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La Chine en guerre contre l’opium spirituel !

La Chine a déclaré la guerre. Contre ses propres entreprises technologiques. Depuis février dernier, les capitalisations de ses fleurons Tencent, Alibaba, Kuaishou Technology et Meituan ont perdu un milliard de milliards de dollars. L’indice boursier Hang Seng Tech qui regroupe les plus importantes entreprises technologiques du pays s’est effondré de 45%. Les grands patrons disparaissent pendant des semaines, voire des mois. A l’instar de Jack Ma, fondateur du géant de l’e-commerce Alibaba, convoqué à une réunion avec des membres du gouvernement et dont l’absence très prolongée a fait croire à une condamnation aux travaux forcés, qui a écopé au final d’une amende se chiffrant à des dizaines de milliards. Ma, dont l’empire s’est littéralement effondré, n’est bien-sûr pas l’unique cible de ce nettoyage qui sévit également à l’encontre des grandes «fintechs» chinoises, y compris celles qui sont la propriété de Didi, l’Uber chinois, ou de ByteDance, ce conglomérat qui possède TikTok.

Officiellement, ces opérations de redressement, ou de «rectification» puisque telle est l’expression employée en haut lieu, ont pour objectif de remettre internet sur le droit chemin, c’est-à-dire un chemin qui favorise un «développement durable et sain» de l’économie et de la société chinoises. Il est certes possible de rapprocher ces actions déterminées et spectaculaires des autorités chinoises aux campagnes anti-trust menées aux Etats-Unis et dans une moindre mesure en Europe. Il serait en effet légitime de contrôler la puissance de plus en plus politique des «Big Techs», et les leaders chinois seraient certes bien inspirés de prévenir l’émergence de ces centres de pouvoirs alternatifs. Pour autant, si le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a bel et bien mené au fil des décennies des combats frontaux par exemple contre Standard Oil, Microsoft ou AT&T, il n’a jamais – évidemment – cherché à détruire les industries et les secteurs dans lesquels ces sociétés poursuivies étaient actives. Aucune action majeure, généralisée, d’envergure n’a jamais été intentée, pas plus aux USA qu’en Europe, contre toutes les compagnies internet à la fois, comme c’est aujourd’hui le cas en Chine où c’est l’ensemble de ce secteur gigantesque qui est remis au pas, voire démantelé. On ne saurait trop insister sur cette différence fondamentale entre des démarches bien ciblées entreprises par la justice et par le régulateur américains et européens d’une part et l’actuelle attaque chinoise massive, non sur ses plus puissantes entreprises internet, mais sur la totalité de ce secteur !

D’une certaine manière, la posture chinoise rejoint celle – très minoritaire aux Etats-Unis – qui estime que Facebook ou Google (comme Alibaba et Tencent en Chine) n’ont plus de valeur ajoutée, que ces entreprises vivent de leurs rentes, qu’elles ne produisent plus que fort peu en comparaison de leurs profits. En réalité, la mise au pas de la globalité de son secteur technologique indique la définition d’une politique nationale chinoise axée vers des priorités autrement plus vitales pour la nation que les réseaux sociaux, les jeux, la consommation et les loisirs. Sa stratégie de croissance rapide des années 1990 et 2000 consistant à ce que les ressources vitales, technologiques et humaines soient monopolisées par un secteur quasiment entièrement dédié à des besoins jugés futiles a vécu. Le leadership chinois a dépassé le stade où il était préoccupé de maintenir puis de stabiliser la croissance économique. Et les jeunes chinois sont désormais sommés de concentrer leurs facultés et leurs énergies vers le seul objectif digne de leur nation : la puissance. Internet étant un domaine absolument crucial dans l’accession de la Chine à un pouvoir absolu, il est donc hors de question de dilapider des ressources – quelles qu’elles soient – sur des domaines liés aux loisirs et au confort personnel qui troubleraient l’attention et la concentration du peuple chinois et qui dilapideraient ses efforts.

La Chine a donc entamé une grande Révolution Culturelle 2.0, mue cette fois (différence fondamentale d’avec celle des années 1966-1976) par la menace existentielle – telle que perçue par ses autorités – émanant des Etats-Unis. Ce verrouillage entrepris par le Parti Communiste chinois masque toutefois difficilement la fragilité d’un système susceptible d’imploser en cas d’échec, car les dirigeants chinois savent que leur pays ne bénéficie pas de la résilience des institutions US. 

 

Michel Santi

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