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L?hypoth?se d?un 3e cerveau : le mim?tique!

 

Voici le septi?me article sur les richesses incommensurables du cerveau!

L?article s?inspire du livre Votre cerveau n?a pas fini de vous ?tonner de Patrice Van Eersel, r?dacteur en chef du magazine Cl?s. Le pr?sent article traite de l?entrevue r?alis?e par M. Van Eersel avec Jean-Michel Oughourlian, psychiatre ? l?H?pital am?ricain de Neuilly et professeur de psychologie ? la Sorbonne.

Le d?sir du m?me

Deux bambins dans un bac ? sable se disputent un seau en plastique rouge. Les parents tentent de les raisonner, leur montrant d?autres jouets, m?me plus beaux. Peine perdue?: ils veulent le m?me seau. Les adultes sont oblig?s de s?parer les deux enfants qui hurlent et ?cument de frustration. S?ils en avaient le pouvoir, chacun an?antirait l?autre dans un ?clair de violence.

M?me situation avec un couple. Depuis quelques ann?es, l?homme ne regarde plus sa femme qu?avec ennui. Survient un ?tranger, dont les yeux brillent quand il aper?oit sa femme ? qui elle-m?me le remarque et en devient m?me ravissante. Voil? qu?en peu de temps, la flamme du? mari rena?t.

Ces deux exemples illustrent le d?sir du m?me. ?ros, pulsion de vie et de cr?ation, fonctionneraient comme un miroir?: nous d?sirons ce que nous d?signe le d?sir d?autrui!

C?est le philosophie Ren? Girard qui a jet? les bases de cette nouvelle anthropologie selon laquelle la pulsion motrice et cr?atrice de l?humanit? est fond?e sur une spirale comp?titive?: LE D?SIR DU M?ME.

Le champ du d?sir mim?tique appliqu? en psychologie et en psychiatrie

Ren? Girard et Jean-Michel Oughourlian ont travaill? pendant des d?cennies ? ?largir le champ du d?sir mim?tique ? ses applications en psychologie et en psychiatrie.

Cette th?orie a permis de comprendre des ph?nom?nes ?tranges tels que la possession, l?exorcisme, l?envo?tement, l?hyst?rie, l?hypnose ? L?hypnotiseur, par exemple, en substituant par la suggestion son d?sir au d?sir de l?autre, fait dispara?tre le moi, qui s??vanouit litt?ralement. Surgit alors un nouveau moi, un nouveau d?sir, qui est celui de l?hypnotiseur.

Ce nouveau moi appara?t avec tous ses attributs?: une nouvelle conscience, une nouvelle m?moire, un nouveau langage et des nouvelles sensations.

La formation du moi

Si le d?sir de l?autre entra?ne le d?clenchement du mon d?sir, du m?me coup, il entra?ne aussi la formation du moi. C?est le d?sir qui engendre le moi, par son mouvement. Nous serions des ?soi-du-d?sir.?

Il est difficile d?accepter que notre d?sir ne soit pas original, mais copi? sur celui de l?autre.

Le temps psychologique fonctionne ? l?inverse de celui de l?horloge?: le moi s?imagine ?tre possesseur de son d?sir, et s??tonne de voir le d?sir de l?autre se porter sur le m?me objet que lui. Voil? deux points constants et universels?: la revendication par le moi de la propri?t? de son d?sir, et celle de son ant?riorit? sur celui de l?autre.

Une question s?impose?: notre d?sir est-il copi?, et cela, m?me si on d?teste quelque chose d?interdit ou d?impossible? Jean-Michel Oughourlian r?pond ? cette question?: Oui, les interdits nous d?signent ce que nous ne pouvons avoir, et nous les font d?sirer.

Comment est n?e l?hypoth?se mim?tique

Sa collaboration avec Ren? Girard a conduit Jean-Michel Oughourlian ? ?tendre sa vocation de chercheur?: psychologique (avec le d?sir mim?tique) et sociologique (avec la victime ?missaire.)

Le chercheur A.N. Meltzoff a d?montr? que l?essentiel se joue dans les toutes premi?res ann?es. ? peine n?s, les b?b?s imitent. Comment ce chercheur est-il parvenu ? cette d?couverte? Par ses exp?riences avec des b?b?s. Avec l?accord de certaines m?res, il devenait celui que les nouveau-n?s voyaient en premier, avant m?me leur m?re. Meltzoff leur adressait des mimiques significatives, comme de tirer la langue, et r?sultat, certains enfants l?imitaient aussit?t, en admettant qu?ils doivent d?abord voir (beaucoup de nouveaux-n?s n?ont pas encore la vision.) Les exp?riences du scientifique se sont ?chelonn?es sur une p?riode de trente ann?es.

De son c?t?, les recherches de Jean-Michel Oughourlian l?ont amen? ? d?montrer que l?hypoth?se mim?tique s??tend ? toute l?humanit?, alors qu?on ne peut s?parer un probl?me psychologique ou psychopathologique de la culture o? il prend racine. Exemple?: le complexe d??dipe n?a aucun sens en Afrique (ou dans des soci?t?s matriarcales) o? c?est l?oncle qui est le p?re et o? tout le groupe social intervient pour r?gler les conflits.

Il pr?sente le processus de construction de l?appareil psychique humain comme suit?:

L?imitation

Tant qu?il y a apprentissage, le mod?le qu?on imite reste mod?le.

La formation du d?sir d?imiter son propre mod?le?

La formation du d?sir d?imiter son propre au point de se mettre ? la place de l?autre, usant des m?mes objets que lui, b?n?ficiant du m?me statut.

Le d?sir de prendre sa place?

Notre mod?le devient peu ? peu dans notre esprit notre rival?: une rivalit? jusqu?? entra?ner des nations enti?res dans la guerre (?tude de R. Girard de plusieurs rivalit?s mim?tiques, par exemple?: entre Hitler et Staline).

Cr?ation d?un amalgame qui se fait dans le cerveau

Toute rivalit? va susciter en nous un d?sir, puis la rivalit? elle-m?me devient un mod?le. Pourtant, il faut le souligner, toute in?galit? n?est pas automatiquement source de rivalit?.

Seulement ? et c?est malheureusement pr?sent dans notre soci?t? ? si les privil?gi?s apparaissent comme des mod?les (et non pas parce qu?ils sont simplement diff?rents) on les consid?re comme des rivaux ? des obstacles ? entra?nant un ressentiment g?n?ral qui suscite par exemple en d?mocratie, haine et aversion.

Quels seraient les cons?quences et les effets de l?intelligence mim?tique dans notre existence?

Si l?existence du cerveau mim?tique ?tait d?finitivement prouv?e (fond?e sur les neurones miroirs) il serait le premier cerveau ? se structurer chez le nouveau-n?, avant le cognitif, et m?me avant le limbique (?motionnel.) Notons aussi que si la gen?se de l?intelligence mim?tique pr?c?de celles de l?intelligence ?motionnelle et de l?intelligence cognitive, il deviendrait ?vident que la premi?re influence et d?termine les deux autres.

Cons?quemment, notre intelligence d?terminerait toutes nos relations ?interdividuelles? et non? ?interdimensionnelles.?

EFFET POSITIF ? Si une personne parvenait ? d?samorcer la spirale violente qui la pousse ? transformer son mod?le en rival ou en obstacle, donc ? pacifier ses rapports humains, son intelligence mim?tique deviendrait synonyme de sagesse. Ainsi, le mod?le n??tant pris que comme mod?le, cette intelligence se r?verb?rerait sur son cerveau cognitif et susciterait des id?es et des souvenirs et r?actions intellectuelles allant dans le m?me sens.

EFFET N?GATIF ? Par contre, si le rapport entre deux individus ? entre deux syst?mes mim?tiques ? tourne ? la rivalit?, celle-ci va se projeter sur le cerveau cortical de chacun d?eux et s?identifier ? un certain nombre d?id?es et de rationalisations justifiant cette rivalit?. Tout l?appareil cognitif et intellectuel pour justifier la cr?dibilit?, et par cons?quent, l?agressivit?, sera mobilis?.

N?est-ce pas ce que nous voyons tous les jours tant dans la r?alit? clinique que politique, de l??cole aux relations entre ?tats? Pourquoi? Parce que d?s qu?on veut attaquer quelqu?un, l?appareil mim?tique qui a ?t? mis en ?tat de rivalit? absolue ? soit par identification au p?re, par loyaut?s ancestrales ou autres, on cherchera par le cerveau cognitif ? trouver des raisons de rivaliser jusqu?? en arriver ? l?extr?me.

Les rapports interdividuels, selon qu?ils soient orient?s dans le sens du mod?le accept?, ou du mod?le devenant rival, vont se projeter sur le cerveau limbique et sur le cerveau cognitif, avec des sentiments, sensations que lui fourniront le cerveau limbique, et par la suite, d?clenchera des rationalisations et justifications intellectuelles fournies par le cognitif.

Advenant que le MOD?LE se transforme en obstacle, on aboutira ? une situation plus grave, avec une humeur agressive doubl?e de haine impuissante. Ce serait le cerveau mim?tique qui dirigerait la partition, qui d?ciderait de la direction de nos actions.

Selon Jean-Michel Oughourlian, l?hyst?rie est une mise en sc?ne de la rivalit?. Le n?vros?, en rivalit?, prend des ?motions aupr?s du syst?me limbique, puis s?arme d?arguments aupr?s du syst?me cortical ? et construit son syst?me. La crise d?hyst?rie montre le sujet en train de se battre avec l?autre.

L?approche mim?tique nous parle aussi de la psychose. Si le mod?le devient rival, toutes les vari?t?s de parano?a surgissent. Soit de jalousie, mettant le sujet en conflit avec un rival qui n?existe pas ? d?lire de pers?cution, revendications, etc.

Lorsque le rival devient obstacle, cohabitent dans le m?me m?canisme une n?vrose et une psychose. C?est le miroir cass?.

Dans le futur, le mod?le mim?tique pourrait mener ? une nouvelle m?thode de psychoth?rapie, qui consistera non plus ? r?duire les sympt?mes au niveau cognitif pour la rationalit?, non plus ? les r?duire au niveau ?motionnel et biologique par la compr?hension et la gentillesse, mais ? chercher un moyen d?agir au niveau du d?sir mim?tique.

En route vers? une forme de spiritualit??

Krishnamurti disait?: ?Si vous regardez votre peur en tant que peur et non en tant que peur de quelque chose, les choses vont d?j? beaucoup mieux.?

La libert? n?est pas un acquis social. Ce que l?on re?oit c?est la capacit? de se lib?rer, non pas tant du d?sir mim?tique lui-m?me que de la rivalit? ? laquelle il nous pousse. Revenir ? ce stade d?apprentissage qu?on a connu dans l?enfance, quand on nous montrait et qu?on imitait, en gardant le mod?le comme mod?le, et se lib?rer du carcan de la rivalit?. La sagesse?: apprendre ? d?sirer ce que l?on a, et non pas syst?matiquement ce que l?on n?a pas.

Libres, nous avons le privil?ge et le pouvoir d?explorer notre conscience pendant des ann?es, jusqu?? la rendre extr?mement ?veill?e.

? suivre.

Carolle Anne Dessureault

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3 Commentaire

  1. avatar

    Quel problème de ne pas pouvoir écrire deux commentaires sur un article des 7 du Québec.

    Ma réponse à vous Carolle-Anne, est que oui je suis convaincu de l’existence de l’inconscient. J,ajouterais que ma remarque visait beaucoup plus à rassurer qu’à faire de l’humour 🙂

    Ma réponse à peephole est que la raison qui me faisait apparaître certaines femmes désirables n’était pas du tout qu’elles n’étaient pas libres ou que je voyais un homme s’en occuper. Il y a des hommes qui sont attirés par les « jambes », d’autres par les « courbes »; si je me rappelle bien ce qui m’influençait le plus était le « visage » et ses « airs ». Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas.

    André Lefebvre

  2. avatar
    Carolle Anne Dessureault

    @André Lefebvre

    Bonsoir André,

    Quel dommage en effet de ne pouvoir commenter plus d’une fois sur l’article. Par contre, ou par contre, j’ai découvert qu’en allant sur TABLEAU DE BORD, puis sur COMMENTAIRES, on voit tous les commentaires faits apparaître, et on peut en faire d’autres à volonté.

    Merci de prendre le temps de passer par Cent Papiers pour donner suite à votre propos.

    Vous dites que ce qui vous influençait le plus chez les femmes était le visage et ses airs. Ça démontre une profondeur et un intérêt réel pour l’autre et non pas seulement pour le corps. Je pourrais dire la même chose pour moi, ce qui m’attire chez les gens.

    Merci.

    Carolle Anne

  3. avatar

    Fascinant! À lire et à relire…
    Bonne journée!