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La faillite du capitalisme

Le-capitalisme

Par Nick Beams
8 mai 2013
Les chiffres publi?s la semaine derni?re sur l’?tat de l’?conomie europ?enne ne sont pas seulement l’expression d’une crise ?conomique et sociale qui s’intensifie. Ils ont une grande importance historique et marquent la faillite de l’ordre ?conomique capitaliste.

Dans ses derni?res pr?visions, le Fonds mon?taire international anticipe que l’?conomie de toute la zone euro va se contracter de 0,3 % cette ann?e. Au chapitre des grandes ?conomies en r?cession, la France devrait rejoindre l’Italie et l’Espagne. La contraction est importante en soi, mais le fait qu’elle survient pr?s de cinq ans apr?s l’?clatement de la crise financi?re montre qu’il y a des processus sous-jacents ? cette crise. L’?conomie europ?enne s’enlise dans une spirale descendante.

Un taux de ch?mage de 27 %, digne de la Grande D?pression, frappe l’Espagne et un taux de 57 % affecte la jeunesse. Plus de six millions de travailleurs espagnols sont sans emploi. En France, le nombre total de chercheurs d’emploi qui n’ont pas travaill? du tout au cours du mois pr?c?dent est ? 3,2 millions, un record. ? travers l’Union europ?enne, 26 millions de personnes, soit 12 % de la main-d’?uvre, sont sans emploi.

En Grande-Bretagne, la croissance ?conomique ?tait de 0,3 % seulement au dernier trimestre. M?me si les milieux officiels ont laiss? ?chapper un soupir de soulagement, car la Grande-Bretagne venait d’?chapper ? une r?cession ? ?triple creux?, l’?conomie britannique demeure tout de m?me 2,6 % en dessous de ce qu’elle ?tait avant le d?but de la crise.

Le produit int?rieur brut de la Grande-Bretagne conna?t sa chute la plus marqu?e et soutenue depuis un si?cle. Par comparaison, au m?me point de la crise – environ 51 mois apr?s le d?but de la crise – la croissance ?conomique avait repris durant la Grande D?pression, le ralentissement des ann?es 1970 et la r?cession du d?but des ann?es 1990.

De plus, la perspective ?conomique europ?enne s’assombrit. Dans un discours prononc? le mois dernier, le directeur g?n?ral adjoint du Fonds mon?taire international, David Lipton, a soutenu que l’Europe risquait de vivre un ?sc?nario de stagnation?. ?Les investissements d?clinent et le ch?mage continue d’augmenter [et] les march?s financiers demeurent fragment?s.?

La situation europ?enne n’est cependant que la plus vive expression de l’?tat du capitalisme mondial. Aux ?tats-Unis, la croissance de l’?conomie est an?mique ? 2,5 %, le ch?mage est semblable ? ce qu’il ?tait durant la Grande D?pression et la pauvret? et les in?galit?s sociales sont en hausse. Pendant que la R?serve f?d?rale injecte de l’argent dans les march?s financiers, faisant ainsi gonfler les profits, les salaires r?els de la vaste majorit? de la population continuent de chuter.

Pour les m?dias bourgeois, leurs commentateurs et sp?cialistes, la chute continuelle de la position sociale des masses n’est qu’une autre expression de la ?nouvelle norme?. Aucun d’entre eux ne daigne expliquer pourquoi, malgr? les plus grands progr?s scientifiques et technologiques de l’histoire, des couches de plus en plus grandes de la population sont appauvries.

Mais la signification d’un tel d?veloppement a ?t? expliqu?e par Karl Marx il y a plus de 160 ans. Un tel ph?nom?ne, expliquait-il, montre que ?la bourgeoisie n’est plus apte ? ?tre la classe dirigeante de la soci?t? et ? imposer, sous forme de loi primordiale, ses conditions d’existence ? la soci?t??.

Lors d’un r?cent forum organis? par la Bank of England ? Londres, le chef ?conomiste au FMI, Olivier Blanchard, a expos? les grandes lignes des le?ons de la crise. Il s’agit d’une confession de faillite intellectuelle et politique.

Blanchard a admis avoir ?t? pris compl?tement par surprise par l’?clatement de la crise financi?re en 2008, croyant que rien de tel ne pouvait se produire. Il n’avait pu s’expliquer la ?tuyauterie? du syst?me financier et n’avait pas pris en consid?ration l’interconnexion de l’?conomie mondiale, qui ont men? ? l’effondrement du commerce mondial en 2009.

De plus, apr?s avoir admis que ?les outils mon?taires et financiers traditionnels sont tout simplement inad?quats pour r?soudre les probl?mes bien pr?cis du syst?me financier?, il a dit qu’il ne savait pas si les soi-disant outils macroprudentiels allaient vraiment pouvoir r?guler le syst?me financier.

Et Blanchard n’est certainement pas le seul ? s’exprimer ainsi. En septembre dernier, apr?s que la R?serve f?d?rale am?ricaine a d?cid? de d?velopper sa politique d’assouplissement quantitatif, Richard Fisher, un membre du Federal Open Market Committee, avait reconnu que ?personne ne sait vraiment comment ramener l’?conomie sur la bonne voie? et qu’aucune banque centrale ?n’a l’exp?rience qui nous permettrait de sortir de cette situation?.

La m?me confusion r?gnait ? une r?union des plus grands ?conomistes organis?e par le FMI apr?s sa rencontre du printemps tenue le mois dernier ? Washington. George Akerlof, gagnant du prix Nobel, a compar? la crise ?conomique ? un chat qui avait grimp? ? un arbre, ne savait pas comment descendre et ?tait sur le point de tomber. Un autre ?conomiste a ajout? qu’apr?s cinq ans il ?tait peut-?tre temps de descendre le chat de l’arbre, mais un autre prix Nobel, Joseph Stiglitz a expliqu??: ?Il n’y a pas de v?ritable th?orie ?conomique qui puisse expliquer pourquoi le chat est toujours dans l’arbre.?

La faillite de cette scolastique m?di?vale et de l’ordre social f?odal qui la sous-tend fut exprim?e dans les discussions dans lesquelles on se demandait combien d’anges pourraient tenir sur une t?te d’?pingle.

Les th?ologiens contemporains du capitalisme et leurs discussions sur les chats dans les arbres ont beau sembler aussi ridicules, ce n’est pas ? cause de d?fauts personnels. En derni?re analyse, ils sont incapables d’expliquer la plus profonde crise en trois quarts de si?cle, car l’ordre socio?conomique qu’ils d?fendent est hostile ? tout progr?s historique.

Les id?ologues de la classe dirigeante ont profit? de l’effondrement de l’URSS pour annoncer la fin du socialisme, mais les ?conomistes et experts des m?dias restent silencieux sur la faillite du capitalisme.

Toutefois, derri?re cette confusion grandit la peur que cet effondrement ?conomique puisse provoquer une explosion de luttes sociales et de luttes des classes. Un important article paru r?cemment dans le magazine Time notait que Marx avait ?labor? la th?orie que ?le syst?me capitaliste allait in?vitablement appauvrir les masses du monde pendant que la richesse mondiale allait ?tre concentr?e entre les mains d’une cupide minorit?, causant des crises ?conomiques… De plus en plus, l’exp?rience semble indiquer qu’il avait peut-?tre raison.?

La foule de statistiques sur la situation en Europe et internationalement montre que le capitalisme est en crise terminale, et cela a des implications r?volutionnaires.

La d?sint?gration intellectuelle des d?fenseurs de l’ordre bourgeois montre que seule une lutte politique consciente de la classe ouvri?re, arm?e d’un programme socialiste et internationaliste, va cr?er les conditions o? celle-ci pourra extirper la soci?t? de la spirale descendante de d?composition sociale qu’est l’effondrement du syst?me de profit.

(Article original paru le 3 mai 2013)

wsws.org

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  1. avatar

    « … Un autre économiste a ajouté qu’après cinq ans il était peut-être temps de descendre le chat de l’arbre,… »

    C’est d’accord, mais il n’y a plus de pompier pour aller le chercher : ce dernier est mort dans l’effondrement des Twin Towers, le 11 septembre 2001 !…