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L?orthographe, ce traumatisme culturel hautement b?tifiant

ane-ortho - CP

YSENGRIMUS?? L?orthographe est un art?fact inutile, un tic culturel malsain, une gangr?ne mentale, un cancer intellectuel. L?orthographe ne joue absolument aucun r?le dans mon ?valuation de l?intelligence ou de la connerie de quelqu?un qui ?crit? L?orthographe exacte, parfaite, int?grale, int?griste, totalitaire est une id?e pourtant bien peu v?n?rable. Moi, ici, devant toi, tel que tu me lis, je ne dispose plus de la marge de mou scriptesque dont disposaient, par exemple, Descartes, Voltaire et Madame de l?Espinasse. C?est hautement jacobin et licteur, cette ortho-affaire, en fait. Je ne suis pas pour, pas pour du tout. Pour s?r, nos bonnets cyber-phrygiens accuseront les noblaillons de jadis, dans la mise en place du chic et du ton scryptique (mot-valise!) de notre culture ?crite. Et ils pointeront du doigt le souci aristo de distinction d?marcative et de soumission des masses du bourg. C?est le contraire en fait! Les poudr?(e)s des quelques si?cles ant?rieurs, surtout les salonni?res, ?crivaient librement ??mais sans exc?s??. La faute n?existait pas pour eux, pour elles. Vous avez bien lu. Ce sont les LIBRAIRES et les IMPRIMEURS qui ont impos? l?exactitude, rigoriste, absolu et docile, ? leurs typographes PEU INSTRUITS d?abord, tr?s marginalement, puis, via l?appareil scolaire se tentacularisant au XIXe si?cle, ? toute la soci?t? fran?aise, poudr?s inclus. Eh oui?C?est un fait qu?initialement l?orthographe exacte, inflexible, ?tait une mesure int?gralement coercitive, ciblant exclusivement les illettr?s et les ignorants et ?pargnant les gens de lettres. C?est qu?ils ne la d?codaient pas, eux, ces gueux, la ci-devant ??souplesse sans exc?s???

De nos jours, le dispositif oppressif implicite en cause ici s?est int?gralement invers?. Ben oui! On traite les savants d?aujourd?hui comme on traitait les ignorants de jadis. Aussi, regarde-toi, juste une minute, toi qui sursaute en voyant des f?tes d?ortograf dans le c?v? d?un de tes futurs s?ides tertiaris?s. Observe-toi, une toute petite seconde. Ta position d?autorit? est compl?tement ravaud?e, taraud?e, par le tout cuisant traumatisme orthographique des libraires, des imprimeurs et des instituteurs de jadis. Tu as la compulsion aux tripailles de te comporter comme un proviseur de village, simplement parce que te voici en position d??valuer ces gens, pourtant comp?tents, qui postulent dans ta boite de sous-merdes. Mais tu devrais jauger leurs cheminements de carri?re, pas leur conformit? de scribouilles. Ceci n?est plus la petite ?cole, ma fille, mon gars. ?l?ve tes crit?res, un petit peu. Diversifie tes r?flexes. Raffine tes compulsions. Un plombier peut parfaitement savoir raccorder des tuyaux m?me si sa lettre-parapluie a rat? l?accord de deux participes parasitaires? Raccorder n?est pas accorder!

Bon, penchons-nous un peu, bri?vement, sur la chose, en exploitant quelques petits exemples bien innocents mais aussi bien lancinants. On distinguera soigneusement l??criture (le fait, fort ancien, de repr?senter les sons par des lettres, selon le principe pratique UN SON ? UNE LETTRE) de l?orthographe (le fait, un tout petit peu moins ancien, de repr?senter les sons par des lettres, en perdant justement de vue le principe pratique UN SON ? UNE LETTRE, au profit de l?apparition d?ornements cod?s, hautement valoris?s culturellement, mais parfaitement inutiles). L??criture est une orthographe d?pouill?e de ses fioritures inutiles. L?orthographe est une ?criture surcharg?e de lettres inutiles et brouillonnantes, fatales pour le sens pratique le plus ?l?mentaire. L?orthographe, quelque part, proc?de plus d?une calligraphie que d?une graphie, au sens strict. Voici un exemple ? la fois sublimement extr?me et tristounettement banal. Dans le mot suivant:

OISEAU

pas une seule des maudites lettres ne se prononce selon la r?gle d??criture ordinaire du fran?ais! C?est la foutaise orthographique pure, maximale, cardinale. Oh, haro sur ce culte maladif de la combinaison de lettres archa?que. Raymond Queneau et moi, on vote:

WAZO.

Le mot OISEAU est int?gralement orthographique et, pour que le principe pratique totalement bousill? UN SON ? UNE LETTRE soit restitu?, il devra s??crire WAZO. Ce cas est extr?me et, en fait, la pond?ration ?criture/orthographe fluctue et se d?ploie par degr?s, fonction des mots. Ainsi, le mot ORTHOGRAPHE est tr?s orthographique (il pourrait s??crite ortograf sans la moindre perte de compr?hension). Le mot ?CRITURE l?est un peu moins (seul le e final est en trop, le reste colle parfaitement aux sons).

Il est avant tout capital de verser au caniveau, sans compensation, la soupe d?arguties, utilis?e, au sein de notre ch?re culture fran?aise, pour noyer un fait tout simple, celui du caract?re parfaitement non n?cessaire et non essentiel de l?orthographe, aux fins d??criture. L??criture fran?aise n?est pas la langue fran?aise. L??crit n?est pas non plus je ne sais quel ??langage?? fondamental, logico-transcendantal ou quoi encore. L??crit, c?est juste un CODE, parfaitement ancillaire et subalterne, qui capte l?oral et le fait, totalement ou partiellement, circuler sur un support, initialement selon la formule implacable UN SON ? UNE LETTRE. Quand cette formule est brouill?e, dans l?histoire de l??criture, l?orthographe s?installe, avec son lot de carences sociologiques et, justement, d?incoh?rences pratiques. Il faut alors ramener l?orthographe ? une toute simple et toute soumise ?criture en ?r?formant l?orthographe?. Les anglophones et les hispanophones font cela de temps en temps, de ci de l?, sans pomper, sans paniquer, tandis que c?est justement ici que les licteurs fran?ais en tous genres bloquent des quatre fers, en d?goisant et d?glutissant sur la grande coh?rence fondamentale de tous les ?langages?. Un exemple hurlant du caract?re hirsutement fallacieux de ces postures de satrapes: l?accord. Celui-ci s?analyse ?cognitivement? en deux mots simples: r?flexe conditionn?. Comparez:

Les petites filles
The little girls

On nous brame qu?il FAUT, ?cognitivement? ou ?langagi?rement?, accorder l?adjectif et l?article sur le pluriel du nom en fran?ais mais qu?il FAUT, ?cognitivement? ou ?langagi?rement? toujours, ne pas les accorder en anglais? Vous allez me dire que les ricains, les brasseurs d?affaires du monde, savent pas compter les quantit?s et les marquer dans le ?langage fondamental?? Que la langue fran?aise ?sait? le quantitatif ?cognitif? mieux que quiconque, Yankees inclus? Allons. Ce sont tout simplement deux conventions ethnoculturelles de scribouilles distinctes, pas plus ?profondes? ou ?langagi?res? l?une que l?autre? Le reste orthographique est tout en tout et pour tout ? l?avenant? C?est l?orthographe qui est en faillite, pas ceux qui la ?pratiquent? (la subissent)? Pan, dans les dents de la grande psycho-scriptologie cosmologique de troquet. Observons maintenant, si vous me permettez, le petit cri du c?ur suivant, qui exprime si crucialement le fond de mon opinion sur la question:

Bien digne de Zazie, de Petit Gibus ou de Jean Narrache, cette sublime note est pourtant parfaitement LISIBLE. Je la comprends. Fondamentalement, c?est ce qui compte. Pourquoi devrai-je en juger sociologiquement l?auteur(e) pour quelques ND et quelques ST en saupoudre ornementales (socialement convenues), qui manquent? Un mot tout ? fait de circonstance en mati?re orthographique, le mot TOTALITAIRE, est ?crit ce jour l?, me rapporte-t-on, par quelque ?l?ve paniqu?: TAUTALITHAIRE. ?, mon orthographiste hyst?ro, tu cries, une fois de plus, ? l?ignominie r?peuse du d?clin des ?coles. Car, corollaire f?tide ici, le coup de clairon f?l? du d?clin scolaire, fait soixante ans qu?on nous le sert? Pourtant, monsieur, madame le savant/la savante ? pedigree, le cas TAUTALITHAIRE est le sublime produit scolaire pur sucre. Ce cas porte un joli nom bien explicite: c?est une HYPERCORRECTION. On rajoute trouillardeusement des lettres en saupoudre, parce que l?oppresseur l?exige fort souvent, f?rule en main, et on le fait au petit bonheur la chance, fautivement donc. Suis bien le mouvement. On te r?clame hargneusement, ce matin l?, le pluriel d?ANIMAL. Tu sais tout de suite comment se formule la sonorit? de l?affaire, que c?est ANIMO et tu aimerais bien pouvoir l??crire ainsi, sans malice, et passer ? autres choses. Mais, c?est bien trop simple ?a, bien trop pur. Il y a une astuce et tu le sens, ? d?faut de le savoir sans faille. M?me s?il d?raille plus souvent qu?? son tour, ton ortho-tic fait toc-toc. On t?a dress? sous le harnais ? m?priser souverainement l??criture ?au son?, ? sentir cette pratique comme fautive, comme puant l?analphab?tisme populacier. Alors? Alors, tu t?tonnes, tu en retartines une bonne couche corrective: ANIMOTS, ANIMEAUX, ANIMEAUS, ANIMAULTS, ANIMEAULTX. C?est chic mais ?a cloche toujours. Les ?r?gles? se bousculent et se t?lescopent dans ton esprit, en un vrai beau g?chis de mn?motechnie en d?glingue, une ?mulsion mentale bien inutile, une vraie belle ?claboussure de mati?re grise foutue. Enfin, bon, hein, pendant que tu pioches comme ?a, tu ne penses pas ? autre chose, hein, bon. Tu n?envisages pas de te r?volter. C?est d?j? ?a de pris? Dans une stricte ?criture UN SON ? UNE LETTRE, l?hypercorrection, cette tremblote institutionnelle de soumis peureux, dispara?trait d?elle-m?me, emportant un tas d?autres ??fautes?? dans sa tourmente.

Finalement, l?exp?rience prouve aussi, et ce n?est pas rien, que les chercheux convulsionnaires de fautes d?orthographe sont souvent des objecteurs au contenu qui n?osent pas ouvertement tomber la cagoule. Crypto-astineux de toutes farines, prenez acte une bonne fois du fait que votre petite orthographe fran?aise absurde, s?il fallait la respecter int?gralement, elle finirait pas parachever son r?le exclusif, qui est de b?illonner. Des 6,000 langues et dialectes survivant encore dans le monde, il y en a, quoi, 350 avec une ?criture. Effectivement, cherchez la l?, l?arnaque ethnocentriste? Bazardons l?orthographe, lib?rons l??criture et la parole!

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    Bonjour, Ysengrimus.

    Vous avez raison lorsque vous soulignez que l’orthographe doit être dissociée du message.

    Pour autant, ce dernier a toutes les chances d’être mieux compris s’il est correctement orthographié. Pour une raison simple : l’orthographie est à l’écriture ce qu’est la rigueur du coup de pinceau dans l’œuvre picturale. Imagine-t-on des Rembrandt ou des Renoir peints approximativement ?

    L’orthographe, c’est l’esthétique de l’écriture. On peut s’en passer pour saisir le sens d’un texte, mais on se prive alors du plaisir de la lecture.

    Cordialement.