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La d?r?liction ce n?est pas un changement de religion

PAUL LAURENDEAU?? Le drame de Boston ram?ne, une fois de plus, l’Islam dans l?actualit?. C’est pour, encore une fois, nous permettre d’observer que maint commentateurs intempestifs de la question religieuse actuelle nous montrent de fait que la haine occidentale contre l?islam n?est, en d?finitive, que de la petite croisade chr?tienne ?troite, mal d?guis?e, et ne tenant aucun compte de l?h?ritage rationaliste moderne. L?islam int?resse au plus haut point l?ath?isme en ce sens que l?islam se donne comme une continuit? rectificatrice du monoth?isme r?v?l?. Les religions, dans leurs phases d?expansions, produisent toujours une critique savoureusement rationnelle des cultes ant?rieurs. On trouve des analyses tr?s fines des limitations intellectuelles de l?animisme et du polyth?isme chez les premiers z?lateurs chr?tiens. C?est souvent sid?rant de s?rieux rationnel et de pr?cision. ? chaque fois qu?une religion se raboute historiquement pour prendre la place d?une autre, l?ath?isme tendanciel et une rationalit? fruste mais juste lui sert habituellement de pelle ? fossoyer. Or l?islam est le grand monoth?isme rabout? et, cons?quemment, la qualit? rationnelle de sa critique du christianisme est lumineuse et, permettez-moi le mot, universelle. Elle s?applique d?ailleurs justement… ? l?islam m?me, y instillant fatalement la perspective ath?e, la seule valide. Car excusez-moi, si, en vrai monoth?iste puriste, on refuse ? dieu tous les comportements humains ou terrestres, il devient bien inad?quat de pr?tendre qu?il a envoy? un ange (un ?tre interm?diaire? Dieu est un, il devrait faire ses commissions lui-m?me) dicter le texte divin dans la langue de dieu, l?arabe (dieu parle une langue? Pas avec un appareil phonateur j?esp?re). La rationalit? m?thodique -et fonci?rement valide- avec laquelle l?islam an?antit des croyances chr?tiennes ?clectiques et d?lirantes comme la trinit?, la r?surrection et la notion de ?fils? de dieu, se retourne implacablement contre l?islam, et corrode avec force les notions d??ange?, de ?proph?te?, de ?parole de dieu?, de ?r?v?lation? et de ?pri?re?. Pas de quartiers en rationalit?. J?ai pas besoin de pesamment m??taler. Dieu recule d?une autre grande coche. Il continue de s?abstraire, de se distancier, d?avancer dans les esprits vers la confirmation intellectuelle de son inexistence. C?est captivant et hautement stimulant pour l?ath?isme, ces d?bats interconfessionnels (quand ils pr?servent leur qualit? logique en ne basculant pas dans l?iconoclastie imb?cile, dois-je insister l? dessus). Voir de l?islamophilie nunuche et de l?antichristianisme primaire dans mon analyse des religions est d?un simplisme d?sarmant. La d?r?liction est une flamme qui fait br?ler tous ses combustibles et, comme la flamme d?H?raclite, elle vit de cette course en avant qu?est sa propre mort. Le choc des religions fait p?tiller des ?tincelles rationnelles et, ce, bilat?ralement.

Alors partons donc, par exemple, de l’opposition Bible/Coran. Fondamentalement, le probl?me se r?sume comme suit. Si on dit ? un Jesus-freak de n?importe quel tonneau que la Bible est en fait un ensemble ?clectique de soixante-treize livres nou?s ensemble sur une p?riode de deux mille ans, et que ?par exemple- aux quatre ?vangiles reconnus s?en ajoutent plusieurs autres apocryphes que l?on ?dite et ?tudie pour trouver les ?l?ments tardifs des ?vangiles reconnus, cela ne pose pas de probl?me particulier de foi. J?sus continue de mourir sur la croix, de tendre l?autre joue, de multiplier les pains et les poissons et de ressusciter trois jours trop tard, m?me si les rapports ?crits sur son sujet sont brouill?s par le flot bringuebalant de l?Histoire. Par contre, si on dit ? un musulman: gars, c?est prouv? par l?analyse philologique effectu?e par des gens fiables, la r?daction du Coran s??tale sur plusieurs si?cles. On y d?gage des textes anciens et des textes tardifs. Ces diff?rents segments ne peuvent pas proc?der d?un auteur unique. Oh ?a, ?a pose un gros probl?me de foi. C?est que, contrairement ? la foi chr?tienne, la foi musulmane PRENDS POSITION SUR LA FA?ON DONT LE TEXTE SACR? A PRIS CORPS. Dict? par Dieu dans la langue divine via un ange sur une p?riode br?ve et consign? par un messager unique. Point barre. Le fricfrac philologique dans le Coran fait chier les musulmans autant que font chier les chr?tiens, ces creuseux m?diatis?s qui trouvent la tombe d?un Christ bel et bien mort et enterr?, mari? ? une Marie de Magdala qui repose avec lui et leurs enfants. C?est pour ?a que bien des savants arabes s’irritent comme ?a sur ces histoires de textes. La philologie coranique agresse leur foi de facto, implacablement, autant qu’une remise en question de la r?surrection agresse la foi chr?tienne. Et cela fait de la philologie coranique une d?marche difficile, d?licate, emmerdante et mal accept?e dans le monde musulman.

Maintenant, sur cette base, observons crucialement que changer de religion et abandonner toute pratique religieuse, ce sont l? deux dynamiques parfaitement distinctes, et les amalgamer intempestivement, ma foi (farce), c?est de la pure malhonn?tet? intellectuelle. Il y a d?r?liction dans le monde occidental (et m?me dans le monde en g?n?ral) depuis un bon si?cle et cette d?r?liction se poursuit, inexorable. Traiter la d?r?liction comme un ?changement de religion?, comme le font tant de sectateurs, c?est perp?tuer la brume religieuse et occulter le vrai ph?nom?ne, celui de la mont?e de l?ath?isme, allant de concert avec l?augmentation des connaissances objectives, le recul des valeurs traditionnelles, le d?sint?r?t pour le conformisme, le discr?dit des autorit?s abstraites, le foutoir des doctrines, l?individualisme immanent, l?h?donisme, le d?clin irr?versible des vieilles peurs archa?ques, et le retour serein des l?gendes ? leurs dimensions de l?gendes. La religion n’est pas abattue comme un arbre vif, elle tombe doucement et se change en humus le temps venu, comme les feuilles mortes… Aussi, quand mon ex-chr?tien se mettra ? l’arch?ologie des tombeaux aram?ens (entre autres parce que l’islam lui aura fait comprendre que la croyance en une r?surrection et en une paternit? divine est nettement un relent superstitieux d?pass?) et quand mon ex-musulman se mettra ? la philologie de la langue coranique (entre autres parce que le christianisme lui aura fait piger que le culte du livre, c’est bel et bien un peu f?tichiste quand m?me dans les coins), il y aura l? une dynamique qui n’aura absolument plus rien de religieux, de mystique ou de mystifiant. Ces gens assureront alors l’intendance pacifique et savante d’un patrimoine ethno-culturel riche, int?ressant, marrant et parfaitement inoffensif. Or aucun de mes deux gogos ici ne se sera converti ? la religion de l’autre. Il y aura eu de fait d?r?liction dialectique et ma?eutique par influence culturelle mutuelle, mais sans changement de religion. Et ce jour « b?ni » viendra… Il viendra, je le crois…

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