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Centpapiers

  • La chute

    29 octobre 2011 | 0 commentaire(s) | vu 137 fois

    Regarde les hommes tomber !

    ChuteSurtout
    qu’en ce moment, ça tombe dru des hauteurs stratosphériques du pouvoir. Les
    puissants, les inamovibles, les intouchables du sommet, les roitelets, les maîtres
    du monde
    se cassent la gueule à grand fracas sous les vivats de la foule en
    délire venue assister à la fin des tyrans, voire la précipiter. Ni son pétrole,
    ni ses armes, ni ses valoches bourrées de devises sonnantes et trébuchantes, ni
    même ses dossiers probablement fort instructifs sur les autres riches et
    puissants de la planète n’ont protégé finalement Kadhafi d’une exécution
    sommaire, d’une balle en pleine poire. Un monde sans Kadhafi, j’ai juste un peu
    de mal à m’y faire, tant ce dictateur avait l’air indépassable. Et puis
    finalement non, Kadhafi n’est pas plus bullet proof que les autres,
    mais je n’arrive pas à me décider à trouver cela totalement réjouissant.

    Un autre qui vient de se viander avec encore plus de lourdeur que je ne l’ai
    fait mercredi dernier en sortant de chez le boucher, juchée sur des talons
    biseautés aussi neufs qu’instables, c’est DSK. Ça, c’est de la crêpe de
    première catégorie, sans fleurs ni couronnes. Faut dire que comme toutes les
    choses creuses et remplies de vide, les politiques nous avaient habitués à
    leur
    art consommé du rebond
     : une fois à terre, deux fois plus hauts
    ensuite, la martyrologie en prime. Mais là, celui qui tenait le monde au creux
    de sa pogne (entre autres choses)
    voit ses amis de toujours sauter du navire
    avec l’empressement de
    circonstance des rats du Titanic quand l’insubmersible se retrouva la quille à
    l’air.

    Je ne peux que me demander quel genre d’amis peut bien s’être agglutiné autour
    d’un type si manifestement omnibuléobnubilé par sa quête du pouvoir
    absolu, si préoccupé du succès de sa gueule avant la tienne, si dévoré
    par l’ambition la plus brutale et la plus primaire. La bonne nouvelle, pour
    lui, c’est que maintenant, il va pouvoir enfin faire le compte de ses vrais
    amis, le satyre des backroom du pouvoir. Probablement sur les doigts
    d’une seule main… certainement moins encore que cela.

    Cela dit, je me suis toujours demandé quel genre d’amie je suis, moi-même. Je
    n’aime pas particulièrement les gens les plus faciles d’accès, les plus
    accommodants, les plus flatteurs, les satisfaisants pour mon petit ego. J’ai un
    mal de chien à admettre que je me suis peut-être trompée dans certaines de mes
    affinités sélectives, je m’espère d’une fidélité d’airain, de la trempe de
    celles qui restent là dans le cœur de l’adversité… sauf que j’ai rarement eu
    l’occasion de mettre à l’épreuve l’indéfectibilité de mes amitiés, vu que
    l’adversité tombe plus souvent qu’à son tour sur ma gueule plutôt que sur celle
    de mes amis. Parfois, je me demande ce qui pourrait me conduire à ne pas
    pardonner à un ami, si l’amitié doit être indulgente ou exigeante, constante ou
    fluctuante, profonde ou légère comme une bonne grosse déconnade. Est-ce que je
    pourrais rester aux côtés d’un ami qui se DSKtise avec l’âge ? Est-ce
    qu’il y a vraiment du mérite à n’être pote qu’avec des gens exemplaires,
    merveilleux, sympathiques, entiers, pourvus de toutes ces qualités que l’on
    aimerait bien s’approprier par simple contact osmotique ? N’y a-t-il pas
    plus de grandeur à aimer les gens qui ne sont pas vraiment aimables, à ne se
    concentrer que sur la seule petite qualité qui surnage comme elle peut sur un
    océan de médiocrité humaine ? L’amitié est-elle vraiment une affaire si
    sérieuse que cela ou n’est-ce que l’arme privilégiée des opportunistes pour
    s’élever au-dessus de la fange leur profond manque d’ambition
    humaine ?

    Bizarrement, je me dis que ce soir DSK va être bien plus proche que moi de la
    réponse à ces épineuses questions.

    Et en seconde intention, je me dis aussi que toutes ces chutes récentes de ce
    que nous jugions indéboulonnable nous confirment dans notre intuition
    première : rien de ce qui a été fait par l’homme ne peut être défait de la
    même manière.
    Il n’existe donc pas d’horizon indépassable.

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