution « raisonnable » de sa liberté) qu’à cette condition.
Cet enseignement est une véritable invitation à donner un sens à la gouvernance de nos sociétés modernes. Un sens qui invite à travailler collectivement dans l’intérêt de tous. Partage, entraide et humain prennent ici tout leur sens.
C’est à ce moment là que certaines personnes (bien souvent les mêmes que celles qui souhaitaient y mettre du sens ou de l’esthétique) arrivent pour vous expliquer qu’en fait la mort est un bien et que sans elle la vie perdrait son intérêt. Pire, que de se lancer dans une course à l’augmentation de l’espérance de vie mène l’humanité à sa perte. Mais le fait est que ces opinions « conservatrices » ne se basent sur aucune vraie réflexion. Alors que celui qui propose de faire de l’augmentation de l’espérance de vie l’un des objectifs majeurs de nos sociétés se base sur le fait que la vie est la seule chose qu’un être humain possède. Et augmenter cet espace temporel de vie c’est augmenter le champ des possibles donc la liberté de chaque individu et par la même de nos sociétés. Les contradicteurs à cette idée utilisent ce paradoxe qui nous fait pleurer l’individu mais ignorer la masse. Un paradoxe très justement souligné par Staline, « la mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique ».
Je terminerai sur ce point en citant Sappho qui disait, non sans humour, « si la mort était un bien, les dieux ne seraient pas immortels. »
RDV sur 5ème Vitesse !
Auteur : Pascal David - Source : Mesacosan
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