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LA M?TAMORPHOSE DU CAPITALISME

GILLES BONAFI

La m?tamorphose du capitalisme, c’est ? dire la fusion du capitalisme de march? et du capitalisme d’?tat est une longue histoire…

Ce qui importe ici est d’analyser la lente ?volution de la pens?e ?conomique pour adapter un syst?me bas? sur l’objet c’est ? dire, la production de marchandises. La production (socialiste ou capitaliste) est donc devenue l’alpha et l’om?ga des ?conomistes, et, le coeur de la pens?e marxiste :

??La production des id?es, des repr?sentations et de la conscience, est d’abord directement et intimement m?l?e ? l’activit? mat?rielle et au commerce mat?riel des hommes: elle est le langage de la vie r?elle.??

Source 😕Marx : L’Id?ologie allemande

Karl Marx a pass? sa vie ? chercher et analyser les failles du capitalisme avec un objectif qui ne peut que nous laisser perplexe :???Les philosophes n’ont fait qu’interpr?ter le monde de diff?rentes mani?res, ce qui importe c’est de le transformer.??

Source 😕Marx : Th?ses sur Feuerbach (th?se XI)

Tout d’abord critiqu?, diabolis?, les analyses de Karl Marx ont peu ? peu envahi la pens?e ?conomique. L’histoire lui a pourtant donn? tort. En effet, la r?volution marxiste devait ?tre la r?volte des travailleurs contre les ??classes bourgeoises exploitantes??, or, dans la Russie de 1917 (la Chine aussi plus tard), la ??classe bourgeoise?? ?tait quasiment inexistante. Paradoxe de l’histoire, les r?volutions ??communistes?? se sont d?roul?es dans des pays tr?s peu industrialis?s, sans r?elle classe bourgeoise.

Cependant, Karl Marx avait parfaitement identifi? l’?tape indispensable menant au communisme : le socialisme. Il faut le rappeler, le communisme pr?ne l’abolition du travail salari? (plus de classes) et de l’?tat, deux ?l?ments cl?s du socialisme.

Le socialisme ?tait donc pour Marx une ?tape n?cessaire permettant de socialiser la production tout en conservant la forme du travail salari?. Dans ce syst?me, l’?tat joue un r?le cl? et organise un capitalisme centralis?. Les tentatives de mise en place d’un ?tat socialiste redistributif ont cependant ?chou?, et, n’ont r?ussi qu’? accentuer les in?galit?s, ? l’exemple de la Russie et la Chine.

Source 😕La fin du mythe ?galitaire socialiste

La Loi de Pareto s’applique en effet partout et, dans les pays socialistes, la ??nomenklatura?? s’est empar?e du pouvoir en se transformant en classe exploitante.

L’?crivain et pr?tre fran?ais F?licit? Robert de Lamennais qui publia?Le Livre du peuple (pages 18-19) livrait, d?s 1837, la quintessence du r?le de l’?tat, une v?ritable proph?tie d’une cruelle actualit? :

??Les prol?taires, ainsi qu’on les nomme avec un superbe d?dain, affranchis individuellement, ont ?t? en masse la propri?t? de ceux qui r?glent les relations entre les membres de la soci?t?, le mouvement de l’industrie, les conditions du travail , son prix et la r?partition de ses fruits.?Ce qu’il leur a plu d’ordonner, on l’a nomm? loi, et les lois n’ont ?t? pour la plupart que des mesures d’int?r?t priv?, des moyens d’augmenter et de perp?tuer la domination et les abus de la domination du petit nombre sur le plus grand.
Tel est devenu le monde lorsque le lien de la fraternit? a ?t? bris?. Le repos, l’opulence, tous les avantages pour les uns; pour les autres la fatigue, la mis?re et une fosse au bout.??

Cependant, le capitalisme de march? est dans une situation aujourd’hui critique, et, nombreux sont ceux qui croient au « grand soir ?, ? la grande r?volution communiste, dont le socialisme est l’?tape oblig?e. Pourtant, peu d’intellectuels ont v?ritablement compris que le socialisme ?tait un capitalisme d’?tat. La seule r?elle question ?tant en effet de savoir qui contr?le les capitaux, un contr?le dans lequel l’?tat joue un r?le ?norme, y compris dans les ?conomies de march?. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi le livre culte de Marx s’intitulait Le Capital, le coeur du probl?me.

Karl Marx est donc encore syst?matiquement ?tudi? et influence aujourd’hui l’ensemble des penseurs de l’?conomie.

Marx ?tait par exemple le plus fervent d?fenseur de la th?orie quantitative de la monnaie. Or, et je l’ai d?montr? ? l’aide de la fameuse loi de Fisher pour consommer il faut ?quilibrer la masse mon?taire avec la quantit? de marchandises. Une soci?t? consum?riste (du latin consumere, qui se consume) transforme en effet tout en exponentielles et en particulier les marchandises, ainsi que la monnaie. La finance n’est donc que le dernier avatar d’un syst?me condamn? ? dispara?tre ? br?ve ?ch?ance.

Au moment o? le capitalisme s’effondre, les ?v?nements s’acc?l?rent. En effet, le capitalisme est en pleine m?tamorphose et pour survivre, tente de r?soudre ses contradictions en empruntant syst?matiquement ? celui qui les a compil?es, Karl Marx.

L’analogie des contraires n’est pas qu’un simple concept, c’est le coeur m?me de tout mouvement de la pens?e, de la psych?.

Le march? applique ainsi aujourd’hui ? merveille les th?ories dites marxistes, mais dans un but invers?. Il faut en effet permettre la hausse tendancielle du taux de profit, augmenter la production et donc donner acc?s ? la monnaie en grande quantit?, ce qui n?cessite des taux tr?s bas. Le co?t de la monnaie est ainsi devenu quasi nul pour les financiers, mais pas celui du travail, et l’on a donc r?ussi ? faire d’une pierre deux coups :

 

  • l’inflation ne touche pas les d?tenteurs de grands capitaux.
  • le co?t du travail devra s’ajuster c’est ? dire baisser ? l’exemple des USA, de l’Irlande, de la Gr?ce et de l’Espagne, etc, etc. En France?cela a commenc? en 2010 pour les ouvriers et employ?s (secteur priv? et semi-public) et ce n’est que le d?but…

Pour mieux comprendre, il faut remonter le temps.

John Maynard Keynes (1883-1946), en 1936, fut ainsi l’un des premiers ? expliquer que les march?s ne s’?quilibraient pas sans intervention de l’?tat (Th?orie g?n?rale de l’emploi, de l’int?r?t et de la monnaie).

Il est d’ailleurs remarquable de noter que les th?ories de Keynes ont ?t? syst?matiquement mises en avant pour expliquer la sortie des USA de la crise de 1929. Ceci est totalement erron?, et ce, pour deux raisons :

  • le New Deal a ?t? une politique initi?e en 1933 par Roosevelt, soit trois ans avant la th?orie ? r?volutionnaire ? de Keynes. Cette derni?re fut d’ailleurs le fruit d’un travail collectif inspir? en grande partie par les travaux de Richard Ferdinand Kahn. Il a en effet d?montr? en 1931 ? travers son ?tude : ? The Relation of Home Investment to Unemployment ? le lien entre investissement int?rieur et ch?mage. De plus, Kahn insista sur l’importance de l’intervention de l’?tat pour lutter contre le ch?mage, le th?me central de son ?tude ? The financing of public works ? publi?e en 1932 (le mythe de Keynes d?crypt? bient?t).
  • Sources 😕Richard Kahn : The Relation of Home Investment to Unemployment
  • Richard Kahn : The financing of public works and other publications
  • L’axe central de l’oeuvre de r?f?rence de Keynes publi?e en 1936, la Th?orie g?n?rale de l’emploi, de l’int?r?t et de la monnaie, repose ainsi sur les travaux de Kahn et de l’?conomiste su?dois Knut Wicksell qui pr?naient l’intervention de l’?tat dans l’?conomie. Parler de la politique Keyn?sienne de Roosevelt est un non sens historique et Keynes n’a d’ailleurs fait que compiler les travaux du cercle d’?conomistes nomm? The Cambridge Circus.
  • Roosevelt n’avait d’ailleurs jamais entendu parler de Keynes lorsqu’il instaura le New Deal.? Il ne rencontra Keynes que le 28 mai 1934 et l’entrevue se passa tr?s mal.
  • Encore un mythe qui s’effondre aujourd’hui (Le larousse doit r?viser sa copie). Cela fait ?trangement penser ? Walter Lippman, un ? grand ? journaliste am?ricain et ami de Keynes qui d?crivait la ??fabrique du consentement?? dans son oeuvre culte Public Opinion (1922) : ? pour mener ? bien une propagande, il doit y avoir une barri?re entre le public et les ?v?nements.??
  • Source : Walter Lippman : Public Opinion, Chapter II Censorship and Privacy part 3

Avec Keynes, on a surtout construit un mythe dans le but de justifier l’intervention de l’?tat. Keynes fut d’ailleurs un des premiers ? utiliser les math?matiques afin d’appuyer ses th?ories. Wittgenstein expliquait dans son Tractatus que : ? les lois logiques sont des tautologies, elles ne disent rien sur le monde ?. La tautologie ?tant une proposition tourn?e de mani?re ? ce que sa formulation ne puisse ?tre que vraie, nous comprenons mieux pourquoi les ?conomistes utilisent tant les math?matiques.

Le math?maticien Kurt G?del (1906-1978) est ainsi devenu c?l?bre avec son th?or?me d’incompl?tude qui d?montre les limites de notre compr?hension du monde. Plus passionnant encore et surtout m?connu, son th?or?me d’inconsistance d?veloppe le fait qu’une d?monstration math?matique peut servir ? expliquer tout et son contraire.

Les travaux de G?del nous enseignent que l’homme (et sa pr?tention de connaissance) tourne en rond autour de lui-m?me.

Marx r?v?lait d’ailleurs le fameux pot aux roses (que nos ? grands ? intellectuels connaissent parfaitement) dans une lettre ? Friedrich Engels (15 ao?t 1857) qui est tr?s peu diffus?e :

??Il est possible que je me sois mis dans l?embarras. Mais avec un peu de dialectique, on s?en tirera toujours.?J?ai naturellement donn? ? mes consid?rations une forme telle qu?en cas d?erreur, j?aurais encore raison.??

Source 😕Karl Marx, lettre ? Friedrich Engels, 15 ao?t 1857

 

Mais revenons ? nos moutons…

 

L’?conomiste Joseph Schumpeter, d?s 1942, dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et d?mocratie, d?veloppa l’analyse imput?e ? Keynes et affirma l’importance des travaux de Marx. C’est en 1954 qu’il r?ouvrit la bo?te de Pandore en expliquant :??Marx fut l?un des premiers ? tenter d??laborer un mod?le explicite du proc?s capitaliste.??

Il expliquait :

??L??volution capitaliste n?aboutit pas seulement ? un vide qui pourrait ?tre indiff?remment combl? par n?importe quel mat?riau?: les hommes et les institutions sont, chemin faisant, transform?s dans des conditions qui les s?parent toujours davantage aux modalit?s socialistes. Chaque fois que la charpente capitaliste perd un de ses ?tan?ons, un obstacle au plan socialiste dispara?t simultan?ment. ? ces deux ?gards, la vision de Marx ?tait juste. Nous pouvons donc nous y rallier en associant la transformation sociale sp?cifique qui se poursuit sous nos yeux avec l??volution ?conomique qui en est le moteur initial?? (Schumpeter, 1979, p.?220).

Nous connaissons aujourd’hui la suite. De nombreux ?conomistes ont donc ?tudi? les probl?mes ?conomiques sous l’angle marxiste, afin, bien s?r, d’y apporter des solutions dans lesquelles l’?tat joue, bien s?r, un r?le cl?. Il est remarquable de noter qu’un mouvement sym?trique invers? s’op?rait en Chine, un bel exemple d’union des contraires.

Ainsi, le Parti communiste chinois fit un virage ? 360 degr?s en avouant ce que pr?conisait Schumpeter : ??Le plan et le march? sont des moyens de r?gulation ?conomique indispensables dans l’?tape du d?veloppement de l’?conomie marchande sur la base de la grande production de socialisation.??

Source 😕French.china.org.

 

Pour comprendre la fusion en cours, il convient d’?tudier les fondamentaux du capitalisme et surtout son premier credo qui rel?ve de la foi la plus mystique : la concurrence pure et parfaite.

Comme je l’ai d?j? ?crit, cette loi est au coeur de la th?orie de l’?quilibre g?n?ral, le pilier de la pens?e ?conomique du capitalisme de march?.

La science ?conomique a d’ailleurs pass? son temps (en vain) pour tenter de justifier ce que le moindre commer?ant sait depuis toujours, c’est ? dire que la concurrence pure et parfaite n’existe pas. Il suffit de demander aux repr?sentants des diverses mafias (triades, etc) pour qu’ils expliquent que la concurrence pure et parfaite poss?de un m?diateur tr?s persuasif : un r?volver.

Le livre Gomorra de Robert Saviano (2007) illustre ? merveille l’inanit? d’un tel paradigme qui est , rappelons-le, un des piliers du capitalisme.

Cependant, il ne faut pas trop vite enterrer un syst?me dont la quintessence est bas?e sur la compr?hension profonde de l’homme : l’?quilibre par la confrontation des d?sirs de puissance, du ??mal?? par le ??mal??, la concurrence.

Adam Smith r?sumait parfaitement cette id?e :

??C’est dans le conflit des forces oppos?es que la science cherche l’ordre et l’?quilibre : la guerre perp?tuelle est selon elle le seul moyen d’obtenir la paix ; cette guerre s’appelle la concurrence. ?

Notre syst?me ?conomique, et c’est le grand secret des fractales, n’est que le reflet de ce que nous sommes.

Donc, L?on Walras, dans son ouvrage : ?l?ment d’?conomie pure (1877), d?veloppa ce postulat de base du capitalisme : ??le syst?me des prix au sein d’un syst?me d?centralis? et concurrentiel permet l’?quilibre ?conomique g?n?ral??. Or, on oublie trop souvent que cela exige de maintenir les conditions de la concurrence.

Pour l’?conomiste et math?maticien japonais Morishima (1923-2004), l’?quilibre g?n?ral n’?tait possible qu’? condition que l’Etat intervienne.

Il associa ainsi Marx et Walras dans ses recherches et participa au d?veloppement du Toyotisme.

Professeur ? Oxford, Yale et surtout ? la prestigieuse London School of Economics, son influence fut ?norme dans les ann?es soixante-dix au Japon. Il faut tout de m?me rappeler que la London School of Economics fut fond?e en 1895 par George Bernard Shaw, Graham Wallas, Beatrice et Sidney Webb, tous membres ex?cutifs de la tr?s socialiste Fabian Society.

Source : London School of Economics

L’am?lioration continue, le c?l?bre Kaisen, et l’endoctrinement devinrent les bases de l’industrie japonaise avec le succ?s que l’on connait. Morishima, vers la fin de sa vie, pr?disit malgr? tout l’effondrement total d’un syst?me bas? sur l’augmentation permanente (les exponentielles) de la production.

Force est de constater l’incapacit? totale de la science ?conomique ? ma?triser quoi que ce soit.

En France, face aux critiques de plus en plus nombreuses du mod?le de Walras, G?rard Debreu en collaboration avec Kenneth Arrow publia en 1954 une contribution ??exceptionnelle??, intitul?e Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy qui ?tait sens?e prouver l’existence d’un ?quilibre g?n?ral en ?conomie de march?.

Lorsque la crise mon?taire fit rage (fin des accords de Bretton Woods en 1971), faisant voler en ?clat la loi de l’?quilibre g?n?ral, Debreu ? adapta ? ses travaux et le th?or?me de Sonnenschein-Mantel-Debreu apparut (1972-1974). Il d?montrait qu’il n’y avait pas d’?quilibre g?n?ral unique et stable et surtout qu’il fallait coodonner les acteurs ?conomiques afin de fixer les prix, r?le d?volu ? l’?tat, un magnifique exercice de contorsionniste et, surtout, un bel exemple d’application du th?or?me d’inconsistance de G?del.

L’?conomie centralis?e planifi?e unifiant le march? et l’?tat, le seul mod?le efficace pour beaucoup, reposait d?sormais sur une ??solide?? base th?orique.

Face ? tant de ??g?nie?? et une telle ??prouesse??, Debreu re?ut en 1983, le ??prix Nobel?? d’?conomie.

Pour d?montrer l’importance du probl?me de la fixation des prix, il faut souligner que l’article 105 alin?a 1 du Syst?me europ?en des banques centrales (SEBC) d?clare que ? L’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilit? des prix. ?

Source 😕BCE

L’obsession est en effet de ne mettre aucun frein aux saints sacrements, acheter et vendre mais surtout, produire et consommer, les ? deux fonctions essentielles de l’homme ? pour Ricardo, le mentor ?conomique de Marx.

Marx, plus subtil et secret que l’on ne pense avait d’ailleurs parfaitement compris les implications d’un tel id?al : ? L’aspect de la monnaie ne trahissant point ce qui a ?t? transform? en elle, tout, marchandise ou non, se transforme en monnaie. Rien qui ne devienne v?nal, qui ne se fasse vendre et acheter ! La circulation devient la grande cornue sociale o? tout se pr?cipite pour en sortir transform? en cristal monnaie. Rien ne r?siste ? cette alchimie, pas m?me les os des saints et encore moins des choses sacro-saintes, plus d?licates, res sacrosanctoe, extra commercium hominum.?

Source 😕Karl Marx, Le Capital, Livre I p 222 (folio essais)

Mais revenons de nouveau ? nos moutons…

Pour recevoir un ??prix Nobel?? d’?conomie, il y a 3 r?gles :

  • identifier un dysfonctionnement de l’?conomie de march?.
  • d?montrer que l’intervention d’un organisme de r?gulation le r?soudra.
  • utiliser les math?matiques (th?or?me d’inconsistance) pour transformer le tout en tautologie et, abracadabra ! (ou plut?t Emstrang Gram Big? big? ic calle Gram…).

Le ? prix Nobel ? d’?conomie 2012 a donc ?t? attribu? ? Loyd Shapley et Alvin Roth.

Ils ont ainsi d?montr?, ? l’aide des math?matiques, qu’une ?conomie de march? efficace, c’est ? dire permettant l’ajustement de l’offre et de la demande, impliquait un capitalisme de march? centralis? et planifi?. Deux ??grands?? ?conomistes qui ont tout compris.

Cependant, l’essentiel n’est pas l?.

En effet, L?on Walras dans son ouvrage ?l?ments d??conomie politique pure, ou th?orie de la richesse sociale (1874) r?v?lait le grand secret de l’?conomie :

??A l’?tat d’?quilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni b?n?fice ni perte.??

Cette petite phrase, d’apparence anodine, est nettement plus ??r?volutionnaire?? que la baisse tendancielle du taux de profit (qui est fausse).

Cette loi, implique en effet que l’?quilibre g?n?ral soit contr?l? de fa?on ? g?n?rer le fameux b?n?fice, d’o? l’int?r?t des producteurs de fixer eux-m?me les r?gles, et pour cela, rien ne vaut l’?tat.

On comprend mieux ainsi l’importance de la r?gulation.

Michel Aglietta a publi? en 1976 le livre fondateur ??r?gulation et crise et capitalisme?? fille de la th?orie du Capitalisme monopolistique d??tat (CME) dans laquelle, selon Herzog et Boccara, les appareils ?tatiques sont mis au service de l’?conomie afin de limiter la baisse tendancielle du taux de profit pour les capitaux et l’initiative priv?s. L’?tat doit donc intervenir en prenant comme postulat une th?orie totalement fausse (la baisse tendancielle du taux de profit) tout en masquant la pens?e de Walras et ses implications. L’?tat est en effet oblig? d’intervenir (fixer les prix et r?guler le secteur bancaire) pour qu’un petit nombre ??d’?lus?? puissent continuer ? s’enrichir.

Pour approfondir 😕Nouveau capitalisme

L’id?e d’une r?gulation de l’?conomie par l’?tat est vieille comme le monde et les ?conomistes ultralib?raux n’y ?chappent pas.

Dans Capitalism and Freedom?(1962, chap. 1,?p.?15), Milton Friedman indiquait que ??l’existence d’un march? libre n’?limine ?videmment pas le besoin de gouvernement. Au contraire, le gouvernement est essentiel, ? la fois pour d?terminer les ??r?gles du jeu??, et comme arbitre, pour interpr?ter et faire respecter les r?gles qui ont ?t? adopt?es.??

Chomsky d?truit d’ailleurs r?guli?rement le mythe du pur capitalisme de march? sans intervention ?tatique.

Keynes expliquait d’ailleurs que le contr?le bancaire (la fameuse r?gulation) serait mondial : ? L’id?e qui sous-tend ma proposition pour une Union Mon?taire est simple, ? savoir g?n?raliser le principe essentiel du secteur bancaire… par l’?tablissement d’une Banque de R?glement internationale. ?

Source 😕Keynes et le contr?le bancaire mondial

Cette id?e reprend pour l’essentiel les id?es de Marx :

? C’est dans le commerce entre nations que la valeur des marchandises se r?alise universellement. C’est l? aussi que leur figurevaleur leur fait vis-?-vis, sous l’aspect de monnaie universelle monnaie du monde (money of the world), comme l’appelle James Steuart, monnaie de la grande r?publique commer?ante, comme disait apr?s lui Adam Smith. C’est sur le march? du monde et l? seulement que la monnaie fonctionne dans toute la force du terme, comme la marchandise dont la forme naturelle est en m?me temps l’incarnation sociale du travail humain en g?n?ral. ?

Source : Le Capital, livre I p 235 (folio essais)

Le capitalisme, en pleine m?tamorphose, toujours en qu?te de nouveaux march?s et d?sirant d?sormais se ??moraliser?? a trouv? un nouveau proph?te, l’?conomiste Jeremy Rifkin. Celui-ci veut donc quitter la r?volution industrielle bas?e sur les ?nergies fossiles qui sont en train de mourir et se tourner vers ce qu?il appelle ??l??nergie distribu?e?? (par les grandes multinationales), une variante de la multiplication des pains, mais contre esp?ces sonnantes et tr?buchantes.

La nouvelle ?conomie ??le capitalisme vert?? sera le parfait exemple d’int?gration des march?s et de l’?tat car rien ne justifie plus la r?gulation (mondiale) que l’?cologie. L’?tat taxe et construit les infrastructures, le march? distribue et ramasse la mise. Socialisation des investissements et pertes, privatisation des profits, une merveilleuse vision de l’avenir qui se met en place mondialement.

Par exemple?le portugal a vendu ses a?roports au groupe Vinci,?la Gr?ce brade tout (r?seau ?lectrique, ports, autoroutes, etc).

Le peuple nage dans le bonheur, ses imp?ts, la socialisation des co?ts initiaux qui ont servi ? financer ses infrastructures, vont b?n?ficier ? de grandes multinationales.

Pas ?tonnant que l’ancien premier ministre grec (2009-11/11/11) Georges Papandr?ou, pr?sident de l’Internationale Socialiste, soit devenu enseignant ? Harvard en tant que sp?cialiste de la crise. Son p?re Andr?as Papandr?ou a d’ailleurs ?t? premier ministre grec de 1981 ? 1989 puis de 1993 ? 1996. Le ??contr?le?? d?mocratique est d?sormais devenu h?r?ditaire…

Source 😕Papandr?ou ? Harvard

Alexis de Tocqueville (1805-1859), visionnaire, d?non?ait ? le despotisme d?mocratique ? qu’engendrait la planification ?conomique et d?clarait par ailleurs : ??Les Fran?ais veulent l’?galit?, et quand ils ne la trouvent pas dans la libert?, ils la souhaitent dans l’esclavage… La libert? n?existe pas sans morale, ni la morale sans foi. ?

Alberto Alesina directeur du d?partement d’?conomie d’Harvard (2003-2006) expliquait ainsi dans son ouvrage publi? en 2006 (The future of Europe, Reform or Decline) que le mod?le social europ?en ?tait sur le d?clin. A force de rationalit? et de mat?rialisme, toute humanit? dispara?t…

Avec la crise, l’intervention de l’?tat devient la r?gle et, par exemple, aux USA, de nombreuses villes sont administr?es par celui-ci.

D?troit a ainsi ?t? mise sous tutelle en mars 2013 avec un administrateur et coordinateur exceptionnel (Kevyn Orr) qui poss?de les pleins pouvoirs et n’a plus besoin de soumettre ses d?cisions au conseil municipal. La d?mocratie locale est en voie de disparition aux USA!

Source 😕Detroit mise sous tutelle

Malgr? tout ce ??g?nie?? d?ploy?, la derni?re tentative de survie de la pens?e mat?rialiste est vou?e ? l’?chec.

Notre syst?me ?conomique fonctionne en effet selon le triptyque : dette = consommation = travail qui ne g?n?re que des exponentielles.

Comme je l’ai d?j? ?crit, l’int?grisme marchand a le don d’ubiquit? et, l’obsession de la production de quantit? du capitalisme a donc ?t? invers?e et remplac?e par l’obsession de la quantit? de production socialiste.

Les capitalismes de march? et d’?tat fonctionnent ainsi sur le m?me mode de pens?e cart?sien et mat?rialiste qui place l’objet et sa production au coeur du syst?me. La contrepartie consiste ? augmenter encore et toujours la quantit? de monnaie, sa masse et sa vitesse, le vrai r?le de la finance.

En effet, une vision cart?sienne et mat?rialiste finit par engendrer son corollaire, le culte de l’objet, de la marchandise et nous sombrons dans les affres de l’inconscient, c’est ? dire de celui qui a perdu toute conscience. In fine, celui qui fixe r?ellement les prix, n’est pas l’Etat, mais notre inconscient, facilement manipulable. Le f?tichisme de l’objet et son corollaire, le culte de la quantit?, ont remplac? dieu, un monde dans lequel l’homme ne rencontre d?sormais que lui-m?me.

Freud est donc celui qui permettra, apr?s Marx, de r?soudre l’?nigme de la valeur des marchandises. On comprend mieux ainsi en quoi Freud est le prolongement logique de Comte, Feuerbach et Marx, la lente descente dans les profondeurs, le mythe d’Orph?e revisit?.

L’?gocentrisme, l’h?doniste et le narcissisme ?prement combattus depuis l’aube de l’humanit? sont aujourd’hui encens?s, au coeur de la publicit? et de l’?tude de la valeur des objets. Danielle All?r?s, ?conomiste ? la Sorbonne, responsable du Centre de Recherches luxe et Art expliquait ainsi qu’??un objet, un produit ou un service de luxe traduit toute l?amplitude des opportunit?s de choix d?un produit. Il r?pond, tout ? la fois, ? des facteurs rationnels de s?lection d?objets ou de produits (revenu de l?acqu?reur, prix des produits, rapport qualit?-prix, …) et ? des facteurs irrationnels (satisfaction personnelle de nature h?doniste, narcissique, ?gocentrique, …).

Source 😕valeur des objets

Peut-?tre un jour nous rendrons-nous compte que ce qui a un prix n’a que peu de valeur, mais ceci est une autre histoire…

Ainsi, comme le r?sumait fort bien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, ??Il faut que tout change pour que rien ne change.??

La domination de l’homme par l’homme est donc la quintessence de l’?conomie quel que soit le ??syst?me?? utilis?, ce qu’illustrait ? merveille Thrasymaque, un sophiste de la Gr?ce antique du V?me si?cle av J.C.

Dans la R?publique, Thrasymaque r?v?lait ainsi la quintessence de l’?conomie politique et de la m?tamorphose en cours du capitalisme : ??la justice naturelle est ce qui est le plus avantageux au plus fort?; et le plus fort est celui qui ne se trompe pas dans la compr?hension de ce qui lui est avantageux. Le but de tous les hommes, ce qui rend vraiment heureux, c’est de mettre la puissance aux services des passions et des int?r?ts de celui qui la poss?de. L’injustice est sage et vertueuse.??

Gilles Bonafi

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