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L?Etat dans tous ses ?tats

ELYAN
S’il y a deux articles qui furent ?difiants dans le journal Les Affaires il y a quelques ann?es, ce furent premi?rement celui qui illustrait les projections des sommes ? h?riter qui dorment et ne profitent pas ? l’?conomie (on est tout pr?s de l’odieux, m?me les deux pieds dedans) et deuxi?mement celui qui traitait des perspectives financi?res ? moyen terme qu’un analyste avait r?sum?es en d?clarant qu’au cours des d?cennies ? venir, l’argent des individus serait plus en s?curit? en demeurant sous le matelas.

C’?tait r?cemment la p?riode des REER. On a vu se prostituer tour ? tour les soci?t?s financi?res qui une fois l’an accueillent cette abondance comme on pr?pare la tenue d’un grand ?v?nement. Les bourses cibl?es sont ? la hausse, histoire de forcer une certaine confiance et le pi?ge mental est en place.

Pour aider non pas l’?conomie, puisqu’elle est perdue, mais plut?t la libert?, les gens devraient depuis un moment d’ailleurs ne plus investir dans les v?hicules financiers d?sign?s, autant que faire se peut. En interrompant le flot, on obligera les sp?culateurs ? se bouffer entre eux ce qui pourrait forcer les milieux financiers ? prendre des mesures pour imposer (m?me temporairement serait d?j? b?n?fique) des m?thodes de transactions plus saines, moins d?brid?es. Il semble que sinon l’argent qu’on met devant la machine soit fauch? aussit?t, redistribu? dans les minutes qui suivent au profit imm?diat des acteurs de ce lessivage de fonds publics. Il y en a bien peu qui profite ? l’?conomie. Certaines compagnies doivent ?tre aux aguets continuellement pour ?viter d’?tre aval?es ? la bourse par une vague subite de sp?culation. Le fait qu’elles soient ou non rentables n’a plus d’incidence. Les buveurs assoiff?s que sont les intouchables arrivent ? tirer de l’appareil financier tout l’argent qu’ils avalent ? grandes gorg?es.

Les mesures les plus sages que les citoyens devraient envisager de prendre doivent ?tre concr?tes et durables: des mesures qui n’impliquent pas de d?pendance exag?r?e, d’ali?nation de droits ou de compromis requis au nom de pr?visions hypoth?tiques de plus value ou tout simplement d’?quilibre financier. Plus que de faire des provisions, il faudrait songer ? acqu?rir une autonomie qui nous permettra de savoir et ainsi de pouvoir faire. Quand la machine tirera sur le levier il sera trop tard pour songer ? cultiver dans sa baignoire. D’ici 2 ou 3 ans, un tas de pr?ts hypoth?caires auront ?t? renouvel?s avec les normes maintenant revues, soit une p?riode d’amortissement r?duite et possiblement des taux d’int?r?ts plus ?lev?s. Nous sommes ? l’aube du no man’s land. Certains le savent. D’autres se croient ? l’abri. Ce qui pr?vaut maintenant est cette ins?curit? g?n?ralis?e ? toutes les facettes de nos vies. S’il y a des indices r?v?lateurs, ce sont bien ceux de la propri?t? qui ne signifie plus qu’un bout de papier dont on peut perdre l’usage selon l’humeur des march?s, ceux de l’alimentation dont les prix frisent l’ind?cence tout autant que la qualit? et la composition des aliments le font aussi, ceux de l’?ducation qui ne r?pond qu’au minimum sinon aux besoins sp?cifiques d’un march? cruel et anonyme, ceux de la sant? qu’on sabote ? escient, ceux de l’avenir qu’on r?serve ? chaque citoyen laiss?-pour-compte une fois qu’on en requiert plus l’usage, ceux des ressources qui nous entourent et qu’on estropie sans piti?, ceux des dirigeants qui font exactement ce qu’ils ont en t?te tout en refusant de le d?voiler.

Dans un r?cent discours, Barack Obama pointait du doigt la perte envisag?e de 750,000 emplois ainsi que le fait que d?s le printemps certains services sociaux ne pourront possiblement plus ?tre offerts faute d’argent pour les honorer. La tendance est g?n?rale. Elle n’est pas plus belle ? l’est qu’? l’ouest. Sur toutes les l?vres des ?lus ont peut deviner les mots: nous ferons le minimum pour vous.

Le gouvernement canadien a annonc? il y a peu de temps qu’? l’avenir lorsqu’il y aura des ?v?nements qui requi?rent l’intervention de l’arm?e (inondations, glissements de terrains et autres), il y aura dor?navant une facture rattach?e ? cette aide. Les provinces n’ont pas pr?cis? si elles acceptaient de porter le fardeau financier. Silence total. Sommes-nous cens?s comprendre qu’advenant un probl?me majeur, nous risquons d’?tre livr?s ? nous-m?mes? L’?tat g?n?ral de tous les services sociaux est largement compromis depuis longtemps, assez de temps pour que ses effets aient caus?s de nombreux pr?judices graves et qu’il soit maintenant impossible d’en tirer meilleur parti. Tout au plus on en emp?che l’effondrement.

Les citoyens croulent sous les imp?ts divers et les taxes, sous le poids d’une dette qui ne fait qu’augmenter malgr? qu’on les fassent contribuer toujours plus dans l’expectative de la faire baisser, alors que dans les faits les gouvernements se contentent de maintenir un ?quilibre entre les colonne des actifs et des passifs qui soit substantiellement ?quivalent au seuil acceptable qui leur permettra de poursuivre leurs pratiques de dilapidation en recevant l’appui des agences de notation qui sont leur seule b?te noire. Il faut mettre sur la table toute l’opulence n?cessaire pour les convaincre, quitte ? vider chaque garde-manger. Pour parvenir ? faire bonne figure, ils n’h?sitent pas ? saboter l’avenir financier de millions de gens et m?me ? en sacrifier par une absence de services et une d?possession marqu?e de plus en plus pr?sente, de plus en plus facile.

Nous ne pouvons plus ignorer que seul le rang que l’on occupe dans le cr?neau des priorit?s des dirigeants est ce qui sauve certains et d?truit les autres. Les priorit?s ne sont pas des valeurs intrins?ques. L’oublier peut conduire ? sa propre perte. Il n’est plus tol?rable que la volont? des uns domine l’opinion et fasse de tout individu une victime potentielle. Il n’est plus tol?rable que chacun se livre ? sa survie bonifi?e sans jeter un regard sur ceux que leur silence sacrifie. Il n’est plus tol?rable que la division r?gne.

Chaque lutte sociale doit trouver un consensus, parce que le gouvernement est la soci?t? et qu’il ne doit pas se subroger aux int?r?ts financiers pour faire p?rir ses laiss?s-pour-compte, pas plus qu’il n’a le droit de lui voler m?me la plus infime part de ses droits. Si nous oublions qu’il nous repr?sente, c’est que nous acceptons d’?tre conduits ? l’abattoir t?t ou tard.

ELYAN

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3 Commentaire

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    Je dois avouer, malheureusement, que je suis en parfait accord avec le contenu de votre article Elyan.

    Amicalement

    André Lefebvre

    • avatar

      Bonjour,

      Vous employez le mot malheureusement qui a toute son importance et il toujours encourageant de constater que des penseurs sont encore à l’oeuvre.

      Le pouvoir financier remplace peu à peu toute forme de décence. Il a même tendance à accélérer le pas. Si on jette un bref coup d’oeil au budget personnel qui nous est imparti, on peut calculer avec effroi l’incidence directe de cette course effrénée à l’argent. En une seule année, les augmentations liées aux biens de survie qui ont été soumis aux pires spéculations (logement incluant les impôts fonciers et l’électricité, la nourriture, le transport incluant tous ses frais) sont venus gruger parfois l’équivalent de plus d’un mois de revenus. Nous arrivons à contrer bien peu d’effets même lorsque nous sommes plus d’un à partager ces mêmes frais puisque chaque individu est imputable envers le pouvoir financier dans la mesure où celui-ci a prévu lui accoler une dette de vie. On a fait de la famille une business qui doit rendre des comptes, qui peut à peine jouir maintenant de son statut tant elle doit produire pour subsister.

      Et on oublie le reste qui doit être considéré désormais à la pièce comme un luxe qui est taxé à fond, surévalué à fond aussi. Comment penser qu’on puisse absorber indéfiniment une telle frénésie lorsqu’on peine à s’accrocher à l’essentiel. En demander plus? Jouer le jeu à mort?

      Cette année le prix des maisons a fait un bond odieux. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir. Cela marque la fin d’un temps d’espérance de prospérité, pas celle qui nous hisse aux sommets de la richesse, mais celle qui nous permet d’apprécier ce que l’on s’investit à bâtir qui n’est pas qu’un éternel appel à l’argent. Et ce qu’on s’investit à bâtir c’est notre propre existence à l’intérieur des limites et des dépassements qui nous sont propres et légitimes, puisque nous ne sommes pas nés esclaves. Autant croire que nous n’avons rien réussi puisqu’on nous le confirme en soutirant une à une les assises qui nous soutiennent et que notre rôle est maintenant de colmater tout ce qui peut l’être en espérant y parvenir avant une prochaine vague. Et de vague en vague, on a mal au coeur.

      Il y a place à un éveil de la part de l’empire financier, qui semble attendre d’être secoué pour retrouver ses sens. Il se joue là des guerres sans nom. Evidemment qu’il y ait éveil ou pas, nous faisons partie des dommages collatéraux, mais est-ce surprenant… Et là j’ose penser que nous sommes en mesure de ne pas nous offrir bêtement en sacrifice. Il y a des pas à faire avant de se laisser définitivement condamner à tourner en rond et chaque voix de nos semblables qui s’élève doit être entendue comme un signal qu’il nous faut reconnaître et auquel nous nous devons de faire écho, par instinct de survie, par amour de la vie qui est autre chose que cette soupe indigeste dans lequel on tente de noyer le pain et sa levure.

      Certains articles qui paraissent sur la vision des marchés ont toute leur pertinence et on ne peut qu’en féliciter les auteurs qui nous livrent l’information à partir de laquelle il s’avère utile de réfléchir. Un voile levé.

  2. avatar

    « Evidemment qu’il y ait éveil ou pas, nous faisons partie des dommages collatéraux,… »

    Je crains que l’éveil réel fasse inverser l’identité des dommages collatéraux. C’est une crainte qui me redonnerait confiance en la société si elle s’avérait justifiée.

    André Lefebvre