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La libert? individuelle, ?a n’existe pas !

Vaste chantier que la Libert? humaine! Face aux multiples probl?mes de d?finitions, d?applications, de situations, ou d??clairages que ce th?me engendre sit?t qu?on se propose de l??tudier, nous avons choisi de nous situer r?solument dans le cadre du paradigme d?finit par le Mouvement Socio-Individualiste International. Pour les lecteurs qui l?ignorent, nous rappelons qu?un paradigme est une repr?sentation du monde, une mani?re de voir les choses, un mod?le coh?rent de vision globale qui repose sur une base d?finie (matrice disciplinaire, mod?le th?orique ou courant de pens?e). C’est en quelque sorte un rail de la pens?e dont les lois ne doivent pas ?tre confondues avec un autre. Afin de bien situer notre propos, nous ?noncerons donc, en r?sum?, le paradigme suivant?:

1.????? L?homme est n? (au sens de sa cr?ation ou de son apparition en tant qu?esp?ce vivante) libre

2.????? Son organisation progressive en soci?t? d?velopp?e l?a priv? de l?essentiel de sa libert?

3.????? Aid? par sa ma?trise intellectuelle et technique, toute sa d?marche d?avenir le pousse ? recouvrer sa libert? originelle, tout en conservant un syst?me de vie en soci?t?

Il est frappant de constater que, d?s l?antiquit?, les individus humains se regroupent en tribus, clans ou soci?t?s dont les premi?res actions les plus significatives consistent ? priver l?immense majorit? de leurs ressortissants des libert?s les plus ?l?mentaires, au seul profit d?une infime minorit? de privil?gi?s. D?s lors, nous pouvons consid?rer que toute l?action politique de l?individu humain depuis qu?il vit en groupe consiste ? tenter de r?cup?rer peu ? peu et au fil du temps les ?l?ments de sa libert? confisqu?e.

Dans l?inconscient collectif de notre soci?t? actuelle – opulente consum?riste et ?nergivore – l?exercice de la libert? se d?cline corr?lativement ? la manifestation du pouvoir d?achat. En bref, si j?ai de l?argent, je suis libre, mais si je n?ai pas d?argent, je ne suis pas libre?! D?s lors toute action revendicative de libert? trouve sa cible, non pas dans de nouvelles facult?s? d’agir dans tel ou tel domaine, mais dans le niveau de r?mun?ration, celui ci ?tant seul susceptible d?augmenter le champ d?intervention de l?individu au sein de l?organisation sociale.

Et pourtant, les pouss?es en faveur de la libert? individuelle qui, chaque fois qu?elles s?expriment, repr?sentent les sympt?mes visibles de l?affrontement entre l?impulsion profonde l?individu? et l?exigence politique de la soci?t?, n?ont pas toujours ?t? aussi mat?rialistes qu?elles ne le sont aujourd?hui.

En effet, si nous ?tudions le contenu du grand texte fondateur de la libert? individuelle de notre soci?t? moderne qu?est la D?claration des droits de l?homme et du citoyen de 1789, nous ne trouvons aucune r?f?rence ? cette pr?occupation salariale qui obnubile l?homo socialus du 21?me si?cle.

Devons nous en conclure que tous les objectifs de libert? individuelle ?voqu?s dans ce texte ont ?t? atteints, et que le terme de ??libert? ne recouvre plus maintenant qu?une r?alit? consum?riste??

En v?rit?, ce texte fondateur n?est qu?un remarquables trompe-l??il politique inspir? par l?id?ologie dominante du moment, r?dig? par les ma?tres du territoire auquel il s?adresse et ? usage de potion anesth?sique pour l?individu de base. La plupart des articles, diss?qu?s les uns apr?s les autres, t?moignent de la ??veille plaisanterie?? dont parlait Karl Marx (cf. ??Chroniques litt?raires et politiques??) en d?cortiquant, comme il savait si bien le faire, les diff?rents textes r?formistes bourgeois, et notamment la fameuse constitution fran?aise de 1848. Cette ??plaisanterie?? consiste ? ?noncer, dans une premi?re partie de phrase, un principe de libert?, puis ? le restreindre ou le rendre inapplicable par l??nonc? de la deuxi?me partie. Ce stratag?me grossier, qui se basait en son temps sur l?inculture suppos?e des populations gouvern?es, perdure toutefois dans son efficacit? alors que le niveau culturel des individus modernes est annonc? comme? ?tant devenu ?minemment sup?rieur.

Mais il ne suffit pas d?affirmer, encore faut il prouver?! C?est ce que nous allons nous efforcer de faire ? la lumi?re de ce texte de r?f?rence. D?un point de vue m?thodologique, nous avons choisi de ne commenter que les articles en relation avec notre propos, sans autre souci d?exhaustivit? analytique.

D?claration fran?aise des droits de l?homme et du citoyen – 26 ao?t 1789

l’Assembl?e nationale reconna?t et d?clare, en pr?sence et sous les auspices de l’?tre Supr?me, les droits suivants de l’homme et du citoyen.

Ici, la ??plaisanterie?? commence ? la premi?re ligne, car cette phrase contredit tout bonnement l?article 10 qui proclame la libert? de pens?e religieuse. En effet, si la d?claration reconna?t que les croyants et les non-croyants sont ?gaux et b?n?ficient des m?mes droits, il n?y a aucune raison pour que le texte affirmant solennellement ces droits se place sous les ??auspices et la pr?sence?? de l?entit? cultuelle de l?un ou de l?autre.

Article 1 – Les hommes naissent et demeurent libres et ?gaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent ?tre fond?es que sur l’utilit? commune.

Dans cet article 1, la plaisanterie continue?: Les hommes naissent libres et ?gaux (1ere partie), mais l?utilit? commune veut qu?il y ait des distinctions sociales.(2?me partie). Qu?est ce que l?utilit? commune?? Myst?re?! Conclusion?: l??galit? est affirm?e, mais les distinctions sociales sont reconnues et m?me consid?r?es comme n?cessaires au bien public.

Article 2 – Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la libert?, la propri?t?, la s?ret? et la r?sistance ? l’oppression.

L?article 2 d?finit la l?gitimit? de l?action politique, et, en filigrane (mais cela n?est pas vraiment pr?cis?), celle des gouvernements. On y retrouve les th?mes classiques, mais rien sur la ??recherche du bonheur?? ou? ??l??panouissement de l?individu??.

Article 3 – Le principe de toute souverainet? r?side essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorit? qui n’en ?mane express?ment.

L?article 3 sacralise la soumission de l?individu ? l??tat. Bien plus, il affirme la n?gation de l?individu en tant qu?entit? autonome, si l?g?re soit elle, puisque sa moindre action doit ???maner express?ment?? de l??tat.

Article 4 – La libert? consiste ? pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas ? autrui?: ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la soci?t? la jouissance de ces m?mes droits. Ces bornes ne peuvent ?tre d?termin?es que par la loi.

L?article 4 est l?arch?type du stratag?me l?gislatif bourgeois. Il est compos? de deux phrases. Dans la premi?re il s?essaye ? donner une d?finition s?duisante de la libert? individuelle en lui attribuant un vaste champ d?action limit? seulement certaines bornes (jusque l? tout va bien?!), mais dans la deuxi?me (patatras?!) il d?clare que ces bornes seront fix?es par la loi. Ces bornes peuvent ainsi varier au gr? de l?histoire et des gouvernements, nous n?avons donc pas avanc? d?un millim?tre dans la d?finition de la libert? individuelle.

Article 5 – La loi n’a le droit de d?fendre que les actions nuisibles ? la soci?t?. Tout ce qui n’est pas d?fendu par la loi ne peut ?tre emp?ch?, et nul ne peut ?tre contraint ? faire ce qu’elle n’ordonne pas.

L?article 5 se lance dans la p?rilleuse entreprise consistant ? l?gitimer la loi en lui attribuant le seul champ de la lutte contre les ??actions nuisibles ? la soci?t?. Bien ?videmment, il ne dit pas ce qui est ??nuisible?? ? la soci?t? car c?est la loi elle m?me qui le d?terminera. La plaisanterie continue?. Nous pouvons ?galement relever au passage que rien n?est pr?vu pour contrecarrer les actions ??nuisibles ? l?individu??.

Article 6 – La loi est l’expression de la volont? g?n?rale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs repr?sentants ? sa formation. Elle doit ?tre la m?me pour tous, soit qu’elle prot?ge, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens, ?tant ?gaux ? ces yeux, sont ?galement admissibles ? toutes dignit?s, places et emplois publics, selon leur capacit? et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

L?article 6 proclame l??galit? sociale et une certaine forme d??galit? des chances, tout en pronostiquant une r?ussite meilleure pour les plus talentueux (pourquoi pas?!) et les plus vertueux (?a se g?te?!).

Article 9 – Tout homme ?tant pr?sum? innocent jusqu’? ce qu’il ait ?t? d?clar? coupable, s’il est jug? indispensable de l’arr?ter, toute rigueur qui ne serait pas n?cessaire pour s’assurer de sa personne doit ?tre s?v?rement r?prim?e par la loi.

L?article 9 affirme la pr?somption d?innocence, ce qui est bien, mais il justifie la d?tention pr?ventive en laissant aux juges le soin de le d?cider, ce qui ne va pas dans le sens de la libert? du citoyen.

Article 10 – Nul ne doit ?tre inqui?t? pour ses opinions, m?mes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ?tabli par la loi.

L?article 10 frappe un grand coup?! Il proclame la libert? d?opinion, tout en se donnant un moyen de la juguler. La notion de trouble ? l?ordre public, sous son aspect consensuel, renferme en fait une arme redoutable pour le totalitarisme des ?tats et contre la libert? de l?individu. En effet, s?il parait ?vident que l?ordre public ne doive pas ?tre troubl? (tapage nocturne, vandalisme, ?meutes, etc?) il n?est pas admissible d?inqui?ter un individu parce que ses opinions en ont incit? d?autres ? troubler ce m?me ordre public. C?est tout le probl?me du caract?re ??direct?? ou ??indirect?? de l?action mise en cause. Cette diff?renciation est un des fondements du Mouvement Individualiste International, ? savoir qu?aucun individu ne doit ?tre inqui?t? pour des cons?quences indirectes de ses opinions. Or l?article 10 permet de poursuivre tout individu qui exprime des id?es dont l??tat juge qu?elles ont anim? le ou les acteurs d?un trouble ? l?ordre public. Cet article limite donc tr?s sensiblement la libert? d?expression ou d?opinion. D?s lors, il suffit pour un gouvernement de l?gif?rer en d?clarant tout attroupement comme constituant un ?trouble ? l?ordre public??, pour rendre ill?gal tout meeting ou m?me toute discussion sur la voie publique. En effet, dans la mesure ou l?article 10 parle d???ordre public ?tabli par la loi??, il laisse toute latitude aux gouvernements de d?cider ce qui rel?ve de l????ordre public??, l?gitimant par avance des d?finitions tr?s restrictives, voire totalitaires qui seraient ainsi adopt?es sans violer la sacrosainte D?claration.

Article 11 – La libre communication des pens?es et des opinions est un des droits les plus pr?cieux de l’homme?; tout citoyen peut donc parler, ?crire, imprimer librement, sauf ? r?pondre de l’abus de cette libert? dans les cas d?termin?s par la loi.

L?article 11 parach?ve la plaisanterie de l?article 10, en enfon?ant le clou de mani?re encore plus claire. Au cas o? le lecteur de la D?claration des droits de l?homme et du citoyen, n?aurait pas bien compris cet article, et, que, malgr? son caract?re ?minemment restrictif, il ait pu malgr? tout l?interpr?ter dans un sens trop large, les r?dacteurs ont jug? n?cessaire de le paraphraser dans un langage sans ?quivoque. L?entonnoir est donc ?largi par le haut?: nous parlons maintenant des libert?s de pens?e, d?opinion, de parler, d??crire et d?imprimer (tout y est bien, ou presque?!), puis resserr? par le bas (voire totalement bouch??!)?: toutes ces libert?s sont permises si la loi ne les interdit pas. Marx avait raison?: c?est ? mourir de rire (jaune)?!

Article 17 – La propri?t? ?tant un droit inviolable et sacr?, nul ne peut en ?tre priv?, si ce n’est lorsque la n?cessit? publique, l?galement constat?e, l’exige ?videmment, et sous la condition d’une juste et pr?alable indemnit?.

L?article 17 est du m?me tonneau. Il d?clare un droit ??inviolable et sacr?, mais il n?attend m?me pas la ligne suivante pour ressortir son atout de ??n?cessit? publique?? qui le viole et le d?sacralise imm?diatement.

En v?rit?, la D?claration fran?aise des droits de l?homme, pour ce qui concerne la libert? individuelle, n?est un vaste canular qui reprend d?une main ce qu?il donne de l?autre.

Toutefois, nous tenons ? pr?ciser que ce texte, replac? dans son contexte historique, repr?sentait effectivement une avanc?e importante sur le plan de la libert? en g?n?ral, dans le sens o? il mettait fin ? l?absolutisme et ? l?arbitraire du syst?me monarchique. Il n?en reste pas moins qu?il d?finit beaucoup plus les droits et la puissance du nouveau syst?me politique, c?est ? dire l??tat r?publicain, que l??tendue du champ d?action de l?individu de base. En ce sens, ce texte pourrait ?tre avantageusement rebaptis? ??D?claration des droits de la r?publique et de l??tat??. En tous cas, il nous para?t tout ? fait trompeur de le pr?senter encore aujourd?hui comme un texte quasi-sacr?, et d?y faire r?f?rence en citant?: ??la France, pays des droits de l?homme??.

Nous souhaitons n?anmoins conclure ce r?quisitoire par une note positive en citant et commentant l?introduction de la D?claration d?ind?pendance am?ricaine

D?claration unanime des treize ?tats unis d’Am?rique r?unis en Congr?s le 4 juillet 1776 ? Philadelphie

Nous tenons pour ?videntes pour elles-m?mes les v?rit?s suivantes?: tous les hommes sont cr??s ?gaux?; ils sont dou?s par le Cr?ateur de certains droits inali?nables?; parmi ces droits se trouvent la vie, la libert? et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont ?tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir ?mane du consentement des gouvern?s. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’?tablir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui para?tront les plus propres ? lui donner la s?ret? et le bonheur.

Chronologiquement, c?est le texte parlant de libert? politique le plus ancien, et c?est aussi le plus remarquable qui ait jamais ?t? ?crit, car il l?a ?t? par des individus, et non par des hommes politiques. L?Am?rique est alors un pays neuf, qui n?a pas d?histoire et qui peut poser des principes de libert? sans tenir compte d?un quelconque arri?r? social, culturel, religieux ou ?conomique?. Contrairement aux d?clarations, textes ou constitutions qui suivront, nous n?y trouvons pas trace ici de cette???plaisanterie?? d?nonc?e par Marx. Bien plus, le concept de ??recherche du bonheur?? est affirm? comme un droit inali?nable de l?homme, ce que nous ne retrouvons dans aucune autre d?claration. La seule attribution reconnue des gouvernements est celle de garantir les droits et le bonheur des gouvern?s, qui sont eux m?mes fond?s ? changer ces gouvernements s?ils faillissent ? ce principe.

Le reste de la d?claration s?attache ? justifier en d?tail la guerre d?ind?pendance contre la Grande Bretagne et ne contient pas d??l?ment int?ressant la libert? individuelle ? proprement parler. Il n?en reste pas moins que ce paragraphe introductif reste sans ?quivalent dans le monde et qu?il d?roge par anticipation ? l?hypocrisie latente de toutes les d?clarations qui l?ont suivi.

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