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La d?mocratisation de la barbarie

 

barbares invasions

 

de Di?guez (Anthropologie Critique) 130907

Manuel de Di?guez

L?imp?ritie politique la plus titanesque culmine toujours dans une m?connaissance colossale des fondements de l??thique internationale. Cette c?cit? cyclop?enne trouve de nos jours son expression la plus ?loquente dans l?immoralit? himalayenne sur laquelle une d?mocratie mondiale auto-messianis?e sous les aur?oles de ses id?alit?s fonde la g?opolitique am?ricaine depuis 1945.

1 ? La corruption de la notion de loi
2 ? La souverainet? fictive et la culpabilit? des ossatures
3 ? Le peuple souverain sous le sceptre de la faim
4 ? La tyrannie cat?chis?e
5 ? Le culte du Bien et la tyrannie de l?Eden d?mocratique
6 ? Une apoth?ose manqu?e
7 ? Une mutation c?r?brale des clerg?s
8 ? Les prosternations d?mocratiques
9 ?  » Crainte et tremblement  » (Kierkegaard)
10 ? La tyrannie d?Abel le Juste
11 ? La th?ologie administrative
12 ? La civilisation de Blanche Neige et des sept nains
13 ?  » La guerra, la guerra, la guerra?.  » (Monteverdi)
14 ? Le retour de la col?re spirituelle

1 ? La corruption de la notion de loi

Comment la d?mocratie universelle pervertit-elle les notions m?mes de « loi » et de « l?galit? » ? l??cole d?une juridification arbitraire de la punition? Le concept scolaire sur lequel cette falsification du droit international prend appui remonte ? l??poque lointaine o? l?instituteur r?publicain frappait de sa r?gle le bout des ongles de l??l?ve ? corriger. Du moins la peine s?appliquait-elle ? un coupable qui tendait les doigts. En l?esp?ce, un chef d?Etat sera « puni », mais seulement indirectement par l?assassinat pur et simple de quelques centaines de ses concitoyens. Ceux-ci seront docilement expos?s aux bombes de la puissance ?trang?re dominante du moment, dont la souverainet? sera suppos?e au service d?une justice apostolique. Mais on oublie seulement de souligner que Ronald Reagan n?avait pas imagin? un seul instant de « punir » le colonel Kadhafi: le bombardement vengeur de son palais visait ? faire place nette. M. Laurent Fabius, Ministre des affaires ?trang?res de la France des droits de l?homme fait de m?me quand il proclame sans ambages que M. Bachar Al Assad « ne m?rite pas de vivre » et M. Kerry fait profession d?un ?vang?lisme au poignard quand il traite ce chef d?Etat de « voyou« .

Mais le sc?nario policier imagin? par un ancien acteur de cin?ma am?ricain qui se lance en sh?rif de la d?mocratie ? la poursuite d?un malfaiteur n?a pas r?ussi ? imposer le far west hollywoodien dans le langage blasonn? des chancelleries aux bonnes mani?res; si M. Hollande a recouru au vocabulaire d?un justicier de la d?mocratie mondiale, c?est seulement du fait qu?il n?a pas ?t? initi? ? la pratique des relations diplomatiques courtoises mises en usage depuis des si?cles entre les Etats souverains. Cette tare r?pond ? la nature des r?gimes d?mocratiques: le peuple y porte n?cessairement au pouvoir un candidat qui aura pass? quarante ans de sa vie ? le s?duire, mais qui se trouvera pr?cipit?, aux environs de la soixantaine, en n?ophyte sur la sc?ne internationale.

2 ? La souverainet? fictive et la culpabilit? des ossatures

L?id?e ahurissante de faire d?barquer dans l?ar?ne du monde la v?n?ration qu??prouvent les R?publiques pour la souverainet? toute nominale des « peuples libres » conduit tout droit ? la f?tichisation des majorit?s ?lues au suffrage universel et ? l?absurdit? de tot?miser l?action des dirigeants de la nation dans l?ar?ne du monde. Cette politique remonte au blocus sauvage de l??le de Cuba par les Etats-Unis ? partir du 7 f?vrier 1962 et qui dure encore. Mais cette sorcellerie diplomatique s?applique d?sormais ? la vassalisation de la pr?tendue « civilisation des droits de l?homme« . Elle r?sulte de la philosophie am?ricaine cens?e glorifier le mythe de la d?mocratie directe mais qui l?gitime le droit du plus fort et valide l?expansion illimit?e de son h?g?monie.

C?est la nature para-religieuse d?une ?thique fond?e sur la culpabilisation des masses qu?il faut ?tudier dans ses fondements m?ta-zoologiques, parce que les frappes a?riennes projet?es en justici?res aveugles sur des populations criminalis?es d?avance ne sont qu?une suite logique de l?autre aberration, celle d?une certaine th?ologie de la faim qui a jou? pour l?Irak et actuellement pour l?Iran.

Ce sera le regard fix? sur les acteurs mondiaux cach?s derri?re le d?cor que j?observerai la politique ? la fois apostolique et punitive envisag?e ? l??gard de la Syrie.

3 ? Le peuple souverain sous le sceptre de la faim

La pes?e de l?enc?phale du singe d?mocratis? r?v?le que la sauvagerie et la cruaut? de cet animal ne reculent pas devant la mise ? mort de l?adversaire par le recours ? la famine. Mais l?id?e nouvelle de ne plus assi?ger seulement une grande et paisible cit? et de livrer la population d?une nation enti?re ? une extermination lente remonte ? Napol?on 1er et ? sa tentative avort?e d?affamer l?Angleterre. La sauvagerie ? petit feu des Etats de la Justice et du Droit s?inscrit dans le mythe d?une Libert? universelle, donc abstraite et toute verbifique. Cette affabulation s?est affirm?e, comme il est rappel? plus haut, ? l?occasion du blocus de l??le de Cuba par les Etats-Unis d?Am?rique depuis le 7 f?vrier 1962 et qui s?est poursuivi jusqu?? nos jours.

Cet apostolat a permis de d?montrer que si la guerre messianique ? laquelle se livrent des gouvernements de ce type s?inscrit en outre et exclusivement dans une rationalisation vertueuse de l?histoire mondiale, c?est parce que la notion m?me de souverainet? attribu?e aux peuples d?mocratiques se fonde sur le principe de l?infaillibilit? populaire. Celle-ci chapeaute un suffrage universel inspir? par le ciel des droits de l?homme. Cette construction juridique conduit tout droit ? une f?rocit? meurtri?re, mais aur?ol?e: on traitera en c?lestifie de la Libert? une nation forg?e sur l?enclume du civisme de 1789; pourtant, ces r?giments d?anges et de s?raphins pourront se voir trait?s en coupables de crimes de guerre.

Il r?sulte de ces artifices politiques que si le peuple syrien sera proclam? coupable de la t?te aux pieds, on le d?clarera p?nalement et civilement responsable des bombes de la justice mondiale qui lui tomberont sur la t?te et l?on fabriquera de toutes pi?ces des criminels de naissance. Le ciel d?mocratique est institutionnalis? et individualis?; et pourtant, voyez ? quel point il est soigneusement localis? au seul b?n?fice de la puissance r?gnante du moment. Les ch?timents de confection sont construits sur le mod?le de ceux de Dieu, qui n?a pas son pareil, dit-on, pour s?parer ? coup s?r le bon grain de l?ivraie. Vous n?allez pas enseigner ? un si grand expert ? distinguer plus clairement les innocents des coupables.

Mais si les peuples sont suppos?s souverains dans le ciel du Dieu de substitution qu?on appelle la d?mocratie, le sceptre de la souverainet? immacul?e du suffrage universel tombera dans une scolastique et une sophistique du mythe de la Libert?. On dira qu?une population cens?e d?tentrice d?une morale cat?chis?e sur la sc?ne de l?univers le sera non moins efficacement face ? la tyrannie que son propre gouvernement exercera sur ses arpents, de sorte qu?il sera ch?ti? ? bon escient s?il ne secoue pas les mains nues le joug qui l??crase sur ses maigres lopins.

4 ? La tyrannie cat?chis?e

Mais le pieux verbalisme politique des modernes n?est jamais qu?un rideau de fum?e; il est appr?t? aux fins de renforcer d?votement et de rendre illimit?e la puissance sanctifiante d?une nation ?trang?re. Le C?sar d?mocratique du moment sera conduit ? soumettre de haut et de loin un peuple entier ? l?h?g?monie des hosties verbales qu?on lui donnera ? consommer ? et toujours le plus cat?ch?tiquement du monde. La justice dominante se trouvera contin?ment messianis?e et surmessianis?e par un s?raphisme astucieusement d?territorialis? ? mais ce sera toujours celui du ma?tre. A ce titre, la notion virginale de « souverainet? du peuple » recouvre un machiav?lisme cousu de fil blanc, mais vieux comme le monde, celui de l?id?alisme politique ? on conviera le peuple ? manger le pain sacr? de sa servitude ang?lis?e; et l?autel m?me de sa Libert? servira d?offertoire ? sa suj?tion. On voit ? quel point seul le vocabulaire de la th?ologie ?claire l?inconscient de la politique.

C?est ainsi que le projet d?un bombardement vengeur de la population syrienne ne se comprend qu?? la lumi?re de l?int?r?t « sup?rieur » d?Isra?l et des Etats-Unis; et cet int?r?t se fonde sur un univers mental de type parareligieux. La g?opolitique qui les inspire leur commande imp?rieusement de couper le cordon ombilical entre le Hezbollah et l?Iran. Du coup, l??tude des secrets th?ologiques de la dissuasion nucl?aire d?barque dans la politologie scientifique, donc dans l?anthropologie critique.

Supposez un instant que la foi d?mocratique conf?re ? telle ou telle population le statut propre aux Etats souverains, supposez ensuite qu?un peuple adoub? de la sorte jouira r?ellement de l? autonomie des rois,et cela par le seul effet d?un formalisme politique ? la fois juridifi? et ?vang?lis? en sous-main. Cette malheureuse nation devra d?s lors rendre compte de ses prouesses cat?ch?tiques au dieu D?mocratie et d?montrer son statut cens? effectif sur la sc?ne des rituels, des liturgies et de la doctrine dont use le mythe d?mocratique. Du coup, il est ?galement logique que la classe dirigeante de cette nation sera mise ? l??cole du songe confessionnel de grand calibre dont vous connaissez l?orthodoxie; mais cette ?lite ne saurait se montrer c?r?bralement plus comp?tente et plus responsable qu?un peuple enfum? par le mythe de sa propre omnipotence eccl?siale et politique confondue. Du coup, le patriciat ?lu au suffrage universel ignorera all?grement le premier devoir de son sacerdoce politique, celui de r?futer la culpabilisation ali?nante du troupeau dont la garde lui aura ?t? confi?e. Mais comment la formulerait-il clairement et sur toute la terre habit?e ses responsabilit?s n?cessairement ?litaires de berger de la nation?

Aussi, le clerg? paroissial des moutons pr?sentera-t-il sur les cinq continents le spectacle piteux de se croiser les bras; car il devrait innocenter la masse des brebis faussement culpabilis?es sous le ciel des d?mocraties, alors qu?il ne r?futerait jamais des aur?oles verbales. Les id?alit?s sont les s?raphins de la Libert?. Ces anges se trouvent condamn?s ? la c?cit? inscrite dans leur pr?trise vocale. Voyez comment les ?lus de la d?mocratie apostolique chargent le concept de souverainet? du peuple d?accomplir ? leur place la t?che qui n?incombe qu?? leur propre clerg?, celle de combattre les armes ? la main l? auto-vassalisation du troupeau. La foule des esprits municipalis?s plac?s sous le sceptre de ses dieux du langage et la foule des dirigeants ?vang?lis?s par le mythe de 1789 ? laquelle l?Etat se trouvera contraint de confier les responsabilit?s pratiques du gouvernement, ces deux foules, dis-je, se sont-elles seulement aper?ues de la chute de la mappemonde dans une forme encore mal spectrographi?e de la politique, celle de l?auto-vassalisation vertueuse sous les oriflammes du vocabulaire de l??tranger? Car le m?me auteur de la pi?ce a ensuite choisi Gaza pour th??tre de la f?rocit? des d?mocraties id?alis?es ? l??cole de leurs propres id?aux: le microscopique Etat d? Isra?l y affame une ville d?un million sept cent mille habitants plac?s sous le sceptre des id?alit?s langagi?res de la plan?te et sous la protection du g?ant de la Libert? mondiale que vous connaissez bien. La souverainet? fictive des peuples cens?s libres et souverains par le seul effet de la parole ?vang?lisante de leur ma?tre est devenue l?instrument despotique de leur asservissement politico-confessionnel.

Une civilisation plus symbolis?e que jamais par son pain b?nit n?a-t-elle pas tent? de sous-alimenter ?vang?liquement les quelque vingt-cinq millions d?habitants de l?Iraq et n?a-t-on pas entendu Mme Albright, Ministre des Affaires ang?liques du Nouveau Monde, d?clarer que, d?cid?ment et tout bien pes?, l?extinction par la famine d?un demi-million de s?raphins en bas ?ge n??tait pas un prix trop ?lev? pour l??limination physique du tyran du cru. Et maintenant, l?Iran attend sa mise dans les fers de la Libert? ? mais il y faut la chute pr?alable de la Syrie dans le giron de ses deux ?vang?lisateurs, Tel Aviv et Washington.

5 ? Le culte du Bien et la tyrannie de l?Eden d?mocratique

Mais, cette fois-ci, la question des relations ventrales et stomacales qu?une diplomatie de la famine entretient ? l??chelle plan?taire avec la barbarie id?alis?e des d?mocraties contraint l?anthropologie scientifique ? radiographier le suffrage universel truqu? par sa propre auto-glorification verbale. Car cette question a conduit depuis belle lurette quelques Etats-vigies, dont la France, ? fournir ? la population affam?e en Irak un peu de nourriture chichement ?chang?e contre l?achat le plus profitable possible d?une fraction de son immense production de p?trole. Mais ensuite, le principe de la l?gitimation para-religieuse ? et par le canal d?un droit international pseudo ?vang?lis? par la d?mocratie ? conduit ? la mise ? genoux des peuples par la torture de la faim; et cette saintet? s?est ensuite appliqu?e ? l?un des peuples les plus anciens et les plus illustres du monde, celui de la Perse h?riti?re des Darius et des Artaxerx?s, celle-l? m?me sans laquelle l?Occident n?aurait pas ?t? f?cond? par la rencontre de la civilisation grecque avec l?Orient.

Cette fois-ci, la question des fondements psychobiologiques des relations semi c?r?bralis?es que le singe d?toisonn? entretient depuis les Ph?niciens avec les peuples, les clerg?s et les classes dirigeantes des nations a pris une tournure nouvelle au sein de la civilisation des droits de la raison simiohumaine actuelle; car l?Iran d?montre, h?las, que les d?toisonn?s au ventre vide sont tent?s de plier le genou devant leurs affameurs et de se tourner, non point contre leurs ennemis, qu?ils d?testent pourtant, mais contre leurs propres dirigeants, qu?ils jugent tant?t insuffisamment complices de l??tranger, tant?t impuissants ou inapte ? d?fendre la nation.

6 ? Une apoth?ose manqu?e

Par bonheur, la fausse souverainet? des peuples cat?chis?s par des abstractions et que l??tranger soumet ? un amaigrissement vertueusement d?mocratique a r?v?l? les limites d?une diplomatie de la sous-nutrition d?votieuse, parce qu?aucune classe dirigeante n?est en mesure de capituler th??tralement face ? des mots vides et aux c?t?s de la nation affam?e par une agression proclam?e s?raphique. Comment laisser un Tartuffe mondial prendre en otage une grande et illustre civilisation? D?j?, et sur la terre enti?re, le droit public et l?opinion internationale font chorus contre les feux d?artifices de l?hypocrisie parareligieuse des d?mocraties massifi?es par leurs id?alit?s. Comment, disent ces deux instances, une classe dirigeante m?me subordonn?e au mythe de la souverainet? des peuples serait-elle habilit?e ? se r?signer passivement ? l?abjection, et cela aux yeux du monde entier? La faim elle-m?me semble saisie de honte de se d?shonorer, la faim elle-m?me refuse d?emprunter les traits d?une Libert? ensauvag?e.

Derri?re la Syrie menac?e par les bombes des Etats-Unis et d? Isra?l, il faut garder constamment pr?sent ? l?esprit le spectacle d?un M. Rohani, ?lu au premier tour de scrutin par un peuple ?trangl? par la sous-alimentation impos?e ? la nation de Darius. Certes, c??tait bien ? tort que cet eccl?siastique passait pour « mod?r?  » aux yeux des Attila de l?asc?se d?autrui. Le soir m?me de son ?lection, il a r?affirm? avec force et dignit? le droit naturel de l?Iran de s?armer d?une puissance nucl?aire ?videmment mythologique ? parce qu?inutilisable ? mais demeur?e prestigieuse dans tous les esprits en ce d?but du IIIe mill?naire o? la bo?te osseuse de la b?te en cours de c?r?bralisations n?est pas encore entr?e en possession d?une science s?rieuse de sa propre folie. L?Iran ne peut faire bonne figure que s?il aligne sa mythologie politique sur celle du monde.

7 ? Une mutation c?r?brale des clerg?s

On voit que l?histoire contemporaine de la Syrie, de l?Iran et du Liban est de nature ? faciliter l??laboration d?une anthropologie critique ambitieuse d?introduire dans la politologie d?c?r?br?e de l?animal les param?tres psychobiologiques d?une ?thique civilisatrice. Mais c?est ?galement ? titre civilisateur que cette civilisation convie les clerg?s du monde entier ? saisir cette occasion de conqu?rir une place r?volutionnaire parmi les mythologues de la mort. L?heure est venue d?une renaissance de la « vie spirituelle », celle dont le feu cach? n?est plus la foi du charbonnier, mais une intelligence allumeuse des avant-postes de la raison; car la spiritualit? v?ritable est celle dont la pens?e rationnelle porte, en r?alit?, la torche depuis les origines et qui sous-tend d?ores et d?j? le combat actuel contre la strat?gie des terroristes de la faim ? et cela gr?ce ? une mutation d?cisive des coordonn?es qui r?gissaient les vocations sacerdotales semi animales d?autrefois.

Mais peut-on insuffler aux clerg?s assoupis d?aujourd?hui l?ambition de se placer ? l?avant-garde de la raison sommitale du monde actuel? Il se trouve que M. Rohani est un eccl?siastique de haut rang et un intellectuel de la politique. Il a quelquefois paru se comporter en un Hamlet de la th?ologie islamique face ? la Syrie, ? l?Egypte et au Hezbollah. Mais l?arm?e et le minist?re des affaires ?trang?res de l?Iran semblent d?cid?s ? pallier au besoin les d?faillances de sa fermet? politique. Car la chance politique des clerg?s de ce temps n?est autre que la carence m?me des intellectuels la?cs, qui n?ont plus de connaissance, au moins litt?rale et formelle du contenu des mythes sacr?s et qui, par cons?quent, ne sont plus en mesure de conqu?rir les connaissances anthropologiques qui les ?claireraient sur les ressorts religieux de la souverainet? frelat?e des peuples vassalis?s par les id?aux m?mes de la d?mocratie.

-?L?inconscient religieux de l?occupation am?ricaine de l?Europe, 31 ao?t 2013

Seule une connaissance int?rioris?e des th?ologies en tant que documents anthropologiques et politiques abyssaux, seule une science de « Dieu » fond?e sur l?analyse rationnelle des documents psychobiologiques que sont les cosmologies mythiques se r?v?lera en mesure d?introduire dans les sciences humaines de demain, une interpr?tation convaincante de l?alliance que l?histoire conclut avec les songes sacr?s du singe sacerdotalis?.

8 ? Les prosternations d?mocratiques

Mais il se trouve que l?intelligence la?que s?est bancalis?e pour longtemps, en raison de la crainte qui la paralyse depuis la R?volution de 1789 de scruter les arcanes psychopolitiques du Dieu des descendants du chimpanz?. Comment la d?mence originelle du genre simiohumain se r?v?lerait-elle marginale, comment le d?lire qui, depuis le pal?olithique, contraint l?enc?phale ent?n?br? des fuyards de zoologie ? tomber dans les magies cultuelles serait-il collat?ral, comment cette folie native se r?v?lerait-elle seulement adventice? Non seulement les fondements de l?ob?issance politique et de l?esprit de discipline des peuples sont tot?miques par d?finition, mais la nature m?me des relations que les peuples monoth?istes entretiennent avec les r?compenses mythiques de l?immortalit?, d?un c?t? avec la sorcellerie des ch?timents ?ternels, de l?autre, sont calqu?s sur la m?me idol?trie que leurs appareils judiciaires. C?est l?histoire terrestre tout enti?re qui met en place des proc?dures construites en sosies des ?pouvantes de l?au-del?. Dieu et la d?mocratie am?ricaine sont respect?s sur la terre ? proportion exacte de l?effroi surnaturel qu?ils inspirent ? leurs v?n?rateurs terrifi?s; et toute la th?ologie monoth?iste enseigne, aux c?t?s de Machiavel, que la dissuasion par l??pouvante sacr?e est la cl? du pouvoir politico-religieux de la b?te semi-c?r?bralis?e.

Les clerg?s sont devenus la seule intelligentsia document?e sur les idoles devant lesquelles les fuyards des for?ts se prosternent. S?ils ne prennent pas en main l?approfondissement de l?humanisme bi-dimensionnel d?aujourd?hui, la fausse souverainet? des peuples d?mocratiques agenouill?s le front dans la poussi?re conduira ? l?ass?chement intellectuel du mythe de la Libert?

9 ? « Crainte et tremblement » (Kierkegaard)

Comment un clerg? qui se serait converti aux analyses et aux m?thodes de l?anthropologie critique ne d?tiendrait-il pas le monopole d?enseigner ? la classe dirigeante inculte de la d?mocratie mondiale que l?arme nucl?aire est construite sur le mod?le th?ologique du mythe de l?excommunication majeure du Moyen Age, qui livrait la b?te de l??poque aux tortures f?roces qu?exer?ait une justice divine alors cens?e exprimer la saintet? d?une damnation cruellement ?ternis?e?

Certes, il est paradoxal que, depuis la Renaissance la raison elle-m?me porte la responsabilit? principale du rabougrissement de l?intelligence politique; mais il est plus paradoxal encore que ce ratatinement c?r?bral arbore timidement le drapeau d?une la?cit? devenue manchote; et enfin, il est paradoxal au plus haut degr? que la science dite exp?rimentale des modernes n?exp?rimente pas le mufle du temporel et se contente d?en flairer l?odeur de loin. Pourquoi ne pas tenter d?en conna?tre les effluves, alors que les mythes religieux bien d?cortiqu?s fleureront bon les promesses de la raison iconoclaste de demain?

Mais n?est-il pas incroyable ? face au spectacle d?une Syrie menac?e de la foudre ?vang?lique des d?mocraties ? que les clerg?s de la b?te ne s?arment pas de l?audace intellectuelle de m?diter sur l?histoire ent?n?br?e du singe semi-pensant, n?est-il pas incroyable que les vrais solitaires de « Dieu » qu?on appelle les saints ne donnent pas un ?lan copernicien au « Connais-toi » naufrag? de notre temps? Comment se fait-il que la communaut? internationale brandisse la foudre et promette des sucreries aux peuples ob?issants sur le m?me mod?le que le ciel des tortures infernales et des confiseries de l?Eden? N?est-il pas stup?fiant que, trois si?cles apr?s Voltaire, seul un clerg? qui se laisserait tirer de son sommeil doctrinal et qui se rendrait r?volutionnaire ? sa propre ?cole serait en mesure d?informer en connaissance de cause et pi?ces en mains les Etats devenus pseudo rationnels de ce que les th?ologies simiohumaines cachent dans les flancs de leurs orthodoxies et de leur dogmatique la documentation anthropologique la plus pr?cieuse, celle qui acc?de aux racines zoologiques de la politique internationale actuelle?

Car l?arme nucl?aire dont Isra?l feint de craindre l??pouvantail et de prendre l?artifice pour une menace r?elle n?est pas une arme de guerre et se r?v?le inutilisable par nature sur un champ de bataille terrestre. Comment huit dieux de l?apocalypse embarrass?s par un agglom?rat d?enfers fictifs et par un D?luge imaginaire sur un ast?ro?de microscopique ne seraient-ils pas condamn?s ? museler leurs ardeurs belliqueuses emp?tr?es dans l?absurde, tellement le spectre d?un suicide collectif de type matamoresque les noie dans une strat?gie de la sottise allergique ? l?art de la guerre depuis le Lach?s de Platon?

10 ? La tyrannie d?Abel le Juste

Seule une classe sacerdotale du troisi?me type et dont la fraction testimoniale, donc existentielle, se sera initi?e aux arcanes bibliques d?une?anthropologie?des terreurs sacr?es se trouvera en mesure de d?montrer que la barbarie d?mocratique est de type eschatologique et qu?elle sert de fer de lance ? une th?ologie de l??pouvante r?solument am?ricanis?e ? donc dans laquelle l?alliance du finalisme ?vang?lisateur avec le patriotisme messianis? trouve son origine chez Calvin et Luther. On sait que tout le christianisme a construit sa sot?riologie sur une d?l?gitimation factice de la justice temporelle ? donc jug?e insuffisamment purificatrice ? et sur l?av?nement compensatoire d?une justice enfin cathartique et sanctifiante, qui assurerait le r?gne d?finitif du Bien sur une terre assainie:

« En pr?sidant ? la sc?ne du Calvaire, l?Etat se porta le coup le plus grave. Une l?gende pleine d?irr?v?rence de toutes sortes pr?valut et fit le tour du monde, l?gende o? les autorit?s constitu?es jouent un r?le odieux, o? c?est l?accus? qui a raison, o? les juges et les gens de police se liguent contre la v?rit?. S?ditieuse au plus haut degr?, l?histoire de la Passion, r?pandue par des milliers d?images populaires, montra des aigles romaines sanctionnant le plus inique des supplices, des soldats l?ex?cutant, un pr?fet l?ordonnant. Quel coup pour toutes les puissances ?tablies?! Elles ne s?en sont jamais bien relev?es. Comment prendre ? l??gard des pauvres gens des airs d?infaillibilit? quand on a sur la conscience la grande m?prise de Geths?mani. » (Ernest Renan,?La vie de J?sus.?Derni?re phrase de la premi?re ?dition ? 1863 -, supprim?e dans les ?ditions suivantes.)

Visiblement, le faux s?raphisme de la d?mocratie am?ricaine et mondiale a repris ? sa charge la vocation de d?livrer l?humanit? des pestilences du p?ch? originel. Il lui faut donc ch?tier les peuples dont la souverainet? nominale ne r?pand pas encore les parfums du salut. Mais, en m?me temps, l?Am?rique recule devant les canons, parce que l?apocalypse moderne ne r?pand plus l?odeur d?encens ni de la d?mocratie, ni et de la d?esse immacul?e qu?on appelle la Libert? depuis que la foudre exterminatrice se trouve partag?e, donc neutralis?e entre les mains de huit Etats.

11 ? La th?ologie administrative

Au XVIe si?cle d?j?, les princes catholiques allemands ?taient cens?s rachet?s: comment ne se seraient-ils pas trouv?s r?solument engag?s sur le chemin de croix d?une r?habilitation ?vang?lique de leur tr?ne, puisqu?ils ont paru courir ? bride abattue, mais, en r?alit?, ? tombeau ouvert au secours du r?formateur allemand, alors jug? h?r?tique et traqu?, ? ce titre, par une Eglise encore puissamment arm?e du bras s?culier? En ces temps recul?s le recours purificateur ? la cr?mation des h?r?tiques rendait r?dempteurs les b?chers de la foi. Aussi un Luther plein de gratitude ? l??gard de son ciel salvifique n?a-t-il pas tard? ? soutenir les souverains du temporel de l??poque, alors en guerre contre les manants allemands arm?s de leurs fourches. Du coup, il a fallu valider sans tarder le vieux principe de tous les tyrans d?vots, selon lesquels l?autorit? publique repose toujours et partout sur un Dieu exterminateur des malandrins.

A l?image de la d?mocratie mondiale d?aujourd?hui, le protestantisme y a progressivement reperdu l?armure anti-c?sarienne de la foi chr?tienne des origines. Mais une religion immanentiste de la d?livrance sans cesse retard?e et sans cesse revigor?e par des sanctifications sporadiques de l?utopie politique a aussit?t pris sa revanche, mais en catimini et au c?ur des bureaucraties. Pour cela, il lui a fallu emprunter le m?me chemin d?tourn? que celui de l?Am?rique actuelle, celui de l?auto-sacralisation subreptice d?un clerg? administratif et de la f?tichisation rampante de la bureaucratie mondiale, laquelle n?a pas manqu? de substituer le vieux culte de la lettre au tot?misme cultuel des liturgistes romains. Du coup les r?publiques ritualis?es en cachette par leurs scribes sont devenues ? elles-m?mes leurs Eglises de la Libert?; et l??vang?lisme euphorique des origines du christianisme s?est log? dans un nouvel innocentisme pharisien, celui d?un Eden des greffiers paresseux du mythe du salut et de la r?demption administratifs.

La Syrie se r?v?le le champ d?exp?rimentation de la th?ologie am?ricaine et de celle d?Isra?l?: ces deux nations connaissent les secrets religieux de l?auto-innocentement des conqu?rants porteurs des saintes ampoules de leur foi.

12 ? La civilisation de Blanche Neige et des sept nains

On a pu v?rifier l?av?nement des nouvelles pi?t?s avec l?officialisation pr?cipit?e de la sainte surveillance ?lectronique de toute la population am?ricaine et mondiale, qui sont tomb?es tout enti?res et d?votement entre les mains de la police secr?te du pays. Par quatre cents voix contre vingt le Congr?s a aussit?t rejet? les protestations indign?es de l?ex-pr?sident Carter, pieux prix Nobel de la paix et grand lecteur de Kierkegaard, au motif que l??vang?lisme inn? du Nouveau Monde n?avait rien ? cacher aux surveillants l?gaux d?une d?mocratie plac?e sous la tutelle administrative de Blanche Neige et des sept nains.

La puret? native des citoyens et l?acier tremp? de leur civisme leur faisaient non seulement accepter les yeux ferm?s, mais revendiquer de jour et de nuit un contr?le politico-apostolique de leur statut s?raphique. Les fid?les d?une Stasi ?vang?lis?e en sous main sont les paroissiens de l?Eden de la d?mocratie. Abel le bucolique leur insinue ou leur sugg?re que si le reste du genre humain tient ? se cacher derri?re un pr?tendu « mur de la vie priv?e », c?est qu?il y a anguille sous roche. Un Etat protestant et lib?r? du p?ch? originel par sa th?ologie de la gr?ce gratuite du Dieu de Calvin se peuple des confessionnaux d?une Stasi soup?onneuse et dont le patriotisme ambigu se m?fie de l?empire de Ca?n, c?est-?-dire du reste du monde ? lequel est pr?sum? coupable d?abriter des masses de p?cheurs potentiels sous le tabernacle m?me des Abel de la Libert?.

On voit que si un despotisme th?ologique de masse et d?ment pr??d?nis? par des hosties sonoris?es ? des id?alit?s verbales ? n?est d?chiffrable qu?? la lumi?re d?une psychophysiologie du sacr?, donc d?une analyse anthropologique des relations que la politique du singe c?r?bralis? entretient avec ses ciels, c?est parce que la demi- raison de l?Occident est devenue une naufrag?e du « Connais-toi ». Aux clerg?s pensants de demain d?ouvrir le coffre de leur doctrine..

13 ?  » La guerra, la guerra, la guerra?.  » (Monteverdi)

Mais alors, ne doutons pas que la guerre qui se pr?pare ? l??chelle mondiale entre la souverainet? des peuples d?un c?t? et la souverainet? des Etats de l?autre conduira la civilisation de la raison ? donner un sens politique au concept abstrait, flottant et insaisissable de Libert? appliqu? aux nations. Pour l?instant, ce conflit demeure souterrain bien qu?il ait d?barqu? sur la place publique avec St?phane Hessel. Mais la guerre de Syrie qu?elle ait lieu ou non enfantera une r?flexion sur la science historique qui dominera le XXIe si?cle et qui donnera un contenu r?el ? la notion vaporeuse de?souverainet? des peuples. Pour l?instant, cette souverainet? est un conte pour enfants; et cet infantilisme aura besoin de quelques t?tes adultes, et surtout d?une validation et d?une l?gitimation transcendantes ? l?autorit? des parlements vassalis?s d?aujourd?hui. Mais toute mutation du politique demeure st?rile si une r?volution c?r?brale d?cisive ne modifie pas les coordonn?es m?mes de la connaissance rationnelle du singe c?r?bralis?. La civilisation de demain apprendra ? regarder du dehors un animal dont la sp?cificit? s??clairera ? la lumi?re d?une anthropologie critique.

Il est paradoxal au premier abord qu?une souverainet? populaire qui serait devenue plus r?elle puisse enfanter une ?lite intellectuelle encore plus s?par?e des masses que la pr?c?dente. Mais ce processus est constant: quand l?intelligentsia d?avant-garde d?une ?poque ne se reconna?t plus dans le quotient c?r?bral de la classe dirigeante, il se cr?e un vide que seuls les nouveaux intellectuels sont en mesure de combler. Les humanistes de la Renaissance ont d?frich? un d?sert, les encyclop?distes du XVIIIe ont labour? le n?ant ? et chaque fois, le foss? entre les peuples et les nouvelles phalanges de la raison s?est creus? davantage. Puis, lentement, les bo?tes osseuses prospectives bouleversent la vision du monde de l?humanit? du si?cle pr?c?dent. Les ?poques cr?atrices sont celles, toujours br?ves, o? une nouvelle ?lite c?r?brale conquiert momentan?ment un poids politique et une h?g?monie avant que le cerveau collectif ne retrouve les droits attach?s ? sa pesanteur naturelle.

Sur ce terrain ? qu?elle soit ?vit?e ou non ? la guerre de Syrie mettra en place des institutions politiques appel?es ? donner corps ? la notion encore creuse de souverainet? des peuples?: les Nations Unies d?abord, qui s?opposeront, ou tenteront du moins de s?opposer aux Etats va-t-en guerre et aux Parlements asservis ? une puissance ?trang?re. Puis le christianisme de la col?re spirituelle se l?vera tout entier derri?re une compagnie de J?sus ? laquelle le pape redonnera sa vocation politique ? l??chelle mondiale. Enfin des internautes audacieux entreront en troupes de choc dans les logiciels secrets des Etats. Un nouveau public de la raison est en g?sine sous nos yeux. Mais, encore une fois, une r?volution politique est mort-n?e si elle ne d?clenche pas aussit?t et, pour ainsi dire, dans la foul?e une puissante renaissance intellectuelle. Ou bien un clerg? nouveau de l?intelligence critique prendra la rel?ve des universit?s du Moyen Age actuel, ou bien le divorce des peuples d?avec l?acad?misme politique des Etats conduira ? l?engloutissement de la civilisation de la pens?e.

14 ? Le retour de la col?re spirituelle

C?est dire ? nouveau que, pour la premi?re fois, depuis la chute du polyth?isme, un clerg? du Moyen Orient qui aurait le courage de se rendre r?flexif face au protestantisme, au catholicisme, au juda?sme et ? l?islam se porterait pour longtemps ? la t?te de la civilisation mondiale de la pens?e rationnelle et poserait ? nouveaux frais la seule question de fond, celle que l?anthropologie scientifique de demain placera dans la post?rit? c?r?brale de Darwin et de Freud. Le Dieu ? venir se dira: « D?cid?ment Adam a pass? derri?re mon miroir. Au Moyen Orient comme ailleurs, il n?y a rencontr? que sa propre effigie. Mais puisque je l?ai cr?? ? ma ressemblance, peut-?tre va-t-il se demander pourquoi les idoles se cachent derri?re leur propre image. »

Peut-?tre les anthropologues de la d?mocratie observeront-ils comment l?Am?rique se cache derri?re sa propre image pseudo d?mocratique en Syrie, en Iran, en Europe, peut-?tre un humanisme idol?tre de ses id?alit?s pseudo s?raphiques va-t-il d?couvrir le Dieu biface que le singe c?r?bralis? est devenu ? lui-m?me. Puisse le tr?sor anthropologique que les mythes religieux charrient dans leurs flancs r?armer des sciences humaines d?saffect?es et les vider de la cat?ch?se st?rile des d?mocraties.

Le 7 septembre 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

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