Accueil / T Y P E S / Articles / La Gr?ce et l’Allemagne : un compte qui n’est toujours pas r?gl

La Gr?ce et l’Allemagne : un compte qui n’est toujours pas r?gl

Norman Paech
Translated by?Mich?le Mialane

La Gr?ce est le berceau de la culture europ?enne, un archipel colonis? par les vacanciers allemands, l’ultime aboutissement de la crise financi?re et le protectorat de l’Union europ?enne – mais pour comprendre la fureur de ses habitants, il faut ajouter ? tout cela un compte que le gouvernement allemand s’obstine ? refuser de r?gler.

Lorsqu’en 1997 le tribunal de Livadi? a accord? aux survivants du massacre de Distomo (juin 1944) des d?dommagements s’?levant ? 37,5 millions d’euros, le gouvernement allemand avait ignor? le d?roulement du proc?s auquel il n’avait pas assist?. Mais ensuite il s’est ravis? et a fait appel aupr?s de l’Ar?opage d’Ath?nes. Il avait de toute ?vidence sous-estim? la gravit? de la situation, car ? travers le pays des milliers de personnes avaient port? plainte ? la suite de cette sentence. Le 4 mai 2000, l’Ar?opage, la Cour supr?me de Gr?ce, avait fini par confirmer le jugement en faveur des plaignants de Distomo et rejeter l’appel d?pos? par le gouvernement allemand.

Distomo apr?s le massacre

L’histoire est cruelle et r?voltante. Voil? le r?sum? qu’en a fait le tribunal r?gional de Bonn le 23 juin 1997?: ?Dans la matin?e du 10 juin 1944 les troupes venant de Livadi? se sont arr?t?es plusieurs heures ? Distomo o? elles ont interrog? le maire et le pope au sujet de partisans qui y auraient s?journ? et/ou y seraient pass?s. La veille, environ 30 partisans venant de Disfina et se rendant ? Steiri avaient travers? le village. C’est pourquoi une colonne motoris?e s’?tait mise en marche vers Disfina. Celle-ci avait ?t? attaqu?e peu avant Stiri et avait battu en retraite, car elle avait subi des pertes. Revenue ? Distomo, elle avait d’abord fait douze prisonniers puis massacr? la totalit? de la population rest?e au village, sans distinction d’?ge ni de sexe, perquisitionn? syst?matiquement toutes les maisons qui avaient ensuite ?t? br?l?es. Au total 300 personnes ont ?t? assassin?es.??

« Les massacres de Distomo », xylographie d’Alexandros Korogiannakis

Mais la v?rit? tout enti?re englobe aussi les constats de l’Ar?opage relatifs ? ce massacre?: ??Apr?s avoir assassin? les douze otages, les officiers, sous-officiers et soldats ont form? des groupes, p?n?tr? dans les maisons et s’en sont pris sauvagement aux malheureux habitants de Distomo, les ont massacr?s, assassin?s, ont viol? les femmes et les jeunes filles et ?ventr? les femmes enceintes. Des vieillards, des jeunes, des femmes, des fillettes et gar?onnets et m?me des b?b?s ont ?t? les victimes de leur folie meurtri?re….??

Maria Pantiska, une survivante du massacre de Distomo. Elle avait alors 19 ans. Elle est morte en 2009 ? 84 ans

Distomo n’est pas la seule localit? o? les SS et la Wehrmacht ont commis de semblables crimes, mais ce nom est symbolique pour les innombrables massacres perp?tr?s ? l’encontre de la population grecque. De Nikos Kazantzakis, on conna?t ??Zorba le Grec??, mais qui conna?t aussi le rapport qu’il a remis en 1946 au gouvernement grec sur la r?sistance grecque et les horreurs de l’occupation allemande?? Plus de 1000 localit?s grecques ont ?t? pill?es et br?l?es, un million de personnes ont perdu leur toit et 300?000 sont mortes de faim sous l’occupation. Les ex?cutions d’otages et ??repr?sailles?? ont co?t? la vie ? plus de 20?000 civils et plus de 60?000 Juifs ont ?t? d?port?s vers les camps d’extermination. Jusqu’en mars 2000, o? le Pr?sident Rau est pass? aussi ? Kalavryta ? l’occasion de son voyage en Gr?ce, la majorit? des Allemands ignorait qu’en d?cembre 1943 bien plus de 700 personnes y avaient ?t? massacr?es. C’?tait la premi?re fois qu’un homme d’?tat allemand reconnaissait officiellement les horreurs commises par les troupes d’occupation nazies. Et jusque-l? le grand public avait aussi ignor? qu’il reste une addition ? r?gler.

Car les survivants n’ont jamais ?t? d?dommag?s. ? la Conf?rence de Paris (1946) les puissances victorieuses ont estim? les r?parations dues ? la Gr?ce ? 7,5 milliards de dollars US. Au total la somme due s’?l?ve ? l’heure actuelle, en y incluant les int?r?ts qui ont couru depuis, ? 30 milliards d’euros environ. Les 115 millions de marks vers?s en 1960 par le gouvernement de la RFA au gouvernement grec concernaient express?ment ceux que les nazis avaient pers?cut?s en raison de leur race, de leur religion ou de leurs opinions politiques et laissaient tous les autres de c?t?. ? ce jour, tous les gouvernements f?d?raux se sont refus?s ? discuter de ces exigences avec les gouvernements grecs.

Ceux-ci ne sont pas tout ? fait innocents de l’attitude brutale des Allemands. Pr?occup?s d’abord d’autres choses- l’anticommunisme ? la suite de la guerre civile -, ils n’ont pas os? ensuite poser des exigences ? un partenaire en position de force en Europe, car on avait besoin de son soutien. Un seul criminel a ?t? condamn?, le g?n?ral Andrae, l’un des commandants en poste en Cr?te pendant la guerre, mais il a ?t? lib?r? d?s 1951. En 1958 Ath?nes a mis un terme aux poursuites contre les criminels de guerre allemand- alors qu’elles n’avaient pas encore vraiment commenc?. Les dossiers ont ?t? remis aux autorit?s allemandes, qui n’en ont rien fait non plus. En 1965 le Chancelier Ludwig Erhard a assur? au Ministre de la Coordination grec, Andreas Papandreou qu’apr?s la r?unification, on rembourserait l’emprunt d’un montant de 500 millions de Reichsmark impos? aux Grecs en 1942 par les occupants. La somme due atteint aujourd’hui quelques milliards d’euros.

Lorsque, sous la pression d’un v?ritable d?luge de proc?s intent?s par les victimes grecques, le gouvernement grec a fini par demander au gouvernement allemand l’ouverture d’un dialogue au sujet des remboursements et dommages de guerre, celui-ci a refus? cat?goriquement. Il pensait trouver de bonnes raisons juridiques pour ?tayer ses mauvais arguments.

L’ent?tement a pay?- mais pas pour les victimes grecques. Tous les tribunaux allemands jusqu’? la Cour constitutionnelle ont d?ni? toute responsabilit? ? la R?publique f?d?rale. Mais ce ne sont pas non seulement les tribunaux nationaux qui ont rejet? les plaintes. La Cour europ?enne des droits de l’homme en a fait autant. Toutes les tentatives de prendre en gage des avoirs allemands en Gr?ce et en Allemagne pour suivre la sentence de l’Ar?opage ont ?chou?. Pour finir, la Cour internationale de Justice de La Haye a retir? aux tribunaux italiens tout moyen de d?clarer applicable la sentence de l’Ar?opage en utilisant les avoirs allemands en Italie. Une telle d?cision reviendrait ? violer l’immunit? de la R?publique f?d?rale allemande. Que cela permette de ne payer aucune r?paration pour les pires crimes de guerre alourdit les diktats cyniques des ??aust?ritaires?? d’une charge suppl?mentaire que les Grecs n’oublieront pas.

M?morial de Distomo


Courtesy of?Tlaxcala
Source:?tlaxcala-int.org
Publication date of original article: 23/12/2012
URL of this page:?tlaxcala-int.org

tlaxcala-int.org

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

L’arrêt pression

La seule réponse civile Les transgressions se multiplient dans l’indifférence générale. Les braves gens constatent, ...

3 Commentaire

  1. avatar

    La guerre finit en paix, puis en pardon, puis en oubli…. la plupart du temps. Parce qu’il en est ainsi, les gouvernements des bourreaux disent que les crimes de leurs pères ne sont les leurs et ceux des victimes haussent les épaules.

    Mais il este toujours un casus belli qui rôde et au besoin quiconque en a besoin tpeu se trouver un bon droit pour la vengeance qui, à l’echelle de l’Histoire, sera justice.

    Les Grecs n’arracheront des Allemands que ce qu’ils auront le courage de ne pas leur donner. Mais en parler longtemps conduira CERTAINEMENT quelques descendants des victimes de Distomo a penser que tuer au hasard quelques uns des Allemands d’aujourd’hui qui les font crever de faim serait faire oeuvre pie.

    C’est ainsi qu’on fera un pas de plus vers l’abime du désordre et du mal, parce que des banquiers allemands ou apatrides auront cru qu’on peut gagner un procès en cour contre le bon droit.

    Le bon droit de la Grece c’est de ne pas honorer la dette odieuse que des banquiers shylocks l’ont forcé à contracter, avec la complicité de judas, grecs ou autres. Je crains sincerement le jour où les désespérés commenceront a tuer les innocents cpmme les coupables.

    Pierre JC Allard

  2. avatar

    ‘ En 1965 le Chancelier Ludwig Erhard a assuré au Ministre de la Coordination grec, Andreas Papandreou qu’après la réunification, on rembourserait l’emprunt d’un montant de 500 millions de Reichsmark imposé aux Grecs en 1942 par les occupants. La somme due atteint aujourd’hui quelques milliards d’euros. »

    S’il existe une preuve matérielle de cet engagement de Erhard, je crois que la conjoncture actuelle est bonne pour en réclamer l’exécution…. car ce n’est (relativement) que bien peu d’argent. Or, on va chercher un coupable pour la crise actuelle, et les Allemands auraient intérêt a ce que ce ne soit pas eux… alors que d’autres auraient intérêt à ce qu’ils le soient.

    PJCA