Inscrivez-vous pour participer au site : commentez, rédigez et communiquez !

http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie

Centpapiers

  • L’homme qui voulait pendre Mandela

    7 avril 2010 | 8 commentaire(s) | vu 2 362 fois

    afrikaner

    Parfois les sociétés avancent, vers davantage de démocratie. En supprimant l’esclavage, ou en accordant le vote au femmes, par exemple. Tardivement en France, il est vrai. Ou en acceptant de supprimer la peine de mort, ce qui représente pour moi une des plus grandes avancées de ces dernières années dans ce pays. Dans d’autres parties du monde, on songe à l’incroyable histoire de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, mis en place par l’ancien responsable de l’apartheid, désireux avant tout d’avoir un pays plus apaisé. Nelson Mandela, qui pardonnera à ses bourreaux, et gardera son amitié à un de ses geôliers (qu’il invitera à son investiture, un homme qui avait été séduit par le charisme incroyable de son prisonnier). Les choses avancent donc, vers plus de paix, disons, et plus d’apaisement dans le monde. Et puis parfois, les choses reculent. La France est en proie à une vague d’islamophobie, dont le symptome le plus évident a été la pitoyable prestation du leader du FN le soir des élections régionales, resté accroché à sa pancarte anti-minarets et ses slogans d’antans, qui ne sont que les vestiges de son racisme fondamental. Et en Afrique du Sud, me direz-vous ? Et bien là-bas, ça recule aussi, parfois, mais depuis ce 3 avril, la situation est tout autre. Des vestiges de ce qu’il y avait avant Mandela, il en restait encore quelque uns. Et le dernier vient d’être retrouvé assassiné. Eugene Terreblanche, au nom prédestiné, battu à mort dans sa propriété par deux ouvriers agricoles, au prétexte d’un conflit de paiement de salaire, semble-il. Dimanche 4 avril encore, on craignait dans le pays des réactions violentes à son assassinat.

    Qui était donc ce Terreblanche ? Tout simplement l’Hitler local. Un « supremacist » comme on dit dans les pays anglo-saxons. On peut employer le terme, car c’était le leader du mouvement Afrikaner Weerstandsbeweging, ou AWB, autrement dit « l’Afrikaner Resistance Movement », autrement dit encore le mouvement raciste d’extrême droite du pays, opposé à la prise en main du pays par la majorité noire avec l’arrivée au pouvoir de Mandela. Un mouvement typique, avec discours enflammés et oripeaux à croix bizarroïdes à trois branches, dans les tons des couleurs nazies. La sinistre svastika (en allemand Hakenkreuz) étant bannie depuis 1945, il fallait bien trouver autre chose. Un homme descendant d’une lignée bien française, d’où la consonance typique : il descendait en réalité d’un colon protestant, un huguenot, Estienne Terreblanche, originaire de Toulon, immigré en Afrique du Sud au tout début du XVIIIeme. Eugène, lui est né en 1941 et a été élevé en pur Afrikaner, qui peuvent être d’origine néerlandaise (en forte majorité, on les surnomme les « Hollandais du Cap »), mais aussi française, allemande ou même scandinave. Il est tout d’abord policier, puis devient agriculteur en 1968 tout en lorgnant sur la politique, qui ne lui plaît pas telle qu’elle se présente alors. Trop consensuelle, déjà, selon lui, avec les noirs ! Il est d’extrême droite, raciste, et ne s’en cache guère.

    On pense qu’un tel personnage, ici, en France, ne peut avoir d’admirateurs : détrompez-vous, il en en a, surtout un, qui lui tresse des couronnes de laurier depuis des années : c’est Bernard Lugan, professeur d’histoire à Lyon III, Université où a sévi pendant des années un certain Faurisson (c’était à Lyon II). Le plus fervent admirateur du nazi d’Afrique du Sud, et un homme d’extrême droite lui aussi, avec toutes les valeurs qui y sont attachées : catholicité exacerbée, pétainisme larvaire, racisme patent et antisémitisme à la clé. En 1985, il présidera une soutenance de thèse entièrement rédigée sur la base des Protocoles des Sages de Sion, un faux antisémite notoire. On le retrouvera au jury d’une autre thèse sur « Léon Daudet et l’antisémitisme« . L’année ou Mandela est libéré, il apport un soutien appuyé à son collègue Bernard Notin, qui vient de rédiger un article purement négationniste, reprenant les thèses de Serge Thion. Quelque temps après, il anime assure une réunion sur l’Afrique du Sud pour « l’Association pour la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain »... Dans une revue ayant pour thème un Waffen SS, il rédigera un chapitre intitulé « Une tribu blanche d’Afrique australe » (cf. les Boers)… Le Waffen SS, c’est Marc Augier, engagé dans la L.V.F. devenu le chef des S.S. français de la Division Charlemagne ! Réfugié en Argentine, car condamné par contumace et amnistié, il présidera à son retour le « Comité France-Rhodésie«  en faveur de l’État ségrégationniste d’Afrique australe. Décidément, les nazifiants adorent l’Afrique du Sud… exclusivement blanche ! Dans un article du Crapouillot, Dugan écrira aussi son admiration pour les Boers et pour Terreblanche : « confrontés à des populations noires qui menaçaient de les submerger sous leur nombre, les Boers se crurent prédestinés et eurent bientôt la conviction d’appartenir à la race élue par le Seigneur pour apporter la civilisation à cette partie de l’Afrique ». La « race élue », encore elle ! Comme cerise sur le gâteau, il faut aussi savoir que Bernard Lugan a aussi enseigné pendant onze ans (de 1972 à 1983) à l’Université Nationale du Rwanda ! Incroyable ! Qu’a-t-il bien pu enseigner là-bas et à qui ?

    Pire encore : Lugan, ancien de l’Action Française, passera beaucoup de temps à tenter de jouer sur les origines de Terreblanche pour faire le lien avec la France et y ancrer en retour ses idées nauséabondes : « il a surtout voulu humaniser la droite raciste partisane de l’apartheid en essayant de montrer que les sud-africains blancs étaient d’anciens français. Le 28 mai 1988, il donnait par exemple une conférence intitulée : « Huguenots et français, ils ont fait l’Afrique du Sud ». » Ça deviendra même un livre chez lui (notez la seconde remarque dans les critiques). Le racisme évident de Lugan n’a d’égal que celui de Terreblanche :  »son engagement politique se ressent dans ses écrits, même universitaires. Lugan y met souvent en valeur la « faillite » de la décolonisation et cherche à montrer que les élites ayant accédé au pouvoir après la décolonisation ont échoué. Il écrit ainsi que“L’Afrique noire a toujours été un continent récepteur et non concepteur… » ; « L’Afrique noire précoloniale ignorait l’écriture, l’usage de la roue, de la poulie ou de la traction animale » ; « Partout dans le monde, sauf en Afrique noire, l’homme chercha et réussit à agir sur la nature » dénoncent ses collègues de Lyon III dans un document. Tout l’inverse d’un René Dumont ! Des positions controversées… et une attitude plus que critiquable. Lugan, comme son idole, a en effet longtemps fait dans le grotesque. « Spécialiste de l’Afrique, auteur de « L’Occident sans complexe » (-célébré ici !-NDLR), autrefois militant de l’Action Française et monarchiste convaincu, M. Lugan paraît, chaque Mardi Gras devant ses étudiants de première année, déguisé en « colon », coiffé d’un casque et muni d’un fouet » (Le Monde, 2 avril 1993). Un universitaire a rejoué pendant des années Tintin au Congo devant ses élèves, et l’Etat et son ministère de tutelle ne l’auraient jamais tancé ? A quoi rimait cette mascarade douteuse ?

    Pour Terreblanche, son pays, au seuil des années 70, est toujours soumis à l’apartheid. Mais l’homme n’est pas totalement idiot : il sait que ça ne tiendra plus longtemps : depuis que Rosa Parks a mis les pieds dans un bus aux Etats-Unis, le 1er décembre 1955, à Montgomery, en Alabama, et qu’un pasteur noir plein de charisme a envahi les journaux et les tv américaines en soutenant le boycott des bus de Montgomery, il se doute bien que cela va faire tâche d’huile dans son pays, et donner des idées aux noirs.

    Aussi décide-t-il de réagir à sa façon, en quittant tout d’abord le HNP, une fraction dissidente du Parti National, déjà bien de droite, puis en fondant en 1973 son propre parti. Qui n’a aucune idéologie politique autre que le racisme, et un anticommunisme viscéral. Dans ses discours, en effet, note la BBC, « Terreblanche passe des fermiers blancs à la Grèce ancienne, puis à l’Union soviétique, sans aucune logique apparente ». Ce doit être le propre des leaders d’extrême droite de faire dans le propos décousu : chez nous, on a Soral, dans le genre. Moins virulent, mais tout aussi déjanté et aussi incohérent (sinon plus, en ce qui le concerne, je trouve !). Dans une des manifestations de l’AWB, une photo du tribun Afrikaner le montre avec derrière lui une croix gammée et un slogan « que l’on pende Mandela !« ….Terreblanche surfait bien sur les vagues du nazisme et du KKK.

    Mais il se range aussi sous la bannière de la résurgence du mouvement Boers et de ses états perdus en 1902 : le Zuid-afrikaansche Republiek (le Transvaal), l’Oranje Vrystaat (l’État libre d’Orange) et la Nieuwe Republic (dite de Vryheid et Utrecht dans le Natal). Son parti est bien un mouvement passéiste, réactionnaire et profondément ancré dans la religion. En effet, « la construction d’un groupe homogène afrikaner s’est globalement appuyé sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple élu et les autres » nous dit le Wiki : voilà qui n’est pas sans rappeler une autre religion, au peuple également élu, un pays qui confine une partie de sa population dans un véritable apartheid, avec ceinture de béton autour cette fois. La similitude n’est pas fortuite, nous rappelle l’encyclopédie en ligne :« l’histoire des Afrikaners s’est en fait forgée et continuellement référée à une représentation quasi-religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l’oppression des juifs dans l’Ancien Testament et l’exode des Afrikaners du Cap en 1835. Le Grand Trek s’est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation ».

    Ce fameux Grand Trek, cette grande migration en chariots devenue un mythe véritable, entretenu par tous les Afrikaners. Le Grand Trek de plusieurs milliers de fermiers Boers de la petite colonie du Cap vers l’intérieur des terres (on chiffre à 15 000 le nombre de déplacés), entre 1835 et 1840 reviendra souvent dans les discours enflammés du tribun néo-nazi, prompt à se comparer à Moïse. Un Moïse conquérant et armé celui-là, qui devra se heurter aux tribus sur place, qui feront plus que se défendre : « cependant, l’intérieur des terres n’était pas vide d’habitants même si dans les années 1820 les armées de Shaka, roi des Zoulous, avaient décimé ou poussé à l’exode vers le nord plusieurs dizaines de milliers de tribus. La plupart des pionniers Boers vécurent des heurts sanglants avec les Ndébélés (bataille de Vegkop en 1836) et surtout les Zoulous alors que d’autres comme Louis Trichardt, partis très au nord du pays, succombent à la malaria ».

    Les guerres zoulous passées, la guerre du XXeme siècle de Terreblanche sera donc interne, et consistera à commettre tout de suite des actes de guérilla pro-blanche qui mettront le feu au pays. La Nuit de Cristal permanente, l’Incendie du Reichstag mensuel : les néonazis ne sortent jamais de l’agitation violente comme moyen d’entraîner avec eux des fidèles. Ça, et la détention d’armes, une constante chez eux. En 1983, Terreblanche sera en effet condamné à deux ans de prison (avec sursis) pour détention illégale d’armes. Pour mieux les réaliser, ses rêves, il crée une milice, le Brandwag (« la sentinelle »), du nom de l’emblème du « Golden Gate National Park » dans l’État-Libre d’Orange, qui se rendra célèbre par ses exactions.

    En France, Jean-Marie LePen sera fort tenté de faire la même chose avec son DPS, armée de nervis toujours prêt à faire le coup de poing, à l’uniforme proche de celui de la police, et dont un de ses membres, plus allumé que les autres, se rendra en Afrique Centrale pour exercer d’autres talents : Claude Hermant, aujourd’hui gestionnaire d’une auberge en banlieue lilloise liée au mouvement du Vlaams, un établissement inauguré par…. Fabrice Robert, leader des identitaires, « ex-conseiller municipal FN à La Courneuve, ex-membre du Conseil national du MNR (de Bruno Mégret), c’est aussi l’ancien porte-parole d’Unité radicale, » l’homme qui a hébergé dans son groupe (dissous) Maxime Brunerie, celui qui a failli tuer Jaques Chirac en lui tirant dessus un 14 juillet. Celui qui répand sa prose raciste via ses sites « d’information » déguisés en « agences », telle Novopress. Robert, « le fondateur du groupe de rock radical Fraction Hexagone, qui promet « une balle pour les sionistes, une balle pour le cosmopolitisme, et une balle pour la police » ou rend hommage à la croix celtique, symbole depuis longtemps récupéré par les groupuscules fascistes »… L’AWB n’est pas si loin que ça… chez lui et dans nos propres banlieues !

    Robert, ou Hermant, qui avouera un jour ce en quoi consiste son organisation dite de « fantômes » : le second type de mission demandé aux « fantômes » consiste à organiser la déstabilisation de certains quartiers ou des villes qui ne sont pas acquises aux idées du Front. Là encore, il faut infiltrer. Prendre contact avec des bandes. Inciter à la violence ou à la rébellion. Fournir la logistique dans des quartiers sensibles pour donner aux jeunes la possibilité de s’exprimer par la violence. Dans un quartier, si vous mettez le feu à une voiture, dans l’heure qui suit, neuf fois sur dix vous en avez quinze autres qui brûlent ». On retrouve là même mouvance et les mêmes techniques de déstabilisation que celle du Brandwag, spécialiste des voitures brûlées : tous les mouvements d’extrême droite on les mêmes bases, et les mêmes fonctionnements ! Quand on se pose la question de l’incroyable extension de la violence en Afrique du Sud, à la veille de la Coupe du Monde de football, il ne faut pas chercher bien loin. L’activisme de groupes d’extrême droite y est toujours présent, et les heurts entre ethnies « encouragés ».

    Les mêmes habitudes et les mêmes fournisseurs, comme Bernard Courcelle, l’homme de la Françafrique, le responsable du DPS : « M. Courcelle a proposé aux Tchétchènes de leur fournir des instructeurs et des armes. Il a demandé à Marti Cappiau d’ouvrir des comptes en banque, et les Tchétchènes ont fait un premier versement d’un million de dollars. Ils ont demandé un matériel spécifique, assez récent comme des Kalachnikov AK-74, que Bernard Courcelle était capable de vendre sous 24 heures. Mais, à ma connaissance, on leur a fourni des armes datant de l’après-guerre, des AK-47. Les Tchétchènes ont demandé réparation. M. Courcelle a toujours les Tchétchènes derrière lui, pour payer sa dette ». James » Marty Cappiau étant un ancien légionnaire belge recyclé dans le trafic d’armes, « tué le 22 mars 2001, alors qu’il venait d’exécuter Vjekslav Slisko, un « big-boss » de la mafia croate ». Cappiau travaillait pour Jacques Monsieur, dont je vous ai déjà conté les étranges aventures ici-même. L’extrême droite a toujours aimé voir circuler les caisses d’armes. Le responsable du Vlaams Belang, en Belgique, n’est pas l’ancien responsable du port d’Anvers pour rien.

    Et il n’est pas islamophobe non plus pour rien : « dans un entretien accordé à l’hebdomadaire juif américain Jewish Week, Filip Dewinter affirme que le Vlaams Belang n’est pas un parti xénophobe mais bien « islamophobe ». Il reproche aussi à l’Europe de ne pas soutenir suffisamment l’entité sioniste ». Admirons la contradiction de l’extrême droite actuelle, toujours coincée entre islamophobie nouvelle et antisémitisme traditionnel. L’ancien patron du Vlaams, Franck Vanhecke, restant dans la lignée d’un racisme bien ordinaire : en mars 1990, il qualifie de « renégat pour son peuple et sa tribu, » le maire d’Amsterdam Ed van Thijn qui vient d’inaugurer une place Mamdela. « Imaginez que le bourgmestre d’Amsterdam qui fait preuve tous les jours de son incapacité à gérer les problèmes de sa ville en matière de drogues, de criminalité, de logement et d’immigration a jugé nécessaire de rebaptiser la prestigieuse Leidseplein en ‘place Nelson-Mandela’, ce qui donna lieu à des manifestations hystériques dans les rues, dignes de l’un ou l’autre bidonville de Kinshasa ou des bas quartiers de Caracas, mais qu’on ne devrait pas voir en Europe occidentale. Ce monument d’incompétence qu’est Van Thijn a en plus trouvé bon de faire la leçon aux Sud-Africains dans un discours prononcé devant à la faune et flore rassemblée. » Vanhecke n’encensera pas non plus pour rien, David Duke, leader antisémite du KKK, invité d’ Ahmadinejad à la conférence du 11 et 12 décembre 2006 à Téhéran sur le négationnisme, tout en se déclarant le plus grand défenseur d’israël existant... le grand écart persiste chez lu et dans tout le mouvement : négationnistes, mais soutenant Netanyahou et Lieberman !

    AAKA002167

    Chez Terreblanche, les armes proviendront… des stocks de la South African Air Force. Le samedi 15 Avril 1990, un groupe comportant Francois Van Rensburg, un des conscrits de la base, adhérent des idées de Terreblanche, commettra un des plus grands vols d’armes survenus dans le pays. Aux commandes d’un camion volé à l’aviation sud-africaine, qui va entrer dans la base, Piet Rudolph, député et leader du Boerestaat Party, membre de l’Afrikaner Volksfront (une coalition hétéroclite d’extrême droite), qui possède le double des clés de l’armurerie. 68 armes seront ainsi volées, dont des pistolets et des fusils d’assaut R5 (le Galil israélien, produite sous licence en Afrique du Sud). Les armes seront remises à un adjoint de Terreblanche, Kallie Bredenhann et à son fils Henk. Elles n’ont jamais été retrouvées. Tout le monde s’est alors posé la question de la facilité avec laquelle le vol avait pu se produire…

    Terreblanche, dont les troupes stockent donc des armes volées ou achetées (on découvrira plusieurs de leur caches dans les années 80) et qui essaiera notamment de perturber les élections de 1994, les premières élections multi-raciales en Afrique du Sud, en faisant sauter des bombes qui tueront 21 personnes. Une bombe explosera même à l’aéroport de Johannesbourg. Mais l’option terroriste choisie se révélera d’une rare inefficacité. Ce que n’a pas prévu Terreblanche, en effet, c’est qu’en face il y a un homme beaucoup plus intelligent que lui : Frederik de Klerk, qui aura tôt fait de se servir des attentats comme rebrousse-poil, en traçant un portrait d’un Terreblanche à demi-fou, ce qu’il n’était pas loin d’être à vrai dire. L’homme a en effet déclaré un jour vouloir « tuer tous les Noirs non civilisés ». Le résumé de l’individu, et de son racisme fondamental.

    Un racisme qui plaît à ses seules ouailles, et encore. Dans les années 90, son mouvement réunissait en effet 70 000 adhérents, sur une population totale de 3,5 millions de blancs. Il défilait dans les rues de Pretoria comme défilaient les membres du KKK aux Etats-unis, cheval et drapeau en tête. Les actions violentes se sont multipliées ces années là. Avec un Nelson Mandela relâché le le 11 février 1990, Terreblanche sait qu’il a déjà perdu la partie, et radicalise encore davantage son mouvement : « si les attaques perpétrées par l’extrême droite constituaient, en 1989, un pour cent des actes de terrorisme commis en RSA, on estime que ce chiffre a atteint vingt pour cent en 1990. » Piet Rudolph, l’allié de Terreblanche, a en effet déclaré la même année qu« il vaut mieux mourir glorieusement que de vivre dans la dégradation en acceptant l’autorité des Noirs ». Les mouvements d’extrême droite comme le sien ou celui de Terreblanche constituent alors un vrai casse-tête pour le jeune gouvernement noir, car ils bénéficient aussi du soutien… de la police : « on estime que soixante pour cent des policiers blancs sont sympathisants ou membres d’organisations conservatrices. Les commandos ruraux de la SADF semblent également acquis aux visées de la droite, et l’état-major a décidé de retirer l’armement léger de certaines unités pour cette raison. Néanmoins, des vols d’armes commis en avril 1990 par des militants d’extrême droite n’ont pu être opérés qu’avec la complicité de personnels militaires. Enfin l’ancien chef des forces armées, le général Constantin Viljoen, occuperait une position occulte au sein de la droite« . On sait enfin pourquoi l’expédition dans la caserne de l’AirForce a été aussi transparente !

    Mais dès la fin des années 90, Terreblanche va se faire doubler par un politicien bien plus adroit que lui, Constand Viljoen, justement, l’ancien chef de la « South African Defence Force », lui aussi d’extrême droite, mais bien plus fin politicien, qui grignotera assez rapidement l’électorat raciste Afrikaner pour totalement isoler le leader de l’AWB. Autant Terreblanche incarne un mouvement purement terroriste, dans les années 90, autant celui de Viljoen présente tous les aspects de la respectabilité : c’est un LePen d’après le captage de l’héritage des Ciments Lambert, en quelque sorte. Tout le monde sait qu’il y a deux carrières chez LePen : avant l’héritage et la fortune, avec bandeau sur l’œil et costume mal taillé, et après avec aspect de respectabilité et belles affiches en couleurs, « offertes » par un imprimeur, Fernand Le Rachinel, qui veut aujourd’hui sa peau (pour un chiffre faramineux d’impayés - 6,3 millions d’euros !). Terreblanche ne l’a pas vu venir, l’homme plus « respectable », et en moins de cinq ans le voilà marginalisé… et emprisonné pour avoir attaqué une station service tenue par un noir, battu à coups de barre de fer avec son vigile ! En réalité, Viljoen, surnommé le « dernier des généraux Boers » lu aussi stockait des armes…. mais n’en faisait pas publicité !

    Au sortir de prison en 2004 (il a été condamné le 17 juin 1997 à six ans de prison), Terreblanche recommence son grand cirque habituel, chevauchant sur la porte de la prison son cheval (noir) appelé Attila (les gens d’extrême droite manquent d’imagination !). Mais il n’est plus rien et ne représente plus rien. Il a beau faire le 16 décembre 2005, un discours où il raille la langue anglaise choisie par le pouvoir comme preuve de son renoncement national, le « jour de la réconciliation » (le « jour du vœu », du 7 décembre 1838, sous l’apartheid, rebaptisé !), rien n’y fera : c’est devant une centaine de personnes qu’il parle désormais. Mandela a gagné, et lui a perdu. On se moque de ses interventions grandiloquentes… et on lui prête également une aventure avec une journaliste (blonde) sud africaine, Jani Allan, etc… Une vraie « blonde », celle-là, devenue chrétienne « born again » en 1994, qui va en faite détruire ce qui lui reste de notoriété. La fin de la carrière de l’Hitler austral va sombrer en effet dans le grotesque. Il l’était déjà avant, mais l’affaire Allan va le laminer littéralement.

    jani_allan___fair_lady__c_1

    Cela commence par une interview où il sera présenté sous son meilleur angle : Allan s’en excusera plus tard en disant « qu’elle ne connaissait pas le pouvoir de persuasion d’Hitler ! », et ça se terminera d’une façon assez atypique. Des témoins ayant vu à plusieurs reprises la blonde et Terreblanche ensemble, après l’article dithyrambique, des rumeurs d’amourette commençant à fleurir, et un des membres de l’AWB, Cornelius Lottering, ne va rien de trouver mieux que d’aller poser une bombe en dehors de l’appartement de la journaliste, qui explosera en volatilisant tous les carreaux du voisinage. On n’est jamais mieux trahi que par les siens ! En réalité, Terreblanche poursuivait bien la journaliste de ses assiduités : après l’avoir expédiée en Angleterre, le responsable du journal où elle travaillait publiera la correspondance enflammée du « supremacist », ruinant encore un peu plus sa réputation : l’agenda d’Allan servira à un procés intenté par Terreblanche, dans lequel elle avait noté ses fantasmes et décrits ses sous-vêtements verts… à trous : l’homme deviendra alors la risée de toute la presse du pays !

    On accusera plus tard Tertius Myburgh, l’éditeur du magazine ou travaillait Allan, d’avoir eu des liens avec le « South African Bureau of State Security » voire de travailler pour le National Party, pour élliminer définitivement Terreblanche du circuit politique. Et effectivement, en 2008, à la fin de de son histoire de  »cœur », il n’est plus rien, l’ancien leader aux dessous troués. Ses amours grotesques l’ont éliminé du circuit. Il tente vainement la même année de recourir à la Cour internationale de justice de La Haye pour exiger la création d’un état blanc Afrikaner, peine perdue. Comme supporter de l’idée, on retrouve… Lugan, qui, dans la revue Identités, (une revue du Front National) prône lui aussi la création d’un État blanc d’Afrique du Sud, seul susceptible selon lui de maintenir la « survie de l’identité blanche« . Un Lugan qui écrira pour se défendre un texte qui résonne bizarrement aujourd’hui : « Je n’ai jamais défendu l’apartheid. J’ai en revanche toujours dit que les colons hollandais avaient l’antériorité de la présence sur environ un quart du pays et que la création d’une province ou d’un Etat national sur un espace réduit de l’ancienne Afrique du Sud était le seul moyen d’éviter à la tribu afrikaner le sort peu enviable qui est aujourd’hui celui des Blancs du Zimbabwe ». Voilà qui nous rappelle d’autres revendications similaires sur « l’antériorité de la présence « …

    Retrouvé samedi dernier dans sa ferme de Ventersdorp, battu et sévèrement touché au visage par des coups de panga, le couteau-machette de bois local, Eugène Terreblanche disparaît dans la violence, après l’avoir attisée toute sa vie. « Sa milice de protection, armée jusqu’aux dents et joignable 24 heures sur 24 par SMS, n’aura pas eu le temps de le sauver » note Libération. Espérons que ce soit bien la dernière fois que lui et ses idées fassent la une des journaux, et qu’il n’y aura personne pour reprendre ses élucubrations. L’arrestation en décembre dernier des membres d’un obscur culte pro-blanc, le Jesurun Brotherhood, en ce sens, n’est pas faite pour rassurer. Un groupe lié à celui des Suidlanders, qui répand la rumeur comme quoi tous les blancs seront tués à la mort de Mandela… au milieu de leur fatras intellectuel, des citations du Deutéronome ! La dernière fois, donc, on l’espère. A part hélas pour Bernard Lugan, bien entendu, qui cumule, visiblement, lui, et devient certainement le seul à regretter aujourd’hui Eugène Terreblanche…

    PS : pour ceux qui auraient déjà oublié Steve Biko, mort le 12 septembre 1977, personnellement, je ne l’ai jamais oublié. Merci, Peter Gabriel, d’avoir fait connaître son sort, merci !!!biko9

    September ’77

    Port Elizabeth weather fine

    It was business as usual

    In police room 619

    Oh Biko, Biko, because Biko

    Oh Biko, Biko, because Biko

    Yihla Moja, Yihla Moja

    -The man is dead

    When I try to sleep at night

    I can only dream in red

    The outside world is black and white

    With only one colour dead

    Oh Biko, Biko, because Biko

    Oh Biko, Biko, because Biko

    Yihla Moja, Yihla Moja

    -The man is dead

    You can blow out a candle

    But you can’t blow out a fire

    Once the flames begin to catch

    The wind will blow it higher

    Oh Biko, Biko, because Biko

    Yihla Moja, Yihla Moja

    -The man is dead

    And the eyes of the world are

    watching now

    watching now

    vu 2 362 fois   Voter
  • 8 commentaires

    • avatar
    • Reyvolt

    L’etrême droiture n’a qu’a bien se tenir avec une culture comme la votre M.Momo.
    Merci pour l’hommage à Stephen Bantu Biko que je n’ai également pas oublié.

    Si j’osé je vous dirais « Beau boulot Momo !! »

    • avatar
    • momo

    Merci Reyvolt, me serais douté que vous n’auriez pas oublié la chanson ni Biko !

    • avatar
    • leos34

    Merci momo pour tes informations aussi précises et claires…

    Quelle honte…ces sudaf….des NAZIS en terre d’ébène….encore de nos jours….il faut vraiment être malade.
    Les Bantous sont chez eux…on les pourchasse..
    chez nous ils ne sont pas les bienvenus….

    • avatar
    • Fornofsky

    Quel intérêt ce long texte soporifique sur cette racaille, qu’il rôtisse en enfer …
    Le plus triste en Afrique du Sud c’ est que Mandela se soit fait baisé par Thabo Mbeki et ses politiques économiques néo-libérales …
    Les blancs leur ont filé les clefs de la maison mais avec Mbeki l’ oncle Tom, ils se sont assurés de garder celles du coffre …

    • avatar
    • momo

    « Quel intérêt ce long texte soporifique sur cette racaille, qu’il rôtisse en enfer  »

    et comme ça on évitera de parler de ses supporters français, hein c’est ça : votre manœuvre est ratée, Fornofsky…. l’occasion ici de ressortir votre fiel habituel sur le net…

    • avatar
    • momo

    • avatar
    • Fornofsky

    Pôvre Momo ,
    Je m’ en crisse des supporters français de cette ordure !!!!
    Vous êtes comme les cinéastes qui font des films super violents pour dénoncer la violence …
    Votre texte soporifique est une mine d’ or pour les petits fachos en herbe avec tous les liens que vous leur donnez …
    Moi je parle du vrai problème le néo libéralisme de Mbeki qui a trahi les idées de L’ ANC, pour quelques millionnaires noirs combien de déshérités laisser pour compte …
    Momo ça rime avec nono …

    • avatar
    • momo

    Vous êtes comme les cinéastes qui font des films super violents pour dénoncer la violence …

    merci du propos. J’ai déjà écrit sur eux. Et pas dans le sens que vous dites.

    Votre texte soporifique est une mine d’ or pour les petits fachos en herbe avec tous les liens que vous leur donnez

    vieille excuse classique : vous dites ça pour qu’on en PARLE PAS DU TOUT, oui, le PROCEDE EST CONNU et vous l’appliquez à la lettre !

    Moi je parle du vrai problème le néo libéralisme de Mbeki qui a trahi les idées de L’ ANC,

    vous pouvez chanter la chanson de la mise à mort des blancs alors : personnellement, ce n’est absolument pas ce que je ferais : un extrémisme n’est jamais bon, quelqu’en soit la couleur.

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2011 | Roule sous Wordpress