Accueil / A C T U A L I T É / La m?thode de Spinoza pour acc?der ? la v?rit

La m?thode de Spinoza pour acc?der ? la v?rit

Image Flickr par PetaPixel

Ce texte portera sur la question de la v?rit? chez Spinoza. Pour le faire, j?utiliserai surtout le Trait? de la r?forme de l?entendement, c?est-?-dire que je suivrai son d?roulement. Le but de la recherche est l?atteinte d?une joie supr?me et incessante. Il traite d?abord du mode de vie n?cessaire ? cette t?che. Ensuite je traiterai des qualificatifs ??universel?? et ??relatif?? concernant la v?rit?, donc la connaissance. Cette analyse sera suivie par une critique du scepticisme, ce qui me m?nera ? l?explication que l?esprit ne se trompe jamais, c?est-?-dire que l?erreur vient des pr?jug?s et d?une mauvaise communication. Ensuite je m?attarde ? la connaissance, son rapport avec l?ordre de la nature enti?re (Dieu) et je classe les sortes de connaissance, en m?arr?tant plus sp?cifiquement ? la connaissance intuitive, la plus importante, donc la plus difficile ? cerner. Je reviens ensuite ? l?id?e de Dieu qui annonce en m?me temps l??thique, car ce livre s?ouvre sur cette id?e. Ensuite nous verrons que sa m?thode s?entrem?le avec sa philosophie, en tant que recherche du bonheur. Je terminerai avec une explication de l?id?e vraie en tant qu?id?e simple ? la mani?re de G.E. Moore, de la forme d?erreur la plus fr?quente, et montrerai comment l?importance de la recherche de Dieu et de la puissance de l?entendement ne font qu?annoncer sa philosophie proprement dite, c?est-?-dire L??thique.

Le livre s?ouvre sur une confession personnelle, et Spinoza commence ainsi son explication de la recherche de la v?rit? par l?exp?rience personnelle. D?entr?e de jeu il critique la routine superficielle de la vie et ?labore une recherche plus profonde.

??Quand l?exp?rience m?eut appris que tous les ?v?nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui ?tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure o? l??me en ?tait ?mue, je me d?cidai en fin de compte ? rechercher s?il n?existait pas un bien v?ritable et qui p?t se communiquer, quelque chose enfin dont la d?couverte et l?acquisition me procureraient pour l??ternit? la jouissance d?une joie supr?me et incessante.??[1]

Pour en arriver ? cette d?couverte, il affirme qu?il faille absolument changer son mode de vie. Il a m?me souvent tent? de le d?couvrir sans le changer, mais en vain. En voici l?explication?:

??Car ce qui nous occupe le plus souvent dans la vie et ce que les hommes, comme on peut le conclure de leurs actes, estiment comme le souverain bien, peut se ramener ? ces trois choses : la richesse, les honneurs, et le plaisir sensuel. Or l?esprit est tellement diverti par ces trois choses, qu?il peut ? peine penser ? quelqu?autre bien. Par le plaisir sensuel, l??me est suspendue comme si elle reposait dans un bien v?ritable, ce qui l?emp?che absolument de penser ? autre chose; mais apr?s la jouissance vient l?extr?me tristesse qui, si elle ne suspend pas l?activit? de l?esprit, la trouble et l?engourdit. La poursuite des honneurs et de la richesse ne divertit pas moins l?esprit, surtout quand on recherche la richesse pour elle-m?me, car elle fait alors figure de souverain bien. Mais ce sont les honneurs qui divertissent bien plus encore l?esprit : on admet toujours, en effet, que c?est un bien en soi et comme une fin derni?re vers laquelle tout converge. Et puis, ni l?un ni l?autre ne contiennent leur propre punition comme c?est le cas pour le plaisir sensuel; au contraire, plus on en poss?de, plus on ?prouve de joie. Aussi sommes-nous chaque fois plus inciter ? les accro?tre. Si, au contraire, nous sommes un jour d??us, nous sommes tr?s triste. Enfin, les honneurs sont une s?rieuse entrave, car, pour y parvenir, il nous faut n?cessairement r?gler notre vie selon le niveau ordinaire des hommes, c?est-?-dire fuir ce que fuit le vulgaire, rechercher ce qu?il recherche. (…) Or toutes les choses que recherche le vulgaire, non seulement ne procurent aucun rem?de pour la conservation de notre ?tre, mais encore y font obstacle et causent souvent la perte de qui les poss?de et toujours celle de ceux qui en sont poss?d?s.??[2]

Il est donc important pour trouver ce bien de commencer par la temp?rance qui, a force d?effort, nous rapprochera de lui, car les passions nous en ?cartent. Les d?sirs vains tels les honneurs, la richesse et les plaisirs sensuels sont adoucit par la temp?rance. Il est pourtant facile de se convaincre que ces d?sirs sont souvent excessifs et pr?judiciables, ainsi ce qui est parfois mauvais ne peut pas apporter une joie supr?me et incessante. Ces d?sirs troublent l?activit? de l?esprit, donc la recherche de la v?rit?. Les d?sirs vains excessifs, ce qu?ils ont tendance ? ?tre, causent d?innombrables maux : ??? la r?flexion, ces maux me sembl?rent venir de ce que toute notre f?licit? et notre mis?re d?pendent de la seule qualit? de l?objet auquel nous sommes attach?s par amour.??[3]

Les trois principaux d?sirs (honneurs, richesse et plaisirs sensuels) ??ne sont nuisibles que si on les recherche pour eux-m?mes, et non comme moyen en vue d?une autre fin.??[4] Autrement dit, si ces d?sirs sont en vue de l?amour, alors ils sont utiles. Voil? en ce qui concerne le mode de vie n?cessaire pour penser vrai, il faut r?duire les d?sirs qui nous emp?chent de penser correctement. Notre prochaine t?che est de distinguer clairement les concepts que nous utilisons dans la recherche du souverain bien.

Nous entrons ici dans une de mes questions de pr?dilection, la v?rit? est-elle universelle ou relative? Spinoza nous r?pond que cela d?pend sous quel aspect on consid?re la question et dans quel sens on utilise le terme ??relatif??. Le bien et le mal ne se disent que relativement, dans le sens o?, pour une m?me chose on peut dire qu?elle est bonne et mauvaise, d?pendamment des aspects consid?r?s. Ainsi, la v?rit? est relative ? une situation particuli?re, mais cette situation particuli?re est universellement vraie, donc la v?rit? existe et n?est pas relative selon chacun.

Il est important de comprendre que le scepticisme est la philosophie la plus absurde qui soit. Voici une d?finition de la connaissance qui explique en quoi elle est contraire ? l?opinion et s?oppose ? l?erreur :

??Elle a pour but de rendre pr?sent aux sens o? a l?intelligence un objet (externe ou interne) en essayant de le discerner ou d?en poss?der une repr?sentation g?n?ralement ad?quate. Cette mise en contact avec l?objet de pens?e a pour condition la distinction du sujet et de l?objet, et le savoir qui en d?coule n?est transmissible que gr?ce au discours.??[5]

Poss?der une repr?sentation ad?quate n?est donc pas une opinion personnelle. Je d?finis les mots ??connaissance?? et ??savoir?? comme s?opposant au mot ??opinion?? et sous-entendent donc l?universalit?. Si c??tait ? chacun sa v?rit?, il n?y aurait donc que des opinions. Le scepticisme est la doctrine selon laquelle l?esprit ne peut atteindre la v?rit?. Mais cette doctrine se contredit elle-m?me dans son fondement! Elle affirme comme une v?rit? que l?esprit ne peut pas atteindre la v?rit?, qu?on ne peut rien conna?tre avec certitude. Les sceptiques semblent pourtant certains de cette universalit? de l?incertitude. Pour ?tre coh?rent ils devraient ?tre incertains que tout soit incertain, ainsi ils ne feraient que confesser leur ignorance et admettraient la possibilit? d?atteindre la v?rit?.

Pourquoi les sceptiques font-ils de la philosophie? Pour nous convaincre qu?on ne peut pas atteindre la v?rit?? Au nom de quelle v?rit? veulent-ils nous en convaincre? Voici une citation de Spinoza concernant les sceptiques :

??Car ces gens n?ont m?me pas conscience d?eux-m?mes; qu?ils affirment ou doutent, ils ne savent pas qu?ils affirment ou qu?ils doutent, ils disent ne rien savoir; et cela m?me- qu?ils ne savent rien- ils disent l?ignorer. Et ils ne le disent m?me pas absolument, car ils craignent d?admettre qu?ils existent, alors qu?ils ne savent rien; de sorte qu?ils doivent finalement se taire de peur d?admettre par hasard quelque chose qui ait une odeur de v?rit?. Enfin, il n?y a pas ? parler de sciences avec ces gens : car, pour l?usage de la vie et de la soci?t?, la n?cessit? les oblige ? admettre qu?ils existent, ? rechercher leur avantage et ? affirmer et ? nier sous serment bien des choses. En effet, si on leur prouve quelque chose, ils ne savent pas si l?argumentation est correcte ou non. S?ils nient, accordent ou objectent, ils ne le savent pas. Aussi, faut-il les consid?rer comme des automates totalement d?pourvus d?esprit.??[6]

Quand on s?exprime, on pr?tend ? la v?rit?, sinon les gens ne nous accorderons pas de cr?dibilit? si nous sommes menteurs ou hypocrites. Celui qui exprime des id?es pr?tend ? la v?rit?, m?me s?il affirme le contraire, alors il est soit menteur, soit inconscient. Il est important de comprendre que l?esprit ne se trompe jamais. Les pr?jug?s viennent de ce qui est ext?rieur ? nous, la connaissance de soi implique la pens?e vraie. Voici comment Spinoza explique l?infaillibilit? de l?esprit, et d?o? viennent? la plupart des erreurs :

??Que d?ailleurs les hommes n?aient pas une connaissance ?galement claire de Dieu et des notions communes, cela vient de ce qu?ils ne peuvent imaginer Dieu comme ils le font pour les corps, et de ce qu?ils ont r?uni le nom de Dieu et les images des choses qu?ils ont l?habitude de voir, ce que les hommes peuvent ? peine ?viter, parce qu?ils sont continuellement affect?s par les corps ext?rieurs. Et, bien entendu, la plupart des erreurs consistent en cela seul que nous ne donnons pas correctement leurs noms aux choses. Car, lorsqu?on dit que les droites men?es du centre d?un cercle ? sa circonf?rence sont in?gales, on entend certainement par cercle, au moins ? ce moment-l?, autre chose que les math?maticiens. De m?me, lorsque des hommes se trompent dans un calcul, ils ont dans l?esprit d?autres nombres que ceux qu?ils ont sur le papier. C?est pourquoi, si l?on consid?re leur esprit, ils ne se trompent certes pas; cependant ils nous paraissent se tromper, parce que nous pensons qu?ils ont dans l?esprit les nombres qui sont sur le papier. Autrement, nous ne croirions pas qu?ils se trompent (…) Et voil? l?origine de la plupart des controverses : les hommes n?expriment pas correctement leur pens?e ou ils interpr?tent mal la pens?e d?autrui. En fait, lorsqu?ils se contredisent le plus, ils pensent les m?mes choses ou bien des choses diff?rentes, de sorte que ce qu?ils consid?rent chez autrui comme des erreurs et des absurdit?s n?en est pas.??[7]

D?apr?s ce qui pr?c?de, il est donc clair que ce sont les d?finitions que l?on donne aux mots qu?il importe d??claircir lors d?une discussion, ainsi l?erreur est produite par la communication et par la repr?sentation, c?est-?-dire les perceptions tromp?es par l?imagination tels les effets visuels non rationalis?s; par exemple le soleil qui nous para?t ?tre ? 200 pieds, mais que la raison, ? l?aide de l?exp?rience, nous fait comprendre que c?est une illusion d?optique, que le soleil est plus loin qu?il ne para?t d?abord. Les d?finitions justes proviennent de la connaissance intuitive et expriment l?essence de la chose, c?est-?-dire sa nature propre, sinon elles deviennent souvent source d?erreur comme l?explique ce qui suit :

??Car, ce qui est un, les hommes se l?imaginent multiple. Aux choses qu?ils con?oivent abstraitement, s?par?ment et confus?ment, ils imposent des noms qu?ils emploient pour d?signer d?autres choses plus famili?res; d?o? vient qu?ils imaginent ces choses de m?me fa?on qu?ils ont l?habitude d?imaginer celles qui ont d?abord re?u ces noms. (…) Ensuite, les mots font partie de l?imagination, en ce sens que nous concevons nombre de fictions selon ce que les mots composent entre eux dans la m?moire gr?ce ? quelque disposition du corps; il est donc certain que les mots comme l?imagination peuvent ?tre la cause d?erreurs graves et multiples, ? moins que nous ne nous mettions en garde tr?s vigoureusement contre eux. Ajoutez que les mots sont cr??s arbitrairement et suivant le niveau du vulgaire. Aussi ne sont-ils que des signes des choses telles qu?elles apparaissent ? l?imagination et non ? l?entendement. Ce que montre clairement le fait qu?? toutes les choses qui sont seulement dans l?entendement, et non dans l?imagination, on a souvent impos? des noms n?gatifs comme incorporel, infini, etc., et qu?on exprime aussi n?gativement beaucoup de choses positives et inversement, par exemple : incr??, ind?pendant, infini, immortel, etc., sans doute parce que nous imaginons beaucoup plus facilement leurs contraires. D?o? vient que ceux-ci vinrent d?abord ? l?esprit des premiers hommes et usurp?rent les noms positifs. Nous affirmons et nions beaucoup de choses parce que la nature des mots, et non celle des choses, souffre ces affirmations ou n?gations. Si nous ignorions ce fait, nous prendrions facilement le faux pour le vrai.??[8]

Spinoza d?finit le bien v?ritable comme ?tant tous les moyens d?arriver au mod?le de la nature humaine qu?on s?est fix?, c?est-?-dire la possession d?une joie supr?me et incessante. Le souverain bien est de jouir pleinement de cette nature avec le plus de monde possible. Voici ce qu?est ce mod?le de la nature humaine :

??Ce qu?est cette nature, nous le montrerons en son lieu : c?est la connaissance de l?union de l?esprit avec la nature totale. Voil? donc la fin vers laquelle je tends : acqu?rir cette nature sup?rieure et tenter que d?autres l?acqui?rent avec moi; cela fait partie de mon bonheur de donner mes soins ? ce que beaucoup d?autres comprennent comme moi, de sorte que leur entendement et leurs d?sirs s?accordent avec mon entendement et mes d?sirs.??[9]

L?union avec la nature totale est connaissance de Dieu et de soi. On voit aussi en quoi l??ducation morale et celle des enfants en particulier sont d?une grande importance. La m?decine pour les soins du corps et la m?canique pour nous sauver du temps par rapport aux t?ches quotidiennes. Mais avant tout il faut purifier l?entendement, pour comprendre la vie ad?quatement. Pour se faire, toutes les sciences sont dirig?es vers un seul but, nous mener vers notre mod?le de la nature humaine, c?est-?-dire l?atteinte d?une joie supr?me et incessante. Ainsi, toute connaissance qui ne nous est pas utile pour progresser vers ce but est compl?tement inutile. L??tre humain ne peut pas tout conna?tre, en fait sa connaissance est infiniment limit?e, mais il peut tout conna?tre ce qu?il doit savoir pour atteindre ce but, en autant qu?il utilise toutes ses connaissances et ses recherches dans cette voie. Pourquoi perdre du temps avec des casse-t?tes inaptes ? nous rendre plus heureux? La connaissance doit viser l?utilit?.

??Par o? l?on peut d?j? voir que je veux diriger toutes les sciences vers une seule fin et un seul but, ? savoir : arriver ? la perfection humaine supr?me dont nous avons parl?; ainsi tout ce qui, dans les sciences, ne nous rapproche pas de notre fin devra ?tre rejet? comme inutile; c?est-?-dire, en un mot, que toutes nos actions et pens?es doivent ?tre dirig?es vers cette fin. Mais tandis que nous sommes occup?s ? cette recherche et nous effor?ons de ramener l?entendement dans le droit chemin, il faut bien vivre; nous sommes contraints, avant tout, d?accepter comme bonnes certaines r?gles de vie que voici :

1). Parler un langage au niveau du commun et faire tout ce qui ne nous emp?che pas d?atteindre notre but. Car ainsi nous pouvons y gagner, pourvu que nous nous mettions, autant qu?il est possible, ? sa port?e. Ajoutez que de cette mani?re nous trouverons des oreilles bienveillantes pour entendre la v?rit?.

2). Jouir des plaisirs dans la seule mesure convenable pour conserver la sant?.

3). Enfin, ne rechercher l?argent ou tout autre bien que dans la mesure convenable pour entretenir vie et sant? et pour nous conformer aux moeurs de la soci?t? qui ne s?opposent pas ? notre but.??[10]

Maintenant que ces r?gles sont pos?es, la t?che est de r?former l?entendement afin de le rendre capable de comprendre la Nature dans le but de progresser vers une joie supr?me et incessante. Pour ?a, il faut savoir quels sont les modes de perceptions qui nous m?nent ? une connaissance vraie (pl?onasme), autrement dit il faut rechercher ce qui nous permettra d??viter les erreurs. Pour se faire il faut ?num?rer les quatre modes de connaissance, qui seront trois dans L??thique, car Spinoza r?unira les deux premiers en un seul. Les voici :

??1). Il y a une perception acquise par ou?-dire ou par quelque signe choisi arbitrairement.

2). Il y a une perception acquise par une exp?rience vague, c?est-?-dire qui n?est pas d?termin?e par l?entendement. On la nomme vague uniquement parce qu?elle arrive au hasard et qu?il n?y en a aucune autre pour la contredire, et donc elle reste en nous in?branl?e.

3). Il y a la perception o? l?on conclut l?essence de la chose d?une autre chose, mais non pas ad?quatement. C?est le cas soit lorsque nous inf?rons d?un effet la cause, soit lorsque nous tirons une conclusion d?un certain universel toujours accompagn? d?une certaine propri?t?.

4). Enfin, il y a une perception o? la chose est per?ue par sa seule essence ou par la connaissance de sa cause prochaine.??[11]

Dans L??thique, les deux premiers modes deviennent la connaissance par ou?-dire ou exp?rience, seule source de l?erreur. Le troisi?me devient la connaissance rationnelle,? le quatri?me la connaissance intuitive et ils sont n?cessairement vrais. Concernant les modes de perception ou connaissance, voici une citation qui fait bien sentir en quoi la v?rit? est signe d?elle-m?me, c?est-?-dire qu?elle doit ?viter la r?gression ? l?infini en expliquant une v?rit? par une raison, car ainsi on doit d?montrer cette raison par une autre raison, et ainsi de suite ? l?infini. C?est pourquoi la connaissance rationnelle doit se fonder sur la connaissance intuitive, car celle-ci comprend sans d?monstration :

??Par choses perceptibles je n?entends pas seulement celles qui sont d?montr?es rigoureusement, mais aussi celles que nous avons l?habitude de saisir avec une certitude morale et de les comprendre sans surprise, bien qu?elles ne puissent ?tre d?montr?es. Les propositions d?Euclide sont per?ues par le premier venu avant d??tre d?montr?es.? De m?me j?appelle perceptibles et claires les histoires, aussi bien celles qui se rapportent ? l?avenir que celles qui se rapportent au pass?, quand elles ne d?passent pas la cr?ance humaine; de m?me les r?gles de droit, les institutions, les moeurs, bien que ces choses ne puissent ?tre d?montr?es math?matiquement. J?appelle d?autre part non perceptibles les choses obscur?ment exprim?es et les r?cits qui semblent d?passer les limites de la cr?ance; parmi ces derni?res il s?en trouve cependant plusieurs dont une recherche conduite suivant notre m?thode permet de percevoir le sens tel que l?a entendu l?auteur.??[12]

La connaissance intuitive telles les certitudes morales comprises sans surprise, la connaissance de l?essence d?une chose, par cela m?me que je la sais, je sais en quoi consiste conna?tre quelque chose. De la m?me fa?on nous comprenons les v?rit?s math?matiques. Il n?y a pas beaucoup de connaissances qu?on acquiert de cette fa?on, mais toutes les v?rit?s rationnelles doivent se fonder sur elles. Voici l?exemple qui illustre la connaissance intuitive :

??Soit trois nombres, on en cherche un quatri?me qui soit au troisi?me comme le second est au premier. Les marchands diront le plus souvent qu?ils savent ce qu?il faut faire pour trouver le quatri?me, sans doute parce qu?ils n?ont pas encore oubli? le proc?d? que, tout simple et sans aucune d?monstration, ils ont appris de leurs ma?tres. D?autres, se fondant sur l?exp?rience d?exemples simples, en ont fait un principe universel; surtout l? o? le quatri?me nombre est ?vident de lui-m?me, comme dans cet exemple : 2,4,3,6, ils font l?exp?rience que le second multipli? par le troisi?me et divis? ensuite par le premier donne le quotient 6. Et comme ils voient qu?on obtient le m?me nombre qu?ils savaient ?tre le proportionnel sans cette op?ration, ils concluent qu?elle est toujours bonne pour trouver le quatri?me nombre proportionnel. Mais les math?maticiens connaissent par la d?monstration d?Euclide (prop.19 du livre VII) les nombres qui sont proportionnels entre eux; ? savoir, qu?en vertu de la nature de la proportion et de sa propri?t?, le produit du premier et du quatri?me est ?gal au produit de second et du troisi?me. Et cependant, ils ne voient pas la propri?t? ad?quate des nombres propos?s et, s?ils la voient, ce n?est pas en vertu de cette proposition, mais intuitivement et sans faire d?op?ration.??[13]

Par cet exemple d?intuition math?matique, Spinoza fait justement appel ? notre intuition, par le ressenti. On a tous fait l?exp?rience d?op?ration math?matique qu?on fait correctement sans pouvoir expliquer la r?gle qui la r?gie. Le M?non de Platon exprime bien ce point de vue, ce qu?il nomme la r?miniscence. Les math?matiques sont un excellent mod?le pour expliquer la certitude que l?on ressent d?une v?rit? quelconque, donc de ce qu?est le sentiment de certitude de la v?rit?. Sentez la citation ci-haut et vous sentirez ce qu?est l?intuition.

Spinoza nous dit que les deux premiers genres de connaissances sont la source des erreurs (ou?-dire et exp?rience vague), que le troisi?me est n?cessairement vrai, mais qu?il n?est pas en lui-m?me un moyen de mener ? notre mod?le de la nature humaine. Le quatri?me est la connaissance de la chose telle qu?elle est en soi. Maintenant nous savons que nous devons nous servir de l?intuition, et construire le reste ? partir d?elle.

??Nous savons maintenant quelle connaissance nous est n?cessaire, il nous faut donc traiter de la voie et de la m?thode qui nous m?neront ? une telle connaissance des choses qu?il importe de conna?tre. Pour cela, remarquons d?abord qu?il ne sera pas ici question d?une recherche ? l?infini; je veux dire que, pour d?couvrir la meilleure des recherches du vrai, il n?est pas besoin d?une autre m?thode pour rechercher la premi?re, et pour trouver la seconde nul besoin d?une troisi?me, et ainsi ? l?infini : car, de cette fa?on, on ne pourrait jamais parvenir ? la connaissance du vrai ni m?me ? aucune connaissance. Il en est ici comme d?instruments mat?riels pour lesquels le pr?sent raisonnement est valable. Car, pour forger, il faut un marteau, et pour avoir un marteau, il faut le fabriquer. Ce pourquoi on a besoin d?un autre marteau et d?autres outils, et pour les poss?der, il faut encore d?autres instruments, et ainsi ind?finiment. Et par ce raisonnement il serait vain d?essayer de prouver que les hommes n?ont aucun moyen de forger. Mais, au d?but, les hommes, avec des instruments naturels, r?ussirent certains objets tr?s faciles, bien qu?avec difficult? et imparfaitement, et ceux-ci fabriqu?s, ils confectionn?rent d?autres objets plus difficiles avec moins de travail et plus de perfection, et ainsi, graduellement des travaux les plus simples aux outils, des outils ? d?autres travaux et d?autres outils, ils arriv?rent ? ex?cuter de nombreux et tr?s difficiles ouvrages et sans beaucoup de travail. De la m?me fa?on, l?entendement, par sa propre force inn?e, se forge des outils intellectuels gr?ce auxquels il acquiert d?autres forces pour d?autres oeuvres intellectuelles, et gr?ce ? ces oeuvres, d?autres outils, c?est-?-dire le pouvoir de chercher plus avant. Ainsi, avance-t-il degr? par degr? jusqu?au fa?te de la sagesse. Il est facile de voir que c?est l? le proc?d? de l?entendement, pourvu que l?on comprenne ce qu?est la M?thode de recherche du vrai et ce que sont les seuls instruments inn?s dont il a besoin pour en confectionner d?autres qui le conduisent plus avant.??[14]

Maintenant que la r?gression ? l?infini des m?thodes est ?limin?e, que tout scepticisme est ?limin?, nous allons scruter ce qu?est l?id?e vraie. Pour Spinoza, la v?rit? a une valeur positive, penser le faux en ?tant dans l?erreur; ce n?est pas penser, c?est plut?t imaginer, se laisser berner par les choses ext?rieures qui nous affectent. L?id?e vraie est l??tre de raison correspondant ? l??tre r?el dans la Nature. Il y a effectivement une diff?rence entre la sph?re et l?id?e de la sph?re.? Pour comprendre la sph?re, nous n?avons pas besoin de comprendre l?id?e de la sph?re, celle-ci nous fait directement comprendre ce qu?est la sph?re r?elle, ainsi nous n?avons pas besoin d?une id?e de l?id?e de la sph?re pour la comprendre. De m?me il n?est pas n?cessaire pour savoir, de savoir que je sais, car on ne peut pas ignorer savoir quelque chose.

??Puisque donc la v?rit? ne requiert aucun signe, mais qu?il suffit de poss?der les essences objectives des choses (?tre de raison conforme ? l??tre r?el) ou, si l?on pr?f?re, les id?es, pour supprimer tout doute, il s?ensuit que la m?thode qui veut qu?on cherche le signe de la v?rit? post?rieurement ? l?acquisition des id?es, n?est pas la vraie; la vraie m?thode, au contraire, est la voie par laquelle la v?rit? elle-m?me ou les essences objectives des choses, ou les id?es (tout cela signifie la m?me chose), sont recherch?es dans l?ordre qui convient.??[15]

La premi?re parenth?se est de moi. Notre m?thode est une connaissance r?flexive, c?est-?-dire que conna?tre c?est avoir l?id?e en nous de la chose r?elle en elle-m?me. La bonne m?thode sera donc celle qui dirige l?esprit selon la norme de l?id?e vraie.

??De plus, comme le rapport entre deux id?es est le m?me qu?entre leurs essences formelles, il suit que la connaissance r?flexive de l?id?e de l??tre le plus parfait sera sup?rieure ? la connaissance r?flexive de toutes les autres id?es, c?est-?-dire que la m?thode la plus parfaite sera celle qui montre comment l?esprit doit ?tre dirig? selon la norme de l?id?e de l??tre le plus parfait. D?o? l?on voit ais?ment de quelle fa?on l?esprit, en comprenant plus de chose, acquiert en m?me temps de nouveaux instruments qui lui permettent d?avancer plus facilement dans la compr?hension. Car, comme on peut le conclure de ce qui pr?c?de, il doit avant tout y avoir en nous une id?e vraie qui soit comme un instrument inn? qui, par sa compr?hension m?me, nous fasse comprendre en m?me temps la diff?rence entre une pareille perception et toutes les autres. En quoi consiste une partie de la m?thode. Et comme il est clair par soi que l?esprit se comprend d?autant mieux qu?il comprend plus de choses de la Nature, il s?ensuit que cette partie de la m?thode est d?autant plus parfaite que l?esprit comprend plus de choses et sera la plus parfaite quand l?esprit s?appliquera ? la connaissance de l??tre le plus parfait ou y r?fl?chira.??[16]

Avant de comprendre quelque id?e particuli?re que ce soit, il est n?cessaire de comprendre l?id?e du tout. En approfondissant la connaissance de cette id?e, ensuite nous pourrons en d?duire toutes les id?es particuli?res n?cessaires ? la poursuite de notre but, c?est-?-dire le progr?s vers une joie supr?me et incessante, autrement dit la f?licit? ou b?atitude.

??pour que notre esprit repr?sente l?image de la Nature, il doit produire toutes ses id?es ? partir de celle qui repr?sente l?origine et la source de la Nature. Cette m?me id?e sera ainsi la source de toutes les autres. (…) Apr?s connaissance de cette m?thode, nous avons vu que cette m?thode sera la plus parfaite quand nous aurons l?id?e de l??tre le plus parfait. C?est donc d?s le principe qu?il nous faudra veiller ? arriver le plus vite possible ? la connaissance d?un tel ?tre.??[17]

Spinoza explique que ce sont les pr?jug?s qui emp?chent la recherche dans le bon ordre d?id?es. C?est aussi parce qu?il faut ?tre d?une grande pr?cision dans les d?finitions des mots employ?s. C?est sur l?id?e de Dieu que s?ouvrira L??thique, elle est d?finit et ensuite tout s?en d?duit. M?me si les d?finitions de Dieu sont le point de d?part du syst?me de Spinoza, elles sont comme un point d?arriver dans sa recherche de la v?rit?, il a trouv? la fa?on de d?finir Dieu, sur lequel tout le reste peut ?tre d?duit de fa?on coh?rente et compr?hensible. Il est important de comprendre que le choix des d?finitions, des postulats et des axiomes est la clef de tout le syst?me, car tout le reste (les 259 propositions) en est logiquement d?duit. Le Trait? de la r?forme de l?entendement annonce les th?mes principaux de L??thique, c?est-?-dire l?importance de conna?tre Dieu et la puissance de l?entendement humain. Ainsi, le Trait? s?imbrique avec L??thique en expliquant partiellement Dieu et la connaissance humaine, dans l?intention de donner un aper?u de l?importance de leur recherche respective, c?est-?-dire de ce qu?est Dieu et de ce que peut l?intelligence humaine afin de nous conduire au bonheur. D?ailleurs voici une citation de Caillois ? ce propos, dans la notice du trait? :

??Mais M. Koyr? croit cependant que Spinoza n?a pas voulu finir le Trait? parce qu?il? a compris, en r?digeant L??thique, que la m?thode est inh?rente ? l?exercice m?me de l?esprit philosophant, qu?elle se d?voile en m?me temps que la r?flexion effective. Ce serait donc dans L??thique que se trouverait la vraie m?thode de Spinoza, m?thode en acte et qui rendrait inutile la m?thodologie pr?ventive.??[18]

Le syst?me de Spinoza est vrai en lui-m?me, car il se d?duit des d?finitions, axiomes et postulats qui sont pos?s, mais repr?sente-t-il la nature de fa?on conforme? Autrement dit, devenons-nous plus heureux en vivant selon les prescriptions de L??thique? Qu?avons-nous ? perdre de l?essay??

Le Trait? continue en distinguant l?id?e vraie des autres perceptions. Ceux qui doutent des id?es vraies c?est parce qu?ils ne font pas attention ? ce qui distingue l?id?e vraie et les autres id?es. L?id?e vraie permet d??carter les id?es fausses, douteuses ou fictives. Elles viennent des pr?jug?s, d?une recherche sans ordre, d?un manque de pr?cision dans les d?finitions, donc de l?ignorance.

Nous connaissons plus clairement la chose con?ue plus particuli?rement, autrement dit les notions communes sont des points de rep?re pour conna?tre la multiplicit? des choses particuli?res. Plus nous connaissons de choses particuli?res, plus nous connaissons Dieu. Conna?tre, c?est conna?tre les choses particuli?res dans leur rapport avec le tout. L?id?e de la nature enti?re (Dieu) est donc le point de d?part n?cessaire pour ?viter les erreurs :

??En outre, il suffit que la premi?re id?e ne soit pas une fiction et que toutes les autres en soient d?duites pour que la tentation de forger des fictions disparaisse peu ? peu. Puis, comme la fiction ne peut ?tre claire et distincte, mais seulement confuse, et comme toute confusion vient de ce que l?esprit ne conna?t que partiellement une chose qui est une totalit?, ou est compos?e d??l?ments multiples, et qu?il ne distingue pas le connu de l?inconnu; et en outre de ce qu?il s?applique ? la fois et sans les distinguer ? ces ?l?ments multiples contenus dans chaque chose, il s?ensuit : premi?rement, que si l?id?e est celle d?une chose tr?s simple, elle ne pourra qu??tre claire et distincte, car cette chose sera connue non en partie, mais dans sa totalit? ou pas du tout. Deuxi?mement : que si la chose compos?e de parties multiples est divis?e par la pens?e dans toutes ses parties ?l?mentaires et qu?on porte son attention sur chacune d?elles, toute confusion dispara?tra. Troisi?mement : que la fiction ne peut ?tre simple, mais qu?elle se fait ? partir de la composition de diverses id?es confuses…??[19]

Cette th?orie des id?es simples est reprise par G.E. Moore, car il pr?tend qu?il y a des v?rit?s ind?montrables, mais ?videntes en soi, comme la couleur jaune. Si le daltonien voit le jaune de couleur orange, avec l?exp?rience en fr?quentant les autres, il pourra s?apercevoir qu?il confond les couleurs et comprendre que son orange est parfois le jaune des autres, donc il comprendra qu?il existe des couleurs conventionnelles qu?il ne distingue pas. Le daltonien est tromp? par ses sens au m?me titre que les illusions d?optique nous trompent tous si nous ne les r?glons par sur notre raison. L?id?e simple est vraie en elle-m?me, peu importe le nom qu?on lui donne. La couleur repr?sent?e par le mot ??jaune?? existe m?me si elle n?est pas per?ue comme telle. La chose jaune qui semble orange avec l??clat du soleil n?est pas moins jaune pour autant, ce que confirme l?absence de soleil. Il est tout aussi vrai que celui qui n?a vue l?objet qu?en pr?sence du soleil, le consid?rera orange avec raison selon sa perspective, mais la vraie couleur est celle qui n?est pas influenc?e par quelque chose d?ext?rieur ? elle. On doit comprendre directement ce qu?est le ??jaune??, toute explication rationnelle est inutile ? son sujet.

Il est clair que le daltonien ne se trompe pas selon son esprit, mais il semble se tromper parce qu?il ne per?oit pas certaines couleurs comme les autres. Son orange est donc aussi vrai que le jaune des autres concernant le m?me objet, mais il pourra, gr?ce ? l?exp?rience et ? la raison, comprendre ce qui le distingue des autres, et ainsi ?viter le danger de s??lectrocuter, plut?t que d?essayer de brancher ensemble des fils selon des couleurs respectives. Il peut m?me s?ajuster au jaune des autres en le classant comme un orange p?le, ainsi il saura ce qu?est le jaune conventionnel, car les id?es simples sont des conventions ressenties comme vraies par l?intuition.

La plus grande source d?erreur vient de ce que les humains imaginent les concepts de l?entendement de la m?me fa?on qu?ils le font pour les corps qui ont d?abord re?us les noms.? Cette forme d?erreur provient de ce qu?on con?oit les choses trop abstraitement. Il est clair que plus on conna?t les particularit?s d?une chose, plus on la conna?t, et ne conna?tre que ce que la chose a de commun avec d?autres choses, c?est la conna?tre peu.

??Cette erreur provient enfin de l?incompr?hension des premiers ?l?ments de toute la nature, d?o? il suit que l?on proc?de sans ordre, on confond la nature avec des axiomes abstraits, quoique vrais, on tombe soi-m?me dans la confusion et on pervertit l?ordre de la Nature. Nous, au contraire, nous devons proc?der de la fa?on la moins abstraite qu?il se peut, commencer d?s que possible par les ?l?ments premiers, c?est-?-dire la source et l?origine de la Nature et ainsi une telle erreur n?est nullement ? craindre. Mais pour la connaissance de l?origine de la Nature, il n?y a aucun danger de la confondre avec des abstractions. Car, lorsque l?on con?oit quelque chose d?abstrait, comme le sont tous les universaux, l?esprit comprend toujours au del? des objets particuliers correspondants qui peuvent exister en r?alit? dans la Nature. De plus, comme dans la Nature, il y a beaucoup de choses qui diff?rent si peu que l?entendement voit ? peine la diff?rence, il se peut tr?s bien qu?on les confonde si on les con?oit abstraitement. Mais l?origine de la Nature, nous le verrons plus loin, ne peut ?tre un concept abstrait ni, comme un universel, d?passer dans l?entendement les limites de la r?alit?; elle n?a rien non plus de commun avec les choses changeantes. Par cons?quent, on a pas ? craindre de confusion au sujet de son id?e pourvu qu?on poss?de la norme de la v?rit? pr?c?demment indiqu?e. Car cet ?tre est unique, infini, c?est-?-dire est tout l??tre, et en dehors de lui il n?y a aucun ?tre.??[20]

Maintenant il sera question du doute, qu?il provient de l?ignorance et qu?il ne peut pas ?tre absolu. Ceci est une critique du doute m?thodique de Descartes, ainsi qu?une critique de la libert? de choix, car si nous connaissons la v?rit?, elle s?impose ? nous. Mais l?essentiel est ?crit dans les deux citations suivantes :

??c?est en r?fl?chissant aux erreurs des sens que na?t le doute et si, apr?s avoir dout?, on acquiert une connaissance vraie des sens et de leurs aptitudes ? repr?senter les choses ? distance, le doute dispara?t de nouveau. (…) Car le doute n?est rien que l?esprit suspendu ? propos d?une affirmation ou d?une n?gation; il affirmerait ou nierait s?il n?y avait quelque chose dont l?ignorance rend sa connaissance de la chose n?cessairement imparfaite. Donc, ce doute vient toujours de ce que les choses sont ?tudi?es sans ordre.??[21]

Apr?s avoir trait? de l?id?e vraie, des sources d?erreurs et de l?importance de la compr?hension de Dieu pour les ?viter, le trait? se terminera avec un retour sur l?importance des d?finitions et finalement une ?bauche de la puissance de l?entendement. Ce th?me constitue d?ailleurs la 5e partie de L??thique, donc la m?thode pr?ventive s?arr?te apr?s avoir justifier la recherche de Dieu (qui constitue le fondement de sa philosophie), en justifiant l?utilit? de comprendre la force de notre esprit pour progresser vers le bonheur.. La m?thode pr?ventive justifie donc la recherche philosophique en vue du bonheur en s?entrem?lant avec cette recherche du bonheur, dans le but non de l?expliquer, mais de la justifier par une partie de son explication compl?te.

En conclusion, le but de la recherche du vrai est l?atteinte du bonheur. Il faut d?abord s?accoutumer ? la temp?rance pour que notre esprit soit apte ? r?fl?chir le mieux possible. Ensuite il faut comprendre l?importance que la v?rit? soit universelle (pl?onasme) pour qu?une connaissance quelconque soit possible, donc que la sophistique ou le scepticisme sont des doctrines ? rejeter. La connaissance intuitive est le fondement de la connaissance, car elle fonde les d?finitions, les postulats et les axiomes, et m?ne ? la compr?hension de Dieu. La v?rit? est correspondance entre l?id?e et la chose r?elle. L?id?e ad?quate est l?id?e vraie en elle-m?me. Il faut d?abord conna?tre La Nature totale, pour en d?duire les id?es plus particuli?res dans un ordre s?r, en ?vitant les risques d?erreurs, en rejetant les id?es vraisemblables, donc incertaines. Les id?es simples sont vraies ou sont fausses compl?tement, jamais partiellement. Celles qui sont vraies servent donc de base aux autres associations d?id?es, ainsi il n?y a aucun risque d?erreur depuis l?acquisition des premi?res id?es vraies, comme le sont les v?rit?s math?matiques (conventionnelles), et les v?rit?s morales comprises sans explication et sans surprise. Ce Trait? se termine de fa?on inachev?e sur l?importance de conna?tre Dieu et la puissance de l?entendement humain, ce qui nous renvoie directement ? la lecture de sa philosophie, de son syst?me, celui qui explique non l?importance de conna?tre Dieu, mais ce qu?il est (ce qui aide d?ailleurs davantage ? comprendre son importance); non l?importance de comprendre la puissance de notre raison, mais ce qu?elle nous prescrit pour ?tre heureux,? ? travers l?oeuvre magistrale et unique en son genre qu?est L??thique.


[1] Spinoza, B., Trait? de la r?forme de l?entendement, ?d. Gallimard, La Pl??ade, 1954, p.102.

[2] Ibid., pp. 103-104.

[3] Ibid. p. 105.

[4] Ibid.

[5] Durozoi et Roussel, Dictionnaire de philosophie, ?d. Nathan, 1987, p. 72.

[6] Ibid. de la note 4, pp. 116,117.

[7] Spinoza, B., L??thique, ?d. gallimard, La Pl??ade, 1954, p. 402.

[8] Ibidem de la note 1, **, pp. 108 et 109 et pp. 133-134.

[9] Ibid., p. 106.

[10] Ibid., pp. 106-107

[11] Ibid., pp. 107-108.

[12] Trait? th?ologico-politique, chapitre 7, note marginale, La Pl??ade, p. 727.

[13] Ibidem de la note 1, p. 109.

[14] Ibid., pp. 111-112.

[15] Ibid., p. 113.

[16] Ibid., p. 114.

[17] ibid., p. 115 et 117.

[18] Ibid., notice du Trait?, p. 100.

[19] Ibid., de la note 1, pp. 123-124.

[20] Ibid., pp. 128-129.

[21] Ibid., pp. 130-131.

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (6)

Hier nous avons découvert une personnalité attachante, aujourd’hui disparue, celle de Neil Armstrong, premier homme ...