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La cigale et l’Allemagne

L’excédent de la balance des comptes courants allemands atteindra cette année un pic historique à environ 278 milliards d’euros, soit 310 milliards de dollars. De fait, c’est l’Allemagne qui se taille la part du lion sur le plan du commerce mondial, devant la Chine et très loin devant tous les pays émergents. En effet, l’excédent chinois devrait se contracter de 70 milliards de dollars en 2016 (pour atteindre 260 milliards), tandis que les Etats-Unis restent le pays au monde qui subit le plus important déficit commercial. Comment l’Allemagne parvient-elle à se positionner ainsi en leader absolu du commerce mondial, et comment expliquer son excédent commercial avec les USA qui fut de 75 milliards de dollars l’an dernier? Est-ce en volant des emplois aux salariés américains que l’Allemagne est le pays qui entretient le second excédent commercial avec les Etats-Unis, juste derrière la Chine? Comment l’Allemagne fait-elle progresser son excédent alors même que l’économie globale semble stagner?

Certes, et comme les allemands eux-mêmes ne se privent jamais de le rappeler, la qualité de leurs produits est un atout considérable en bien des secteurs très prisés chez les grands pays importateurs. La communication des PME allemande est en outre excellente : comment ne pas se souvenir à cet égard des publicités légendaires de Volkswagen qui mettaient en avant les avancées technologiques de cette firme? Enfin, l’Allemagne est très probablement le plus digne représentant de la politique de l’offre qui professe qu’un excédent commercial est d’abord et avant tout le reflet de la qualité et de la diversité des produits manufacturés. Les officiels de ce pays ne cessent effectivement de s’ériger en donneurs de leçons selon lesquelles leur manne commerciale est redevable à leurs grands inventeurs, à leur productivité exemplaire, à leur technologie avant-gardiste et à leurs marchandises hyper compétitives.

Storytelling à moitié vrai seulement car les excédents allemands sont également la résultante mécanique de prix bas à l’exportation grâce à un euro faible. C’est parce qu’elle partage la monnaie unique avec des nations à l’économie nettement moins prospère que l’Allemagne bénéficie de cet atout considérable d’un euro logiquement sous pression depuis quelques années. Des études très sérieuses n’ont-elles pas démontré que le retour au Deutsche Mark induirait une flambée d’au moins 25% de sa devise nationale retrouvée? Et comment ne pas évoquer les salaires allemands –plus bas que la moyenne européenne– qui contribuent notoirement à son excédent commercial car ses citoyens n’ont pas franchement les moyens de consommer, et donc d’importer ! Les allemands peuvent-ils éternellement vivre dans une sorte d’autarcie qui fait gonfler toujours plus leurs excédents dans un contexte global déprimé, alors même qu’ils auraient largement les moyens de soutenir partiellement -par la relance de leur demande agrégée- l’économie globale?

Constamment vilipendé par l’establishment allemand, Mario Draghi n’aurait pourtant nullement eu besoin de lancer la BCE dans ses programmes de création monétaire si la nation allemande avait bien voulu –par sa consommation, par une politique de grands travaux, par l’augmentation de ses salaires, et donc par la diminution de ses excédents– soutenir l’économie de l’Union. Rien à faire car les allemands restent sourds et ne parviennent -ni ne veulent d’ailleurs- se départir de leur fixation de l’épargne et des excédents… qu’ils utilisent cependant à très mauvais escient. On se souvient bien de leurs placements quasi frénétiques dans les subprimes américains et dans la dette grecque, et on se souvient également du fiasco retentissent de ces deux investissements. L’Allemagne est certes une fourmi, mais elle risque fort de ne jamais retrouver les provisions qu’elle accumule obsessionnellement.

 

Michel Santi

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