Accueil / T Y P E S / Articles / La fin des cabanes ? sucre ? Rencontre avec Yves Laroche de L’autre galerie

La fin des cabanes ? sucre ? Rencontre avec Yves Laroche de L’autre galerie

Raymond Viger?? Dossier?Culture.

Une nouvelle galerie ouvre ses portes. Une galerie qui d?range, qui sort de l?ordinaire. Son propri?taire, Yves Laroche, ne m?che pas ses mots. Celui qui pr?f?re passer pour un fou plut?t que de manquer le bateau est direct dans ses propos?: C?est l?agonie de la cabane ? sucre et des paysages Charlevoisien, le d?clin des sc?nes florales et des petits enfants que l?on peint. L?art urbain fait son entr?e officielle en galerie.

Quand tu visites des r?gions telles que Charlevoix ou Baie St-Paul, c?est tellement beau, c?est normal qu?un touriste veuille acheter un paysage. Mais un souvenir, ?a ne vaut pas le prix d?un tableau de collection. L?art trop commercial va cesser d??tre une d?coration ? gros prix. ?a ne vaut pas le prix qu?ils demandent.

Pr?sentement, il y a des artistes de la nouvelle g?n?ration qui vendent leurs oeuvres pour quelques centaines de dollars, c?est quasiment donn?. Je regarde les jeunes de moins de 40 ans, ce sont des gens r?veill?s, qui voyagent sur Internet avec des piercing et des tatous. C?est pas ? eux qu?on va vendre des cabanes ? sucre. Les clients se d?sint?ressent et veulent autre chose.

Yves Laroche est d?j? propri?taire de deux galeries dans le Vieux-Montr?al?: L?Orange et La galerie Yves Laroche. Ce n?est normalement pas la mission de notre magazine de couvrir les galeries. Malgr? ses 53 ans, les c?t?s visionnaire et rebelle d?Yves Laroche ont r?ussi ? piquer notre curiosit?. Il pr?pare un projet inusit? qui m?rite notre attention?: l?am?nagement du sous-sol de sa galerie va ?tre baptis? L?autre galerie.

Il y a 30 galeries d?art dans le Vieux Montr?al?: de la peinture commerciale, toute la m?me chose. Les gens se plaignent que les chiffres d?affaires ne sont pas bons et que c?est la grande mis?re. Ils s?inventent toutes sortes d?excuses. Les ?v?nements du 11 septembre, le taux de change qui n?est pas en notre faveur? C?est le retour du balancier. Il y a eu la r?volution tranquille qui nous a donn? la culture Hippie et les Beatles. Maintenant c?est l?art urbain qui prend sa place.

Il y a maintenant de jeunes artistes de 35 ? 45 ans pr?ts ? prendre la rel?ve. Les prix sont en cons?quence et laissent place ? d?excellents placements. Des artistes qui n?ont peut-?tre pas de dipl?me, mais qui poss?dent une grande sensibilit? dans leur travail, des artistes qui ont de grands messages ? livrer. Des artistes qui pratiquent leur art avec le fond de leur c?ur, pas avec le fond du portefeuille.

L?important c?est l??motion que l?artiste v?hicule ? travers son ?uvre, le message et sa sensibilit?. C?est comme l??criture, l?important ce n?est pas le comment tu le dis, mais ce que tu dis. Croire ? cette forme d?art, c?est un peu ?tre comme un ap?tre. J?ai arr?t? d?en parler avec d?autres directeurs de galeries, je passais pour un illumin?.

Il y a beaucoup trop de directeurs de galeries, autant ? Montr?al qu?en r?gion, qui ne connaissent pas du tout l?art et qui disent n?importe quoi. Ils ne sont pas capables de parler d?art international. Ils disent que leur artiste est un futur Riopelle. Si je savais qui serait le prochain Riopelle, j?ach?terais toutes ses oeuvres. Ils ont un ??speech?? pour vendre, ils sont tr?s mal inform?s et plusieurs sont des machines ? dire des niaiseries. C?est aberrant. Ils veulent juste faire de l?argent pour leur retraite. On devrait les excommunier. Il n?y en a pas 5 qui connaissent l?art commercial.

Yves Laroche voit venir les coups d?avance. C?est lui qui a fait entrer le photographe David Hamilton au Canada en 1979. Il y a 20 ans, il a su bien repr?senter des artistes tels qu?Armand Vaillancourt et Serge Lemoyne. Il n?a pas n?glig? non plus Jean-Paul Lemieux ou encore Riopelle.

Sa client?le, aussi diversifi?e qu?exigeante, comprend des gens tels l??conomiste Jarislowsky, des firmes d?avocats, des multinationales telles Power Corporation en passant par une chirurgienne fran?aise de 63 ans. Ses yeux s?illuminent quand il nous parle de Nick Heidfeld, pilote allemand de Formule 1, et de sa femme.

Lorsque j?ai vu Nick Heidfeld pour la premi?re fois, alors ?g? de 26 ans, je pensais me trouver devant un adolescent pas de barbe. ? ma grande surprise, il est reparti avec deux toiles de Zilon sous le bras. Sa femme est revenue ? plusieurs reprises acheter d?autres toiles. Elle a h?te d?avoir des nouvelles de L?autre galerie.

Pour mieux comprendre le march?, Yves Laroche n?h?site pas ? se rendre ? New-York, Los Angeles ou en Europe.

Les galeries am?ricaines s?int?ressent de plus en plus aux artistes canadiens. Des centaines de galeristes internationaux viennent en vacances ? Montr?al, ce qui donne un avantage marqu? et strat?gique au Vieux-Montr?al pour les recevoir. Et le march? des collectionneurs est un monde en plein changement. Il y a maintenant un noyau de jeunes de 30 ? 40 ans qui prennent leur place dans le march? des collectionneurs. Ces jeunes nous am?nent des cabanes ? sucre et des paysages re?us en h?ritage et veulent les vendre. ?a fait baisser les prix.

M?me si les Am?ricains sont en avance sur nous, par principe, Yves Laroche tient ? garder un minimum de 50% de contenu canadien. Cet art urbain qu?il nous pr?sente avec grande fiert? repr?sente une multitude de sous-cultures, ? savoir l?art urbain, le graffiti et les bandes dessin?es alternatives pour ne nommer que celles-l?. Plusieurs des artistes repr?sent?s sont sous contrat avec Walt Disney ou font des illustrations pour de grands magazines. Les rebelles et les marginaux ont trouv? une place qui leur est propre. Bonne visite ? L?autre galerie, celle de l?underground et de l?art urbain, une galerie qui a une vision d?avenir.

R?ponse de Marc de Roussan, ?diteur du guide de Roussan.

Autres textes sur?Culture
Cendrillon sur glace ? la Place des?Arts
Les Jeux olympiques de Vancouver veulent-ils discr?diter le?graffiti?
Gr?gory Charles, th??tre St-Denis et les Super-H?ros
?v?nement de break-dance Call-Out

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Le kidnapping du Phocéa (10): la fin lamentable d’une double escroquerie

Et voilà, c’est fini. Définitivement cette fois, le beau bateau ne s’en relèvera pas, victime ...