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La nomination de Brennan : un gouvernement de tortionnaires et d’assassins

Par Bill Van Auken
12 janvier 2013
??Il a travaill? pour faire tenir nos efforts dans un cadre juridique fort,?? a d?clar? le pr?sident Barack Obama lundi au cours d’une apparition t?l?vis?e dans la Chambre Est de la Maison blanche. ??Il comprend que nous sommes une nation de droit. En des temps de d?bats et de d?cision, il pose les questions difficiles et il insiste sur le respect de normes ?lev?es et rigoureuses.??

Le pr?sident d?crivait la personne qu’il a choisie pour le poste de directeur de la?Central Intelligence Agency?(CIA), John Brennan, qui est actuellement son conseiller ? la s?curit? int?rieure et ? l’anti-terrorisme. Il a ?galement lou? l’??int?grit? de Brennan et son ??engagement pour les valeurs qui nous d?finissent en tant qu’Am?ricains.??

On aurait du mal ? deviner d’apr?s cette rh?torique de haut-vol qu’Obama d?crivait l? le r?le de Brennan en tant qu’assassin en chef du pays. Il a d?montr? son ??int?grit? et son engagement envers des valeurs, le droit, et des normes en pr?sidant les r?unions dites ??terror Tuesday?[mardi du terrorisme]?? ? la Maison blanche, ?tablissant les ??listes de gens ? abattre?? soumises au pr?sident pour approbation, et supervisant les meurtres ? distance par dronesPredator.

 

Le terme ??cadre juridique fort?? fait r?f?rence ? sa mise au point de ce que l’on appelle la ??disposition matrix?[tableau des suppressions]??, un syst?me qui permet de ??codifier et normaliser?? les ex?cutions extrajudiciaires qui sont men?es par des attaques de drones pratiquement tous les jours. Ce cadre, d?velopp? par une cabale de militaires et de chefs du renseignement, a autant ? voir avec une ??nation de droit?? que les d?crets publi?s par Hitler sous le troisi?me Reich.

C’est la deuxi?me tentative d’Obama de nommer Brennan, agent ayant 25 ans de services ? la CIA. Apr?s avoir pris ses fonctions en 2009, le pr?sident d?mocrate nouvellement ?lu avait d? renoncer ? nommer Brennan ? la t?te de la CIA devant la temp?te de protestations des lib?raux et des gens de « gauche » ? l’int?rieur et autour du Parti d?mocrate.

Ayant servi durant le premier mandat de Bush comme chef d’?quipe pour George Tenet, ? l’?poque directeur de la CIA et du Centre national de l’anti-terrorisme, Brennan a ?t? profond?ment impliqu? ? la fois dans l’ex?cution et la d?fense des crimes men?s durant cette p?riode, allant de la torture aux externalisations d’interrogatoires et ? l’espionnage ill?gal des citoyens.

La contradiction entre la nomination de Brennan, qui incarnait la continuit? avec la ??Guerre contre le terrorisme?? de Bush, et le message de campagne d’Obama en 2008 sur ??l’espoir et le changement?? ainsi que sa promesse d’une rupture avec les politiques odieuses de son pr?d?cesseur, ?tait ? l’?poque tout simplement trop forte.

Maintenant, quatre ans plus tard, la nomination de Brennan n’a soulev? que peu de controverses parmi ce qui passe pour les m?dias lib?raux et « de gauche » et l’on s’attend ? ce qu’il passe sans difficult? ? travers la proc?dure de confirmation par le S?nat.

Une r?action embl?matique se trouve dans le?New York Times, qui a fait son ?ditorial mardi sur les nominations par Obama de Brennan ? la t?te de la CIA et de l’ex-s?nateur r?publicain Chuck Hagel au minist?re de la D?fense. La premi?re moiti? de l’?ditorial du?Times?est consacr?e aux inqui?tudes concernant les ??conceptions sur les droits des homosexuels,?? de Hagel, d’apr?s une remarque qu’il avait fait en 1998 sur la nomination au poste d’ambassadeur des ?tats-Unis de James Hormel, h?ritier d’une fortune dans l’industrie de la viande. L’implication de Brennan dans la torture, les assassinats par drones et autres crimes sont rel?gu?s ? l’avant-dernier paragraphe.

Il serait difficile de trouver une meilleure illustration des priorit?s politiques de ce qui passe pour le lib?ralisme en Am?rique aujourd’hui?: une fixation sur les politiques identitaires qui touchent particuli?rement les couches les plus ais?es de la population et une indiff?rence envers les droits d?mocratiques ? l’int?rieur du pays, tout comme envers les crimes de l’imp?rialisme am?ricain ? l’?tranger.

Tout aussi r?v?latrice est la chronique d’Andrew Sullivan, ex-r?dacteur en chef du?New Republic, qui en 2009 d?non?ait la d?cision de nommer Brennan directeur de la CIA. Lundi, il a ?crit dans le?Daily Beast, ??Je ne suis pas aussi enclin ? m’opposer ? lui cette fois-ci, en partie parce que la torture est finie, et en partie parce qu’il est de plus en plus un des braves types dans le programme de drones.??

??Les gens changent,?? a ajout? Sullivan. En effet, ils changent.

Les invitations aux d?ners de la Maison blanche contribuent sans aucun doute ? acc?l?rer ces changements. Toute une strate de lib?raux bien int?gr?s ? la haute soci?t? s’est transform?e en une base sociale qui soutient sans honte l’imp?rialisme et ses crimes, un processus qui a des racines sociales profondes et qui s’est acc?l?r? sous le gouvernement d’Obama.

Le r?surrection de la nomination de Brennan a ?t? facilit? par la protection accord?e par le gouvernement Obama ? tous les responsables de tortures et autres crimes de guerre ayant servi sous le gouvernement Bush. Derri?re le slogan pervers de ??regardons devant nous, pas derri?re,?? Obama et le minist?re de la Justice ont fait ?chouer tous les proc?s visant soit les tortionnaires de la CIA eux-m?mes, soit ceux qui, dans la hi?rarchie qui remontait jusqu’? George W. Bush, supervisaient leurs activit?s. Ils sont intervenus de m?me, affaire apr?s affaire, pour bloquer les actions en justice qui demandaient une indemnisation ou m?me de simples informations sur ces crimes.

Les crimes de la Maison blanche sous Obama ont ?clips? ceux qui ont ?t? men?s sous Bush, et Brennan a ?t? au c?ur de cela. La guerre des drones dont il a eu la charge a terroris? des populations enti?res, notamment au Pakistan, mais aussi de plus en plus au Y?men, en Somalie et sans doute ailleurs. Si Brennan s’est aventur? ? affirmer en juin 2011 qu’au cours de l’ann?e pr?c?dente pas un seul civil n’a ?t? tu? au cours d’une attaque de drone, le gouvernement Pakistanais affirme avec insistance que ces victimes se comptent par milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

De plus, Brennan a ?t? le principal partisan, au sein du gouvernement, de l’attribution ? soi-m?me par Obama du pouvoir d’ordonner ex?cution extrajudiciaire de citoyens am?ricains, sans avoir ? les accuser formellement d’aucun crime, encore moins ? prouver des accusations devant un tribunal. Cette politique a ?t? mise en place en septembre 2011 avec l’assassinat par drone du pr?tre natif du Nouveau Mexique Anwar al-Awlaki et d’un autre citoyen am?ricain au Y?men, suivi deux semaines plus tard par le meurtre de la m?me mani?re du fils d’Awlaki, ?g? de 16 ans.

? la suite de la r??lection d’Obama en 2012, divers lib?raux et membres de la pseudo-gauche sp?culaient sur la possibilit? d’une politique plus ??progressiste?? pour son second mandat. ??Ayant ?vacu? la question d’une r??lection, nous esp?rons qu’Obama sera plus audacieux pour son second mandat,?? ?crivait le magazine?Nation?le mois dernier. ??Il devrait diversifier le cercle restreint de ses conseillers ?conomiques et des membres de son cabinet pour inclure plus de voix progressistes.??

La nomination de Brennan r?v?le au grand jour le r?le politique criminel jou? par ceux qui promeuvent ce genre d’illusions. M?me avant son investiture, il ne pouvait pas ?tre plus clair qu’Obama, pour son second mandat, allait suivre un ordre du jour politique dict? par l’oligarchie financi?re am?ricaine au pouvoir ainsi que son appareil militaire et les services de renseignement. Son axe principal sera une aust?rit? brutale et des attaques contre le niveau de vie de la classe ouvri?re ? l’int?rieur du pays et une aggravation de l’interventionnisme militariste et des crimes de guerre ? l’?tranger.

La poursuite de cette politique requiert de prendre de plus en plus les pouvoirs d’un Etat policier, tandis que la classe dirigeante se pr?pare ? une confrontation avec les soul?vements sociaux. La d?fense des droits d?mocratiques fondamentaux, des emplois et des conditions sociales exige la mobilisation ind?pendante de la classe ouvri?re et la pr?paration d’une nouvelle direction r?volutionnaire pour les luttes historiques ? venir.

(Article original paru le 9 janvier 2013)

wsws.org

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