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La Fontaine coule de source

Le Fabuliste du 17ème siècle, même s’il s’est souvent inspiré d’Esope, n’en finit pas de nous étonner, et ses fables ne prennent pas une ride, y compris par les temps qui courent.

Pourtant, au-delà des classiques « le lièvre et tortue », ou « le corbeau et le renard », d’autres fables moins connues méritent le détour.

Et ce sont parfois celles-ci qui sont les plus passionnantes…

Qui connait par exemple celle de « l’homme et la couleuvre  » ?

Il s’agit de la triste histoire d’une inoffensive couleuvre, capturée par un homme, lequel n’a qu’une envie, détruire le reptile, sans la moindre justification.

La couleuvre en appelle à d’autres animaux, afin qu’ils prennent sa défense, ce qu’ils font sans hésiter : la vache consultée n’hésite pas une seconde, et se plaint qu’après avoir « donné tant de bienfaits » à l’homme, celui-ci, si peu reconnaissant, l’abandonnera attachée à un pieu, sans herbe, lorsqu’elle sera devenue vieille.

L’homme, la déclarant radoteuse, pensant qu’elle a « perdu l’esprit », consulte alors un bœuf.

Celui-ci va encore plus loin, dénonçant que malgré « le labeur des ans », il n’aura comme récompense que des coups…

Alors l’homme dit : « faisons taire ces ennuyeux déclamateurs »…et il questionne un arbre.

Que n’avait-il fait !

Evoquant le refuge qu’il offrait aux hommes, au-delà de l’ombrage, et des fruits qu’il donnait, il raconte sa triste fin due à un rustre munie d’une cognée.

C’en en fut trop pour l’homme, qui, en frappant sur un mur le sac contenant la couleuvre, mit fin à ses jours…

Et c’est la morale qu’il faut découvrir, tant elle reste d’actualité aujourd’hui : « on en use ainsi chez les grands, la raison les offense, ils se mettent en tête que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens, et serpents… si quelqu’un desserre les dents (c’est un sot j’en conviens)… mais que faut-il donc faire ? Parler de loin ou bien se taire ? lien

Le fabuliste pose la question essentielle : qui a le courage de parler…ou bien faut-il se taire ?

Et si le moindre doute subsistait, il est levé, La Fontaine n’était pas seulement un moraliste, mais il était avant tout un homme engagé.

En usant de métaphores, remplaçant les hommes par des animaux, il éloignait avec diplomatie la censure qui aurait pu s’exercer contre lui.

Il suffit de lire « la Cour du Lion » ou même « les obsèques de la Lionne » pour s’en assurer.

Il faut aussi avoir à l’esprit que Louis XIV régnait en monarque absolu, prenant seul les décisions finales, ayant même refusé de prendre un 1er ministre.

Il faut aussi se souvenir qu’à l’époque, un auteur ne pouvait exister sans le soutien d’un puissant protecteur, et celui du fabuliste n’était autre que Fouquet, le contrôleur général des finances.

Hélas, ce dernier avait commis la grave erreur d’organiser une somptueuse fête, en sa demeure de Vaux Le Vicomte afin d’éblouir le Roi.

Mal lui en pris, et le ministre entraîna dans sa disgrâce le fabuliste, lequel ne se priva pas pour autant de critiquer la Cour et son Monarque, comme il l’a fait avec talent dans « la Cour du Lion », renvoyant dos à dos les hypocrites courtisans, et l’autorité d’un Roi qui ne supporte que son point de vue. lien

Dans cette fable, le Lion invite en son Louvre tous ses courtisans…mais en ces temps-là, le palais ne sentait pas la rose, vu que tous ces aristos, lorsqu’ils étaient pris d’un besoin pressant, se libéraient parfois sur place, (lien) et l’Ours se boucha le nez, ce qui ne plut guère au monarque, lequel l’envoya se faire voir ailleurs…le Singe approuvant cette sévérité, maniant une obséquieuse flatterie, ne trouva pas grâce non plus auprès du monarque…lequel finalement demanda son avis au Renard

Maitre Goupil s’excusa platement, prétextant un rhume qui le privait d’odorat.

Tout était dit…

Comment aujourd’hui ne pas être tenté de faire un rapprochement avec notre époque ?

Un homme, sans parti, sans aides visibles, en vient a semer le trouble au milieu des partis qui se partageaient régulièrement le pouvoir…et contre toute attente, il devient le nouveau monarque.

Ne se définit-il pas lui-même en Jupiter ?

Comme l’écrit la journaliste Ellen Salvi dans les colonnes de MédiapartMacron écoute mais n’entend pas. lien

En ses temps agités ou il est question de grèves à répétition, faisant dire à un ministre bien peu inspiré, Bruno Le Maire, en l’occurrence, qu’il ne comprend pas qu’une grève soit lancée « alors qu’on est en pleine concertation  »…

Il sera piégé par un journaliste impertinent, Ali Badou en l’occurrence, et répondra à la question « est-ce que ces grèves sont de nature à vous faire changer d’avis »… « Nous tiendrons  », prouvant par-là que « la concertation  » n’est qu’une façade, afin de donner le change, mais que, quoi qu’il en soit, il affirme que la réforme ira à son terme. lien

D’autant que les ordonnances sont prévues si il n’y a pas d’accord entre le gouvernement et les syndicats…ce qui laisse des doutes sur la volonté de dialoguer du gouvernement.

Le Maire affirme aussi qu’il n’y aura pas de privatisation de la SNCF, qu’elle restera un « service public » alors que ce gouvernement est en pleine crise de privatisation : Aéroport de Paris, et peut-être bientôt « la Française des Jeux »…

« parler de loin, ou bien se taire » disait le fabuliste…

Au-delà des œuvres quasi immortelles de La Fontaine, et en toute immodestie, je me suis lancé à mon tour dans l’écriture risquée d’une fable…

La Pomme et le Bouse

D’aucuns ne tarderont pas à faire remarquer que « bouse » est du genre féminin, mais je leur demande de mettre ça sur le compte d’une licence poétique.

La voici donc.

Un bouse tout fumant au milieu d’un grand pré,

Regardait, plein d’amour, la pomme d’un pommier

Qui trônait dans son arbre, balançant sous la branche.

C’était en vérité une très belle pomme,

Grand yeux verts, cheveux blonds, dégageant tant d’arôme

que le bouse, éperdu, en perdait le sommeil.

Et du soir au matin, il déclarait sa flamme,

Dieu que vous êtes belle, à s’en perdre son âme

vous êtes à croquer…

Mais la pomme très fière levait les yeux au ciel

Mais vous rêvez, mon vieux,

moi, une pomme, j’épouserais un bouse ?!!!

Trop de contes de fées vous avez feuilleté…

Et puis à l’horizon, arrive un pauvre hère

qui n’avait rien mangé de la semaine entière.

Il aperçoit la pomme, s’en saisit et la mord,

et eu très vite fait de lui faire un sort

et puis il s’assoupit, et se couche sur l’herbe

non loin du pauvre bouse.

La pomme dans l’estomac du mendiant est broyée,

elle se décompose, et s’en va en purée,

mais avant de finir tristement sa carrière,

elle eut le temps d’entendre du bouse une prière :

Quand vous serez à terme, finissant comme moi

au milieu de cette herbe, dans un bien triste état,

j’espère tendrement que vous serez moins fière

Moralité :

Quel que soit notre rang, ministre, roi, mendiant,

nous finissons de même,

et quel que soit le bois dont est fait notre trône…c’est toujours sur le cul qu’il nous faut nous asseoir.

Comme dit mon vieil ami africain : « la langue qui fourche fait plus de mal que le pied qui trébuche ».

L’image illustrant l’article vient de enseigner.tv5monde

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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    Très belle moralité.