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La fin du tunnel

Roques

Je roule tranquillement dans les lacets verdoyants du Lot-et-Garonne du bas lorsque j’apprends par la voix de ma fid?le radio que je vais me payer une bonne tranche de campagne officielle.

Fl?te, alors, c’est qu’il y aurait encore des ?lections politiques dans ce pays?! Pourtant, maintenant qu’un peuple tout entier s’?tait uni pour vider l’ennemi public n??1, je pensais qu’? l’extr?me limite, c’?tait un peu comme si nous ?tions arriv?s ? la fin du politique. Entre l’hyperpr?sidence gesticulatoire et?invectivesque, les primaires ? rallonge, les combats des chefs, les effets de manche et les sacrifices quotidiens sur l’h?tel de la rigueur, voire?dans l’h?tel de la vigueur, il arrive toujours un petit moment o? l’on sature de tout ce brouhaha inf?cond et tout de m?me largement inutile.

Donc, va falloir encore voter. ?a n’en finit plus, ? se demander ce que fout la Convention de Gen?ve. Mais bon, j’ai ?t? pi?g?e dans mon habitacle ? roulettes et sorti de?la voix de son ma?tre, il n’y a pas grand-chose d’autre ? se coller au creux du tympan.

?a commence avec une voix de femme qui explique que, maintenant qu’on a chang? de pr?sident, va falloir finir le boulot et lui donner les outils de sa politique. J’ai reconnu l’accent un peu pinc? de S?gol?ne Royale et je note que pendant tout son temps d’antenne, elle s’arrange pour ne jamais dire le nom de Fran?ois Hollande. Remarquez, je la comprends?: la reine des ex (ex-future-pr?sidente et ex-compagne du gars qui a gagn??!) a ?t? condamn?e ? faire l’?loge de celui qui l’a plant?e sur toute la ligne. C’est un peu raide, comme son port de t?te, mais voil?, ? la guerre comme ? la guerre, elle boira sa coupe jusqu’? la lie. D’un autre c?t?, ?a lui apprendra ? dire apr?s coup, guind?e de d?pit, que non, elle n’y a jamais cru ? l’augmentation du SMIC, c’?tait juste pour ramasser les voix des prolos. Du pain et des jeux, elle ne comprend que ?a la populace, alors que tout ce que l’on attend d’elle, c’est de la sueur, du sang et des larmes. Mais comme il y a encore une ?ch?ance ?lectorale, comme il y a encore des pr?bendes ? ramasser, on a l’air de rien et on fait semblant de tenir ses promesses, m?me si c’est un travail ? fa?on. Comme les couturi?res-esclaves des villes-usines du bout du monde?: des v?tements ?triqu?s o? l’on ?conomise chaque centim?tre de tissu aux coutures, juste que ?a ait l’air d’un v?tement, le temps qu’on l’ach?te et qu’il se d?sagr?ge sur son nouveau propri?taire. Donc, ce sera la retraite ? 60 ans, mais que pour les trois gars qui ont boss? tant d’ann?es, sans ch?mage ni maladie, de telle p?riode ? telle autre et encore, sous conditions. On change l’amplitude de la semaine scolaire, mais surtout, on ne touche pas ? la m?canique de la machine ? reproduction sociale. On donne un hypoth?tique coup de pouce au SMIC, l? o? il faudrait une grande claque dans le dos, mais on ne revient surtout pas sur la TVA qui plombe les petits budgets, sauf pour les livres,?z’auront ka manger des dicos?! On parle des loyers trop chers, mais seulement dans certains endroits et sous certaines conditions.
Aucun risque que je vous conc?de mes 1,68?? de rente ?lectorale.

L?, c’est une salve de voix. Des hommes essentiellement, qui parlent de solidarit?, de lutte contre la dictature des march?s, des trucs sympa, qui me parlent. Et puis paf?: c’est le parti de Cheminade. Il ratisse ? gauche. Marrant, dans un premier temps, j’ai pens? ? une sorte de Front de Gauche light.

Plus de femmes et une attaque frontale du mythe de la croissance, ce sont les ?colos, mais je n’arrive pas ? saisir lesquels. C?est qu’il y en a tout un bataillon pour les l?gislatives. Au loin, plus au nord, au-del? des collines ? la beaut? bucolique ? couper le souffle, je reconnais le mini panache caract?ristique de Golfech. Il fait partie du paysage, lui aussi, comme les petits villages de pierre de taille qui chapeautent les coteaux. Comme les lignes ? haute tension qui irriguent la Gascogne de ce qui est n?cessaire pour faire tourner les millions de petites diodes de nos salons et bureaux.

Une sorte de voix couinante couvre le souffle sourd du vent qui s’engouffre par mes fen?tres grandes ouvertes, d?sagr?able?: la famille, c’est une vraie valeur et c’est un homme et une femme et le mariage, c’est important et c’est pareil. Bref, de vraies valeurs vraies de la vraie France qui donnent envie de cramer son passeport ou de le repeindre couleur arc-en-ciel. Personnellement, je m’en fous des vraies valeurs, je m’en fous que tout le monde soit pareil et fasse pareil et qu’il n’y ait qu’une seule fa?on de vivre, d’exister, de croire, d’esp?rer ou d’aimer. C’est tout racorni, c’est comme un relent de TSF?: De Villier est toujours vivant. Tant pis.

Contre le vote des ?trangers, contre les racailles, les faignants, les assist?s, pour des retraites pay?es le premier du mois?: si je n’avais pas reconnuVoldemort Cop?, j’aurais pu croire que j’?tais tomb?e sur le spot du FN. C’?tait… inracontable. ? moment donn?, j’ai vraiment envisag? de me prendre un arbre juste pour ne plus avoir ? entendre un tel concentr? de bile am?re et naus?abonde. Et non, m?me quand on a sorti Sarko du jeu, la suite du jeu, c’est toujours du Sarko.

Alors, j’ai juste ?teint la radio et je me suis remise ? penser ? des choses s?rieuses et importantes.

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