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La France de 1929 s’adresse à l’Allemagne de 2015

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Ayant violemment décroché en juillet 1926 pour atteindre un cours de 50 francs vis-à-vis du dollar américain, le franc français ne fut stabilisé que six mois plus tard, grâce à l’ingéniosité de Raymond Poincaré qui en fixa le cours à 25 francs vis-à-vis du dollar. Dans un contexte global dominé par l’étalon or, cette crise du franc eut des effets dévastateurs sur l’économie mondiale par la faute des autorités françaises qui optèrent pour la conversion de la totalité de leurs excédents en dollars et en livres sterling contre le métal jaune.

 

Ces manipulations françaises dépassaient largement le stade de la simple protection de leurs intérêts nationaux et de la défense du franc, même si leurs objectifs initiaux étaient de promouvoir leurs exportations et de secourir leur industrie. Ainsi la relance de l’activité économique française, via la maîtrise du cours du franc, aurait effectivement pu être réalisée par la simple accumulation de réserves en monnaies étrangères. Ces acquisitions massives d’or par la Banque de France étaient en fait destinés accessoirement à déstabiliser les grands rivaux du franc, à savoir le dollar et la livre.
Ayant unilatéralement décrété l’augmentation massive de ses réserves d’or de 7 à 27 % entre 1927 et 1932, la France a de ce fait substantiellement contribué à assécher l’approvisionnement en or sur les marchés mondiaux. Un mouvement relativement bien digéré par l’économie mondiale jusqu’à la fin de l’année 1928, car la Réserve fédérale américaine s’était avérée assez accommodante, laissant filer vers la France une partie des stocks mondiaux de métal jaune.
Néanmoins, à la faveur de la hausse du taux d’escompte américain en février 1929, des flux substantiels d’or devaient également prendre le chemin des États-Unis, provoquant tout naturellement l’appréciation de son cours. Phénomène qui devait mécaniquement contribuer à comprimer les prix de l’ensemble des actifs mondiaux (hors métaux précieux) dès l’été 1929 ! Induite par la France, l’accélération de la demande d’or mondiale fut ainsi à l’origine de la déflation au sein de l’ensemble des nations ayant corrélé leur monnaie nationale au métal jaune.
Cette conjoncture des années 1930 ressemble étrangement à notre période actuelle si ce n’est que c’était l’Allemagne qui, à l’époque, se trouvait dans la situation des nations européennes en souffrance d’aujourd’hui comme la Grèce, l’Italie ou le Portugal ! C’est une austérité violente que l’Allemagne dut mettre en place au début des années 1930 à la faveur de l’assèchement de ses financements internationaux, avec pour conséquence mécanique l’explosion de son taux de chômage ayant culminé jusqu’à 35 % de sa population.

 

Au même moment, la France – qui était l’Allemagne d’aujourd’hui – allait bien et affichait une des économies les plus prospères du monde. Elle naviguait dans cette période trouble en maintenant un taux de chômage à un seul chiffre et des excédents comptables enviables. En mesure de se muer en locomotive financière du reste de l’Europe de cette fin des années 1920 et début des années 1930, la France préféra se murer dans une posture égoïste et renfermée, refusant d’adopter une politique économique et monétaire conciliante et expansionniste et choisissant plutôt d’ignorer les déboires de ses voisins.

 

L’effondrement financier de l’Europe doit donc beaucoup à ce nombrilisme français de l’époque. Exactement comme certaines nations européennes à la dérive peuvent aujourd’hui, avec raison, blâmer l’intransigeance allemande pour les extrémités intolérables où elles sont acculées.

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