vendredi, février 12, 2016
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La nostalgie en m?moire vive ( c’?tait mieux avant)

C?est un truc de g?n?ration que l?ensemble de mes exp?riences culturelles importantes aient ?t?, d?une mani?re ou d?une autre, non-num?riques. J?ai vu mon film pr?f?r? (Alien) dans une salle de cin?ma. J?ai lu mon livre favori (Portrait de femme) en format papier. Mon premier album pr?f?r?, Out of the Blue, des E.L.O., et mon second album pr?f?r?, Life?s Rich Pageant de R.E.M. (d?sol? pour les acronymes, je ne sais pas d?o? ?a me vient) furent achet?s et consomm?s, abondamment, sur vinyle. Et les concerts ? que ce soit Iron Maiden au Hammersmith Odeon ou Blur au Brixton Academy, au cas o? vous poseriez la question ? furent mes exp?riences les plus analogiques et les plus uniques de toutes.

Maintenant que je vieillis, que cette ?poque s??loigne et qu?une nostalgie naissante me submerge, je suis de plus en plus convaincu que l?exceptionnalit? analogique m?me de ces exp?riences participe de leur profondeur, et sert ?galement ? les graver dans mon esprit. Et je me demande si la particularit? de ces exp?riences est elle-m?me absolument unique. Est-ce m?me encore possible de vivre des exp?riences uniques?? Dans un monde de choix infinis, d?accessibilit? massive et d?appareils de lecture omnipr?sents, toute exp?rience culturelle est-elle condamn?e ? ?tre moins significative, plus ?ph?m?re ? amaigrie ?

Des exp?riences sans saveur

J?avoue ?tre un peu hant? par cette question. J?ai pass? les quinze derni?res ann?es ? exercer dans les m?dias num?riques, o? j?ai ?t? un raseur de premi?re et un militant r?gulier en faveur des ?normes b?n?fices humains apport?s par les r?seaux et les contenus digitalis?s. Wikip?dia, les e-mails, Twitter, les informations en temps r?el, YouTube, l?apprentissage ? distance, la banque en ligne et le shopping ? la somme des choses qui, je crois, ont rapetiss? le monde et l?ont rendu plus interconnect? et plus libre est extraordinaire.

Et oui, iTunes est merveilleux, tout comme le Kindle, et de m?me l?iPod et l?iPhone. Tous ont fourni un avantage immense ? l?achat et la consommation de culture. Pouvoir t?l?charger Guerre et Paix instantan?ment sur un objet de la taille d?une pochette de DVD est un miracle, et demeure, j?en suis persuad?, une bonne chose pour l??dition litt?raire en tant qu?industrie.

Et pourtant, pourtant?

Lisons ceci d?Anthony Lane, sur la croissance de la vid?o ? la demande [en]?:

Il n?y a qu?un seul probl?me avec le home cin?ma?: il n?existe pas. Son appellation m?me est un oxymore. D?s lors que vous interrompez votre film pour ouvrir la porte ou aller chercher un Coca, l?exp?rience cesse d??tre du cin?ma. L?acte m?me de choisir l?heure du visionnage signifie que vous avez cess? d??tre dans la salle de cin?ma. Le choix ? de pr?f?rence un menu exhaustif ? d?finit assez bien notre statut de consommateurs, et fut pendant longtemps un dogme inamovible de la f?te capitaliste, mais en v?rit? la carte blanche ne peut en aucune mani?re guider une vie culturelle (ou tout autre forme de vie d?ailleurs), et s?il existe bien une chose qui nourrisse l?exp?rience th??trale, de l?Ath?nes d?Eschyle au multiplex, c?est l??l?ment de contrainte. Quelqu?un d?autre d?cide quand le spectacle commence?; on peut d?cider si on y assiste, mais une fois qu?on est assis on y adh?re et on ?teint sa volont?. Il en va de m?me avec les gens qui sont autour de nous, que nous ne connaissons pas et auxquels nous ne ressemblons que dans notre d?sir cach? d?en savoir davantage sur ce qui sera d?voil? en public, sur la sc?ne ou sur l??cran. Nous sommes des ?trangers en communion, et une fois que le pacte populeux et intime est cass?, le charme rompt. Les festivit?s sont termin?es.

Je trouve que son id?e de contrainte est int?ressante, mais pas tout ? fait exacte. Je pense que c?est davantage une question d?efforts ? produire pour faire une chose, l?attention que nous y investissons et, de mani?re cruciale, l?exceptionnalit? de l?exp?rience qui donnent ? la culture sa r?sonance. Se trouver au c?ur de la foule est une exp?rience unique. Recevoir un peu de culture en cadeau ?galement?; nous avons vraiment perdu cet art de donner de la musique aux autres lors du passage au num?rique ? d?baller un cadeau de la taille d?un album ?tait l?une des choses les plus ?pouvantablement excitante au monde. Recevoir un code iTunes ? rentrer dans un logiciel est impossiblement comparable. Et ne me branchez pas sur le charme oubli? des compilations?

L?exception comme r?f?rence

Lorsque la culture est instantan?ment accessible et disponible, elle perd en ?clat ce qu?elle gagne en d?mocratie. En partie parce qu?elle se d?grade qualitativement?; nous c?dons sur des hautes et basses fr?quences pour arranger les affaires du MP3. Mais je pense que c?est une fausse piste. Je ne crois pas que les hommes de mon ?ge (et c?est quasiment toujours les hommes) soient de plus en plus obs?d?s par le vinyle et l?encodage sans perte uniquement ? cause de la qualit? sonore. Je crois qu?ils sont ? la poursuite d?une exp?rience unique. Je pense qu?ils veulent que la culture soit plus difficile d?acc?s, plus incommodante, car de cette mani?re sa consommation deviendrait davantage un ?v?nement. Que la culture paraisse davantage signifier.

J?avais d?j? en t?te ces diff?rents points lorsque j?ai lu ceci plus t?t dans la journ?e. Cela provient de l?incomparable livre de Michael Pollan The Botany of Desire [en]. Il y parle de cannabis et de son influence sur la musique?:

Tous ceux qui ?crivent sur l?effet du cannabis sur la conscience parlent des changements sur la perception qu?ils exp?rimentent, et sp?cifiquement d?une intensification de tous les sens. Une nourriture commune devient meilleure, une musique famili?re est soudainement sublime, un contact sexuel r?v?lateur. Les scientifiques qui ont ?tudi? le ph?nom?ne n?observent chez les sujets sous effet de marijuana aucun changement quantifiable dans l?acuit? visuelle, auditive ou tactile, pourtant ces gens reportent invariablement qu?ils voient, entendent ou sentent les choses avec une nouvelle finesse, comme s?ils avaient de nouveaux yeux, de nouvelles oreilles et de nouvelles papilles gustatives.

Vous savez ce que c?est, cette italicisation de l?exp?rience, cette pr?hension en apparence virginale du monde des sens. Cette chanson, vous l?avez entendue des centaines de fois auparavant, mais d?sormais vous l?entendez soudainement toute ? sa beaut? perceuse d??me, la douce ?motion sans fond de la ligne de guitare est comme une r?v?lation, et pour la premi?re vous comprenez enfin, vous comprenez vraiment, ce que Jerry Garcia voulait dire dans chacune de ses notes, sa lente improvisation mal?fique et enjou?, d?livrant quelque chose de tr?s proche du sens de la vie directement dans votre esprit.

J?adore cette expression d?italicisation de l?exp?rience, c?est exactement ce dont je parle ici. Je soutiens que la culture num?rique a retir? beaucoup d?italicisation (quand bien m?me ?a ne sauterait pas aux yeux dans ce billet). Les exp?riences sont devenues omnipr?sentes mais reproductibles ? l?envi, exactement comme un fichier musical est devenu reproductible ? l?infini. Spotify nous ouvre un monde entier de musique, au d?triment de la qualit? sonore (?videmment) mais ?galement au d?triment d?une m?morable d?couverte et d?une profonde et m?morable pr?hension. J?ai tent? d??couter un album sur Spotify, je ressens cette sorte d?insatisfaction naus?euse que je ressens apr?s m??tre enfil? un plat tout pr?t au micro-ondes.

Cela arrive aussi ? un niveau industriel. Je ne me souviens pas o? je l?ai lu, mais quelqu?un a ?crit r?cemment qu?il n?y aurait jamais un autre Bruce Springsteen, non pas que son talent ne puisse ?tre r?pliqu?, mais parce que Bruce est tout autant notre exp?rience partag?e de Bruce qu?il est un artiste, indivis. Le revers des barri?res hautes comme des falaises post?es ? l?entr?e de l?industrie musicale pr?-num?rique, c??tait que ceux qui ont touch? un public sont devenus massifs par n?cessit?, parce que notre app?tit de musique ?tait ?norme alors que l?offre ?tait d?lib?r?ment ma?tris?e. Bruce ?tait h?ro?ne et diamants, pr?cieux, rare et addictif, mais l?intensit? de cette exp?rience est partie ? jamais. Nous l?avons ?chang? contre quelque chose d?autre.

(Cela ne signifie pas que l?immensit? majestueuse de ces groupes pr?-num?riques n??tait pas un peu r?pugnante. Apr?s tout ils sont devenus riches en donnant libre cours ? leur passe-temps. Mais il y avait quelque chose de majestueux de faire partie d?une communaut? les v?n?rant. Il y avait. Et la taille de la communaut? n?avait pas d?importance. Il n?existe pas plus d?vou? qu?un fan de The Fall).

Alors pour quoi avons-nous ?chang? tout ?a, et est-ce que ?a valait le coup?? Nous avons le confort. Nous avons du choix. Nous l?avons pour moins cher (mais d?pensons-nous moins en culture et en loisirs?? Certainement pas, je dirais. Sans doute davantage). Parfois et pour certains nous avons acquis la capacit? d?adapter et de remixer la culture pour cr?er du nouveau. Pour ceux qui cr?ent, les outils sont devenus omnipr?sents et les barri?res hautes comme des falaises se sont effondr?es dans la mer.

Toutes ces choses ont de la valeur. Ce qu?elles valent pour vous valent diff?remment pour moi. D?aucuns croient (avec une ferveur toute religieuse) que cette capacit? d?une quantit? croissante de gens ? cr?er du contenu et ? remixer le contenu des autres est l?aube concr?te d?un nouvel ?ge de la culture humaine, une ?re dans laquelle nous devenons tous des cr?ateurs et ? travers laquelle nos efforts combin?s g?n?rent quelque chose de sublime.

R?introduire de la raret?

Peut-?tre est-ce vrai ? bien qu?il ne se soit encore rien pass?. C?est une vision magnifique mais ?galement, dor?navant, qui requiert un sacr? acte de foi ? en particulier pour ceux de la g?n?ration pr?-num?rique qui ont model? toute leur carri?re ? une ?poque o? la demande exc?dait l?offre. Mais je crois ?galement que nous devrions prendre garde ? pr?server au moins un peu de ce qui a rendu la culture pr?-num?rique si passionnante.

On voit bien que des gens commencent ? le faire. J?ai l?impression (bien que je n?ai pas de donn?es chiffr?es ? ce sujet) que les groupes de lecture sont plus populaires que jamais, les gens cherchant ? r?p?ter un sens plus communautaire de la lecture alors que de plus en plus de titres sont disponibles ? r?introduisant ainsi la raret?, comme dans le temps. Un de mes amis rassemble tous les mois un groupe d?enregistrement, o? les participants choisissent une s?lection de morceaux et les jouent aux autres, ils boivent du vin, discutent de musique et partagent en g?n?ral un bon vieux moment. Des gens se rendent ? des festivals litt?raires, paient de fortes sommes d?argent pour des tickets de concert, s?abreuvent de plus en plus de culture et revoient des spectacles.

La mani?re dont les jeunes consomment la musique aujourd?hui est ?galement int?ressante. Mes deux enfants (maintenant adolescents) font exactement la m?me chose. Ils trouvent de la musique rapidement et efficacement, souvent ? travers le prisme de la radio et de leurs amis (pas de grand r?volution culturelle jusque l?). Ils ?tablissent des listes de lecture. Puis ils ?coutent ces playlists, encore, encore et encore. Le compteur sur mon iTunes m?indique que ma fille peut ?couter le m?me morceau plus de dix fois dans la soir?e. Cela signifie qu?ils continuent ? explorer la musique en profondeur. Ils le font juste sur du mat?riel restituant une qualit? sonore inf?rieure et (c?est crucial) ils font autre chose en m?me temps. Principalement bavarder en ligne.

Pour nous autres, r?fugi?s de l??ge sombre pr?-num?rique, c?est comme un retour en arri?re. Retour vers un temps o? nous partagions davantage de moments culturels, quand des dizaines de millions de Britanniques regardaient ensemble la diffusion de Morecambe and Wise, quand il n?y avait rien ? la t?l?vision le dimanche apr?s-midi et que nous ?tions forc?s, oui, forc?s, d??couter Out of the Blue encore et encore, parce qu?il n?y avait rien d?autre ? faire. Cons?quence de quoi nous connaissions chaque changement d?accord, chaque note de basse, chaque d?formation de cordes, tout comme nous connaissions les couleurs de nos devantures de maison.

 


Billet original paru sur le blog de Lloyd Shepherd sous le titre ?A post about the old days when everything was great?.
Photos via Flickr Sister 72[cc-by-nc-nd], Adam Melancon [by-nc-sa] et Wonker [cc-by].
Traduction : Nicolas Patte

 

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SOS Gorilles des montagnes en Ouganda !

Les gorilles sont les êtres vivants les plus proches de l'homme, après le bonobo et le chimpanzé, puisque leur ADN est de 98 % à 99 % identique à celui des humains.
 
Une des deux espèces de gorille vivant actuellement en Afrique, les gorilles des montagnes (Gorilla beringei) sont en voie d'extinction. Menacés par la guerre, le braconnage et la déforestation, ces grands singes ne peuvent survivre que dans des forêts strictement protégées...


Les gorilles des montagnes vivent dans l’est de la République démocratique du Congo dans le parc des Virunga, au Rwanda dans le parc des Volcans et en Ouganda dans le parc national de Mgahinga et dans celui de la forêt impénétrable de Bwindi. 

Il ne reste aujourd’hui que 700 gorilles des montagnes. 400 d'entre eux environ vivent actuellement à l’intérieur du Parc national de Bwindi en Ouganda mais la destruction de la forêt voisine de Kafuga changerait la donne car cette zone forestière sert de tampon au Parc national et sa disparition pourrait menacer les gorilles…

La culture du thé ne doit pas mettre en cause la survie des gorilles

Véritable paradis naturel, la forêt de Kafuga abrite des centaines d’espèces d’oiseaux, de papillons, de petits rongeurs, de chimpanzés ainsi que deux cents espèces d’arbres, dont certaines endémiques. Cette zone boisée de 250 hectares, entourée de plantations de thé et de cultures vivrières, est aussi essentielle aux populations locales qui s’y approvisionnent en fruits, bois de chauffage et plantes médicinales.

 
Mais cette forêt semble vivre ses dernières heures. « Certains planteurs de thé ont déjà acheté des haches et des machettes » alerte Robert Tumwesigye Baganda, le directeur de l’organisation Probicou (Pro-biodiversity Conservationists in Uganda) pour étendre les surfaces cultivées. Les défrichements pourraient commencer en mars prochain avec la saison des pluies et faire ainsi de nouvelles terres agricoles.

 
La forêt de Kafuga pourrait donc disparaitre très bientôt et forcer les habitants à se procurer leurs moyens de subsistances à l’intérieur du Parc national voisin, la forêt Impénétrable de Bwindi, un des derniers refuges des gorilles des montagnes. Bien que ne faisant plus partie intégrante du Parc national, cette forêt joue encore aujourd’hui un rôle de tampon en tenant à distance les humains de l’habitat des gorilles.


 
Les militants de Probicou étaient sur le point de planter 30 000 arbres d’essences locales à l’intérieur et autour de la forêt de Kafuga afin d’assurer le futur de la forêt et des habitants juste avant que le projet de déboisement soit connu.

 
Les spécialistes estiment que les grands singes auront disparu d’ici 10 à 15 ans si rien n’est fait pour enrayer la destruction de leur habitat, d’autant plus que les braconniers continuent de chasser le gorille, pour sa viande, ses mains et son crâne qui rapportent énormément d’argent.

 
Quand on sait que le gorille est également victime de maladies telles que la pneumonie, la grippe ou d’autres maladies de l’homme qui lui sont mortelles, il reste peu de temps pour sauver les gorilles de montagne. C’est pourquoi il est urgent de demander au ministre de l’environnement ougandais et aux administrations locales de préserver la forêt de Kafuga...

  
Monsieur le Ministre,     

Madame, Monsieur,

 
L’Ouganda abrite un trésor inestimable : 400 gorilles des montagnes, parmi les derniers de la planète, qui vivent dans le Parc national de la Forêt Impénétrable de Bwindi. La surveillance et la protection de l’habitat des gorilles sont indispensables à leur survie. L’action menée par l’Ouganda est en ce sens exemplaire.

La forêt de Kafuga, dans le district de Kisoro, joue le rôle de tampon pour la Forêt Impénétrable de Bwindi. Sur place, les écologistes lui attribuent ainsi un rôle central dans la protection du Parc national.

Mais la forêt de Kafuga est menacée, et à très court terme. Des planteurs de thé veulent défricher la forêt pour y mettre en place leurs cultures.

Le thé est assurément un important produit d’exportation pour l’Ouganda. La survie des gorilles ne doit néanmoins pas être sacrifiée au nom du développement économique.

Nous vous exhortons à empêcher le déboisement de la forêt de Kafuga, afin de ne pas mettre en péril le trésor de votre pays, le gorille.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, Madame, Monsieur, l’expression de notre haute considération. 

 
Albert Ricchi

 


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