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Quand comprendra-t-on enfin que les déboires européens actuels ne sont en rien dus aux endettements publics ? Pourquoi l’orthodoxie, la pensée dominante, l’écrasante majorité des économistes, comme les dirigeants politiques (qui n’y comprennent pas grand-chose), s’obstinent-ils à considérer cette crise comme celle des « dettes souveraines » européennes ? Un petit rappel historique serait à cet égard éclairant. D’Histoire [...]

L?ind?pendance de la BCE est un mythe

Quand comprendra-t-on enfin que les d?boires europ?ens actuels ne sont en rien dus aux endettements publics?? Pourquoi l?orthodoxie, la pens?e dominante, l??crasante majorit? des ?conomistes, comme les dirigeants politiques (qui n?y comprennent pas grand-chose), s?obstinent-ils ? consid?rer cette crise comme celle des ??dettes souveraines?? europ?ennes?? Un petit rappel historique serait ? cet ?gard ?clairant. D?Histoire de France en l?occurrence, car c?est une loi fran?aise du d?but des ann?es 70 qui devait consacrer cette orthodoxie financi?re – et figer dans le marbre la sacro-saint ind?pendance des banques centrales -, responsable des ravages actuels de l?Union europ?enne?!

Le 3 janvier 1973 ?taient en effet adopt?s?les?nouveaux statuts de la Banque de France?qui devaient r?volutionner le job de banquier central, le transformant ainsi en une sorte de personnage ??t?flon?? – totalement antiadh?sif ? n?ayant nul compte ? rendre ? l?ex?cutif de son pays ni ? ses concitoyens. C?est effectivement ? 1973 et ? cette loi fran?aise qu?il est possible de dater le d?but de l?irresponsabilit? des banques centrales, et particuli?rement dans son article 25 qui indique que ??le Tr?sor public ne peut ?tre pr?sentateur de ses propres effets ? l’escompte de la Banque de France??. Tournant crucial donc dans la gestion des finances publiques des nations occidentales qui emboit?rent le pas ? la France. Les Etats ?tant d?s lors – et de facto – d?finitivement ? la merci du syst?me bancaire, puisque leur Tr?sorerie n??tait plus en droit d?emprunter aupr?s de sa banque centrale.

Etape historique sur le chemin de la lib?ralisation financi?re internationale, franchie et initi?e par la France qui s?interdisait dor?navant de recourir ? la planche ? billets de sa banque centrale en cas de besoin. Probl?matique d?une actualit? br?lante dans le contexte europ?en d?aujourd?hui?! L?adoption de cette loi ne devant du reste rien au hasard ? une ?poque o? la France ?tait pr?sid?e par un ancien banquier, ? savoir Georges Pompidou. Dans un contexte o?, suite ? la d?cision du Pr?sident am?ricain Nixon en 1971 de suspendre tous les achats et ventes d?or, le billet vert n??tait plus convertible en m?tal jaune. Et dans une atmosph?re de tension financi?re internationale o? les am?ricains esp?raient tirer leur ?pingle du jeu, illustr?e par la fameuse r?partie du Secr?taire au Tr?sor de l??poque John Connally?: ??le dollar est notre monnaie mais c?est votre probl?me???!

Bref, l?effondrement du syst?me instaur? ? Bretton Woods en 1944 (sous l?impulsion de Keynes) inaugurait une nouvelle p?riode o? les risques ?taient appel?s ? ?tre assum?s par les investisseurs, d?sormais confront?s aux al?as des fluctuations mon?taires. L?abandon de cette convertibilit? ayant par ailleurs des cons?quences fondamentales sur les acteurs financiers qui ne manqueraient ?videmment pas de saisir toutes les opportunit?s offertes par la sp?culation sur la volatilit? naissante du march? des changes. La d?r?gulation et la lib?ralisation du secteur financier constituaient donc le pr?alable incontournable qui autoriserait ses intervenants ? profiter des fluctuations de ce nouveau march?. C?est donc dans cet environnement que s?est impos? le concept d?ind?pendance des banques centrales dont l?objectif ?tait de st?riliser la politique mon?taire. Et de la soustraire ? toute ing?rence de la part de politiques trop souvent enclins ? l?utiliser ? des fins de relance ?conomique, au risque d?attiser l?inflation.

D?s lors, le banquier central devait se complaire dans son splendide isolement. Il se transformait en une sorte de cardinal ? ou d??minence grise – emmur? dans un conclave permanent et prompt ? distiller la fum?e noire afin d?emp?cher toute vell?it? de mon?tisation de sa dette par l?ex?cutif de son pays. Voil? le banquier central ? responsable devant personne ? qui disposait donc du pouvoir de sanction vis-?-vis des ?lus. Du coup, la politique mon?taire ? c?est-?-dire la cruciale d?finition des taux d?int?r?t ? en devenait passive. Elle se contentait en effet de r?percuter et de se faire l??cho des volont?s et du dictat de la haute finance.

Cette loi fran?aise de 1973 fut par la suite abrog?e?mais seulement pour ?tre remplac?e en 1992 par le Trait? de Maastricht et en 2009 par celui de Lisbonne qui d?fendaient jalousement la m?me orthodoxie. A savoir de pr?venir toute facilit? de d?couvert ou de cr?dit consentis par la Banque centrale europ?enne en faveur de gouvernements, de r?gions ou de collectivit?s locales membres de l?Union. Comme nos Etats ne pouvaient plus faire appel ? leur banque centrale afin de financer leurs comptes et d?penses publics en cas de besoin, nous sommes donc tous devenus d?pendants du syst?me bancaire commercial qui, lui, ?tait bel et bien en mesure de cr?er des liquidit?s en priv? ? partir du n?ant pour les pr?ter ? nos Etats moyennant int?r?ts.

Pratique inaugur?e d?s 1973 par la France mais qui s?av?re aujourd?hui quasi globale puisqu?une??tude du F.M.I.?r?v?le effectivement que deux-tiers des 152 banques centrales autour du globe restreignent consid?rablement ? quand elles n?emp?chent pas tout court ? tout pr?t ou toute mise ? disposition des banques centrales en faveur de leur gouvernement.?Au nom de la tr?s v?n?rable et de l?intouchable ??stabilit? des prix??. Au m?pris de la stabilit? macro?conomique. Et tant pis si les frais de financements de leurs dettes par nos Etats atteignent des sommets intenables, et pour les finances publiques, et pour la croissance, et pour le pouvoir d?achat du citoyen? Utilisant les donn?es fournies par Eurostat, un ?conomiste britannique d?Oxford, Simon Thorpe, parvient ainsi ? la conclusion que?les seuls int?r?ts pay?s en 2011 par l’Union europ?enne sur sa dette publique se montent ? 371 milliards d’euros, soit pr?s de 3% du P.I.B. de l?ensemble de ses membres?!

Tel est donc le prix ? payer pour l?ind?pendance de la BCE. Dans une conjoncture de d?prime europ?enne absolue, burin?e d?effondrement des recettes fiscales, de r?tr?cissement des aides sociales et d?envol?e du ch?mage. Avec des Etats qui, afin de financer leur train de vie ? donc le n?tre?! – se retrouvent contraints de descendre dans l?ar?ne des march?s financiers, lesquels ne se privent ?videmment pas de faire monter les ench?res en m?me temps qu?ils imposent l?aust?rit? avec, ? la cl?, davantage de r?cession. Simplement parce qu?il nous est impossible de nous financer aupr?s de nos banquiers centraux qui se drapent dans leur toge d?ind?pendance. Ind?pendance qui n?est en r?alit? qu?un rideau de fum?e destin? ? masquer leur all?geance au syst?me bancaire.

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