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La petite bille dans l?espace

 

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Source Image?: « Bille bang ». Une illustration personnelle de la th?orie du?Big Bang. Les billes ont ?t? plac?es pr?cis?ment ? la main dans une petite flaque d?eau.???Gilles Th?venin?L?internaute?

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Quand j??tais enfant, je jouais aux billes.? Et c??tait la plus importante des choses. Dans un tout petit village qui est rest? un petit village aux maisons d?labr?es, aux champs immenses, mais c?t?s, l? o? le parfum des vaches laissait son parfum partout. On habitait entre la bille et le ciel. On aurait dit un vase de verre, avec une coupole bleue. C??tait un village-nid, bien tranquille. J?allais fouiner, au printemps, dans les mares, pour voir les t?tards. Cette vie infime et grouillante me passionnait. Je n??tais pas cloisonn? dans une cloche de verre, c??tait un lustre stri? de nuages, de la beaut? des ?t?s br?lants, quand ma m?re, ma tante et moi allions aux fraises des champs. Les marguerites ballaient au vent, les bourdons tournoyaient comme des OVNIS, tout bougeait, m?me les nuages en convoi sur notre ciel. Toute cette vie ?tait r?elle. Toute cette vie ?tait comme un village qui aurait pu se nommer ??Charming??. Les gens s?aimaient, les gens se ha?ssaient, et il y en avait qui portaient leur orgueil comme une masse de plomb, d?autres leurs mis?res noire, mais vraiment noire, avec la faim au ventre, la maigreur, les dents cari?es, la peau blanche, la silhouette osseuse.

Cet univers ?tait trop petit pour s?entretuer. Il n?y avait que des guerres de mots, pas d?id?ologies. Les batailles se faisaient parfois entre la beaut? et les r?ussites des jardins. Entre les exploits sur le champ de baseball.

On pouvait y compter deux ou trois petites industries. Mais on ne pouvait compter les truites dans les rivi?res.

Le seul terroriste que je connaissais ?tait mon oncle, le m?canicien du village, qui changeait quelques pi?ces dans les autos, en repla?ait des vieilles, battait sa femme et sa barge ?tai si rugueuse que l?on aurait ?pu poncer une fen?tre ? la peinture craquante, rong?e par le temps. Comme son visage?

Et chez les filles, ??all of a sudden??, apparaissait la beaut? ? couper le souffle.

On mangeait un frite dans une petit contenant de carton en allant se balancer sur la balan?oire des voisins d?en face de la cantine. La balan?oire ?tait ??communiste??. Elle appartenait ? tout le monde.

***

Quand on a peu de pass?, on ne peut avoir de nostalgie. Il n?y a pas de nostalgie dans la vie. Du moins, il ne faut pas en avoir. Car le pr?sent ne se nourrit pas des traces du pass?. Il est. Bien simplement. Il est. Et il est tout chaud. Tout chaud comme une fourn?e de pain, l?une apr?s l?autre. La haine ?tait ? ?galit? des avoirs et des ambitions?: toute petite, comme des particules d?orgueil qui tra?nent dans l??me humaine.

M?me avec un long pass?, il ne faut pas avoir de nostalgie. Le pass? est un cadavre qui nous a nourrit.

Quand l?automne arrivait, se pointait en ses petites gel?es frimassant ?sur les herbes, on le prenait comme un morceau de glace apr?s un ?t? br?lant.

Les gens avaient des armes. Ils chassaient. C??tait une question de survie et, ? une chose bien normale dans ce monde aride, clos dans une petite vall?e.

Personne ne travaillait le dimanche. Ils disaient que c??tait jour de repos consacr? ? ??dieu??. Ils s?habillaient de ce qu?ils pouvaient trouver de plus beau dans leur penderie.

Ils devenaient des dieux?

C??tait comme ?a. Personne n?avalait de pilule pour ?tre ??heureux??. Il n?y avait qu?un m?decin pour trois villages, et tout ce qu?il faisait ?tait d?arracher des dents. Mais on pouvait trouver un petit h?pital qui co?tait une fortune quand on y allait. Alors, ma m?re n?y allait pas. Elle avait des amygdalites ? r?p?titions, mais elle s?enfermait dans sa chambre et souffrait. Quelques jours plus tard elle en ressortait gu?rie. Elle allait alors jouer aux cartes chez une de mes tantes.

***

Un jour, les vendeurs du temple sont arriv?s. En fait, ils sont arriv?s souvent, pendant des d?cennies. Ils ont agrandi le ciel, cach? les fraises sauvages et les bleuets. Ils ?taient tous plus intelligents que les gens du village. Ils disaient que c??tait le progr?s.

Le village est rest? un peu le m?me, mais tout est devenu compliqu?. M?me avoir de l?eau?

***

Aujourd?hui, les petites industries ont disparu. Les gens sont all?s vers la ville. Certains sont revenus pour reprendre leur vie normale, tranquille, semant des tomates, des f?ves, des carottes et des pommes de terre.

Alors qu?ils ne travaillaient pas l?hiver, ils durent passer tous leurs hivers ? travailler.

Les gens n?ont pas chang?. Les gens se sont fait traquer. Comme les li?vres qu?ils tuaient ? l?automne lors des premi?res neiges. Le fil de laiton? Couleur or, mais tra?tre et vicieux quand on savait faire les n?uds.

Ces gens-l? vivaient avec la terre. Et avec la Terre. Si simplement, si bellement, malgr? les souffrances? Les souffrances se sont ?largies, la bulle de verre des ciels bleu d??t? a ?clat?.

***

Les billes, les t?tards, les filles, les mariages fous, la d?linquance, le travail, et l??conomie r?elle. Pas un citoyen du village n?aurait pris une poule pour une auto. Ils savaient la valeur d?un ?uf, d?une maison, et la patience qu?ils cultivaient ?taient leur pri?re. Ils ne se servaient pas de moules?: ils cr?aient sans moules. Mais quand les moules sont arriv?s, ils se sont dit que ?a leur faciliterait la t?che. Ils n?avaient pas compris que le travail n??tait pas une torture mais une pri?re ? genoux sur une terre ? travailler pour la rendre meilleure.

Ils savaient que les enfants n??taient pas faits pour la guerre. Qui donc voudrait charcuter ce qu?il a cr?? et qui lui ressemble? Qui donc veut ses enfants d?chiquet?s?

Alors, c?est l? que le monde a chang?.

J?ai chang? de village. Je vis dans un autre village. Mais il n?y a plus cette bulle qui nous prot?geait. Les villages se sont faits infiltr?s par tous les diables de ce monde. Le malin. Ils parlent avec des papiers. Mais comme c??tait compliqu?, ils parlent avec des messages ?lectroniques. Quand mon grand-p?re voulait vendre son coq, il n?allait pas sur Ebay pour en conna?tre le prix. Coq ? Coq. Coq ? l??me.

Vendu.

Mais voil? que le jeu de la bille n?est plus un jeu d?enfants. Il existe des milliers d?organisation ? travers cet univers pour jouer au grand pour qui la Terre est une bille. Si intelligents qu?ils ignorent qu?ils vivent sur celle-ci.

Alors ils contr?lent le savoir de nos enfants.

Notre m?decine chimifi?e.

Notre agriculture chimifi?e.

Nos ??d?mocraties?? ? la x comme je te pousse.

Nos avoirs ( nos poules titris?es )

Ils mensongent ? tout vent.

Ils naz?ifient nos enfants.

On dit que c?est un village ??global??.? C??tait une formule positive. Il y a longtemps.

Maintenant, le village de plomb, avec les dettes, les mani?res de faire, les mani?res de cultiver, les mani?res de ??fabriquer?? des citoyens, etc.

Plus personne ne joue aux billes, ni ne regarde les filles de la m?me fa?on. Nous sommes OGM sans trop conna?tre l?amour du prochain. Il est confondu ? ce passage entre l?enfance et la pubert?.

Au moment o? il nous pousse des poils, on ne voit plus l?autre autrement?

Au moment o? le savoir fait l?amour ? la vanit? et? ? l?orgueil, et qu?il y a un file en attente pour devenir un h?ros givr? au grandiose, pr?t ? tout, nous sommes cuits dans un four au point de faire fondre toute les billes et la Terre.

Qu?on ne me fasse pas suer avec les grandes id?es. Une carotte ne pousse pas avec de grandes id?es. Et m?me si on a un million de grandes id?es, et qu?on radote en file sur les m?dias sociaux, cela ne changera rien.

Le marchand sait bien qu?il faut un miroir au sauvage?

La vanit? finira par faire dispara?tre Alice au pays des merveilles. Car on peut bien utiliser le miroir, mais il est dangereux d?y entrer.

Voire mortel?

La vie est un conte de faits, pas un conte de f?e?

Ga?tan Pelletier

26 mai 2013

P.S.?: Maintenant il n?y a plus de r?els villages. Ils sont l? physiquement, mais virtuellement ils sont gangren?s par la mondialisation. Et le plus grand exploit des ??grands mondialistes?? est d?avoir insuffl? en chacun de nous le souffle qui nous emp?che de respirer. L?horrible salariat fordien, si prometteur,? a ?t? vraiment un travail ? la cha?ne?: ?Des mains au cerveau?

Je ne sais qui nous a donn? cette bille, mais nous finirons par perdre la boule.

? force de vouloir ?tre grands, nous finirons par ?tre si petits que la douleur de se s?agenouiller sur un jardin pour faire pousser des rutabagas ne sera rien ? celle qui se dessine.

C?est comme les administrations des pays?: nous voil? avec plus d?architectes que de menuisiers.

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