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La finance : au cœur de l’urgence climatique

La Grande Bretagne espère atteindre la neutralité climatique en 2050. Pourtant, un des leviers importants qui autoriseront de relever le plus grand défi de notre temps – à savoir le climat – est hors du contrôle étatique. Une nation ne peut effet prétendre réduire de manière substantielle ses émissions de gaz à effet de serre sans réguler en amont les flux de liquidités canalisés vers les énergies fossiles. A cet égard, seule une banque centrale peut, en remaniant ses règlements macroprudentiels et en renchérissant le coût affectant ce type de financements, tarir les flux qui font traditionnellement prospérer ce secteur.

Alors que la course à la succession de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne est ouverte, le prochain Président devra être d’autant plus sensible à cette priorité absolue que notre banque centrale dispose de toute la force de frappe lui permettant de réguler de manière stricte et déterminée les liquidités qui se logent dans l’énergie fossile. Ces banques centrales qui, depuis la crise de 2007 à aujourd’hui, ont activement participé à la lutte contre la crise du crédit, qui se sont montrées fort zélées dans les sauvetages bancaires, qui n’ont pas hésité à faire usage d’armes peu orthodoxes pour lutter contre la déflation, doivent à présent travailler en partenariat avec les gouvernements et clairement afficher leurs préoccupations environnementales. Si leur politique des baisses de taux quantitatives nous a ont incontestablement sauvé de la catastrophe, il est temps de l’affiner car leurs injections de liquidités ont en même temps malencontreusement enrichi l’énergie fossile.

Plusieurs études ont démontré que des sociétés comme Shell et BP ont largement consolidé leurs assises financières grâce aux banques centrales dont l’action est donc loin de se révéler neutre pour le climat. La politique monétaire de la BCE, de la Réserve fédérale US, de la Banque d’Angleterre, de la Banque Nationale Suisse et de la Banque du Japon (pour ne citer que les plus importantes d’Occident) ont ainsi un impact défavorable considérable sur le climat car elle subventionne littéralement toute la chaîne des prédateurs. A quoi bon taxer et donc pénaliser les classes moyennes et les pauvres, à quoi bon créer un « Conseil de défense écologique » et comment décemment répondre aux légitimes inquiétudes de nos jeunes … alors que les banques occidentales ont prêté ces 3 dernières années 1.9 trillions (1’900’000’000’000) $ aux intervenants actifs dans l’énergie fossile ?

Nos banquiers centraux ne sont pas de simples machines à créer de l’argent et ils doivent accepter le versant hautement politique et social de leur mandat. Ils ont donc une obligation de cohérence qui s’avère d’autant plus impérative que leurs pouvoirs sont grandioses, souvent plus concrets et plus efficients que ceux des exécutifs politiques. Tout comme ils doivent s’interroger sur la très mauvaise redistribution de leur politique monétaire hyperlaxiste – certes vitale et indispensable – mais qui exacerbe accessoirement les inégalités. En même temps, leur devoir est d’assécher les robinets ayant jusque là généreusement bénéficié à tous les acteurs de l’énergie fossile. Pour ce faire, les banques centrales doivent de toute urgence comprendre que le changement climatique menace directement la stabilité financière.

 

Michel Santi

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