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La grande parenth?se historique

On admet g?n?ralement que l?humanit? est sortie de la Pr?histoire et entr?e dans l?histoire au moment o? l?homme commen?a ? utiliser l??criture, et qu?il put d?s lors laisser des traces facilement consultables de ses faits et gestes. Si l’id?e est simple, son application est plus complexe. En effet toutes les civilisations n’ont pas ma?tris? l’?criture au m?me moment. D?o? la n?cessit? de nommer une p?riode interm?diaire au cours de laquelle des populations ne poss?dant pas elles-m?mes l??criture, sont mentionn?es par des textes ?manant d?autres peuples contemporains. Cette ?tape d?sign?e ??Protohistoire?? prit par la suite un sens chronologique pour d?signer une p?riode post?rieure ? la Pr?histoire et ant?rieure ? l’Histoire, correspondant aux ?ges des m?taux?: Age du bronze et Age du fer, eux m?me faisant suite ? l?Age de la pierre, qui pour sa part recouvre l?int?gralit? de la Pr?histoire plus le d?but de la Protohistoire.

En termes dat?s ont peut situer le d?but de la Pr?histoire, c?est ? dire l?apparition de l?homme sur la terre ? -7 millions d?ann?es (sous forme de primate, et non cr?? par une force divine comme le croient encore certains?!), le d?but de la Protohistoire ? ?6.500 ans et le d?but de l?histoire ? ?2.500 ans. L?homme existe donc sur la terre depuis 7 millions d?ann?es, ce qui n?est pas si mal, mais il lui reste encore du chemin ? faire pour battre la long?vit? des dinosaures qui gambad?rent all?grement pendant 140 millions d?ann?es. Quant ? notre ??ch?re?? plan?te, elle existe depuis 4,5 milliards d?ann?es, ce qui revient ? dire qu?elle est ? ce jour 656 fois plus vieille que nous. Que ces chiffres ennuient le lecteur, ou qu?ils lui donnent le vertige, ceux-ci ont ?t? ainsi expos?s dans le but tenter de l?aider ? relativiser tout discours ambiant relatif ? son devenir.

D?apr?s la classification couramment admise, notre ??Histoire?? (occidentale) d?bute vers ?2.500 et totalise donc environ 4.500 ans ? ce jour, d?coup?s en 4 ?tapes?: l?Antiquit? (-2.500/+500 soit 3.000 ans), le Moyen ?ge (500/1500 soit 1.000 ans), l?Epoque moderne (1500/1850 soit 350 ans), l?Epoque contemporaine (1850/2010 soit 160 ans). Afin de justifier ce d?coupage, les historiens ?voquent un vague crit?re de changement substantiel de mode de vie ou de modification civilisationnelle, sans toutefois s?accorder sur un consensus total, certains retenant le crit?re de m?moire vivante pour d?finir l??poque contemporaine, donc lui aff?rant un point de d?part variable calcul? en retranchant 75 ans (esp?rance de vie moyenne de l?homme) ? la date du jour, d?autres insistant pour placer l??tape ??Renaissance?? entre la fin du Moyen age et le d?but du Monde moderne (c?est ? dire de 1500 ? 1789) au pr?texte? que le d?veloppement remarquable des Arts (et de certaines techniques) ? cette ?poque m?rite? sans ?quivoque le titre de modification civilisationnelle. D?autres enfin consid?rent que Monde moderne et Monde contemporain ne font qu?un, et m?ritent, de ce fait, le pluriel ??Temps modernes??, d?butant avec la R?volution fran?aise de 1789.

En r?sum?, les historiens retiennent un premier niveau de segmentation de la vie humaine qui serait ant?rieur et post?rieur ? l??criture, et un deuxi?me niveau relatif aux changements civilisationnels. Ce d?coupage, qui ne contient en lui m?me aucun ?l?ment de dangerosit? et qui permet de faciliter l??tablissement de la table des mati?res des manuels scolaires, n?apporte que peu d??clairage sur le rapport de l?homme avec son milieu naturel, et aucun, en tous cas, sur son devenir historique.

Or, ? une ?poque (la n?tre), o? le changement civilisationnel n?est plus d?actualit? gr?ce ? la mondialisation triomphante du capitalisme ?conomique et de la pens?e unique politique, o? il existe un consensus g?n?ral sur le mode de vie ? pr?server (pour les pays avanc?s), ? atteindre (pour les pays ?mergents), ou ? r?ver (pour les autres) et o? les habitants de la terre enti?re semblent vouloir s?installer dans un d?veloppement ??durable?? pour des millions d?ann?es, il nous semble que le devoir de l?historien est d?apporter un ?clairage sur la question avec le recul qui est le sien.

En effet, malgr? la toute-puissance de la religion de la croissance qui impr?gne maintenant les humains depuis deux si?cles, des pr?occupations r?centes sont apparues concernant le devenir de cette m?me ??croissance??, et, plus clairement, des inqui?tudes concernant nos r?serves en ressources mini?res et fossiles, qui en constituent, chacun le sait, les ??carburants?? indispensables.

Mais que s?est il donc pass?, en r?alit?, depuis la pr?histoire? Comment sommes nous arriv?s ? un tel niveau d?agitation exponentielle?? Quel est le fil conducteur de notre trajet depuis l?Age de pierre?? Comment et pourquoi? avons nous accru notre effectif de 250.000 ? 6.000.000.000 ?mes?? Sommes nous en face d?une ?volution naturelle (?), ou existe t?il un fait g?n?rateur?? Et si oui, lequel, et depuis quand??

A ce stade de l?auto questionnement, nous nous devons de constater que le d?coupage des historiens n?y apporte aucun d?but ni ?l?ment de r?ponse. Est ce l?acquisition de l??criture (fin de la pr?histoire) qui fut l??l?ment d?terminant? Ou bien la fin de l?empire romain (d?but du moyen age)?? Ou encore la r?volution de 1789 (d?but du capitalisme)?? Aucune de ces explications (qui n?en sont pas d?ailleurs) ne peut nous satisfaire, ni m?me constituer une simple piste.

Les historiens classiques se r?v?lant donc incapables d?apporter une r?ponse ? cette question, une nouvelle race de savants, moiti? ?conomistes distingu?s ? moiti? religieux fanatiques, se sont charg?s depuis quelques d?cennies de nous lib?rer du poids oppressant des cette interrogation. Ces chantres de la croissance infinie (requalifi?s depuis peu en chantres de la croissance durable) sont venus nous expliquer que nous assistons tout simplement depuis l??poque n?olithique, au spectacle merveilleux et terriblement enivrant de la manifestation du ??g?nie humain?? qui ne conna?t pas (et ne conna?tra jamais) de limite?, ni dans le domaine de la science, ni dans celui de la technique, pas moins dans celui du savoir, encore moins dans celui de l?innovation, etc?, etc?, etc ?.

Tout semble donc indiquer qu?une nouvelle spiritualit? trouve ainsi son territoire ??dans un monde o? les ?conomistes remplacent les pr?tres?? (Ivan Illich). Or, l’histoire ?conomique confirme un fait assez ?l?mentaire, ? savoir que les grands bonds du progr?s technologique ont g?n?ralement ?t? d?clench?s par la d?couverte de la ma?trise d’une nouvelle forme d’?nergie facilement accessible. Par ailleurs, un grand bond dans le progr?s technologique ne peut se mat?rialiser sans que cette innovation soit suivie d’une grande expansion de l’extraction mini?re. Exemple?: imaginons qu?une s?rie de recherches aboutisse ? un accroissement substantiel dans le rendement de l’utilisation de l’essence comme combustible (? supposer que l?on puisse encore l?am?liorer), cette d?couverte serait bien peu de chose en comparaison d’une multiplication des riches champs p?trolif?res connus.

En privil?giant le mobile ??progr?s scientifique?? au d?triment du facteur ??pr?dation des ressources naturelles??, ces nouveaux ?conomistes agissent exactement comme les docteurs de l’?glise catholique, qui confront?s en 1610 au fameux Message c?leste de Galil?e, ne furent pas convaincus de l?urgence de regarder le ciel avec un t?lescope. Certains n?o-biologistes du m?me acabit affirment ?galement sans ciller que la s?lection naturelle constitue une s?rie de gigantesques b?vues car elle ne tient pas compte des conditions ? venir (notre ??histoire humaine??). Cette remarque, qui implique que l’homme est plus sage que la nature et devrait prendre la rel?ve de cette derni?re, tend ? prouver que la vanit? de l’homme, associ?e la pr?somption des scientifiques, ne conna?tra, elle, jamais de limites.

Mais revenons ? notre d?coupage historique. Apr?s avoir constat? que ni les historiens officiels, ni les nouveaux pr?tres de la croissance n??taient en mesure de nous proposer une grille de lecture un tant soit peu signifiante de l?aventure humaine, nous allons nous risquer ? en sugg?rer une.

Reprenons tout au d?but, et essayons de faire simple?! Au commencement ?tait l?Age de pierre (ou Pr?histoire, ou Pal?olithique), l?homme ?tait alors chasseur-p?cheur-cueilleur, il fabriquait des outils avec des mat?riaux naturels facilement accessibles et pr?sents en quantit? quasi-illimit?e?: pierre, bois, v?g?taux. Ce syst?me a dur? environ 7 millions d?ann?es, le calme et la paix r?gnait entre les humains, c??tait l?Age d?or.

D?un point de vue ?cologique (puisque cette notion est devenue la mire principale de notre devenir) le premier fait marquant dans l?histoire humaine ne fut pas l?invention de l??criture, ni les invasions barbares, ni la r?volution de 1789, mais la d?couverte hasardeuse par un homo sapiens non identifi? d?une roche rouge?tre. Cet individu qui cherchait simplement un morceau de pierre de meilleure qualit? pour ficeler ? l?extr?mit? de son bout de bois venait de d?couvrir le cuivre et, entamant ainsi la consommation de la dot terrestre, d?ouvrir, sans le savoir, la grande parenth?se de l?histoire humaine, qui se refermera bient?t avec l??puisement des ressources non renouvelables.

Car il s?agit bien l? d?un fait majeur. En p?chant, en chassant, en cueillant, l?homme effectue des pr?l?vements dans un stock naturel renouvelable par la nature elle m?me. Par contre en pr?levant du cuivre, puis, peu de temps apr?s, de l??tain, de l?argent et de l?or, etc? il d?clenche inexorablement un processus d??puisement. Dot? de ces nouvelles richesses, le ??g?nie humain?? va pouvoir s?exprimer de fa?on sensible en associant les diff?rents minerais pour donner naissance ? la science m?tallurgique. Toutefois, comme nous l?avons dit plus haut, le ??g?nie humain?? a besoin, pour lib?rer toute sa puissance, du couple minerais + ?nergie. Or, apr?s la d?couverte du cuivre en ?2.500, les ressources ?nerg?tiques se limit?rent quasiment aux ressources connues depuis la pr?histoire, c?est ? dire le feu, issu principalement du bois, mati?re renouvelable. Ainsi, l?humanit? ne fit-elle qu?un petit pas dans la ??modernit? entre ?2.500 et +1800, faute d?avoir ? sa disposition une ressource ?nerg?tique capable de convertir ses outils, devenus m?tallurgiques mais rest?s actionn?s par la force de l?homme, en machines ne n?cessitant plus l??nergie humaine. Et pourtant, le ??g?nie humain?? continuait ? rendre des copies de plus en plus sophistiqu?es, mais sans grande efficacit? pratique. En effet, nos moteurs contemporains qui font marcher les automobiles, les avions, les usines, les outils et machines diverses ne sont que le produit d?am?liorations techniques apport?es au piston ? vapeur que Denis Papin mit au point en 1690. Mais n?ayant pas ? sa disposition de combustible efficace ? cette ?poque, l?invention attendit encore deux si?cles, et la d?couverte du p?trole, pour trouver son application dans le moteur ? explosion.

Lorsque les ressources d??nergie fossiles (charbon, p?trole, gaz) seront ?puis?es, nous reviendront au point de d?part (la d?couverte du cuivre), mais sans espoir de ??retour vers le futur?? puisque celui-ci aura d?j? ?t? consomm?. Nous nous retrouverons, par cons?quent, ? un stade ant?rieur ? ce m?me point de d?part. Cette possibilit? de retour ?nerg?tique au pr?-n?olithique va en faire sourire plus d?un, qui ne manqueront pas d?assurer fermement que le ??g?nie humain?? palliera l?extinction des minerais par le recyclage et l??puisement des carburants fossiles (qui eux, ne se recyclent pas puisqu?ils ne servent qu?une fois) par la d?couverte (ou la mise au point) d?une ?nergie nouvelle et in?puisable.

Ces chantres du d?veloppement durable (ou de la croissance raisonn?e) sont, certes, un peu plus r?alistes que les grands pr?tres de la croissance infinie (ces derniers ayant encore, malgr? tout, un large public devant eux), mais ils oublient tout simplement que le recyclage des mati?res premi?res est souvent complexe, qu?il consomme beaucoup d??nergie (qui va manquer) et qu?au final, c?est une quantit? moindre que la quantit? initialement utilis?e qui est r?cup?r?e. A terme, les stocks tendront donc vers z?ro.

Quant au nouveau combustible miracle, on ne peut s?emp?cher de faire un parall?le avec le mythe de ??l?arme secr?te?? qui devait permettre ? Hitler de se refaire une sant? in extremis du fond de son bunker, ou ? la colonne de Grouchy que Napol?on attend toujours. En fait d?arme secr?te, Hitler eut l?arm?e rouge, et en guise de Grouchy, Napol?on eut Bl?cher. Ces deux exemples, certes caricaturaux, ne visent en fait qu?? stigmatiser le c?t? ??in extremis?? de ces situations. Dans les deux cas, la d?faite est in?luctable, parce que le bellig?rant n?a pas su (ou pu) assurer ses arri?res ? temps et qu?il n?est pas pr?t pour faire face ? la situation d?extr?me urgence. Et c?est le cas aujourd?hui pour les humains qui ne sont d?cid?ment pas pr?ts pour l?apr?s fossile.

Toutes les ?tudes s?rieuses actuelles s?accordent pour consid?rer que les 12.000 millions de tonnes annuels d??quivalent p?trole consomm?es par les humains ne peuvent ?tre produits par l??olien, ni l?hydro?lectrique, ni le photovolta?que, loin s?en faut?! Quant au nucl?aire classique, il va s?achever avec la fin de l?uranium 235, c?est ? dire dans une trentaine d?ann?es. Mais il y a la surr?g?n?ration, diront les irr?ductibles de la croissance, qui utilise l?uranium 238 (pr?sent en quantit? beaucoup plus importante) et qui, en principe, produit plus de combustible qu?il n?en consomme. Oui, mais tous les projets de surr?g?n?rateurs ont ?t? abandonn?s dans le monde et sont en cours de d?mant?lement (dont Superph?nix en France). Il conviendrait donc de stopper les d?mant?lements (pr?vus pour durer 30 ans) et de repartir pour une re-mise en service (compter 20 ans bon poids). Cela dit, il est un fait que le processus de la surr?g?n?ration n?en est encore qu?au stade exp?rimental, qu?il n?a jamais ?t? valid? dans le cadre d?une exploitation commerciale et industrielle et qu?il doit supporter un co?t tr?s ?lev? (d?o? un probl?me possible de rentabilit?) ainsi que des risques d?accident et de s?curit? encore non ma?tris?s ? ce jour. Bref, il y a encore loin de la coupe aux l?vres (si coupe il doit y avoir?!).

Mis ? part la surr?g?n?ration, qui comporte, il est vrai, un embryon de r?alit? mais que nous ne pouvons pas classer franchement dans la cat?gorie des ?nergies renouvelables (puisque d?pendante du stock naturel d?uranium), toutes les autres pistes d??nergies dites ??du futur?? n?en sont encore qu?au stade pr?-exp?rimental, quand elles ne rel?vent pas carr?ment du phantasme m?taphysique. C?est le cas de la fusion nucl?aire, qui constitue en th?orie une ?nergie ??propre??, in?puisable puisque utilisant par exemple le deut?rium pr?sent en quantit? incalculable dans les oc?ans, mais dont personne n?est aujourd?hui en mesure de dire si elle est r?alisable par l?homme, ni dans quel d?lai.

M?me chose pour la pile ? combustible (? hydrog?ne), dont le principe date de 1839 mais qui se heurte ? la difficult? d?isoler l?hydrog?ne (qui est pourtant l??l?ment le plus abondant dans l?univers?: 75% en masse et 92% en nombres d?atomes) ? ?chelle industrielle, alors que nous savons depuis la classe de troisi?me qu?une simple ?lectrolyse de l?eau (H2O) aboutit ? ce r?sultat de fa?on artisanale.

On pourrait parler ?galement des espoirs plac?s dans la biomasse et dans les carburants v?g?taux, mais nous devons garder ? l?esprit que toutes ces ?nergies putatives ne sont pas des ?nergies primaires, c?est ? dire des carburants directement utilisables (tels que les fossiles, p?trole, gaz et charbon), mais des ?nergies secondaires, c?est ? dire qu?elles sont produites ? l?issue d?un processus industriel n?cessitant un savoir faire tr?s avanc? et une autre source d??nergie pour actionner ce processus. Dans le film ??G?ant?? de G. Stevens, nous voyon James Dean faire jaillir le p?trole sans avoir fait polytechnique auparavant et en plantant simplement un tube de fer dans le sol ? la seule force de son poignet (ou presque). Pour produire 1Kwh d??lectricit? dans une centrale nucl?aire, il faut une ribambelle d?ing?nieurs de haut niveau, une infrastructure colossale et une quantit? consid?rable d??nergie.

Et si le soleil, le vent et l?eau sont bien des ?nergies primaires, renouvelables et facilement accessibles, leur faible rendement ne permet malheureusement pas de compter sur elles pour remplacer le fossile, tr?s loin s?en faut?!

Au final, tout semble donc indiquer que d?ici la fin du si?cle (et peut ?tre m?me avant), nous en serons revenus, du point de vue ?nerg?tique, ? la situation de l?an +1800 (bois, tourbe), et du point de vue min?ralogique, ? la situation de l?an ?2.500 (plus une montagne de d?chets, certes, mais que nous ne pourrons pas recycler faute d??nergie!).

Et ce sera la fin de la Grande Parenth?se historique??.

(A suivre)

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