Accueil / A C T U A L I T É / La petite r?volution du printemps

La petite r?volution du printemps

?

01

Tu sors pour faire le m?nage? C?est comme ton ?me en capuchon qui a pass? l?hiver sur la corde ? fr?mir de froid. T?as ?t? enterr? par les premi?res neiges. J?avais oubli? quelques gousses d?ail. Press?e Dame Ail: ?Elle s??tait d?j? point?e ?avec ses petits doigts verts. Elle cherchait le soleil comme on cherche le bonheur? On se dit que ?a ne poussera jamais. Comme si la l?hiver avait fait la guerre ? toutes les couleurs. C?est gris, noir, embrouill?, sale. Le printemps se r?veille avec des petits yeux? Comme nous apr?s le matin. Oui, le matin o? la veille tu n?as m?me pas le go?t ?de revivre cette satan?e journ?e de marmotte d?hiver.

Dieu est un peintre qui a d? aller passer l?hiver dans le Sud en emportant toutes les couleurs. Voleur! Va! Il a picor? l?assiette de la palette des peintre et a mang? avec des baguettes plum?es.

Zommmmmmmmmm! Parti! Monsieur Dieu!

Ils disent de d?raciner le sol, enlever les mauvaises herbes. Tu te rends compte que t?es jeune de partout, sauf au dos et aux reins. Tu fais du yoga sans le savoir comme Monsieur Jourdain-jardin faisait de prose. Tu te penches, tu de d?penches, tu cherche la souplesse cach?e dans la raideur comme la chaleur cach?e dans le froid. Et l?, t?es tent? d?aller go?ter au miracle des antidouleurs de Big Pharma. L?instantan?it?.

J?ai mis mes plus laids habits: un jeans trou?, un vieux gilet de sauvetage gris comme une feuille qui a perdu le chemin de son arbre. Le vert de ses yeux ferm?s. Des bottes de p?cheur. Des gants de cuir made in China. Et les mains pleines d?outils? Ce matin, on refait le monde. Car, apr?s la pluie, et la pluie, et la pluie, on commence ? comprendre le vieux No?.

Au d?but, t?as pas le go?t. C?est trop. Un d?sastre! La peau calypse ?now! ??a te rappelle une chose: le travail, le vrai. Un bureaucrate plante son stylo, ses textos, se pavane et ne produit que des calamit?s sans le savoir. Il s?habille comme une fleur qui n?a pas v?cu la douleur de l?hiver et du printemps. Un singe ? gravats. D?combrateur! Mulot de bureau!

Il en est qui se font grand ? bouffer des carolettes, du caviar, mais ils ne produisent que de l?encre qu?ils couchent sur papier ou dans un univers parall?le, au pays de la cybercitude. L?agriculture de l?invisible? Ils se poussent dans l?hydroponie de tes sueurs et de tes larmes.

Tu les nourris et tu passes pour un ignorant, alors qu?ils ne savent pas d?o? viennent les haricots.

Le printemps, ?a rappelle les guerres. Toutes les guerres: les maisons d?truites, les institutions d?truites, et les bras d?humains qui pendent aux arbres comme pendent les herbes de l?an dernier. Ils n?en finissent plus de nous refaire des printemps pour planter la m?me chose: le d?veloppement continu.

***

Gilberte, une voisine, a un tout petit potager. Minuscule, mais adorable. Comme les post-it que l?on colle sur son bureau pour se rappeler? Se souvenir que tout vient de l?. Et qu?il y a des saisons. Et que malgr? ce que tout le monde dit, si le monde va mal ce n?est pas ? cause des bras? C?est le cerveau. En ce moment, on a plus de cerveaux que de bras. On leur donne notre argent, nos sueurs, nos mis?res pour qu?ils organisent un jardin. Ils utilisent leur cerveau. Trop paresseux et orgueilleux pour se livrer ? la l?avilissant t?che de creuser un peu la terre pour comprendre le monde.

Tu te penches ? construire, ils se pensent ? construire.

Le destructionnisme plan?taire.

Tu plantes un choux. Zoup! Disparu! Il est rendu dans un paradis fiscal.

La question qui tue: Combien de pommes de terre y-a-t?il dans un F 35? ?Et puis une autre: Combien d?enfants meurent de faim pour avoir transform? du ma?s en carburant?

Trilogons ( du verbe triloger de trilogie ):?? Qui?faut-il sarcler pour ramener une terre viable? ?O? se trouve tout la mauvaise ?herbe qui est en train d?acheter et de d?truire le vivant?

La quadrature du cercle?

FINALE

C?est pour ?a que le paysan n?attend pas le politicien pour se nourrir. Il a appris des comp?tences issues de la mauvaise herbe , il sait la valse des saisons. Il sait refaire le terrain?.

C?est la raison pour ?laquelle je jardine et me plains du printemps. Je ?per?ois le myst?re de mon ?me li?e ? cette Terre. Je vois mon insignifiante mis?re cach?e derri?re cette valse des saisons. je vois la Vie, sa grandeur, que je ne comprends pas. ?Mais je vois celle des autres qui n?ont plus le moindre petit coin de terre pour se ?rappeler que nous sommes issus des peuplades de chasseurs-cueilleurs. Que peu ?importe le nombre d?ordinateurs, d??coles falsifi?es, d?armes sophistiqu?es, de « progr?s », et des esclaves attach?s ? leur « t?l?phone intelligent », le plaisir de vivre est dans les petites choses. La b?n?diction de la Vie existe entre la joie de partager ne serais-ce qu?un sourire, qu?une phrase sans ? »profondeur ». Car dire bonjour au voisin qui est en train de labourer son petit coin de jardin en lui disant:  » Tu plantes tes pommes de terre? » Non, c?est sans « profondeur »?

C?est pas dans le propos, c?est dans la beaut? et l?invisible de l??change qui ne contient rien en terme de message au sens o? nous l?entendons aujourd?hui. Tout est dans l??motion. Et c?est la raison pour laquelle il n?y aura pas de v?ritable r?volution de printemps, sauf la n?tre ? la minuscule ? ?, parce qu?il n?y a pas de messages r?els en conformit? avec notre ?me. On parle ? nos cerveaux. On le cultive, on le bricole, on le trompe, on le contr?le, on l?esclave?

On peut trafiquer un cerveau, mais pas une terre?

Ne vous demandez pas ce que les grands ont fait pour vous, constatez ce que vous avez fait pour qu?ils soient aussi grands? Vous vous rendrez alors compte que la mauvaise herbe a vraiment pris les trois quarts du terrain pendant l?Histoire. ? Et ce, c?est comme avoir dormi plusieurs ann?es avant de rencontrer un petit jardin ?bouriff? et qu?il est trop tard.

Ga?tan Pelletier

8 mai 2014

P.S.: Date o? la guerre 39-45 ?tait termin?e. Je me demande combien sont morts avant qu?on signe les papiers?

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Castex et Casse-toi sont dans un bateau

Castex tombe à l’eau, qui est-ce qui reste ? Si Castex sait nager, il peut s’en ...

4 Commentaire

  1. avatar

    C’est reposant lire tes textes Gaétan,
    mais en même temps ça pique comme une guêpe qu’on a pas vue en marchant avec le cellulaire et regardant distraitement où l’on avance.

    Les paysans. Toujours les derniers à quitter leurs terres en temps de guerre, abandonnant souvent leurs animaux dans la fuite et sacrifiant ensuite leurs vies dans la fronde.

     » Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent.  » Sartre

    Je retourne à mon très petit jardin printanier. Bonne journée.

    DG

  2. avatar

    Bonjour Denis
    L’oiseau bariolé est un livre que j’ai trouvé à la bibliothèque. Je ne connaissais pas Kosinski.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jerzy_Kosinski L’OISEAU BARIOLÉ.
    Son « récit » est un peu difficile à suivre. Mais c’est toujours le même refrain: pendant qu’ils se battent, les gens tentent de survivre par tous les moyens à travers des groupements de « diverses opinions ».
    On ne parle jamais de ces gens-là. On les compte seulement.
    Ils endurent ou s’enfuient.
    Les souffrances inutiles… Des non extrémistes… Juste des spectateurs…
    Bonne journée!

  3. avatar

    Bonjour Gaetan.!

    Jour faste aujourd,hui, j’ai connecté a Centpapiers. puis a ton artisle en deux (2) clics. Tres rare que j’y arruve, ce qui me rend nostalgique… Généralement je laisse tomber. Mais ca donne d’autant plus de prix qu plaisir de te lire …

    Il avait été question d’une compilation de tes textes; j’espere que ca se realisera. Juste du Gaetan, sans etre obligé de fouiller dans du n’importe qui qui repete du n’importe quoi. … Bonheur. En vieillissant, on se lasse des nouvelles qui dont de plus en plus des anciennes…

    Ciao

    Pierre JC

  4. avatar

    Bonjour Pierre,
    On se lasse des nouvelles, c’est vrai… Je pense que le « monde » changera quand il sera obligé de changer. Une nécessité. Ça a toujours été ainsi. Mais au 21 e siècle le « terrain » est toujours plus petit et les moyens de saccager, toujours plus grands… Un énorme cul-de-sac.
    Alors, vive la petite vie des gens, de l’intérieur, mais ralliée à ce monde « moderne ».
    Pour la compilation de textes, c’est du passé. Du moins je pense…
    Tel que je le voulais, je laisserai ça à mes enfants.
    Bonne journée!