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La palmeraie… bretonne

C’est un fait : il y a de plus en plus de palmiers dans les parcs et les jardins de Bretagne. Le château de Saint-Malo lui-même se donne des allures de remparts ibériques (cf. photo). Pour un peu, l’on se croirait en Andalousie. Et pourtant non, nous sommes en Ille-et-Vilaine, sur les rives de la Manche…

Saint-Malo n’est évidemment pas la seule ville de Bretagne où les palmiers se sont aussi parfaitement acclimatés, au point de faire désormais partie du paysage et d’avoir conquis, non seulement les espaces publics, mais également de très nombreux jardins privés. Aussi surprenant que cela puisse paraître aux yeux des visiteurs peu familiarisés avec les paysages urbains de la péninsule armoricaine, le fait est qu’un nombre sans cesse croissant de stations balnéaires bretonnes ont, ces dernières années, fait le choix de multiplier sur leur territoire ces arbres jusque-là emblématiques du pourtour méditerranéen. À commencer par les villes voisines de Dinard et de Saint-Lunaire, toutes deux situées dans la baie du port malouin.

Certes, l’implantation de palmiers en Bretagne n’est pas totalement nouvelle : la palmeraie de l’EPSM* Étienne Gourmelen de Quimper (Finistère) – 300 arbres – date du milieu du 19e siècle. Mais elle était une exception à cette époque dans la région. Quant à la palmeraie du domaine départemental de La Roche-Jagu (Côtes d’Armor), elle a été installée dans les années 90 lorsque le parc du château a été complètement réaménagé. Principalement constituée de trachycarpus fortunei (palmier de Chine) et, à un degré moindre, de phoenix canariensis (palmier des Canaries), cette palmeraie voisine avec d’autres espèces végétales méditerranéennes, voire d’origine tropicale, comme les fougères arborescentes, les bananiers du Japon, les cordylines, les aloès, les agaves et autres abutilons.

Toutes ces plantes, et notamment les palmiers représentatifs des familles palmacées et arécacées, l’on peut également les admirer ailleurs en Bretagne. Sur la côte sud, bien sûr (par exemple dans le Morbihan à Lorient et dans le Finistère à Fouesnant). Mais aussi, pour rester dans le Finistère, dans la presqu’île de Crozon et la rade de Brest. C’est toutefois sur la côte nord qu’ils sont le plus spectaculaires. Tout particulièrement dans le superbe jardin exotique de Roscoff, perché sur un chaos de granit à deux pas du port de commerce ; outre les trachycarpus et les phoenix, ce jardin s’enorgueillit également de superbes chamaerops humilis. Autant d’espèces que l’on retrouve dans le non moins superbe jardin Paul Delaselle, implanté sur les sables et les granits de l’île de Batz, à quelques encablures seulement de la cité corsaire roscovite. Sans oublier la costarmoricaine Bréhat, justement dénommée « L’île aux fleurs » ou, sur la côte de Granit rose, la station de Perros-Guirec et, sur la côte du Goëlo, celle de Binic.

Faut-il en être surpris ? Non, car il n’y a rien d’étonnant dans ce constat : grâce à l’influence bénéfique du Gulf Stream, la douceur du climat nord-finistérien favorise le développement de ces végétaux naguère non endémiques en Armorique mais qui, le réchauffement climatique aidant, sont bien partis pour le devenir. Tout comme les… oliviers qui sont, eux aussi, de plus en plus nombreux en Bretagne. Il n’y a d’ailleurs pas une grande jardinerie de l’Ouest qui ne propose à ses clients ces arbres venus du sud et partis à la conquête des terroirs armoricains. Seul petit bémol : le charançon rouge du palmier peut ici et là occasionner quelques déboires. Mais rien de grave. Quant à la cicadelle bretonne, elle n’est pas vectrice de la bactérie tueuse de l’olivier xylella fastidiosa, contrairement à sa cousine des régions méditerranéennes.

La Bretagne sera-t-elle devenue dans vingt ans une terre d’oliviers, et plus encore de palmiers ? C’est de plus en plus probable, eu égard aux progrès de l’implantation de ces arbres, non seulement sur les côtes, mais aussi dans les jardins des villes de l’intérieur. Car c’est un fait avéré : trachycarpus, phoenix et chamaerops sont d’ores et déjà présents en nombre, et le phénomène ne cesse de s’accentuer dans les départements bretons. Il s’étend même désormais au Cotentin voisin !

Il manque toutefois quelque chose à ces arbres pour leur conférer la touche d’exotisme de leurs parents méditerranéens : leurs hôtes les perruches à collier. Ces charmants perroquets – si nombreux, et parfois si bruyants, dans les villes espagnoles et italiennes – n’ont en effet pas encore suivi les palmiers dans leur migration vers les rives de l’Atlantique et de la Manche ! Mais cela ne saurait tarder car, les experts de la LPO** le confirment, l’invasion est en cours. Ces oiseaux colorés sont effectivement déjà présents, le plus souvent sous la forme de colonies férales, en région parisienne ainsi qu’à Bruxelles, à Londres et dans plusieurs villes allemandes et néerlandaises. Nul doute que les palmiers de Saint-Malo verront bientôt s’installer ces perruches dans leurs ramures au détriment des passereaux endémiques. À moins que les irascibles goélands de la cité corsaire ne s’en irritent et s’opposent à grands cris et coups de bec à la venue de ces envahisseuses. Nous ne devrions pas trop tarder à le savoir.

EPSM : Établissement Public de Santé Mentale

** LPO : Ligue de Protection des Oiseaux

Légende de la photo d’accompagnement :

En haut à gauche : château de Saint-Malo

En haut à droite : Dinard, quai de la Perle

En bas à gauche : palmeraie du domaine de La Roche-Jagu

En bas à droite : hôpital Gourmelen de Quimper

(photos Fergus sauf la dernière, Côté Quimper)

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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