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L’histoire du “séparatisme” au Québec

Il est évident que cette histoire du séparatisme “au Québec” n’a pas pu commencer avant que le Québec soit créé. La création de celui-ci date de 1763 où les Britanniques délimitèrent une certaine portion du territoire canadien qu’ils appelèrent « Québec ». Cette délimitation du territoire servait surtout à séparer les Canadiens (francophones) qui s’étaient répandus sur tout le territoire nord-américain. Cela n’eut pas beaucoup de conséquences pour nos ancêtres qui continuèrent à se promener partout sans s’occuper des « frontières » de la province ni des soldats anglais qui se terraient à l’intérieur des forts éparpillés ici et là sur le continent.

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Le pas suivant fut franchi lorsque les citoyens ordinaires du Canada se rendirent compte qu’une « clique » de personnages anglophones riches de la société avait le pouvoir de manipuler à leur guise le gouvernement élu. Dans le Haut-Canada cette clique contrôlait les propriétés et dans le Bas-Canada une autre « clique » contrôlait l’argent du Gouvernement. Le Haut et Bas Canada décidèrent de former deux républiques, l’une anglophone et l’autre francophone, dans un Canada uni. La rébellion fut contrecarrée comme on le sait au Bas-Canada et comme on peut le savoir facilement, si cela nous intéresse, au Haut-Canada. Mais il n’était pas encore question de séparation du Bas-Canada d’avec le Haut-Canada. Les deux républiques voulaient rester unies pour contrer les puissances « étrangères ».

Un autre pas vers le séparatisme fut fait par le parti Libéral en 1960. Le gouvernement Lesage de l’époque trouva un slogan qui incorporait de façon très « floue» l’idée d’indépendance avec l’espoir d’une qualité de vie meilleure pour les Québécois, sans proposer la séparation du Québec, du reste du Canada. Ce slogan « Maître chez nous » les reporta au pouvoir en 1960. Mais ce « Maître chez nous » se manifestait dans l’esprit du gouvernement Lesage, exclusivement à une chambre louée, mais meublée à notre goût, dans la maison du Canada. Il n’était pas question, à l’époque, de bâtir notre propre maison.

L’idée de « séparation » apparu vraiment 125 ans après la rébellion de 37/38 dans la bouche de Monsieur Daniel Johnson (père) qui professait : « Égalité ou Indépendance » et qui faisait suite au « Maître chez nous » dans la chambre canadienne « louée » de Jean Lesage. Encore-là, cependant, dans le livre que Daniel Johnson a écrit pour expliquer son idée, on lit : « l’indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l’indépendance ». L’embryon de la « séparation » était né, mais cela ne voulait pas dire qu’il serait « accouché » de sitôt. Par contre, c’est ce slogan qui porte l’Union Nationale de Johnson au pouvoir en 1966. L’année suivante, le général de Gaulle vint nous visiter et sans trop connaître la portée de ses paroles, s’exclama à Montréal : « Vive le Québec libre! »

Ce fut-là le dernier hurlement « primal » du « bébé séparatiste ».  La prise de conscience réelle de sa naissance s’était fait quatre ans auparavant, en 1963, lorsque le FLQ frappa trois casernes militaires avec des bombes incendiaires. La population Québécoise étonnée, se rendit compte que le « bébé séparatiste » n’entendait plus à rire et en avait assez des atermoiements continuels avant de décider qu’on « change sa couche ». Ils avaient décidé d’opter pour « l’égalité ET l’indépendance ». Pierre Elliot Trudeau, sous la demande de Robert Bourassa et de Jean Drapeau, réagit comme un « pardu » et envoya l’armée pour protéger ses boîtes aux lettres. Résultats : 457 arrestations plus ou moins justifiables. La crise d’octobre se termine le 28 décembre 1970 avec l’arrestation  de Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard qui seront condamné s à la prison comme responsables de la mort de Pierre Laporte ministre du travail de l’époque qui avait été enlevé et séquestré. James Cross, enlevé lui aussi, fut libéré.

Durant la gouvernance de l’Union Nationale, des membres du Parti Libéral qui avaient travaillé pour le « Maître chez nous », s’étaient rendu compte de l’impossibilité d’atteindre une autonomie valable en restant au sein du Canada. Ils formèrent, en 1968, un nouveau parti politique : le Parti Québécois qui s’unit à deux autres partis militant pour l’indépendance du Québec. Le Séparatisme  entrait en politique et, en 1973, s’installait à l’Assemblée Nationale portant la cape « d’opposition officielle ». Cela contribua certainement à éviter la réapparition de la violence politique de certains individus peu nombreux dans notre société.

Les députés les plus performants, pour que nous devenions « maîtres chez nous », avaient quitté le Parti Libéral pour rejoindre le Parti Québécois.

Le premier référendum pour voter la séparation du Québec d’avec le Canada, se fit en 1980. L’option du « Non » recueillit 59% des voix. Ce qui n’empêcha pas le Parti Québécois de gagner les élections d’avril 1981.

En 1984, au fédéral, Bryan Mulroney est élu premier ministre du Canada avec la plus forte majorité parlementaire de l’histoire du Canada. Il avait résolu de régler le problème « séparatiste » en proposant à René Lévesque, en 1983, que les Québécois soient considérés comme une « société distincte » dans le Canada. Le Parti Québécois décida d’appuyer Mulroney lors des élections de 1984. C’est là qu’est apparue la proposition appelée par René Lévesque : le « Beau risque ». Le problème est que dans cette proposition, le Parti Québécois rejetait à un futur lointain, l’indépendance du Québec. Plusieurs têtes d’affiche importantes démissionnèrent du Parti québécois pour devenir « indépendants »; dont, entre autre, la sommité économique du parti, Jacques Parizeau, qui quitta en disant : « Une religion ne peut pas survivre si le Pape a perdu la Foi! ». René Levesque démissionne en 1985 et redevient journaliste.

Les discussions Fédérale/Provinciale sur le « Beau risque » s’éternisèrent  et rien ne fut établi avant la date limite de 1990 allouée pour la ratification. Les négociations tombèrent à l’eau. Une autre négociation fut mise sur pied où on en vint à une entente en 1992. Ce fut l’Accord de Charlottetown. Les chefs du Bloc québécois (Lucien Bouchard) et du Parti québécois (Jacques Parizeau) s’opposèrent à la signature de cet accord qui n’apportait pas assez au peuple du Québec.

Jacques Parizeau, croyant avoir bien établi dans l’esprit du public, les avantages de la séparation du Québec, organisa un référendum en 1995. Les Québécois étaient sommés de se prononcer une deuxième fois pour ou contre la séparation du Québec d’avec le Canada. Les données découlant des sondages donnait au « Oui » un taux de 56% jusqu’aux derniers jours avant le vote. Le gouvernement Fédéral organisa des croisières (en autobus) et donnèrent des réductions de billets d’avion pour transporter des citoyens des autres provinces canadiennes et venir dire aux Québécois combien ils les aimaient et qu’ils devaient continuer de « louer la chambre » qu’ils occupaient dans la maison canadienne. Sans parler de près de 50,000 immigrants qui reçurent rapidement leur nationalité canadienne pour pouvoir voter pour un « Canada uni ».

Lors du dévoilement des votes, l’option du « Oui » garda l’avantage jusqu’au dernier moment où l’option du nom commença rapidement à reprendre son deuxième souffle.  L’option du « Non » remporta la décision avec une avance de 1,16% (50,58% contre 49.42%). Le dernier sprint des dernières boîtes de scrutin avait fait pencher la balance vers le « Non ». La participation des Québécois à ce référendum fut de 93.5% des électeurs. Ce fut un taux de participation record jamais égalé depuis, dans aucune élection au Canada. Sur 5 millions d’électeurs, le « Non » avait récolté 54,288 voix de plus que le « Oui », à la toute fin des dernières boîtes de scrutin.

Il y eut évidemment controverse sur la validité des résultats et plusieurs études démontrèrent que plusieurs personnes avaient voté pour le Non et qu’elles n’avaient pas droit de vote. 118 constats d’infraction furent délivrés à 80 personnes et 11 entreprises (Chacune de ces personnes et entreprises s’étaient « démenées » pour le « Non »). Le jugement n’impliquant pas le Fédéral dans ces manœuvre fut maintenu jusqu’en Cour d’appel. La poursuite intentée par le directeur général des élections du Québec contre les agissements d’Option Canada ne fut pas portée à terme parce qu’en 1997, la cour d’appel stipula que plusieurs articles de la loi référendaire du Québec étaient inconstitutionnelles. Option Canada avait distribué des dépliants accompagnés de formulaires, expliquant qu’en disant vouloir revenir éventuellement au Québec, les québécois habitant hors Québec (incluant des étudiants venus ici pour leurs études), pouvaient voter contre la séparation. Le lendemain du référendum, Jacques Parizeau démissionnait comme premier ministre. Il avait pris cette défaite comme une défaite personnelle puisqu’il s’était rendu responsable envers les Québécois de leur donner un pays. On sait que Jacques Parizeau n’était pas fervent de « patiner sur la bottine ». Pour lui un chat noir était un chat noir et non pas un « ti-minou » foncé.

Suite à ce référendum, le Parti Québécois commença à « patiner » et à se contenter de menaces « séparatives » pour gagner des points plus ou moins insignifiants. Par la suite, s’installa un mouvement « néo-libéral » dans notre politique provinciale. Lucien Bouchard partit le bal. On commença à « démonter » peu à peu ce que les gouvernements précédents avaient construit au niveau social. Les libéraux prenant le pouvoir, on baissa les taxes des entreprises et des institutions bancaires et on annonça ensuite que tout coûtait trop cher et que la dette de la Province devait être « contrôlée ». On introduisit en sourdine la notion que le Québécois vivait au-dessus de ses moyens comme si c’était le gouvernement qui payait le compte de ses cartes de crédit des particuliers. On ne voulait pas trop faire prendre conscience à la population que c’était les dépenses du gouvernement qui « engraissaient » la dette de la Province. Finalement, on décida de contrôler les dépenses gouvernementales. Ce qui fit augmenter la pressurisation des services aux citoyens pendant que les salaires des employés gouvernementaux ne cessaient de grimper. À cela s’ajoutaient les « primes de départ » de ceux qui revenaient faire le même travail que précédemment,  mais cette fois-ci comme « contracteur » car on leur octroyait des contrats au lieu de les engager comme « employés ». Et ceci n’est qu’une infime partie des « manipulations » qui servirent à engraisser certains,  pendant qu’on demandait aux autres de se serrer la ceinture. L’apothéose de ce genre de raisonnement fut présentée avec la notion « d’utilisateur-payeur ». Non seulement le citoyen devait-il payer pour la possibilité d’installer et de maintenir un service mais devait payer une fois de plus lorsqu’il décidait  d’utiliser ce service.

Heureusement qu’une élection mit un « Holà » à cette effervescence neuronales de comptables déchaînés. Après dix-huit mois de répit sous la gouverne du parti Québécois, les élections suivantes replacèrent les Libéraux au pouvoir, où, depuis, le « resserrement de la ceinture des culottes du citoyens » a repris de plus belle. Nous en avons pour environ quatre années supplémentaires. Je ne doute pas qu’après les quatre années qui viennent, la qualité de vie des Québécois remettra sur la sellette l’option « séparatiste » pour que nous devenions « maîtres chez nous » ailleurs qu’au fond d’une chambre « louée » de la maison canadienne. Tant qu’à crever de faim, aussi bien de le faire dans sa propre maison; car on peut toujours faire un jardin dans la cour arrière sans demander de permission.

L’option séparatiste n’est pas morte comme le prétendent plusieurs. Surtout que l’actuel chef du Parti Québécois, promet d’expliquer par A + B pourquoi l’indépendance est préférable aux citoyens québécois plutôt que la citoyenneté canadienne. J’attends ses explications pour me faire une opinion décisive.

André Lefebvre

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