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La mort du fran?ais ? l?universit

En nommant Genevi?ve Fioraso ministre de l?Enseignement sup?rieur et de la Recherche, Hollande savait tr?s bien qu?en confiant cette responsabilit? ? une femme d?affaires, il poursuivait et amplifiait la d?marche de P?cresse, elle-m?me fille d?un universitaire homme d?affaires. Hollande n?a beau avoir la finance que pour ??seule ennemie??, la financiarisation de l?universit? va se poursuivre de plus belle avec les Solf?riniens. Pour ce faire, il convient, entre autres, de mettre au rancart la seule arme dont disposent les gens de culture, chez nous comme ailleurs?: la langue. Remiser le fran?ais, l?italien, l?espagnol, l?allemand etc. au profit du?globish, de la langue de Wall Street. Fioraso a pr?venu?: s?ils ne basculent pas partout et tout le temps vers l?anglo-am?ricain?globish, les universitaires fran?ais se retrouveront ??? cinq ? discuter de Proust??. On sent bien que le m?pris que voue cette personne aux enseignants du sup?rieur n?a d??gal que celui qu?affichait Sarkozy qui, lui au moins, avait l?excuse d?avoir rat? ses ?tudes, de la 6?me au DEA.

Ci-dessous une remarquable analyse de Philippe Arnaud sur quelques minutes consacr?es par le Journal T?l?vis? de France 2 ? un basculement qui va contribuer ? faire de la France une colonie, non pas des ?tats-Unis, mais du monde de la finance.

LGS

* * *

Je m?arr?te ici sur un sujet du journal de 20 h du mercredi 15 mai, par David Pujadas. Ce sujet (trait? un peu apr?s 20 h 23, comme l?annonce Pujadas) avait pour sujet?: « Cours en anglais, la pol?mique ? l?universit? ».

On a, d?abord, une pr?sentation g?n?rale de plusieurs sujets, parmi lesquels celui-ci, dont voici le chapeau?: « A suivre?: renoncement ou pragmatisme?? Faut-il d?velopper les cours en anglais pour attirer les ?tudiants chinois ou indiens?? Le projet de loi enflamme les d?fenseurs de la langue fran?aise ». Puis, apr?s la pr?sentation d?un autre sujet, Pujadas passe ? celui qui nous occupe?:

David Pujadas?: « Dans l?actualit? ?galement, cette pol?mique, tr?s vive, qui a trait ? la d?fense du fran?ais et ? l??volution de l?Universit?. Le gouvernement souhaite, vous le savez, rendre notre enseignement sup?rieur plus attractif aupr?s des ?tudiants ?trangers, et une nouvelle loi va ?largir, m?me si c?est ? la marge, les cours en anglais. Alors, faut-il parler d?opportunit?, ou de sabordage de la langue?? Le projet, en tout cas, met en ?moi une partie de la sph?re intellectuelle?: certains crient au scandale, d?autres estiment que c?est une chance pour la France. Enqu?te?: Anne Ponsinet avec notre bureau ? Toulouse ».

[Dans une salle, d?une soixantaine de personnes, on voit un jeune professeur dire?: « Good afternoon, everybody ».] Anne Ponsinet?: « Les ?tudiants sont fran?ais, le prof est n?erlandophone. Mais, en mast?re, depuis cinq ans, dans cette ?cole de commerce, les cours se font en anglais m?me quand l?enseignant est fran?ais, c?est comme une ?vidence.

Un ?tudiant?: « Il y a un vocabulaire sp?cifique ? apprendre, qu?on n?a pas l?habitude de ma?triser dans la vie de tous les jours, mais… on se forme… ? force d?entendre, on finit par ne plus faire vraiment la diff?rence ».

Le professeur [traduction du propos qu?il tient en anglais]?: « Ils veulent faire une carri?re dans le commerce, alors il faut parler la langue du commerce et c?est l?anglais. Ce n?est ni le n?erlandais, ni l?espagnol, ni l?allemand, c?est l?anglais. »

Anne Ponsinet?: « Dans le sillon des ?coles priv?es, l?universit? aussi s?est mise au cursus en anglais. Comme la tr?s prestigieuse ?cole d??conomie de Toulouse. Ici aussi, on veut les meilleurs profs, quitte ? faire des infid?lit?s ? la francophonie. »

[Ici, intervention de Bruno Sire, pr?sident de l?universit? de Toulouse I?: « Dans mon universit?, on a ? peu pr?s 10?% de notre corps enseignant qui est ?tranger et qui ne ma?trise pas suffisamment la langue fran?aise pour enseigner correctement en fran?ais. Donc, ces gens-l?, j?ai besoin de leur permettre d?enseigner en anglais ou dans leur langue d?origine, et donc, si on m?interdit de le faire, ces gens ne viendront plus en France et ?a sera une perte s?che pour nos ?quipes de recherche.]

Anne Ponsinet?: « Pour ces universitaires, c?est une ?vidence, la loi doit autoriser ces cours en langues ?trang?res, aujourd?hui seulement tol?r?s. [Ici, changement d??cran, on passe d?une salle de classe ? l?Assembl?e nationale.] Id?e combattue au contraire cet apr?s-midi par l?UMP Jacques Myard, au nom de la d?fense du fran?ais »].

Jacques Myard [qui, ironiquement, s?adresse au Premier ministre en anglais]?: « Mr?Prime minister, I wish to ask you a question ».

Anne Ponsinet?: « Interpell? sur son renoncement ? d?fendre sa langue, la ministre r?pond au nom de l?attractivit? des universit?s fran?aises ».

Genevi?ve Fioraso, ministre de l?Enseignement sup?rieur et de la Recherche?: « Pour accueillir les ?tudiants des pays ?mergents, la Cor?e, l?Inde, le Br?sil, dans les mati?res scientifiques, ?conomiques, techniques, qui, aujourd?hui, ne viennent pas en France, ils nous le disent, ? cause de l?obstacle du langage. »

Anne Ponsinet?: « Loin de l?h?micycle, le philosophe Michel Serres s?inqui?te de son c?t? de voir sa [accentu? sur « sa »] langue fran?aise d?serter certains domaines scientifiques ou techniques ? l?universit? ».

Michel Serres?: « D?s lors qu?une langue ne peut plus tout dire, elle est virtuellement morte. C?est-?-dire, une langue n?est vivante que quand elle peut tout dire. Et par cons?quent d?enseigner certains types de techniques, certains types de sciences, certains types de sp?cialit?s dans une autre langue, enl?ve ? la langue les corpus correspondants. Et par cons?quent, elle ne peut plus tout dire, elle est donc virtuellement morte ».

Anne Ponsinet [Ici, vue d?un laboratoire, avec deux jeunes gens]. « Le bruit de la pol?mique est parvenu jusque dans ces labos de g?n?tique de l?universit? Paris-Diderot. Mais cela n??branle pas ces ?tudiants, venus de partout. Ils communiquent en anglais mais chacun a derri?re lui de longues ann?es de formation dans sa langue maternelle. La loi elle-m?me pr?voit de r?server l?enseignement en langues ?trang?res ? un nombre

David Pujadas?: « Bonsoir Claude Hag?ge, vous ?tes un linguiste renomm?, professeur au Coll?ge de France, et vous ?tes oppos? ? ce projet de loi. Trois questions?: est-ce que ?a ne fait pas partie, tout de m?me, du rayonnement de la France que d?accueillir davantage d??tudiants de ces puissances ?mergentes, qui seront, de toutes fa?ons, immerg?s dans la culture et la langue fran?aises?? »

Claude Hag?ge?: « Cet argument ne serait convaincant que s?il ?tait certain que c??tait la raison principale pour laquelle les ?tudiants ?trangers viennent en France. Or la raison qui am?ne des ?tudiants ?trangers dans un pays, c?est non pas la langue dans laquelle l?enseignement y est dispens?, mais la qualit? de cet enseignement. Jusqu?ici, que je sache, dans un grand nombre de disciplines de pointe, la qualit? de l?enseignement en France est excellente et reconnue mondialement, premi?rement. Deuxi?mement, le fran?ais est une langue ? vocation internationale depuis le XIIe si?cle, et par cons?quent la France est bien le dernier pays qui peut l?admettre pour d?autres pays dont la langue ne rayonne pas dans le monde entier ? qui peut vouloir ouvrir ses portes ? l?anglais alors que le fran?ais est lui-m?me une langue ? vocation mondiale. Pourquoi diable irait-on se faire hara-kiri et pourquoi est-ce qu?on donne cet argument, qui n?est fond? sur rien de s?rieux, selon lequel les Indiens et les Chinois… – les Chinois, parlons-en?! Il existe en ce moment, 1400 instituts Confucius [Hag?ge prononce le mot en chinois et le r?p?te ? la fran?aise], la Chine, par cons?quent, d?veloppe des efforts consid?rables, financ?s par des moyens ?normes, pour r?pandre sa langue. Et nous, nous devrions, sous pr?texte d?accueillir des ?tudiants chinois, saborder la n?tre?: qu?est-ce que c?est que cette plaisanterie??

David Pujadas?: « Mais, est-ce qu?on ne risque pas, tout de m?me, d?avoir une universit? 100?% fran?aise mais un peu marginalis?e?? Vous citez des ?tudiants chinois par exemple qui parlent fran?ais, mais ?a n?est pas le cas de tous ces ?tudiants. Est-ce qu?il ne vaut mieux pas les avoir en France m?me si leurs cours, et seulement leurs cours, sont parfois en anglais??

Claude Hag?ge?: « Les ?tudiants qui viennent en France savent que la langue nationale, et officielle, de ce pays, est le fran?ais. Et, par cons?quent, si ce qui les attire, c?est la vraie, et bonne et seule raison, ? savoir la qualit? de l?enseignement, ils apprennent le fran?ais, un point c?est tout?! Je ne vois pas pourquoi on devrait aller au-devant de cette n?cessit?, ? supposer que, v?ritablement, ?a attire les ?tudiants. D?autre part, si on veut vraiment s?assouplir en essayant de s?ouvrir ? ces suggestions, il faudrait voir ce qui se passera, de mani?re prospective, dans les trois ou quatre ans ? venir, c?est-?-dire tirer les conclusions de ce que cette loi, si elle ?tait vot?e, par le Parlement – ce qu?? Dieu ne plaise – aurait permis d?attirer comme nombre d??tudiants ?trangers. Tant qu?on n?en sait rien, c?est un pur pari sur l?avenir. Pour le moment, si on se fonde sur le pr?sent, la France a 13 000 ?tudiants ?trangers et elle se place, sur ce plan, tr?s tr?s bien. Le minist?re pr?tend que on pourrait passer ? un rang encore plus avanc?, plus pr?s du premier, en donnant gr?ce ? cette loi, audience ? l?anglais. En fait, on n?ose pas l?appeler l?anglais, on l?appelle langue ?trang?re. Jamais, sous langue ?trang?re, il s?agit, comme ?a devrait ?tre le cas, de l?italien, de l?allemand, du russe, de l?arabe, des [accentu? sur « des »] langues ?trang?res. Il s?agit, sous le nom de langue ?trang?re, de mani?re hypocrite, de l?anglais seul… »

David Pujadas [impatient et un un peu narquois]?: « Merci… »

Claude Hag?ge?: « Mais, par cons?quent, pourquoi voulez-vous qu?on soit… allo… »

David Pujadas?: « Terminez votre phrase… »

Claude Hag?ge?: « Pourquoi voulez-vous que l?on soit ouvert ? une langue qui a pour vocation un imp?rialisme absolu?? Ce pourquoi je lutte moi-m?me, cher monsieur Pujadas, ce n?est pas le fran?ais seul, c?est la di-ver-si-t??! L?anglais est une menace mortelle pour la diversit??! Nous luttons, ceux qui sont contre cette loi, non pas pour le fran?ais seulement, mais pour la diversit? des langues, c?est-?-dire pour quelque chose qui permette ? notre univers d??tre autre chose qu?un univers absolument effroyable…

David Pujadas [dont l?impatience est mont?e d?un cran]?: « On a compris… »

Claude Hag?ge?: « …Une menace redoutable, sur ce plan… »

David Pujadas?: « On a compris votre point de vue…?! Merci, Claude Hag?ge, d?avoir r?pondu ? notre invitation?! »

Remarque 1. Cette remarque porte sur le vocabulaire et l?utilisation de certains mots.

-?D?abord, celui de « pragmatisme »?: le pragmatisme, dans le jargon de droite (ou n?o-lib?ral), c?est ce qui est oppos? ? l?id?ologie (synonyme de gauche). Le pragmatique, c?est celui qui recherche l?utilit? et l?efficacit? et, par glissement de sens, celui qui prend les choses telles qu?elles sont et ne cherche pas, au nom des « id?ologies », ? les changer. Par exemple une usine qui pollue exige d??normes investissements pour ?tre propre, mais si l?Etat exige ces investissements, les actionnaires d?localiseront l?usine sous des cieux moins intol?rants. Alors on est « pragmatique », on n?exige rien?: les ouvriers auront toujours le SMIC en salaire et le cancer en prime.

-?Puis le « 100?% fran?ais ». Le « 100?% fran?ais » est une variante, une d?clinaison du « franco-fran?ais » qui, dans le langage des « ?lites » (mondialis?es, anglophones et n?o-lib?rales) signifie conservation de coutumes bizarres, ringardes, et, surtout, inconnues partout ailleurs, comme le smic, la S?cu, le syndicalisme politis?, le statut de la fonction publique ou la fid?lit? ? l?ordonnance de Villers-Cotter?ts (promulgu?e en 1539 par Fran?ois Ier et qui imposait l?usage exclusif du fran?ais dans l?administration et le gouvernement en lieu et place du latin).

-?Ensuite, les mots qui composent le membre de phrase « ?moi [dans] une partie de la sph?re intellectuelle ». Il faut voir quel effet – et, surtout, quel effet n?gatif – est donn? ? cette accumulation de mots, en commen?ant par le dernier?:

-?1. Intellectuel, est un terme qui, dans une large partie de l?opinion (g?n?rale ? droite, bien repr?sent?e ? gauche) a une connotation n?gative. L?intellectuel, c?est celui qui est « ?loign? des r?alit?s », celui qui « p?dale dans la semoule », celui qui « se masturbe l?esprit », celui qui est pay? – g?n?reusement – par des contribuables travaillant dur, et qui, en ?change, fournit des ?lucubrations, voire crache sur ces contribuables.

-?2. La sph?re ?voque une forme parfaite, id?ale [conforme aux id?es ?th?r?es, irr?alistes, des « intellectuels »] et une id?e d??loignement (les hautes sph?res), ou d?isolement (on est dans sa sph?re comme on est dans sa bulle, la bulle ayant, bien entendu, une forme sph?rique). Si un intellectuel est d?j? ? une distance interplan?taire de la population, une « sph?re intellectuelle », elle, en est ? une distance interstellaire…

-?3. Au cas o? on n?aurait pas compris la quantit? n?gligeable qu?est cette « sph?re intellectuelle » oppos?e ? la loi, on pr?cise qu?il ne s?agit que « d?une partie » d?entre elle. Autrement dit, pour filer la m?taphore astronomique, cette sph?re, ce n?est m?me pas Jupiter, c?est juste l?ast?ro?de Phobos, qui gravite autour de Mars.

-?4. Enfin, l??moi. L??moi, ce n?est pas l??motion. L??motion est forte et est suscit?e par un ?v?nement traumatisant. Les enfants qui ont vu un adulte se suicider ont eu une ?motion. La grenouille de b?nitier qui a vu le sexe de monsieur le cur? a eu un ?moi. L??moi ? par rapport ? l??motion ? a une connotation d?affect?, d?exag?r?, de ridicule. L??motion, c?est ce que ressentent les Marseillais qui en sont ? leur troisi?me meurtre depuis le d?but de l?ann?e, l??moi, c?est le lot des personnages de « La cage aux folles »…

Remarque 2. La minimisation de la chose.

-?Au cours de la pr?sentation, tout est fait pour minimiser l?ampleur (et surtout, les cons?quences) de la loi?: « c?est ? la marge », « l?enseignement en langues ?trang?res sera r?serv? ? un nombre limit? de formations ». [D?cryptage?: puisque c?est marginal, pourquoi tous ces intellos viennent-ils nous « gaver » avec leurs lubies??].

Remarque 3. La force majeure devant laquelle on doit s?incliner.

-?De m?me qu?Alain Madelin, jadis, ou Laurence Parisot, r?cemment, pour nous faire avaler le brouet n?o-lib?ral, le comparent ? des r?alit?s physiques (la pluie, l?orage) ou humaines (la mort, la maladie, la fin de l?amour), aussi naturelles qu?in?luctables [sous-entendu, m?me si ?a ne vous pla?t pas, il faudra bien que vous l?acceptiez – ce qui constitue, d?ailleurs, un aveu de faiblesse id?ologique], de m?me tout est-il fait, ici, pour imposer le sentiment de l?in?luctable?:

-? »Les cours se font en anglais, c?est comme une ?vidence… »

-? »La langue du commerce, ce n?est que l?anglais… »

-? »Si on n?autorise pas l?anglais, les Br?siliens, Indiens, Cor?ens, ne viendront pas… »

-? »C?est tout de m?me le rayonnement de la France… », « de toutes fa?ons, ils seront immerg?s ». [On notera que ce dernier « argument » est une application de « l?argument dit du pire »?: oui, nous sommes immondes, mais, de toutes fa?ons, si nous ne l??tions pas, d?autres le seraient ? notre place. Oui, c?est mal d?exploiter les ouvri?res bengalies, mais si ce n??tait pas nous, ce seraient les Japonais, Alors, pourquoi se g?ner??].

Remarque 4. La pr?sentation des intervenants des deux parties.

-?Tout est fait pour donner, dans cette pr?sentation, une image valorisante de la loi et d?valorisante de ses opposants.

1. Les images pr?sentent des ?tudiants jeunes, des professeurs jeunes (ils sont l?avenir, le dynamisme), alors que les opposants sont des « vieux ». Jacques Myard, le plus jeune (66 ans) est film? dans un cadre (l?Assembl?e nationale) et une tenue (costume-cravate) qui, psychologiquement, ajoutent ? son ?ge. Michel Serres (83 ans) et Claude Hag?ge (77 ans) m?me s?ils sont toujours tr?s vifs, tr?s incisifs, ne peuvent dissimuler leurs ann?es.

2. Certes, ? l?inverse, Bruno Sire, le pr?sident de Toulouse 1, n?est plus tout jeune (62 ans), mais il est film? dans son bureau de l?universit? [d?cryptage?: il fait partie des actifs, « lui », il intervient dans le cadre de sa fonction, lui, il r?pond aux « vrais » besoins des ?tudiants, il est « pragmatique »], alors que Michel Serres, par exemple, est manifestement film? chez lui.

[D?cryptage?: intervenant de chez lui, il ne peut intervenir que pour une raison priv?e, personnelle, pour une lubie de vieux, une lubie qui voudrait qu?on appelle les mails des courriels ou qu?on dise « en direct » au lieu de « en live ». Ce qui est bien soulign? par l?insistance sur le possessif « sa » (de « sa » langue)?: la langue de Serres, ce n?est pas la langue des jeunes, c?est la langue du pass?]. M?me chose pour Claude Hag?ge?: il intervient ? l?ext?rieur, dans un lieu qui a l?air d??tre une cour int?rieure (arbres, pelouses) entre deux immeubles modernes. [D?cryptage?: quand on travaille, on est ? l?int?rieur. Quand on est dehors, c?est qu?on se balade, qu?on baguenaude, qu?on est hors du coup…].

3. De m?me, pendant que Claude Hag?ge r?pond ? David Pujadas, on voit l??cran se partager et Hag?ge ne plus occuper qu?un quart de la surface de l??cran, pendant que, sur les trois autres quarts, en juxtaposition, apparaissent les ?tudiants, mani?re de souligner la diff?rence d??ge, et, surtout, l?importance psychologique accord?e aux deux parties?: le discours, l?argumentation d?Hag?ge sont, en quelque sorte, minimis?s, contrebalanc?s, ni?s par l?importance spatiale accord?e ? son image.

Remarque 5.

Claude Hag?ge ne parle pas comme on parle ? la t?l?vision. Il fait des phrases longues, avec des incises, des subordonn?es. On s?en aper?oit lorsqu?on transcrit ses propos?: ce n?est pas de l?oral, avec des h?sitations, des fautes d?accord, c?est de l??crit, c?est du fran?ais lu. [Auquel s?applique l?expression, moins usit?e de nos jours de « parler comme un livre »]. La respiration, le rythme, le tempo de Claude Hag?ge ne sont pas ceux, hach?s, syncop?s, de la plupart des journalistes – et, plus encore, des animateurs – de t?l?vision.

On peut m?me se demander si, au-del? du /fond/ du discours de Claude Hag?ge (notamment de sa perspicace remarque sur l?hypocrisie de l?emploi « langues ?trang?res » pour camoufler le seul anglais), ce n?est pas cette /forme/ lente, d?saccord?e au ton du m?dia, qui, au moment de la deuxi?me intervention de Claude Hag?ge a amen? Pujadas ? arborer un sourire mi-protecteur, mi-narquois.

[Claude Hag?ge avait-il un retour d?image et, s?il voyait sourire Pujadas ou (s?il ne le voyait pas), ce dernier a-t-il ?t? assez inconscient, assez l?ger pour ne pas imaginer que des spectateurs le verraient et rapporteraient son attitude ? Hag?ge, ou que celui-ci – comme je l?ai fait – le verrait a posteriori et y contemplerait tout le m?pris s?exprimant ? son ?gard?? Toujours est-il que, s?il est vrai que le sourire /s?entend /(? la radio ou au t?l?phone), Hag?ge a d? le pressentir car, ? un moment, il a exprim? son irritation par un « cher monsieur Pujadas » – et l?on sait que, lorsqu?on donne ? un interlocuteur du « cher monsieur » ou de la « ch?re madame », c?est qu?il – ou qu?elle – commence ? nous chauffer les oreilles?!].

Remarque 6.

-?David Pujadas (tout comme ceux qui plaident en faveur de la loi Fioraso) se rendent-ils compte de l?imprudence que repr?sente cette loi Fioraso?? Car, pass?s les quelques avantages temporaires li?s ? l?accueil d?une poign?e suppl?mentaire d??tudiants, discernent-ils la d?gradation qui s?ensuivra pour la culture – et donc pour les int?r?ts de la France?? Ne voient-ils pas que leur complaisance, au lieu de les servir, les asservit??

-?Que ne m?ditent-ils ces fortes paroles de Ren? Char, dans Jacquemard et Julia?:

-? »…Jadis, l?herbe l?herbe avait ?tabli que la nuit vaut moins que son pouvoir, que les sources ne compliquent pas ? plaisir leur parcours, que la graine qui s?agenouille est d?j? ? demi dans le bec de l?oiseau… »

-? »Que la graine qui s?agenouille est d?j? ? demi dans le bec de l?oiseau… »

Philippe Arnaud

P.S. Mon refus de l?anglais dans l?universit? (ou dans l?entreprise, dans le sport, dans les m?dias), n?est pas tant le refus de cette langue particuli?re que de ce qu?elle v?hicule le plus souvent avec elle?: le culte du fric, de la comp?tition (et non pas du sport), des affaires, le f?tichisme de la technologie.

Je lis volontiers l?anglais qui me parle d?amour, et, plus encore, m?en parle po?tiquement, ou [comme je le fais maintenant] qui me relate la guerre de 1870 (eh oui, m?me des anglophones se sont int?ress?s ? cette guerre ? laquelle leur pays???Royaume-Uni ou ?tats-Unis???n?a pas particip?). Je pr?cise que mon attitude serait la m?me ? l??gard de toute autre langue qui idol?trerait les m?mes dieux.

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