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La grande crise financi?re ? trois ann?es d?j? et ?a continue

Par John Bellamy Foster, Fred Magdoff, Alter Info

Image Flickr par Akira syndrome

La grande crise financi?re ? trois ann?es d?j? et ?a continue
La grande crise financi?re a d?but? durant l??t? 2007 et trois apr?s, en d?pit d?une ??gu?rison?? pr?sum?e, elle produit encore de profonds effets aux Etats-Unis, en Europe et dans la majeure partie du monde.
Dans beaucoup de pays l?aust?rit? est en train d??tre impos?e au monde du travail. C?est le cas particuli?rement difficile de la Gr?ce, un pays contraint par les exigences des banquiers, y compris le Fonds Mon?taire International, ? pressurer ses salari??e?s en ?change de pr?ts de l??tranger afin de venir en aide au gouvernement pour rembourser ses dettes.
Le taux officiel de ch?mage aux Etats-Unis se situe encore autour de 10%, et le taux r?el est bien plus ?lev?. Ph?nom?ne sans pr?c?dent?: 44% des ch?meurs sont sans travail depuis plus de 6 mois. Un nombre record de gens re?oivent des tickets d?aide alimentaire de m?me que des repas ou de la nourriture d?organismes caritatifs. Beaucoup d?Etats am?ricains et de villes sont confront?s ? des coupes dans leurs budgets ? la suite des baisses de rentr?es d?imp?ts?; ils suppriment des emplois et r?duisent les d?penses d??ducation et les programmes sociaux.
Dans la recherche des causes de la crise, l?attention a surtout port? sur le r?le des pr?ts hypoth?caires ??subprime?? aux Etats-Unis, pr?ts qui ?taient vendus ? des gens d?tenteurs de faibles revenus et qui n?avaient presque aucune chance d??tre en mesure de les rembourser. Beaucoup de ces pr?ts ??subprime?? accord?s, l?avaient ?t? assortis de clauses pr?datrices particuli?rement d?favorables aux emprunteurs sans m?fiance. Ces pr?ts ?taient regroup?s en paquets destin?s ? ?tre vendus ? des institutions dans le monde entier, ce qui servit ? diffuser des risques importants tous azimuts.?|1|
Jusqu?? pr?sent, en d?pit de l?instabilit? g?n?r?e par ces pr?ts en question, et toute une foule d?instruments financiers exotiques qui leur ?taient associ?s, la gravit? m?me de la Grande Crise Financi?re sugg?re qu?au d?part il ne s?agissait pas d?un produit destin? ? des pratiques sp?culatives. Il d?coulait plut?t pour l?essentiel de facteurs structurels de long terme qui se traduisaient dans le d?clin s?culaire du taux de croissance ?conomique, ainsi que dans l?augmentation continue de la fragilit? et de l?instabilit? financi?re.
Les taux de croissance des pays riches situ?s au c?ur du syst?me capitaliste mondial ont d?clin? ? petite vitesse depuis des d?cennies. Aux USA, la croissance moyenne du PIB, corrig?e de l?inflation, est pass?e de 4,4% dans les ann?es 60 ? 3,3% dans les ann?es 70, ? 3,1% dans les ann?es 80 et 90 et enfin ? 1,9% dans les ann?es 2000 (de 2000 ? 2009).
En r?ponse ? ces conditions d?approfondissement de la stagnation ?conomique ? l?int?rieur de l??conomie ??r?elle???|2|, les exc?dents de capitaux engrang?s par les agents ?conomiques, affluaient vers le secteur financier, cherchant des r?mun?rations rapides. Cela a conduit ? la cr?ation d?une superstructure financi?re consid?rable au sommet d?une base ?conomique affaiblie. Ce recours ? la finance sp?culative, en tant que strat?gie permanente d?enrichissement, donna lieu ? l?essor d??normes profits artificiels (et de gains en capital) apparemment au-del? de toute mesure ? c?est-?-dire sans relation avec l??conomie ??r?elle??.
Dans cette situation, une accumulation de plus en plus grande de dettes ? celles des m?nages, des entreprises et du gouvernement ? s?est av?r?e n?cessaire pour assurer un niveau donn? de croissance. Au m?me moment le gonflement de la dette totale prendra de plus en plus le caract?re d?une pyramide de Ponzi, ce qui va requ?rir de constantes adjonctions de liquidit?s pour diff?rer l??croulement final in?vitable.?|3| Le r?sultat fut une v?ritable explosion de dettes pour un total astronomique de 350% du PIB des Etats-Unis en 2007.
Les bulles financi?res sont invariablement les sympt?mes de probl?mes sous-jacents plus profonds. Le fait de simplement se focaliser sur les pr?ts subprime ou m?me sur la bulle immobili?re elle-m?me, comme cause v?ritable de la crise ? ainsi que ce fut le cas pour la plupart des commentateurs appartenant ? l?orthodoxie ?conomique ?, consiste ? prendre le sympt?me pour la maladie. Si cela ne s??tait pas produit avec la bulle immobili?re aux Etats-Unis, cela aurait pu avoir lieu avec une autre bulle qui aurait men? essentiellement aux m?mes r?sultats. Depuis les ann?es 70, l??conomie a connu de plus en plus de crises du cr?dit, avec ? chaque fois, les banques centrales se pr?cipitant au premier signe de difficult? pour sauver les institutions financi?res en d?faut. Cela a pourtant contribu? ? accro?tre la fragilit? financi?re, tandis que le probl?me sous-jacent de la stagnation ?tait laiss? de c?t?.
Depuis le commencement de la Grande Crise Financi?re il y a trois ans, les choses ont tellement empir? qu?un Paul Krugman, laur?at du prix Nobel de Sciences Economiques d?cern? par la Banque de Su?de, a d?clar? que nous ?tions maintenant dans (ou en train d?entrer) dans une Troisi?me D?pression, c?est-?-dire, une troisi?me p?riode de stagnation ?conomique.
Il sugg?re que cette Troisi?me D?pression ressemble ? la fois ? la stagnation qui commen?a en Europe et aux Etats-Unis dans les ann?es 1870 ? il la nomme Longue D?pression – et la stagnation des ann?es 1930 qu?il nomme Grande D?pression. Ainsi Krugman ?crit?: ??Je crains que nous soyons maintenant dans les premi?res ?tapes d?une troisi?me d?pression. Elle ressemblera vraisemblablement plus ? la Longue D?pression qu?? la beaucoup plus s?v?re Grande D?pression. Mais le co?t ? pour l??conomie mondiale, et surtout pour les millions d?existences frapp?es par l?absence d?emplois ? sera pourtant immense??. Krugman soutient que ??cette troisi?me d?pression sera avant tout le r?sultat d?un ?chec politique???: c?est-?-dire la poursuite, m?me assortie d?une importante mod?ration de la politique n?olib?rale d?aust?rit?, visant ? effacer les d?ficits gouvernementaux, en lieu et place de l?adoption d?une politique keynesienne de forte stimulation de l??conomie comme moyen de sortir de la crise.?|4|
Il est vrai qu?une mauvaise politique ?conomique n?olib?rale, ax?e sur la lutte contre les d?ficits pendant la crise, hypoth?quera les perspectives ?conomiques. Mais la stimulation keynesienne n?est pas non plus une v?ritable solution. Nous soutenons pour notre part, que le v?ritable probl?me ne rel?ve pas de la politique ?conomique mais du d?veloppement du capitalisme lui-m?me.
Notre th?se, exprim?e de la fa?on la plus ramass?e possible, est que les ?conomies capitalistes avanc?es sont prises dans une tendance ? la stagnation r?sultant d?un double processus de maturit? industrielle et d?accumulation de type monopoliste. La financiarisation (le d?placement du centre de gravit? de l??conomie capitaliste de la production vers la finance) doit ?tre consid?r?e comme un m?canisme compensatoire qui, dans ces circonstances, a aid? au maintien le syst?me ?conomique mais au prix d?une plus grande fragilit?. Le capitalisme est ainsi pris dans ce que nous appelons une ??trappe de stagnation-financiarisation??.
Tout ceci est en relation ?troite avec la structure monopoliste du capital financier, laquelle a provoqu? des in?galit?s sans pr?c?dent dans le monde capitaliste avanc?. Ce que l?on nomme le ??Forbes 400?? [?tude publi?e par le magazine Forbes], les 400 familles ?tatsuniennes les plus riches, poss?dent autant de richesse que la moiti? la moins fortun?e de la population totale, c?est-?-dire 150 millions de personnes.
Quelques analystes de Citigroup?|5| ont soutenu r?cemment que le sommet de la pyramide de la richesse sociale p?se ? l?heure actuelle d?un tel poids aux Etats-Unis et dans les autres ?conomies riches, en termes de richesses et de distribution de revenus, qu?il convient de les nommer ??ploutonomies?? o? de petites fractions de classes ?tendent leur contr?le sur une grande partie de la richesse sociale.?|6|
Il est certain que les ???conomies ?mergentes??, et notamment la Chine et l?Inde, n?ont pas encore acquis les maladies de la maturit? et de la monopolisation ? l?instar des pays capitalistes avanc?s et ?chappent ainsi aux maladies chroniques qui ont paralys? les pays du centre du syst?me. Mais les pays ?mergents sont loin d??tre prot?g?s de la venue de ces probl?mes.
En effet, on a toute raison de croire qu?eux aussi vont conna?tre de bien des fa?ons les effets de la globalisation contemporaine comme cons?quence de l?affaiblissement du noyau central du syst?me. Il faut noter que la Longue D?pression fut suivie par une grande vague d?expansion imp?rialiste qui devait mener ? la Premi?re Guerre Mondiale, tandis que la Grande D?pression amena le conflit interimp?rialiste de la Seconde Guerre Mondiale. L?actuelle Troisi?me D?pression est d?j? comme un mauvais augure, en train de d?boucher en un conflit imp?rialiste particuli?rement centr? sur le Golfe Persique, ce qui pourrait mener ? des cons?quences d?sastreuses pour l?humanit? dans son ensemble.
Comme si tout cela n??tait pas suffisant, le monde est de nos jours confront? ? un p?ril encore plus s?rieux?: une acc?l?ration rapide de la crise ?cologique plan?taire?: si des changements radicaux ne sont pas entrepris dans la prochaine d?cade ou la suivante, c?est la menace d?un effondrement ?ventuel de la plus grande partie des ?cosyst?mes mondiaux pris ensemble avec la civilisation humaine elle-m?me.
Il n?y a qu?une solution possible ? cette crise plan?taire englobante?: c?est l?euthanasie du capitalisme [allusion ? la formule de Keynes dans le dernier chapitre de sa Th?orie g?n?rale sur l?euthanasie des rentiers], en le rempla?ant par une nouvelle ?conomie orient?e vers un d?veloppement humain durable, un ?panouissement ?cologique et la mise en valeur d?une v?ritable communaut? humaine. Le plus t?t nous commencerons ? construire ce syst?me qualitativement nouveau ? travers nos luttes de masses, le mieux ce sera pour le destin ? long terme de l?Humanit? et de la Terre.

Voir en ligne : http://www.europe-solidaire.org/spi…

Notes

|1| Pour faciliter la titrisation (vente sur le march? financier), jusqu?? plusieurs milliers de titres de cr?dit sont consolid?s sous la forme d?une obligation unique.
|2| Les auteurs distinguent l??conomie ??r?elle?? qui concerne la circulation des biens et des services?: les richesses, de l??conomie ??mon?taire?? ou financi?re qui concerne la circulation de cr?ances et de dettes.
|3| M?thode utilis?e par un d?nomm? Ponzi aux USA, pour ??garantir?? un taux de r?mun?ration ?lev? de l?argent qui lui ?tait confi?, en ?largissement ? chaque ?tape (pyramide), le nombre de nouveaux souscripteurs dont l?apport d?argent servait en fait ? r?mun?rer les pr?c?dents? Madoff pratiquait de m?me, jusqu?? ce que??!).
|4| Paul Krugman, ??The Third Depression??, New York Times, 28 juin 2010.
|5| Citigroup est un des plus grands groupes bancaires ?tats-uniens.
|6| Forbes, ??The richest people in America?? 2009 et Citigroup Research ??Plutonomy Report?? Oct. 2005

P.-S.

Le texte ci-dessous est l?introduction ? la traduction en grec de leur ouvrage The Great Financial Crisis, ouvrage paru en anglais au d?but 2009. L?article est paru dans le num?ro d?octobre 2010 (VOL 62, N?5) de la revue socialiste ind?pendante Monthly Review.
Traduction?: Jean Pierre Juy.
Jeudi 30 D?cembre 2010

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