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La Journ?e de la femme

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Par Arielle Grenier

PHILIPPE DAVID

Un texte d?Arielle Grenier. Qu?est-ce que la Journ?e de la femme? Chaque ann?e, les groupes d?int?r?ts et les m?dias ciblent cette journ?e et l?orientent en fonction du contexte politique. Je me souviens notamment de l?ann?e derni?re, alors que la crise ?tudiante commen?ait, les femmes d?filaient dans les rues avec leurs carr?s rouges pour manifester contre la hausse des frais de scolarit?. De gr?ce, mesdames, sortez de la th?se de l?accident historique ou du p?ch? originel/contrat sexuel de Carole Pateman! Plusieurs y voient le symbole d?une journ?e o? les femmes sont mises de l?avant, o? l?on reconna?t que leur position n?a pas toujours ?t? facile. Je suis d?accord et salue ces femmes qui se sont battues pour le droit de vote et l?acc?s ? l?enseignement sup?rieur. J?y vois une journ?e o? l?on reconna?t publiquement la notion de droits naturels aux femmes. J?y vois ?galement une journ?e o? l?on souligne une longue tradition de la r?elle libert?.

Vers 1730 avant J?sus Christ, le Code d?Hammourabi fut r?dig? sur l?initiative du roi Hammourabi de Babylone.[1] Il est beaucoup plus associ? ? la jurisprudence de la Common Law puisqu?il explique et dresse la liste des d?cisions de justice du roi. Le Code d?Hammourabi fut grav? sur une st?le de 2,25 m?tres de hauteur, ?tait plac? dans le temple de Sippar, mais plusieurs r?pliques furent ?rig?es ? travers le royaume afin de cr?er une culture homog?ne. Le Code d?Hammourabi de Babylone comprenait diff?rents articles qui fixaient les r?gles de la vie courante. Notamment, on y retrouvait une hi?rarchisation de haut en bas des diff?rentes classes de la soci?t?, soit, les hommes libres, les subalternes et les esclaves. Toutefois, la vis?e ultime du Code d?Hammourabi ?tait de ? d?truire les mauvais et les violents ? et d?emp?cher les forts d?opprimer les faibles.[2] Sur un principe d??galit?, de protection des faibles, il s?agit du premier pas historique du principe de non-agression voulant qu?aucun individu ni groupe d?individus n?ait le droit d?agresser quelqu?un en portant atteinte ? sa personne ou ? sa propri?t?.

Dans la d?mocratie grecque, bien qu?il y avait une ?galit? entre les citoyens, l?ostracisme ?tait vot? anonymement provoquant une exclusion des esclaves, des femmes, des handicap?s et des m?t?ques de la vie politique. Il est important de souligner que le bien ultime ou supr?me pour Aristote c?est le bonheur, et ce bonheur n?est pas collectif, mais bien individuel. Il notait dans Les Politiques qu?il ? est plus appropri? que la loi gouverne que n?importe quel citoyen ? et que les gouvernants ? ne doivent ?tre ?lus que comme gardiens et serviteurs de la loi ?.[3] C?est avec Francisco de Vitoria, ?rudit du XVIe si?cle, que l?esclavage des Indiens du Nouveau Monde prit fin gr?ce aux notions d?individualisme et de droit naturel. C?est avec ses coll?ges que fut mise au point ? la doctrine du droit naturel dans des domaines tels que la propri?t? priv?e, le b?n?fice, l?int?r?t et la fiscalit? ; leurs ?uvres ont influenc? Hugo Grotius, Samuel Pufendorf et, ? travers eux, Adam Smith et ses ?l?ves ?cossais. ? Locke, philosophe anglais du 17e si?cle, ?tablit les principes de l??tat de nature, ?tat de parfaite libert? et d??galit?, de droits naturels et de contrat social. Le Second Trait? du Gouvernement, publi? en 1690, pose comme conclusion que les hommes ont des droits ant?rieurs ? l?existence d?un gouvernement, puisqu?ils existent naturellement. Pour ?tre juste, le gouvernement a le devoir de prot?ger la vie, les libert?s et les propri?t?s de ses citoyens. La philosophie des droits naturels, la primaut? du droit et le droit ? la r?volution furent accueillis par les Anglais qui se m?fiaient de toutes les formes de gouvernement. Pour assurer une soci?t? juste, Aristote ne d?finit pas a priori ce que devrait ?tre une Cit? parfaite, comme le fait son ma?tre Platon dans La R?publique. D?s lors, il consid?re que les hommes ne peuvent se suffire ? eux-m?mes et se dotent d?une organisation politique pour assurer le bien-?tre des hommes en communaut?.[4] Les hommes, naturellement, sont port?s ? s?associer non pas seulement pour survivre, mais par d?sir d??tre heureux. Plus loin, dans La politique tome III, Aristote dira que la finalit? ou le but de la cit? est la vie heureuse.[5] Or, le bonheur n?est possible que dans un ?tat, oui, mais dans un ?tat o? les citoyens sont vertueux. D?o? le fait que l??thique (de la vertu) soit indissociable de la politique, du moins chez Aristote. ? l??poque moderne, on laissera tomber compl?tement la notion fondamentale de vertu, pour celle des ? droits ?. Thomas Hobbes, grand adversaire d?Aristote, comme tous les penseurs modernes, rejettera l??thique de la vertu d?Aristote et introduira la notion de droit.

Selon Friedrich Hayek, philosophe et ?conomiste de l??cole autrichienne du XXe si?cle, c?est sous la Rome antique qu?appara?t le premier syst?me de droit priv?. Les Lois des XII Tables constituaient les fondements de la libert? romaine stipulant que nul privil?ge ne pouvait ?tre accord? en faveur des personnes d?termin?es allant ? l?encontre du droit commun ? tous les citoyens.[6] On Liberty d?Hayek est l?un de textes les plus influents de lib?ralisme au XXsi?cle dans lequel l?auteur pose le principe de libert? comme ?l?ment central d?une soci?t?. Il retrace l?historique de l??tat de droit depuis l?id?al grec jusqu?au XVIIIe si?cle anglais. C?est ? cette ?poque que le concept d??tat de droit fut pris en charge et d?velopp? par les intellectuels du jeune ?tat am?ricain.[7]

La place des femmes?

Le mouvement f?ministe a initialement eu le r?le de garantir aux femmes le respect de leurs droits naturels. Cet objectif est tout ? leur honneur. Les femmes autant que les hommes ont le droit de vivre leur vie comme ils l?entendent, de voter en leur ?me et conscience, de travailler o? ils le d?sirent. En ce sens, je remercie le mouvement f?ministe d?fendu par des hommes et des femmes pour lib?rer la femme de son r?le de minorit? publique.

? la session pass?e, plusieurs ?tudiants assistaient ? une conf?rence intitul?e ? l?exclusion des minorit?s ? pr?sent?e par une jeune f?ministe. Elle nous pr?sentait plusieurs th?ories expliquant l?exclusion des femmes dans la vie politique. La question de la repr?sentation des femmes s?imposa donc naturellement. Qu?elle est la place de la femme dans la soci?t?? ? Qu?est-ce qu?une bonne et juste repr?sentation d?mocratique? ? Ce qui m?a frapp?e de cette s?ance, c?est la pr?sentation que l?on y a faite du contrat social. Je trouve ?trange qu?une th?orie f?ministe ?merge en critiquant John Locke. Alors que les hommes d?cident de se doter d?un contrat social entre eux, Carole Pateman notait dans The Sexual Contract que les femmes survivaient et d?pendaient d?une soumission ? une autorit? commune. Ce contrat aux allures patriarcales comprend un vice : l?ordre naturel implique la soumission des femmes aux hommes et celles-ci ne peuvent participer au contrat social, puisqu?elles sont soumises ? l?autorit? de leur mari. Le contrat social devient donc une division entre les sph?res publiques (masculine) et priv?es (f?minine) qui exclura les femmes de la sph?re politique.

Je n?accuse pas toutes les f?ministes d?aujourd?hui d?adh?rer ? cette th?orie. Par contre, je trouve comique et m?me ironique que cette th?orie se voulant lib?ratrice ne puisse ?tre appliqu?e aux probl?mes sociaux actuels. Alors que tous ont ? sign? ? ce contrat social visant une meilleure vie commune, comment ces femmes ne peuvent-elles pas comprendre que ce m?me contrat lie de force certains groupes ? l??tat contre leur volont?? Pire encore, comment peuvent-elles utiliser ce m?me contrat social de 21e si?cle pour justifier la mise en place de quotas de repr?sentation de femmes dans des conseils d?administration ou dans certains domaines d??tudes? Est-ce que l?objet que l?on combattait il y a 50 ans est devenu l?outil d?mocratique actuel? En d?autres termes, lorsque l?on impose des quotas de repr?sentation des femmes dans certains partis politiques, ne faisons-nous pas la m?me chose que l?on reprochait autrefois aux hommes?

Je vous laisse sur une citation d?une femme que j?admire plus que tout. Ayn Rand, cette journ?e est ?galement tienne. Merci de nous rappeler que la libert? n?a pas de sexe, qu?elle existe et ne peut ?tre honn?tement atteinte par des mesures privil?giant artificiellement un groupe ? un autre.

? Individual rights are not subject to a public vote; a majority has no right to vote away the rights of a minority; the political function of rights is precisely to protect minorities from oppression by majorities (and the smallest minority on earth is the individual). ?


[1] LEVIN. Leah, Droits de l?homme : questions et r?ponses, ?ditions UNESCO, 1981, p.22

[3] ARISTOTE, Les Politiques, III, 1287a, Garnier Flammarion, 1993, p.267

[4] MONI?RE, Denis et Jean HERMAN GUAY. Introduction aux th?ories politiques, Montr?al, Qu?bec/Am?rique, 1987, p.27

[5] ARISTOTE, La Politique, tome III, Universit? de Harvard , 1837, p.19

[6] DE SALLE, Corentin. La tradition de la Libert?, Forum Lib?ral Europ?en, p.247

Ecrit par : Arielle.Grenier le 9 mars 2013.
Mis ? jour par : Philippe David

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