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Centpapiers

  • La grande guignolée des médiocres

    4 décembre 2008 | 3 commentaire(s) | vu 1 160 fois
    Photo :  freddthompson Flicckr

    Photo : freddthompson Flicckr

      

    Bonjour le maître et la maîtresse
    Et tout le monde de la maison
    Pour les derniers jours de l’année-é-e
    La guignolée vous nous devez
    Si vous voulez rien nous donner
    Dites nous lé-é-e
     

    Ça c’était dans le bon vieux temps
    La bonne vieille guignolée d’antan
    Quand les chevaliers de Colomb, pis les marguilliers
    Se rendaient visiter les maisons des nantis
    Pour ramasser des victuailles
    Qu’ils laissaient dans les maisons des gueux


    Dans ce temps-là les pauvres étaient connus
    Parce que le monde se connaissait dans ce temps là
    Le temps d’avant la charité institutionnalisée
    D’avant la charité organisée
    En compagnies incorporées
    Garanties sans abus lucratifs
    Par une chartre du gouvernement

     

    Ast’heure, dans notre société dite moderne
    Les pauvres, on les connaît pus
    Pis on veut surtout pas les connaître
    Anyway, même si on le voulait
    On pourrait pas les connaître parce qu’il y en a trop
    Ast’heure les pauvres, on leur donne une carte…
    Une carte de dépit… en plastique
    Une carte qu’ils peuvent utiliser au guichet électronique
    De la banque alimentaire de leur quartier
    Ast’heure les pauvres, on les entasse
    Dans une banque de données

     

    Ast’heure, on compte pus la générosité
    En nombre de dindes ou de paniers d’épicerie
    On compte ça au camion pis à la tonne
     » Cette année, on a ramassé 600 camions
    et 800 tonnes de denrées non périssables  »
    Et on insiste sur le « non périssables »
    Depuis que les pauvres bouffent du non périssable
    Ils périssent pus, fait qu’y en a plusse

     

     

     

    Cette année encore, tous les médias se sont regroupés
    Finie la multiplication des guignolées
    On en fait plus rien qu’une, mais une crisse de grosse
    Une méga guignolée, la guignolée de la convergence

    La grande guignolée des médiocres
    Une fois l’an, les frères ennemis se mettent ensemble
    Power-Gesca, Québécor, Radio Cane, Télémédia, Corus, TVA et caetera
    Toutes les vedettes du p’tit écran
    Tous les « ânimateurs » des radios débiles
    Tous les rapporteurs de mauvaises nouvelles au quotidien
    Sortent tous sur le trottoir
    Avec leurs tuques sur la tête
    Pis leurs clochettes dans l’cul

     

     

    « Il faut donner, il faut donner
    Soyez généreux
    Faut que tout le monde ait son panier de Noël
    Vous pouvez aussi laisser vos dons
    Dans toutes les banques, les vraies
    Celles qui ferment leurs succursales
    Dans les quartiers trop sales
    Ou dans votre supermarché préféré
    Ils acceptent toutes vos denrées
    (Non périssables, oubliez pas !)
    Surtout si vous les achetez chez eux »

     

    « Pis ceux qui sont dans le besoin
    Inscrivez-vous dans nos fichiers »
    Parce que les associations de charité
    Ne partagent pas juste leurs denrées, pis leur pitié
    Ils partagent aussi leurs données
    Tout à coup que les pauvres essayeraient de nous fourrer
    Pour avoir 3 ou 4 paniers

     

    « Inscrivez-vous, soyez pas gênés

    On le sait que vous êtes pas fortunés

    Et si vous êtes trop givrés

    On peut même vous les livrer »
    Comme ça à Noël cette année
    Chaque pauvre aura son panier
    Pis il va pouvoir réveillonner
    Tout seul chez lui dans son foyer…
    De pauvreté

     

    « Il faut donner, il faut donner
    Soyez généreux
    Donnez aux pauvres inconnus
    Pis le reste de l’année
    Quand il y en aura un, mal élevé
    Qui vous quêtera pour un café
    Ou qui voudra laver les vitres de votre BMW
    Ben vous y direz :
    Aie, mon hostie, j’t'en ai donné
    à Noël, tout un panier !
    Pourquoi que tu fais pas comme moé
    Pis que tu vas pas travailler ! »

     

    Il faut donner, il faut donner
    Pour se déculpabiliser
    De les laisser crever le reste de l’année
    Pis surtout, il ne faut pas revendiquer
    Des insignifiants, élus pour nous gouverner
    Un juste partage, une équité
    Ni même un revenu de citoyenneté
    Qu’on devrait d’ailleurs appeler un revenu de dignité
    Qui ferait que chacun puisse au moins manger
    Sans quémander !

     

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  • 3 commentaires

    • DG

    Merci pour ce texte, ça soulage le moral mais pas mon ventre.

    Cette année j’ai rien demandé à la guignolé, pas de panier. Je vis seul, alors je me serre la ceinture pour ceux qui ont des enfants. Un spagatt pour Noel avec un verre de lait, si je peux pour le lait, et je ferai exception en montant le chauffage pour me réchauffer le coeur.

    Bonne année, bonne année.

    Je sais que probablement je ne serai pas lu étant donné la date de l’article, c’est pourquoi ça me fait plaisir de le partager ici.

    • YB whybe

    Je te le souhaite ton spagatt et avec un verre de lait ou vin

    JOYEUX NOEL

    À ceux qui veulent vraiment savoir, mais avec « la connaissance du ventre vide et du cœur » ce qui se vit dans les centres de pauvretés du Québec: allez-y ! Vous ne cesserez alors d’écrire des articles super génials; en français j’espère bien.

    C’est vraiment désolant quand même, quant un bon « gâble » ne peut recevoir sa soupe populaire ou son panier de Noël. Tu le regardes s’en aller chez-lui, les deux sacs vides…comme à la télé. Était-il pauvre, saoul ou victime d’une crise de diabète aiguë ? L’important est qu’il pourra dégriser et y retourner soit le lendemain ou la semaine prochaine.

    Patricia Turcotte

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