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La criminelle aberration ?conomique et sociale des politiques europ?ennes d?aust?rit

Les co-auteurs du Manifeste d??conomistes atterr?s (Editions Les liens qui lib?rent) ?taient au micro de Daniel Mermet pour l??mission L?-bas si j?y suis du 16 novembre dernier sur France Inter. Leur salutaire remise ? l?heure des pendules vaut largement un retour?: ??Nous sommes dans un climat de politique ?conomique o? l?accent est mis de fa?on tr?s forte sur la question de la rigueur. On voit la rigueur qui se diffuse dans toute l?Europe et nous ?tions atterr?s d?observer un tel consensus . (?) Il semble qu?on ait oubli? d?un seul coup la le?on de l?entre-deux-guerres, qui ?tait ces politiques d?flationnistes qui se sont succ?d? en Europe (Laval, en Allemagne, etc.) et qui ont conduit ? un ch?mage massif. (?)

D?un seul coup, c?est redevenu semble-t-il l?alpha et l?om?ga de l??conomie aujourd?hui : tout le monde est ax? sur le d?ficit budg?taire, des politiques de rigueur, et ce que nous ont montr? les le?ons de l?histoire et de la th?orie ?conomique, c?est que ce n?est pas bon et que ?a conduit ? un ch?mage encore plus grand et ? des difficult?s encore plus grandes. (?)?Si tout le monde fait ?a, ?a va plonger l??conomie europ?enne, l??conomie mondiale dans la r?cession et finalement, on ne va pas am?liorer beaucoup les finances publiques, ?a ne va pas rassurer les march?s?parce qu?on va avoir une r?cession qui va se prolonger, donc du point de vue ?conomique c?est stupide. Et puis du point de vue social, ?a veut dire qu?on va dire aux gens : ??d?sol?, on n?a plus d?argent, on a donn? tout l?argent pour sauver le syst?me bancaire et financier, donc il va falloir diminuer le montant des retraites??? Dans certains pays, on baisse les allocations familiales, en Allemagne, on baisse le montant du revenu minimum [en Irlande aussi, NdA], partout, on prend des mesures o? on diminue les services publics, la protection sociale???,?r?sume l??conomiste?Andr? Orl?ans, directeur de recherche au CNRS.

Son confr?re Thomas Coutrot, exer?ant au sein de la Direction de l?animation de la recherche, des ?tudes et des statistiques (Dares, d?pendant du minist?re du Travail) et co-pr?sident d?Attac, enfonce le clou : ??L?opinion gouvernementale, les relations inter-?tatiques se sont centr?es sur cette question du d?ficit budg?taire qu?il fallait d?un seul coup absolument ?quilibrer et on a comme vous le d?tes en quelque sorte perdu la m?moire des dysfonctionnements financiers qui ?taient ? sa source. (?) On sait que l?Etat ne peut pas laisser les grandes banques faire faillite et donc, les actionnaires sont gagnants ? tous les coups : ils laissent les managers prendre des risques maximum,?parce que ?a leur permet d?engranger des b?n?fices maximum pendant toute la p?riode de boum et?ensuite, quand il y a un krach, eh bien l?Etat passe derri?re et socialise les pertes. C?est ce qu?il vient de se passer, on est m?me dedans. BNP Paribas et Soci?t? g?n?rale viennent de publier des r?sultats faramineux pour le premier semestre 2010, alors qu?il y a encore quelques mois, on se demandait si ces banques allaient survivre. Qu?est-ce qui s?est pass? ? L?Etat a sauv? le syst?me, a?baiss? formidablement les taux d?int?r?ts?- les banques?se sont bien gard?es de baisser les taux d?int?r?ts?dans les m?mes proportions ? et aujourd?hui elles affichent des r?sultats fantastiques pour leurs actionnaires, pour leurs traders, alors qu?on est en train de r?former les retraites pour baisser les d?penses publiques.?? (?)

Faire payer les r?ductions d?imp?ts aux d?penses sociales

??Ce qui est tr?s paradoxal aujourd?hui, poursuit Thomas Coutrot, c?est qu?on nous parle de r?former le trait? de Lisbonne pour introduire une surveillance budg?taire beaucoup plus forte sur les Etats, comme si l?origine de la crise, c??tait un exc?s de d?pense publique.?Or c?est un diagnostic que nous r?futons compl?tement !?Les d?penses publiques en Europe ont eu tendance ? diminuer en proportion du PIB depuis le d?but des ann?es 2000. (?) La crise ne vient absolument pas des d?penses publiques. La crise vient, comme?on l?a expliqu?, de l?instabilit? financi?re, de la d?r?gulation financi?re et?de la mont?e de l?endettement. Et les d?ficits viennent pour une bonne part des r?ductions d?imp?ts sur les cat?gories les plus ais?es et sur les?entreprises. On donne un chiffre mais qui n?est pas le n?tre, qui est celui de Monsieur Carrez, qui est d?put? de l?UMP rapporteur du budget, qui a expliqu? dans un rapport r?cent que les baisses d?imp?ts et de cotisations depuis le d?but des ann?es 2000 co?taient chaque ann?e 100 milliards d?euros au budget de l?Etat*. C?est pas nous qui le disons, c?est le rapporteur du budget UMP. Donc on peut dire qu?il y a eu une orgie, mais pas une orgie de d?penses sociales, une orgie de r?ductions d?imp?ts qui a contribu? de fa?on massive ? d?s?quilibrer le budget. Et aujourd?hui on veut faire payer ces r?ductions d?imp?ts aux budgets sociaux, en r?duisant les d?penses sociales. Il y a l? quelque chose qui est proprement atterrant d?un point de vue ?conomique et social.??

Apr?s cette ?difiante mise au point, on a envie de gifler tout mouton b?lant le refrain de la pens?e unique ?conomique qui appelle?? la baisse de la d?pense publique. Comme en entendant par exemple, diffus?e durant l??mission en guise d?illustration, cette intervention de la pr?sidente du Medef, Laurence Parisot : ??Ce qui est prioritaire, c?est de continuer le travail de d?sendettement et de r?duction des d?ficits publics. C?est absolument fondamental et si nous aggravons nos d?ficits et notre dette, si nous ne sommes pas capables de freiner ce cheval qui est emball?, les questions sociales seront encore plus dramatiques.?? Quel ??cheval emball?, celui des r?ductions d?imp?ts, Tartuffe?? ??Dramatique??, dit-elle, mais pas pour tout le monde : 50 milliards de profits en 2009 pour les entreprises du Cac 40? Ironie de la chose, coll? au programme de Mermet sur le podcast suit le journal de 16 heures de?France Inter, qui s?ouvre sur ce titre : ??Fran?ois Fillon d?voile quelques ?l?ments de sa feuille de route, ??la lutte contre les d?ficits est la priorit? absolue du gouvernement fran?ais??, vient de dire le Premier ministre ? l?Assembl?e nationale. [forc?ment, si le Medef le r?clame… NdA] Devant les d?put?s, il a promis un gouvernement de combat contre l?endettement, le ch?mage, les injustices et l?ins?curit?.?? Contre les injustices, ose-t-il ! Parce que ce n?est pas injuste de baisser les d?penses sociales pour compenser les cadeaux aux contribuables fortun?s, aux grosses entreprises et aux banquiers ? Mais qu?ils s?en aillent tous !

*Jacques G?n?reux, l??conomiste du Parti de gauche,?citait d?j? ce chiffre pour d?noncer l?imposture de la soi-disant in?luctabilit? de la contre-r?forme des retraites.

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