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La bombe atomique, un pur produit de la technoscience

nagasaki6 et 9 ao?t 1945, deux dates qui font fr?mir. Les comm?morations actuelles nous rappellent que le monde a chang? en profondeur sur la base de l?horreur nucl?aire. Jean-Marc Royer, par l?article suivant, nous explique tr?s clairement l?historique de ces programmes militaires et les effets impitoyables de la bombe A. On sait aujourd?hui que ces faits militaires d?une horreur sans nom n??taient pas n?cessaires pour mettre fin ? la guerre??Merci ? l?auteur de contribuer ? ce travail de m?moire encore inachev?.

 

 

______________________

 

 

 

LA BOMBE ATOMIQUE, UN PUR PRODUIT DE LA TECHNOSCIENCE?

 

par Jean-Marc Royer

 

 

Les rappels qui suivent se veulent une aide au travail de m?moire qui reste, soixante-sept ans apr?s les bombardements atomiques, encore tr?s incomplet. L?autre motivation de ce texte r?side dans le fait qu?il ne peut y avoir de conscience pleine et enti?re de ce qui s?est pass? ? Hiroshima, Nagasaki puis ? Tchernobyl et Fukushima sans que l?on soit en mesure de s?en faire une repr?sentation [1]. Puisse ces lignes y aider le lecteur. Pour cela, il lui faudra le courage de ne pas reculer devant la douleur dont il est question. A cette seule condition, il en sortira grandi en humanit?.

 

 

Les « ?d?couvertes scientifiques? » ? l’origine de la bombe atomique?

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Il n?est pas sans cons?quences philosophiques majeures de constater que la bombe atomique est un produit direct de la science occidentale [2].?On constatera que la r?ponse ne fait plus de doute lorsque l?on examine, m?me rapidement, l?histoire de cette « ?invention? » et de ses pr?misses.

En 1896, Henri Becquerel d?couvre la radioactivit? naturelle.

Niels Bohr pr?sente en 1913 la premi?re th?orie qui expliquait ce ph?nom?ne : la mati?re est constitu?e d’atomes, eux-m?mes form?s d’?lectrons « ?tournant autour d’un noyau? ». Certains de ces atomes ne sont pas stables et se d?composent en ?mettant des rayonnements.

En 1905 Albert Einstein publie la th?orie de la relativit?. Pour lui, mati?re et ?nergie sont li?s par l??quation qu’il note E = mc? et qui permet d’affirmer qu’une petite quantit? de mati?re peut devenir une ?norme quantit? d’?nergie? ce qui est le principe de la bombe atomique.

En 1934, Fr?d?ric et Ir?ne Joliot-Curie s’aper?oivent que l’on peut transformer un ?l?ment stable en un autre instable, en le bombardant de particules : c’est la radioactivit? artificielle.

En d?cembre 1938, Otto Hahn et Fritz Strassman comprennent que le noyau d’uranium, bombard? de neutrons, se casse en deux en lib?rant deux neutrons et une ?nergie consid?rable : l’?nergie nucl?aire.

En 1939, Fr?d?ric Joliot comprend que les neutrons lib?r?s, peuvent fracasser ? leur tour d’autres atomes d’uranium : c’est une r?action en cha?ne. Celle-ci peut donner naissance ? une grande source d’?nergie.

Ainsi, d?s 1939, tous les ?l?ments scientifiques pr?alables ? la bombe sont d?couverts.

 

 

LE PROJET MANHATTAN?[3]

 

Le 2 ao?t 1939, le pr?sident Roosevelt re?oit?une lettre sign?e d?Albert Einstein?(reproduite plus loin) qui le met en garde contre les recherches effectu?es par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l’enjoint de lancer les Etats-Unis dans l’aventure nucl?aire. Cette lettre est en fait ?crite par un autre physicien, le hongrois L?o Szilard qui cherche ? mobiliser les alli?s contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la c?l?brit? est immense, de signer cet appel au pr?sident am?ricain. Une lettre qu’Einstein regrettera quelques ann?es plus tard, lorsqu’il verra la bombe atomique exploser ? Hiroshima et Nagasaki et qui en dira?:? »?Ce jour-l?, j?aurais mieux fait de me couper les doigts de la main? ».

 

Le 16 d?cembre 1941, neuf jours apr?s l?attaque de Pearl Harbour, le pr?sident Roosevelt lance officiellement le projet Manhattan.

 

Et? 1942, la certitude est acquise d’une possibilit? de r?action en cha?ne?; les recherches de base et leur d?veloppement sont faits ; il n’y a plus qu’? ?tablir un plan pour cr?er une force op?rationnelle. Le g?n?ral Groves est alors plac? ? la t?te d’un groupe de techniciens et de savants qui compte plusieurs prix Nobel.

 

Le 2 d?cembre 42, au-dessous des gradins de Stagg Field ? l?Universit? de Chicago, une ?quipe men?e par Enrico Fermi initia la premi?re r?action en cha?ne nucl?aire auto-entretenue.

 

D?but 1943, le projet Manhattan entre dans une nouvelle phase. Il s’agit de trouver un ?l?ment qui soit capable de servir ? la cr?ation d’une arme qui utiliserait l’?nergie lib?r?e par la fission nucl?aire. Celui-ci doit r?pondre ? deux crit?res : la facilit? de production et la possibilit? d?en produire une grande quantit?. Deux voies se dessinent pour l’obtention d’un tel ?l?ment?:

– Celle de l’uranium. Niels Bohr a calcul? qu’une seule vari?t? (isotope) de l’uranium peut « ?fissionner? », il s?agit de l’uranium 235. Mais celui-ci est rare : il faut le s?parer du reste de l’uranium naturel?238U. L’obstacle para?t alors infranchissable.

– Celle du plutonium. El?ment r?cemment d?couvert (inexistant dans la nature), il vient d’?tre obtenu en bombardant de l’uranium.

Le probl?me principal reste la raret? de ces deux ?l?ments fissiles. On construisit donc deux ?normes complexes industriels : l’un ? Oak Ridge, dans le Tennessee, pour la production d’uranium 235. L’autre ? Hanford, pr?s d’un petit village sur les bords du Columbia, dans l’Etat de Washington pour la production du plutonium. [4]

 

 

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Depuis mars 1943, date ? laquelle fut mise en service le centre top secret de fabrication de l?arme nucl?aire ? Los Alamos (dans le d?sert du Nouveau-Mexique pr?s de Santa F?), une ?quipe de savants, sous la direction de Robert Oppenheimer, se livre ? l’?tude de l’architecture de la bombe elle-m?me.

 

L’Allemagne capitule le 8 mai 1945?mais le projet Manhattan n?arrive ? son terme qu?en juillet 1945?[5].?Son succ?s confirme les deux fili?res (uranium 235 et plutonium). Les savants se trouvent donc en possession de deux types de bombe: l’une fonctionnant gr?ce ? l’uranium (celle qui sera largu?e sur Hiroshima), l’autre gr?ce au plutonium (produite en deux exemplaires : celle de l’essai « ?Trinity? » et celle de Nagasaki).

 

220px-Atombombe Little Boy 2Le 16 juillet 1945, alors que les bombes Little Boy et Fat Man, destin?es au Japon sont en route vers l’?le de Tiniam pour y ?tre assembl?es, on a mis en place au sommet d’une tour, ? Alamogordo, dans le d?sert « ?Jornado del Muerto? », dans l??tat du Nouveau-Mexique, un des trois engins d?j? fabriqu?s. L’explosion a lieu ? 5 heures 30 du matin : un ?clair aveuglant, insoutenable jusqu?? 35 Km, suivi d’une ?norme d?tonation perceptible ? 300?Km. L?explosion d?gagea une force ?quivalente ? 21?000 tonnes de TNT, c’est-?-dire la puissance destructrice de?2300 avions bombardiers B29 de l??poque, mais concentr?e dans le temps (une fraction de seconde) et dans l?espace.

 

En constatant la puissance ph?nom?nale engendr?e par la bombe, Oppenheimer se rappela l’un de ses passages pr?f?r?s d’un texte Sanskrit 😕« ?Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes? ». Plus prosa?quement, son adjoint Kenneth Bainbridge, responsable des essais r?pondra 😕« ?? partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute? ».?Rares sont les scientifiques qui regretteront ce qu?ils ont fait. Dans un livre de conversations sur ses souvenirs de Los Alamos, Richard Feynman explique :« ?Apr?s l’explosion, il y eut une formidable excitation ? Los Alamos. Tout le monde faisait la f?te (…). Je me souviens que Bob Wilson ?tait assis l? et semblait broyer du noir.?A quoi penses-tu?lui ai-je demand????C’est terrible, ce que nous avons fait l?, a-t-il r?pondu.? »?Bob Wilson ?tait-il le seul physicien de Los Alamos, au soir du 16 juillet 1945, ? broyer du noir?? Pas loin, si l’on en croit le physicien Richard Feynman?:?« ?ce qui nous est arriv? ? tous est que nous avons commenc? ? faire quelque chose pour une bonne raison. Ensuite nous avons travaill? tr?s dur pour y parvenir, avec plaisir, avec excitation. Et nous avons cess? de r?fl?chir. Bob Wilson ?tait le seul qui continuait ? r?fl?chir? ».?Il faut tout de m?me pr?ciser que des scientifiques du projet Manhattan, qui connaissaient les effets des deux bombes, sugg?r?rent de larguer les bombes dans des zones isol?es afin de montrer la puissance des Etats-Unis en faisant le moins de victimes possible. Mais cette ?ventualit? avait ?t? envisag?e par la pr?sidence puis ?cart?e.

En mai 1946?est cr?? le Comit? d?Urgence des Scientifiques Atomistes, groupe anti-nucl?aire dont tous les membres avaient particip? ? la construction de la bombe, sauf Albert Einstein.

 

 

LES BOMBARDEMENTS D?HIROSHIMA ET DE NAGASAKI?

 

220px-Atomic cloud over HiroshimaHiroshima.?La puissance d?gag?e est estim?e ? 13?000 t de TNT. C?est une ?nergie transform?e pour 85% en lumi?re, en chaleur, en souffle et pour 15% en radiations. Chacun de ces effets est d?vastateur.

D?s les premiers millioni?mes de seconde,?l?effet aveuglant de l??clair?est suivi de?l??nergie thermique?lib?r?e qui transforme l?air en une boule de feu atteignant un kilom?tre de diam?tre en quelques secondes au-dessus d?Hiroshima. Au sol, la temp?rature atteint plusieurs milliers de degr?s sous le point d?impact. Dans un rayon d?1?km, tout est instantan?ment vaporis? et r?duit en cendres. Jusqu?? 4 km de l??picentre, b?timents et humains prennent feu spontan?ment ; les personnes situ?es dans un rayon de 8 Km souffrent de br?lures au 3? degr? (Voir?les t?moignages des docteur Michihiko Hachiya?et?Shuntaro Hida).

Apr?s la chaleur, c?est au tour de?l?onde de choc (troisi?me effet)?de tout d?vaster : engendr?e par la ph?nom?nale pression due ? l?expansion des gaz chauds, elle progresse ? une vitesse de pr?s de 1?000 km/h, semblable ? un mur d?air solide. Elle r?duit tout en poussi?res dans un rayon de 2?km. Sur les 90?000 b?timents de la ville, 62?000 sont enti?rement d?truits.

Encore tr?s m?connu en 1945, et sp?cifique ? cette arme,?le quatri?me effet?est celui desrayonnements imm?diats. Suivant la dose, il entra?ne la mort en quelques jours, quelques mois, ou des ann?es apr?s l?explosion. Les femmes enceintes au moment de l’explosion donnent naissance ? des « ?b?b?s-monstres? ». Le nombre de tu?s sur le coup est estim? ? 80?000?; dans les semaines qui suivirent, plus de 130?000 personnes ont succomb?. A la fin de 1945, le total des morts est de 150?000. Le m?morial de la paix comporte 221?000 noms de personnes mortes des cons?quences directes ou indirectes de l’explosion, mais l’estimation « ?finale? » du nombre de morts se situe autour de 260?000?: ce dernier chiffre concerne autant les suites de ces effets que ceux produits par le cinqui?me effet,?la contamination par inhalation ou ingestion.

Le nombre de victimes civiles peut ?tre compar? ? d?autres bombardements, mais il porte une lourde charge symbolique, li?e ? la vision d’Apocalypse de l’explosion et aux effets ? tr?s long terme de l’exposition aux radiations. Le? Szil?rd, qui ?tait impliqu? dans le d?veloppement de la bombe, dira apr?s la guerre?:?« ?Si les Allemands avaient largu? des bombes atomiques ? notre place, nous aurions qualifi? de crimes de guerre les bombardements atomiques sur des villes, nous aurions condamn? ? mort les coupables allemands lors du proc?s de Nuremberg et les aurions pendus.? »?[6]

 

220px-NagasakibombNagasaki.?Le 9 ao?t 1945, le B-29 « ?Bockscar? » pilot? par Charles Sweeney, part?t de Tinian dans les ?les Mariannes du Nord, en se dirigeant vers la cible initiale, Kokura, qui ?tait sous les nuages. Conform?ment ? la consigne « ?no see, no bomb? » (« ?pas de visibilit?, pas de bombe? »), Bockscar se dirige alors vers Nagasaki o? la couverture nuageuse se d?chire, le temps pour le B29 de larguer « ?Fat Man? », ? 11h 02.?Cette bombe est une bombe au plutonium, diff?rente de celle d’Hiroshima (Uranium 235), mais semblable ? celle de l’essai Trinity, r?alis? ? Alamogordo, le 16 juillet 1945 (20 000 tonnes de TNT).?

Le sc?nario d’Hiroshima se reproduit, ? peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en fait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifi? les effets d?vastateurs de l’explosion. Une seconde grande ville du Japon vient d’?tre ras?e en quelques secondes.

 

 

Les cons?quences du bombardement?

 

La ville abritait, en 1945, 250?000 habitants, le nombre de tu?s sur le coup est estim? ? 35?000 et le nombre des d?c?s directs et indirects se situe entre 75?000 et 130?000.

Le bombardement de Nagasaki est diff?rent de celui d?Hiroshima par plusieurs aspects?:

– L?arme utilis?e ?tant plus puissante, les dommages proches de l?hypocentre ont ?t? plus profonds.

– L?habitat y ?tant plus diffus, la violence des incendies f?t plus limit?e?: ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes et quelques heures pour se g?n?raliser.

– L?arme ?tant un mod?le au plutonium, la r?partition des rayonnements gamma et neutroniques fut diff?rente, ce qui a modifi? la fr?quence et la nature des leuc?mies observ?es.

Etant donn? l?extr?me toxicit? radioactive du Plutonium, il serait logique d?avancer que l?ensemble des effets radioactifs a du ?tre plus important qu?? Hiroshima, mais nous ne poss?dons pas de documents ? ce sujet ?

 

 

LA SPECIFICITE DE LA BOMBE A, UNE HORREUR DANS L?HORREUR?

 

« ?Je ne sais pas comment sera la 3?me?guerre mondiale, mais je sais qu?il n?y aura plus beaucoup de monde pour voir la 4?me.? » A. Einstein

 

Les plus brillants savants occidentaux collabor?rent ? « ?l?invention de la bombe A? » sans pour autant que leur sens moral ne les en d?tourne. Pr?cisons tout de m?me ceci?: le propre de la technoscience est de produire des « ?objets? » dont la puissance d?passe l?entendement, la sensibilit? et l?imagination humaine y compris de leurs auteurs (Cf. leurs r?actions devant la 1?reexplosion)?; pr?cisons que l?entreprise Manhattan demandait justement que ces savants mobilisent de mani?re exclusive pour ce projet toute leur intelligence, leur ?nergie, et m?me tout leur ?tre?; pr?cisons aussi que pour cette r?alisation, des lieux de r?sidence sp?cifiques avaient ?t? construits (des villes secr?tes identiques en URSS et aux Etats-Unis, sorte de campus de luxe o? s?journaient ?galement tous les personnels en charge des infrastructures et les familles des uns et des autres), les isolant ainsi de mani?re ?tanche du vulgum pecus, du sens commun ou de la « ?common decency? » comme l??crivait George Orwell?; pr?cisons ?galement que ce « ?Manhattan project? » ?tait v?cu comme la « ?conqu?te de la derni?re fronti?re scientifique? » figure embl?matique de l?aventure moderne avant que la « ?conqu?te spatiale? » prenne le relais?; pr?cisons enfin que les services sp?cialement d?di?s ? leur encadrement de tous les instants (y compris socio-affectif), rendaient difficile tout retour en arri?re. L?exemple ? la fois unique et admirable du physicien Joseph Rotblat, qui d?t d?ployer des tr?sors de ruse pour s?enfuir de Los Alamos, montre que cela ?tait difficile, mais pas impossible.

 

Tous les historiens s?rieux sont maintenant d?accord l?-dessus, l?argument des cinq cent mille vies nord-am?ricaines [7]?soi-disant ?pargn?es par le largage de bombes Atomiques sur Hiroshima et Nagasaki f?t invent? de toutes pi?ces par le gouvernement des Etats-Unis en direction de l?opinion publique nord am?ricaine et internationale, illustration suppl?mentaire du fait que l?histoire est toujours ?crite par les vainqueurs.

Pour le dire tr?s vite, le Japon n?a pas tant capitul? suite ? Hiroshima-Nagasaki que suite ? la d?claration de guerre de Staline en date du 8 ao?t. Les japonais redoutaient plus que tout l?occupation et les app?tits territoriaux sovi?tiques lesquels ?taient en train de retourner leur immense arm?e vers ce front. Par ailleurs, les Etats-Unis avaient compris que cette arme terribledevait ?tre utilis?e?pour prouver aux yeux du monde leur sup?riorit? militaire et scientifique.

Les historiens ont qualifi? le 6 ao?t 1945 comme premier acte de la guerre froide, ce qui est exact, mais largement insuffisant?: il s?est agi du premier acte d?une guerre d?clar?e ? l?ensemble du vivant et de la plan?te.

Si l?on accepte cette r?alit? historique maintenant d?montr?e, r?alit? qui est la cl? de l?analyse (tout comme l?acceptation de l?existence des camps de la mort est une des cl?s de l?analyse du nazisme) alors, plus rien ne peut voiler le regard sur cet ?v?nement. Des conclusions incontournables en d?coulent.

 

heat%20picSon premier caract?re est qu?il constitue un crime contre l?humanit? [8]. Mais il a ?t? perp?tr? contre un peuple dont l?arm?e et ses dirigeants politiques se sont eux-m?mes rendus coupables de crimes du m?me type sur le continent et ont ensuite ?t? d?faits. Ce qui explique en partie que cette « ?le?on? » de l?histoire ne p?t ?tre tir?e par l?humanit?, aucune « ?institution? » situ?e du c?t? des vaincus n??tant en mesure d?en supporter la m?moire, dans tous les sens du terme.

Horreur dans l?horreur. Les « ?hibakusha? », t?moins vivants de la d?faite et assimil?s aux pestif?r?s par peur d?une contagion fantasm?e, furent l?objet de la honte publique, d?courageant ainsi la plupart des rescap?s de participer ? un quelconque travail de m?moire, t?moignage dont on a vu avec, entre autres, Primo L?vi, Robert Antelme, David Rousset, Marcel Oph?ls, l?importance capitale dans l?Europe intellectuelle de l?apr?s-guerre et encore maintenant. Alors que les oreilles ?taient encore bien bouch?es ? la cire, que les bouches ?taient closes par des l?vres pinc?es, que les m?moires ?taient recousues au fil de la honte, que les inconscients ?taient forclos par de vieux barbel?s rouill?s, ces artistes hors du commun nous ont permis de penser l?histoire europ?enne d?apr?s 1945.

Horreur dans l?horreur. Les responsables japonais proc?d?rent ? une « ?reconstruction? » rapide de la ville qui e?t pour but avou? d?effacer m?ticuleusement toutes les traces de ce crime effroyable. Comme si ? la place d?Auschwitz s??levait maintenant un m?morial design affubl? d?une sorte de parc d?attraction pour la paix. Plus de traces, telle est le credo commun ? tous les criminels et n?gationnistes. (Cf. ce qu?en dit pr?cis?ment G?nter Anders).

Horreur dans l?horreur. Peu connu aussi, est le fait que les Nord-am?ricains ont activement contribu? ? ce processus, soit par leur « ?aide ? la reconstruction? »?; soit en menant sur place et avec l?aide des autorit?s japonaises, des ?tudes militaires sur toutes les cons?quences de ce bombardement, y compris quant aux suites m?dicales des radiations nucl?aires pour les g?n?rations ? venir. Mais « ?la raison d?Etat? » primant sur les souffrances de milliers d?innocents, celles-ci furent vers?es dans des archives secr?tes nord-am?ricaines, accessibles seulement depuis peu. Ceci n??tait d?ailleurs que la suite des essais effectu?s, ? leur insu, sur des patients dans une aile de l?h?pital de Rochester?: on inoculait du plutonium ? ces « ?Human products? » (ce f?t leur nom de code) ? l?aide de seringues sp?cialement con?ues [9].

 

Horreur dans l?horreur. Contrairement ? ce qui s?est produit pour la Shoah [10], vainqueurs et vaincus se sont associ?s pour aveugler l?humanit?, avec succ?s jusqu?? ce jour, sur la nature des crimes commis ? Hiroshima et Nagasaki. Le travail de m?moire f?t ainsi forclos ? plusieurs titres, de la m?me fa?on que l?on tente d?enfermer un d?chet radioactif?: on sait pertinemment qu?on en repasse la dangerosit? aux g?n?rations suivantes.

Horreur dans l?horreur. Le largage des bombes atomiques f?t non seulement un crime contre l?humanit?, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l?on appellerait aujourd?hui un Ecocide. Le refoulement de cette catastrophe syst?mique pour l??cosph?re ne sera pas non plus sans cons?quences pour l?avenir de l?humanit? et la mani?re d?en ?crire l?histoire. Les peuples qui refusent leur histoire la tra?nent comme un boulet.

Horreur dans l?horreur. Alors que cette « ?invention? » ?tait porteuse de la mort g?n?ralis?e du vivant sur la plan?te, les gouvernements et la plupart des m?dias occidentaux ont tout fait pour la recouvrir d?un ?pais manteau d?admiration et de d?votion devant le g?nie et la puissance des chercheurs, se prosternant devant la science, la technique, l?industrie, les militaires et la nation nord-am?ricaine. Un nouveau dieu est apparu ? ? la puissance inqui?tante certes, comme tous les dieux ? et ? la gloire duquel de nouveaux hymnes devaient ?tre forg?s sur le champ. Entre les deux blocs id?ologiques de cette ?poque, Joseph Rotblat, Albert Einstein, Bertrand Russel, ultra minoritaires, furent parmi ceux qui tent?rent de faire entendre la v?rit?.

On a beaucoup insist?, et ? juste titre, sur le travail de m?moire [11]?n?cessaire pour maintenir vivant le souvenir de ceux qui sont morts dans les camps nazis. Mais le travail concernant Hiroshima et Nagasaki [12] rencontre de puissants obstacles?: ceux qui ont ?t? ?rig?s par les ex-bellig?rants eux-m?mes en s?excluant, d?s leur cr?ation, des poursuites possibles de toute juridiction internationale?; ceux mis en place par les autres puissances atomiques, qui voudraient effacer toute trace non seulement des victimes, mais du danger que cette technoscience fait courir ? de tout le vivant sur notre plan?te.

 

hiroshima-lanterns-resizedAujourd?hui est venu le temps de dire que les bombardements d?Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes [13]?de l?industrie nucl?aire doivent faire l?objet d?un travail de m?moire au moins aussi important pour l?avenir de notre humanit?.

 

 

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Sources?:

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. html

et?http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html

 

A voir?:

– Le documentaire d?une heure en vid?o sur le bombardement atomique « ?Rain of ruin? » qui bien qu’enti?rement align? sur les th?ses officielles am?ricaines (millier de vies am?ricaines sauv?es, refus du Japon de se rendre etc.) est tr?s instructif sur la pr?paration et les infrastructures mises en place pour arriver aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

– Le DVD « ?La bombe? » de Peter Watkins, tourn? en 1965.

– ??La face cach?e d?Hiroshima?? De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffus? le 12 octobre 2011 par France 3 dans l’?mission ??l’histoire imm?diate??.?http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima. Le meilleur film existant sur la gen?se du nucl?aire?!

 


[1] Voir ? ce sujet ??La face cach?e d?Hiroshima?? De Kenichi Watanabe, 1h46. Diffus? le 12 octobre 2011 par France 3 dans l’?mission ??L’histoire imm?diate??.?http://www.point-zero-canopus.org/archives/videos/nucleaire-militaire/hiroshima-nagasaki-ww2/662-la-face-cachee-d-hirhoshima

Le meilleur film existant sur la gen?se du nucl?aire?!

[2] Il faut avoir en t?te que seule l?approche scientifique pouvait d?couvrir, puis utiliser la constitution de la mati?re comme forme ??d??nergie???: aucune technique humaine n?aurait ?t? en mesure de le faire.

[4] Pap NDIAYE,?Du nylon et des bombes : Du Pont de Nemours, le march? et l’?tat am?ricain,?1900-1970, Belin,  » Histoire et soci?t?/Cultures am?ricaines « , 2001

[5]?Addendum personnel ? la fable de G?nter Anders?: Si la bombe avait ?t? pr?te en janvier 45 selon le programme initial, aurait-elle ?t? lanc?e sur Berlin ou sur Dresde?? Quelles justifications aurait-on invoqu? alors??

[7]???Hiroshima/Nagasaki?: une v?rit? inavouable??, Le Nouvel Observateur, semaine du 28/07/2005.?En confrontant les archives japonaises, am?ricaines et russes, l?historien am?ricain Tsuyoshi Hasegawa d?montre que « ?rien ne justifiait le recours ? l?arme nucl?aire en ao?t 1945? ». Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d?Etude de la Guerre froide ? l?universit? de Santa Barbara en Californie, a publi? « ?Racing the Enemy? » (Harvard University Press).

[8] Il faut faire l?effort d?aller voir la d?finition ?tablie pour Nuremberg et son ?volution dans le droit international.

[10] L?usage de ce terme est « ?une facilit? de langage? » qui ne doit pas faire oublier que les opposants politiques, les « ?malades mentaux? », les tziganes et tous ceux qui furent catalogu?s comme « ?d?viants? », furent tout autant victimes du nazisme que les juifs.

[11] Les m?dias et les « ?pi?tres penseurs? » ont essay? d?en faire un?devoir?de m?moire pour en d?samorcer les le?ons, le mus?ifier puis le transformer en « ?marronnier? » de magazine.

[12] Quelques exemples?: pourquoi ne parle-t-on jamais de la sp?cificit? du bombardement au plutonium de Nagasaki et de ses effets, alors que l?on sait tr?s bien que ce radio?l?ment est autrement plus dangereux que l?uranium?? Par ailleurs, la contamination de la faune, de la flore, des eaux de surface et souterraines, de la mer avoisinante n?auraient-elles pas exist??? Qui conna?t Wilfred Burchett, journaliste australien ind?pendant qui f?t forc? par les militaires ?tats-uniens de renier publiquement ses premiers articles d?crivant les horreurs d?Hiroshima?? Et le r?le des trois commissions militaires qui d?barqu?rent en septembre 1945 ? Hiroshima et Nagasaki??

[13] Cf. le rapport du CERR (ou CERI en anglais).?http://www.euradcom.org/

 

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