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L?homoparentalit? : distinguer les faits des croyances – 1/2

Note de l’?diteur:

CentPapiers aimerait souhaiter la bienvenue ? deux nouveaux auteurs de taille, Alain Roussy et Fran?ois-Robert Rail, que nous aurons l’honneur et grand plaisir de lire dans ce journal citoyen. Leur s?rie d’articles seront publi?s sous la griffe Les psys s?en m?lent. Alors, sans plus tarder…

Bonne lecture!

Fran?ois Marginean

Image Flickr par atilay

Les psys s?en m?lent

L?homoparentalit??: distinguer les faits des croyances – 1/2

Alain Roussy et Fran?ois-Robert Rail

1. La th?orie

Nous avons pris connaissance d?un article sur l?homoparentalit? paru sous la plume de Marie St-Pierre dans les pages des 7 du Qu?bec en mai 2010 et des diverses r?actions qu?il a suscit?, dont l?article de Yan Barcelo paru sur le m?me site la semaine suivante.? Plusieurs des opinions ?mises sur l?article initial nous ont sembl? faire abstraction des connaissances accumul?es en psychologie et dans les sciences sociales en g?n?ral ? propos de l?homoparentalit? et se baser sur des croyances religieuses ou des croyances envers la nature.? Bien entendu, toute personne est libre de croire ce qu?elle veut.? Nous sommes cependant d?avis que, lorsque des faits contredisent une croyance, c?est la croyance qu?il faut remettre en question et non les faits, m?me si cela peut ?tre moralement ou ?motionnellement difficile.? Si une personne choisit de maintenir sa croyance ? l?encontre des faits, elle ne devrait pas s?attendre ? ce que ceux qui ne la partagent pas adh?rent aux r?gles qui en d?coulent.

L?objectif de cet article est d?exposer les bases sur lesquelles s?appuient les opposants ? l?homoparentalit? et de pr?senter les r?sultats des recherches des derni?res d?cennies dans ce domaine en esp?rant qu?ils permettent de r?ajuster certaines croyances.? Une mise en garde avant de poursuivre?: dans les recherches qui portent sur des groupes de sujets c?est le r?sultat?global d?un groupe qui est consid?r? et non le r?sultat d?un sujet particulier.? Il est donc possible qu?? l?int?rieur d?un groupe donn?, les observations faites sur un des sujets soient ? l?oppos? de la tendance g?n?rale du groupe.??Inversement, on ne peut g?n?raliser les r?sultats d?un seul sujet ? l?ensemble de son groupe.? Autrement dit, ce n?est pas parce que votre voisin, gai, ?lectricien et amateur de bungee s?av?re en plus un mauvais p?re que tous les hommes gais, les ?lectriciens et les amateurs de bungee sont de mauvais p?res.

La r?f?rence ? la nature

La nature est souvent prise comme exemple pour justifier diverses positions relatives ? l?homosexualit?.? Pendant longtemps, les opposants ? l?homosexualit? ont pr?text? son absence dans la nature, donc son anormalit?, pour valider leur position et ses d?fendeurs se sont appuy?s sur l?observation de comportements homosexuels chez diverses esp?ces animales pour d?fendre la leur.? Apr?s 1973, ann?e du retrait de l?homosexualit? de la liste des maladies mentales par l?American Psychiatric Association,? la perception n?gative de l?homosexualit? a un peu diminu? et ce recours ? la nature s?est transform?.? Aujourd?hui, la pr?sence de comportements homosexuels chez diverses esp?ces n?est plus beaucoup contest?e.? Les opposants consid?rent plut?t l?homosexualit? comme une sorte de d?ficience ou d?erreur de la nature qu?il faut au mieux accepter, compassion oblige, mais ne pas encourager. ?Aussi, ils consid?rent que, puisque les comportements homosexuels dans la nature n?engendrent pas de prog?niture, ceux chez l?humain ne le devraient pas non plus.

La nature a ceci de particulier qu?elle est tr?s diversifi?e et qu?elle est capable du pire comme du meilleur, jug? d?un point de vue humain.? Habituellement, lorsqu?on utilise un comportement d?une esp?ce non humaine pour justifier un comportement chez l?homme, c?est qu?on consid?re d?j? ce comportement comme acceptable avant m?me d?avoir recours ? la nature.? On ne r?f?re g?n?ralement pas ? un comportement observ? dans la nature pour justifier un comportement consid?r? comme n?gatif chez l?homme.? Par exemple, peu de gens oseraient pr?tendre qu?il est normal et sain que deux hommes s?entretuent pour une femme puisque des m?les de certaines esp?ces le font pour d?fendre ou gagner l?acc?s ? des femelles.? Pour r?prouver un comportement ou une caract?ristique non souhaitable chez l?homme, on utilise soit la pr?sence de ce comportement chez le non humain (qui n?a pas au moins une fois entendu ou prononc? la phrase ?On n?est pas de animaux?) soit son absence.? Par exemple, l?absence de procr?ation lors d?un rapport sexuel entre deux animaux d?un m?me sexe pour justifier l?opinion que les couples de m?me sexe ne devraient pas avoir d?enfants.? Lorsqu?on s?lectionne les bonnes observations, on peut donc faire dire ? peu pr?s ce que l?on veut ? la nature.? Cette fa?on d?utiliser la nature implique une pr?misse assez ?tonnante?: l?homme doit se comporter comme le fait la nature, quand ?a fait son affaire. ?Si on souhaite prendre la nature comme mod?le valable pour l?humain, on se doit d??tre un peu plus rigoureux. ?Une hypoth?se qui se base sur l?observation des esp?ces animales pour expliquer (et non justifier) la pr?sence ou l?absence d?un comportement chez l?homme devrait d?abord ?tre ?labor?e ? partir d?un grand nombre d?observations qui la confirment chez les esp?ces non humaines, ne souffrir d?exceptions que si celles-ci peuvent ?tre expliqu?es sans contredire l?hypoth?se et ensuite seulement ?tre test?e chez l?homme.? Si l?hypoth?se est v?rifi?e chez l?homme, elle est renforc?e, si elle n?est pas v?rifi?e, ?a signifie simplement qu?elle n?est pas valide et qu?en regard du comportement ?tudi?, l?homme ne se comporte pas comme on l?a observ? dans la nature.

Voyons maintenant comment une telle hypoth?se r?siste aux faits dans la r?alit?.

La fixit? des r?les et la famille h?t?roparentale dite traditionnelle

Un des arguments des opposants aux familles homoparentales consiste ? dire que les r?les parentaux traditionnels associ?s ? la m?re et au p?re leurs sont sp?cifiques et?ne peuvent ?tre interchang?s.? Bien que cette id?e intuitive des r?les parentaux remonte ? loin dans le pass? et paraisse sens?e, Silverstein et Auerbach (1999) ont soulign? que de nos jours, elle s?appuie principalement sur une hypoth?se de Trivers (1972) proposant que, chez les mammif?res, le m?le chercherait ? f?conder un maximum de femelles pour augmenter les chances de perp?tuer ses caract?ristiques. La femelle, parce qu?elle met beaucoup de temps et d?pense beaucoup d??nergie physiologique dans la gestation et la lactation, serait d?autant plus motiv?e ? s?investir dans l??levage de ses petits.? Silverstein et al. ont r?pertori? divers travaux qui mettent en doute cette hypoth?se.?? Par exemple, chez les singes ouistiti, le m?le s?occupe souvent davantage des petits que la femelle.? Aussi, Silverstein et al. ont montr? que les principales implications de cette hypoth?se chez l?esp?ce humaine s?av?rent infond?es.

Une de ces implications serait que la femme, ? cause de son exp?rience de la grossesse et de l?allaitement, pr?senterait une motivation naturelle ? ?lever ses enfants alors que l?homme, priv? de ces exp?riences, serait d?pourvu d?un tel instinct.? Lamb (2010), dans une r?capitulation des recherches, souligne que les p?res et les m?res ont des comportements similaires avec leurs nouveaux n?s et que ce serait parce que les m?res passent souvent plus de temps avec leurs enfants qu?elles d?veloppent de meilleures comp?tences ? s?occuper d?eux.? Nous ajoutons qu?elles passent plus de temps avec leurs enfants soit parce qu?elles le choisissent, soit parce que leurs environnements social et familial les confinent ? ce r?le.? Lamb a r?pertori? d?autres ?tudes montrant que les p?res sont aussi comp?tents que les m?res lorsqu?ils se retrouvent le seul parent ? prendre soin de leurs enfants.

Une autre cons?quence de l?hypoth?se de Trivers chez l?humain serait que l?absence sp?cifique du p?re (au sens d?un parent de genre masculin) aurait un impact n?gatif sur le d?veloppement de ses enfants, particuli?rement pour les gar?ons qui auraient besoin d?un p?re pour d?velopper leur identit? masculine.? Lamb (2010) rapporte que les ?tudes portant sur l?impact de la masculinit? du p?re sur celle du fils ont obtenu des r?sultats inconsistants.? Il souligne que, dans certaines recherches, la qualit? de la relation p?re-fils s?est av?r?e plus importante que la masculinit? du p?re pour expliquer la masculinit? du fils et que les gar?ons semblaient se conformer aux r?les sexuels conventionnels valoris?s dans leur environnement social quand ils avaient une relation chaleureuse avec leur p?re, m?me lorsque ce dernier pr?sentait peu de caract?ristiques masculines.? Ce seraient les caract?ristiques parentales du p?re plut?t que le fait qu?il pr?sente des traits dits masculins qui influeraient sur le d?veloppement de l?enfant.

L?id?e de l?indispensabilit? du p?re a aussi ?t? avanc?e suite ? des interpr?tations inad?quates des ?tudes sur l?impact du divorce sur les enfants.? De 20 ? 25% des enfants de familles divorc?es auraient plus de difficult?s que ceux des familles non divorc?es (ex.?: d?veloppement de l?identit? de genre, performances scolaires, fonctionnement psychosocial) et ce pourcentage diminuerait lorsque l??tat de l?enfant avant le divorce est pris en consid?ration, sans toutefois atteindre le taux de 10% mesur? chez des enfants de familles non divorc?es (Hetherington, Bridges et Insabella, 1998). ?Il peut ?tre tentant d?en conclure que divorce ?quivaut ? absence du p?re et que par cons?quent l?absence d?un p?re nuit au d?veloppement de l?enfant.? Pour cela, on doit faire abstraction du fait qu?une corr?lation n?explique pas pourquoi deux variables sont reli?es et que des facteurs interm?diaires peuvent expliquer ce lien.??De plus,?le p?re peut ?tre pr?sent ? l?enfant m?me apr?s le divorce du couple et il peut ?tre absent m?me dans une famille non divorc?e.? D?autres recherches ont montr? que plusieurs facteurs peuvent avoir un impact n?gatif important sur le bien-?tre et le fonctionnement d?un enfant lors d?une s?paration ou un divorce.? Outre les conditions familiales et les facteurs personnels d?j? pr?sents chez l?enfant et le parent avant la rupture, il y a aussi?une atmosph?re de conflit entre les parents apr?s un tel ?v?nement, la diminution de l?aptitude parentale d?coulant des tensions associ?es ? une rupture, des caract?ristiques personnelles des parents et des enfants qui influencent leur capacit? ? composer avec un ?v?nement stressant, l?absence d?un second parent pour s?occuper de l?enfant au quotidien, la perte du support social de la part d?une partie de la famille ?largie et la diminution des ressources ?conomiques (Lamb, 2010; Hetherington et al., 1998).? Pleck (2010) pr?sente des ?tudes appuyant l?id?e que c?est l?absence d?un deuxi?me parent plut?t que l?absence d?un parent de genre masculin qui a un impact sur l?enfant. Il ajoute?que m?me dans les familles h?t?roparentales non divorc?es o? le p?re est pr?sent, son impact sur le d?veloppement l?enfant, bien que significatif m?me en soustrayant l?effet des autres facteurs, n?est pas reli? ? son genre.? Pleck conclut en proposant que le p?re en tant que parent de genre masculin, n?est ni indispensable (ce qui signifierait qu?un second parent de genre f?minin ne pourrait avoir le m?me effet sur l?enfant) ni inutile (ce qui signifierait que l?enlever ne changerait rien), mais qu?il a un r?le important ? jouer comme parent aupr?s de l?enfant, ind?pendamment de son genre.

Nous concluons cette premi?re partie de notre article en affirmant que l?ensemble des recherches abord?es jusqu?ici jette un doute s?rieux sur la n?cessit? du maintien des r?les parentaux traditionnels dans la famille pour assurer un bon d?veloppement de l?enfant.

Dans la seconde partie ? para?tre prochainement, nous ferons ?tat des recherches portant directement sur les familles homoparentales.

R?f?rences

Hetherington, E. M., Bridges, M., Insabella, G. M. (1998).? What matters? What does not? Five perspectives on the association between marital transitions and children?s adjustment.? American psychologist, 53, 2, 167-184.

Lamb, M. E. (2010).? How do fathers influence children?s development.? In M. E. Lamb (Ed.), The role of the father in child development (5th ed., pp. 1-26). New Jersey?: John Wiley & Sons.

Pleck, J. H. (2010).? Fatherhood and masculinity. In M. E. Lamb (Ed.), The role of the father in child development (5th ed., pp. 27-57). New Jersey?: John Wiley & Sons.

Silverstein, L. B., Auerbach, C. F. (1999).? Deconstructing the essential father.? American psychologist, 54, 6, 397-407.

Trivers, R. L. (1972).? Parental investment and sexual selection.? In B. Campbell (Ed.), Sexual selection and the descent of man 1871-1971, (pp. 136-179).? Chicago?: Aldine-Atherton.

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  1. avatar

    « Nous concluons cette première partie de notre article en affirmant que l’ensemble des recherches abordées jusqu’ici jette un doute sérieux sur la nécessité du maintien des rôles parentaux traditionnels dans la famille pour assurer un bon développement de l’enfant. »

    J’ai fait à peu près le même constat chez les sauterelles.

    Lorsque je lui enlevais une patte arrière, elle n’assurait plus le développement nécessaire pour biien sauter.

    Par contre, une sauterelle traditionnelle à qui on n’enlève pas de pattes, continue de sauter très efficacement.

    Ce qui n’empêchent pas les puces de pouvoir sauter également. Évidemment.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

  2. avatar

    Merci pour l’article!
    La plupart d’entre nous, sans se l’avouer se questionnent sur le sujet mais n’ont pas de réponses ou de théories solides.
    On a tous des « idées » qui sont dans les faits des croyances ou des « à peu près » se rapprochant davantage des préjugés.
    Il est temps que des gens nous éclairent. Jusqu’à maintenant, les citoyens n’ont eu droit qu’à des renseignements liés aux droits civils.
    Le sujet n’apparaît – dans les journaux ou revues – que sous cet angle.

  3. avatar

    En me fiant à UN fait vécu:
    Les enfants que j’ai connu de parents homosexuels étaient tout à fait équilibrés et je ne crois pas qu’ils ont connus de retard sur leur développement.
    Par contre, comme l’homme  »peut être » un loup pour l’homme, ses enfants ont connu des difficultés d’adaptation en milieu social compte tenu du statut de leur parent.
    Par contre, je pourrait associer ces difficultés à celle des enfants qui ont des parents HORS NORMES (handicapé physique et/ou mental, etc…). Ces enfants ont il des retard pour autant et des problèmes dans leur vie? Si leurs parents sont équilibré, je suis convaincue que NON.

    Il faudrait se poser la question à savoir si le développement de l’enfant se produit à l’intérieur du nid familiale ou en société ou un mélange des deux?
    Serait il mieux pour le développement de l’enfant d’avoir des parents homosexuels équilibrés ou des parents déséquilibrés? Pour cette dernière, se poser la question, c’est pour moi y répondre…tout comme pour l’homophobe!

    Ainsi, si nous statuons qu’il est immorale de laisser des parents homosexuels ÉQUILIBRÉS avoir des enfants, nous devrons nous pencher aussi aux parents hors normes….avec cette dernière phrase, si nous n’agissons pas, Hiltler se retournera dans sa tombe!!!

    Bonne article MESSIEURS!!!!

    • avatar

      « Si leurs parents sont équilibré, je suis convaincue que NON. »

      Comment peut-on être convaincu qu’un enfant issu de parents équilibrés n’ont pas de problèmes???

      Personnellement, je n’ai jamais rencontré une seule personne, d’où qu’elle soit issue, qui n’avait pas de problèmes.

      De plus, chacun avait des problèmes différents. Je me demande comment on peut « classer » ces problèmes en catégories. Aucun n’est identique???

      Ce doit être une question de préjugés j’imagine??

      Dans une société où l’assassinat est de mise, le tueur en série est « équilibré »; j’ai l’impression.

      Et dans une société où la notion de « au plus fort la poche » est de mise, le plus grand voleur devient une « sommité sociale »; j’imagine. :-S

      Amicalement

      Elie l’Artiste

  4. avatar

    L’attention sélective est une distorsion cognitive fréquente chez les êtres humains lorsque des enjeux émotionnels perturbent leur appréhension du réel. Je me demande si ce n’est pas le cas dans votre article. Je remarque que vous sélectionnez des auteurs qui m’apparaissent assez marginaux en ce qui regarde leur point de vue.

    Je ne suis pas un savant, mais j’enseignais la psychologie du développement à partir des manuels d’Helen Bee. Ce qui ressort de sa synthèse est très différent des conclusions de Lamb (2010). Pour Bee, les rôles parentaux de père et mère sont interchangeables dans une large mesure, mais il reste toujours un petit quelque chose de spécifique qui semble irréductible à la culture. Le professeur français Jean le Camus, dans se nombreux ouvrages, sur la spécificité du rôle paternel va dans le même sens que Bee à ce sujet.

    Je comprends que ces auteurs expriment un point de vue dominant n’alimentent pas le point de vu que vous adoptez à l’effet que les rôles parentaux sont complètement interchangeables. Est-ce la raison pour laquelle vous les avez ignorés?

  5. avatar

    Je remarque que vous passez également très vite sur l’intéressante question du retrait de l’homosexualité du DSM. Pourriez-vous faire la liste des articles scientifiques ayant, à l’époque, justifié ce retrait et prendre position sur la valeur méthodologique de ces articles?