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La bataille de l?euro

 

ROBERT BIBEAU ?

La gabegie des profits?

La pr?sente crise de l?Euro et de l?Euroland r?sulte d?une bataille entre les ploutocrates europ?ens et leurs alli?s et concurrents ?tatsuniens pour le contr?le des march?s internationaux. Quelle sera la devise du commerce international, le dollar ou l?euro ?

Il faut se rappeler que la classe capitaliste monopoliste dirige ? la fois l??conomie, la politique et qu?elle contr?le aussi l?id?ologie, la culture et les mass m?dias en Europe comme dans tous les pays capitalistes. Le prol?tariat n?a pas voix au chapitre dans cette guerre inter-capitaliste, alors de gr?ce que l?on cesse de bl?mer les ouvriers pour cette gabegie de profits en chute libre!

La classe ouvri?re, faute de son?Parti de classe?s?r, exp?riment?, reconnu et influent, ne contr?le rien et elle agit en observateur circonspect de ces tribulations politiques et de cette saga ?conomique, r?agissant instinctivement au gr? des ?v?nements.

L?Euro?? la monnaie de l?Euroland?? est?depuis longtemps un projet financier structurant voulu et impos? par un groupe d?oligarques financiers europ?ens afin de doter l?espace de Schengen d?un instrument ?conomique et commercial puissant?leur permettant d?affronter leurs alli?s et concurrents, d?abord ?tatsuniens, ensuite asiatiques. Il importe peu qu?au commencement certains dirigeants am?ricains aient hypocritement soutenu la construction de l?Euroland; le parrain n?embrasse-t-il pas le capot avant d?ordonner de l?assassiner ?

D?s l?origine, le plan de la caste des financiers europ?ens ?tait simple :?forger l?unit? commerciale, industrielle, financi?re et politique de l?Europe capitaliste en cr?ant un vaste march? unique?(500 millions de citoyens-producteurs-consommateurs) et une vaste zone d?expropriation exclusive de la plus-value ouvri?re norm?e, avec r?partition diff?renti?e des moyens de production et d??changes (? l?Allemagne est???r?serv?e les machines-outils et la chimie; ? la France l?a?ronautique et les produits d?opulence; ? la Su?de la m?tallurgie; ? la Pologne le ? cheap labour ?, et les plombiers, ? la Gr?ce les grands chantiers, ? l?Espagne le tourisme et l?immobilier, etc.) (1).

La crise des ? subprimes ? et la rasque de la dette souveraine?

La soudaine crise ?conomique et financi?re de 2008 ? qui a fait disparaitre 2000 milliards de dollars de capitaux sp?culatifs frauduleux et d?truit des millions d?emplois de par le monde ? a surpris les mandarins de Bruxelles, les financiers de Paris et les politiciens de Berlin et offert aux am?ricains l?occasion d?attaquer leur alli? et concurrent mon?taire europ?en (2).

La surprise fut telle que le dollar ? dont la valeur reste inf?rieure ? l?Euro ? est encore pr?sent?, par les ?conomistes patent?s, comme une valeur refuge. Les chinois eux??ne s?y trompent pas, ils sont en voie de liquider leurs derniers billets verts plomb?s avant la grande d?valuation de ce num?raire par la FED (3).

Le crash boursier de 2008 a donc surpris les oligarques en plein processus de structuration, d?harmonisation, de r?glementation et de gestion de l?Euroland en cours d??dification. L?ensemble des diktats politiques, des contraintes budg?taires, des garde-fous administratifs, des m?canismes de contr?le et de validation n?avaient pas eu le temps d??tre consolid?s en pr?vision de ce choc boursier.

Depuis, le syst?me mon?taire ? Euro-p?en ? risque d??tre emport? par la temp?te du surnum?raire (la dette souveraine et l?argent sp?culatif fictif). Nonobstant ce danger les politiciens et les mandarins de Bruxelles, au service des grands capitalistes financiers europ?ens, ont d?abord tent? de colmater la br?che ath?nienne, pompant les cr?dits par milliards dans les coffres des banques compromises par cette dette souveraine, l?objectif ?tant de renflouer le rafiot des armateurs et des banquiers hell?niques. C?est ce que les ?conomistes bourgeois ont appel? la ? mutualisation ? de la dette souveraine europ?enne, avec en t?te le projet de cr?er les ? eurobonds ?, ce qui surviendra le jour o? les canards boiteux auront ?t? chass?s ou mis en coupe serr?s. De ce fait m?me ils ont aggrav? la crise inflationniste du surnum?raire dans ce que Richard McGuire, analyste chez Rabobank, appelle ? la spirale de la mort ? et que l??conomiste am?ricain Joseph Stiglitz caract?rise comme ? l??conomie vaudoue (?) Le syst?me fait que le gouvernement (grec, espagnol, irlandais, italien, NDLR) renfloue les banques et que les banques renflouent le gouvernement. ? (4).

Sur ces entrefaites les agences de notation am?ricaines s?invit?rent dans cette gal?re et envenim?rent la situation en abaissant la cote de tous les pays du vieux continent, jusqu?? et y compris l?Allemagne pourtant en exc?dent dans sa balance des paiements. Ce faisant, le renard am?ricain sema la panique dans le poulailler europ?en. Cependant, la classe ouvri?re n?a pas ? prendre parti pour l?une ou l?autre des deux parties. Elle serait toutefois bien avis?e de prendre acte de cette bisbille dans le camp oppos?.

Chasser la Gr?ce de l?Euroland?

La premi?re manche de la guerre de l?Euro se termina par un KO. S?apercevant que d?autres pays faillis hantaient les corridors de la Banque Centrale Europ?enne ? des pays d?savantag?s par la division internationale du travail au sein de l?Union ? les bonzes de Bruxelles, de Paris et de Berlin d?cid?rent d?abandonner l??pave grecque aux flots de la Mer ?g?e d?cha?n?e. Ils lui pos?rent de telles conditions pour demeurer au sein de l?Union qu?ils esp?raient que le peuple grec allait r?pudier l?entente n?goci?e avec les malandrins ath?niens.

Plus malin qu?eux, le 12 juin 2012, le peuple hell?nique d?cida de donner mandat ? quelques malfrats de ren?gocier le contrat d?aust?rit? pr?alablement sign?. Le peuple grec avis? estima qu?il valait mieux mener sa guerre de classe de r?sistance de l?int?rieur de l?Euroland plut?t qu?? l?ext?rieur (5).

Aujourd?hui, les nababs de Paris, Berlin et Bruxelles attendent patiemment que le gouvernement grec remette le rapport sur ses efforts pour briser la r?sistance des Partisans du Pir?e contre la succession de plans d?aust?rit?, tous rejet?s par les ouvriers enrag?s.??Alors ils expulseront le larron grec sans pardon comme ils le feront pour toutes les nations qui refuseront les politiques d?aust?rit? drastiques des centurions de l??lis?e. Ces manants??esp?rent ainsi sauver leur monnaie commune ; ce projet de march? d?expansion imp?rialiste commun, d?abord sur leur propre glacis de pays conquis ? n?o-colonies (les ex-pays de l?Est), puis d?appropriation des march?s internationaux face ? leurs concurrents???tatsuniens, japonais, chinois et indiens (6).

La Gr?ce s?enlise dans un long calvaire de cinq ann?es de r?cession dont une contraction du PIB de 6,8 % en 2011, et de 6,7 % en 2012. C?est 23,1 % de ch?mage officiel, une dette souveraine correspondant ? 165,3 % du PIB national pour laquelle l?exposition des banques fran?aises est de 66 milliards d?euros. De son c?t? la dette souveraine de l?Espagne se monte ? 68,5 % de son PIB, dette en hausse d?environ 10 % annuellement. Le ch?mage atteint 25 % et le PIB recule de 1,5 % en glissement annuel, avec un taux d?emprunt obligataire de 7,5 %. Les banques espagnoles sont plomb?es par 176 milliards d?euros de mauvaises cr?ances sp?culatives. Au printemps 2012, la Bankia, 4e?banque du pays, a vu sa dette ? nationalis? ? pour 23,5 milliards d?euros publics, emprunt?s par le gouvernement espagnol a un taux usuraire de 6,4 %. Ce dernier compte donc effectu? 102 milliards d??conomies dans les services publics et r?duire l?allocation ch?mage de 60 ? 50 % du salaire alors que la TVA sera port?e de 18 ? 21 %. Et ce n?est pas fini, il reste plusieurs??banquiers espagnols ? emmitoufler et des millions d?ouvriers ? surtaxer. La situation n?est pas meilleure en Italie (7).

Pourtant, le Pr?sident chinois en visite r?cemment ? Bruxelles, loin de calmer le jeu, a confirm? qu?il endossait et soutiendrait de ses cr?dits ce projet de redressement de l?Euro et de l?Euroland qui contrevient directement ? l?h?g?monie du dollar am?ricain en d?clin (8).

La position politique ouvri?re?

Quelle doit ?tre la position des ouvriers au regard de cette guerre de l?Euro qui fait rage dans le camp ennemi??

Le probl?me ce n?est pas la quantit?, la qualit? ou le co?t des services publics offerts ? la population. Le probl?me ce n?est pas le niveau d?imp?ts pay?s par les ouvriers ou par les privil?gi?s. Le probl?me ce ne sont pas les travailleurs immigr?s que les capitalistes ont import?s des pays affam?s pour provoquer??la concurrence sur le ? march?? du travail des esclaves salari?s. Le probl?me ce n?est pas la hauteur des barri?res douani?res et tarifaires visant ? prot?ger les march?s d?exploitation??lib?ralis?s. Le probl?me ce n?est pas de ployer sous la tyrannie de l?euro, du dollar, du franc ou de la livre sterling. Tout ceci est la cons?quence et non pas le motif de la bataille de l?euro. Le probl?me c?est la politique imp?rialiste expansionniste europ?enne et le syst?me capitaliste de reproduction ?largie qui ne parvient plus ? livrer les fruits promis (9).

Le prol?tariat (? travers son parti de classe s?il existe) n?a pas ? qu?mander la tenue d?un r?f?rendum ?citoyen?, ni besoin d?appeler ? des consultations populaires ? propos des plans d?aust?rit?. En quoi est-il utile que les ouvriers se brouillent et s?embrouillent sur la r?ponse ? servir ? ces projets d?aust?rit? que la bourgeoisie pr?sente chaque fois comme in?vitables. La ? solution finale ? aux maux du capitalisme c?est la fin du capitalisme.

Que les capitalistes se d?brouillent et se brouillent avec leur guerre mon?taire??contre le dollar, contre le yuan et contre le yen et qu?ils sauvent leur peau s?ils y parviennent! Les ouvriers s?objectent ? tout programme d?aust?rit? pour faire payer le peuple et les travailleurs pour la crise de surproduction de ce syst?me moribond qui ne parvient plus ? assurer sa reproduction, et encore moins son expansion (10). La bourgeoisie ne peut sauver ce syst?me scl?ros?, alors qu?ils s??cartent ces ploutocrates, le prol?tariat fera mieux que ces sc?l?rats.

Les partisans ne doivent pas berner les ouvriers ni les employ?s avec cette pseudo??? solution ? que pr?sentent le Front National et le Parti Communiste Fran?ais qui consiste ? pr?cher la sortie de l?Union europ?enne et de l?euro pour favoriser le d?veloppement d?un capitalisme vernaculaire fran?ais (bleu-blanc-rouge et coq gaulois). Le capitalisme primitif ? national et concurrentiel ? ? ?volu? naturellement vers le capitalisme monopolistique, puis vers l?imp?rialisme triomphant, puis vers l?imp?rialisme d?cadent. Ce n?est pas la mission de la classe ouvri?re de revenir futilement en arri?re pour sauver le syst?me capitaliste en perdition. La mission historique des ouvriers est plut?t de mettre fin aux souffrances de la b?te en l??radiquant.

Le dilemme ce n?est pas de choisir le mod?le de capitalisme, le dilemme c?est de d?cider de renverser le capitalisme.

________________________________________________

(1)??http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_europ%C3%A9enne

(2)??LEAP/E2020 21.12.2008. Rapport.?http://www.europe2020.org/

(3)??http://www.alterinfo.net/La-Chine-envisage-de-sextupler-ses-reserves-en-or_a80043.html?

(4)??http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_grecques_de_juin_2012

(5)??Vincent Gouysse.??(2012).??2011-2012 : Reprise de la crise !??http://marxisme.fr/reprise_de_la_crise.html?Page 92.

(6)??Vincent Gouysse.??(2012).??2011-2012 : Reprise de la crise !??http://marxisme.fr/reprise_de_la_crise.htm

(7)??Vincent Gouysse.??(2012).??2011-2012 : Reprise de la crise !??http://marxisme.fr/reprise_de_la_crise.html?Page 91-95.

(8)??http://www.lematin.ch/monde/La-Chine-accepte-de-reduire-ses-emissions-de-CO2/story/15504789

(9)??http://les7duquebec.org/7-au-front/la-crise-economique-dans-tous-ses-mefaits/

(10)??http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/faisons-payer-les-riches-123656

 

ROBERT BIBEAU

 

 

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