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La France va intensifier son intervention militaire en Centrafrique

Par Kumaran Ira
26 octobre 2013
Durant sa visite du 13 octobre ? Bangui, la capitale de la Centrafrique, le ministre fran?ais des Affaires ?trang?res, Laurent Fabius, a annonc? que la France d?ploierait des troupes suppl?mentaires dans le pays ? la fin de l’ann?e.

La d?cision des imp?rialismes fran?ais et am?ricains de soutenir les forces rebelles de la Seleka et de faire tomber le pr?sident Fran?ois Boziz? en mars a entra?n? un d?sastre. Il y a eu une mont?e des combats sectaires entre chr?tiens et musulmans dans ce pays appauvri, o? la France, l’ex-puissance coloniale, a dict? l’installation de divers r?gimes corrompu depuis l’ind?pendance officielle de la Centrafrique en 1960.

Des miliciens de la Seleka, dont beaucoup viennent du Tchad ou du Soudan voisins, ont ?t? accus?s ? plusieurs reprises de saccager des ?glises et de terroriser les communaut?s chr?tiennes. Le 9 octobre, ??pr?s de 60 personnes ont ?t? tu?es dans des combats sectaires en Centrafrique entre milices locales et ex-rebelles,?? ont d?clar? les responsables locaux ?Reuters.

Plus de 440?000 personnes ont fui leurs maisons. Il n’y a que sept chirurgiens dans un pays de 4,6 millions d’habitants pour s’occuper des blessures par balles ou coups de machettes.

Les milices d’autod?fense locales appel?es ??anti-bakala [anti-machettes]?? ont attaqu? une position de la Seleka dans le village minier de Gaga, au Nord-Ouest de Bangui, le 7 octobre, tuant quatre ex-rebelles avant de s’en prendre aux civils musulmans. D’apr?s des t?moins, les combattants de la Seleka ont r?pliqu? contre des civils chr?tiens du m?me village.

Le 18 octobre, le Comit? international de la Croix-Rouge (CICR) a indiqu??: ??les tensions intercommunautaires renouvel?es dans les principales villes du pays sont particuli?rement inqui?tantes […] Des dizaines de milliers de gens se cachent toujours dans la campagne. Leur situation s’aggrave de jour en jour. Ils vivent dans la terreur, priv?s de nourriture, d’eau et d’assistance m?dicale.??

La r?ponse de Paris a ?t? d’accro?tre son intervention militaire dans le pays pour soutenir le gouvernement de transition domin? par la Seleka. Paris a ?t? ? l’initiative d’une r?solution du Conseil de s?curit? de l’ONU adopt?e le 10 octobre, proposant de soutenir une nouvelle force multinationale de l’Union africaine. Une seconde r?solution est pr?par?e pour donner ? cette force et ? la France un mandat pour intervenir plus largement.

Fabius a dit que la France allait envoyer des troupes suppl?mentaires et jouer un r?le plus actif dans les op?rations de s?curit? en accord avec les d?cisions du Conseil de s?curit? de l’ONU. Les pays voisins de la Centrafrique ont d?ploy? pr?s de 2100 soldats vers le pays, et Fabius a d?clar? que ce contingent passerait ? 3500.

Il a dit que cette force r?gionale ??[devait] avoir les capacit?s d’agir?; et la France va aider.?? Il a d?clar? que la France avait actuellement 410 soldats en Centrafrique, et que ces troupes ?taient ???charg?es essentiellement de la protection de l’a?roport et des patrouilles ? Bangui?? Il a indiqu? qu’avec la prochaine r?solution de l’ONU, ??ces diff?rentes forces vont pouvoir intervenir davantage, rapidement, efficacement??.

Le nombre de soldats fran?ais qui seront d?ploy?s n’est toujours pas s?r, mais des sources de la presse ont d?clar? que Paris pr?voyait d’envoyer entre 750 et 1200 soldats suppl?mentaires.

Le projet de la France d’accro?tre son soutien ? la Seleka – pr?sent? avec le pr?texte habituel des motifs purement ??humanitaires?? – vise ? recoloniser son ex-colonie, l’un des pays les plus pauvres du monde, et ? piller ses ressources naturelles encore inexploit?es. Parmi celles-ci, il y a des diamants, de l’or, de l’uranium, du bois et du p?trole.

Ce projet fait partie d’une multiplication des interventions militaires fran?aises en Afrique visant ? garantir les int?r?ts g?ostrat?giques fran?ais et ? contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent. En moins de trois ans, la France a d?j? men? trois guerres en Afrique, en Libye, en C?te d’ivoire, et celle toujours en cours au Mali.

En ao?t, le pr?sident fran?ais Fran?ois Hollande a demand? une intervention de l’ONU pour r?soudre la crise en Centrafrique, qui lui permettrait de jouer un r?le dominant. ??Il est plus que temps d’agir en Centrafrique?? a d?clar? Hollande lors d’une r?union annuelle des ambassadeurs fran?ais ? Paris. ??Ce pays est au bord de la somalisation??.

En d?cembre 2012, les forces rebelles de la Seleka (qui signifie « alliance » dans la langue nationale Sango) sont pass?es ? l’attaque contre les forces du pr?sident alors en place, Fran?ois Boziz?, s’emparant de villes dans le Nord et l’Est du pays. La Seleka a accus? le gouvernement de revenir sur les accords de paix de 2007-2008 qui imposaient de payer les gu?rilleros rebelles et de les int?grer dans l’arm?e nationale.

Cependant, l’intervention du Tchad et de la Communaut? ?conomique des ?tats de l’Afrique centrale (CEEAC) pour une consolidation de la paix en Centrafrique les a contraints ? s’arr?ter et ? n?gocier avec le gouvernement Boziz?. Le 11 janvier 2013, les accords de Libreville, impos?s par la CEEAC, ont temporairement emp?ch? un coup d’?tat et initi? un accord de partage du pouvoir sur trois ans.

L’accord n’a toutefois eu qu’une courte dur?e; les forces rebelles de la Seleka, avec le soutien tacite des puissances imp?rialistes, ont lanc? une offensive contre les forces de Boziz?. Boziz? a ?t? renvers? le 24 mars, et le chef rebelle Michel Djotodia s’est d?clar? pr?sident. (Lire en anglais?:?Seleka rebels seize capital of Central African Republic).

Boziz? avait lui-m?me pris le pouvoir par un coup militaire en 2003 pendant que le pr?sident de l’?poque Ange-F?lix Patass? ?tait en dehors du pays. Il avait re?u l’aval de Paris, y compris durant la Guerre civile de Centrafrique (2004-2007) contre l’Union des forces d?mocratiques pour le rassemblement (UFDR) en Centrafrique du Nord-Est, dirig?e par Djotodia.

Par la suite cependant, Paris s’est retourn? contre Boziz? quand celui-ci a infl?chi sa politique en faveur de la Chine et pass? des accords bilat?raux sur les investissements, le commerce et le d?veloppement d’infrastructures. C’est dans ces conditions que Paris a soutenu la coalition Seleka.

La Seleka est constitu?e de factions arm?es dissidentes venant du Nord-Est, et domin?e par les Musulmans, comme l’UFDR et la Convention des patriotes pour la justice et la paix. Elle s’est appuy?e sur le soutien intermittent d’autres mouvements comme l’Union des forces r?publicaines et l’Alliance pour la refondation (A2R).

La d?cision de Paris de d?ployer des forces additionnelles souligne la fragilit? du gouvernement de transition dirig? par la Seleka, qui est affaiblie par la mont?e des conflits politiques internes. D’apr?s les rapports de l’ONU, l’administration publique s’est en grande partie effondr?e en dehors de la capitale.

En juin, l’International Crisis Group?bas? en Belgique ?crivait, ??les d?saccords au sein de la Seleka ?clatent ?galement au grand jour. Le mouvement semble instable?: certains g?n?raux ne cachent pas leur profonde d?ception sur les d?cisions prises par la direction politique […] Contrairement aux crises pr?c?dentes, qui n’affectaient que certaines r?gions, les troubles actuels repr?sentent un changement de paradigme politique et affectent presque l’ensemble du pays. Cela se manifeste par l’effondrement de l’?tat, ce qui rend le pays impossible ? gouverner.??

(Article original paru le 24 octobre 2013)

wsws.org

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