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L?enfant et le funambule

ELYAN

Au coeur des hommes, derri?re les masques renouvel?s et les pulsions dominantes, se tapit un inconnu aussi fragile qu’un nouveau-n?.

La disparition de l’enfant
Pourtant il n’a rien de coupable, m?me si on cherche ? le d?truire. Ce qui lui ment sans cesse finit par le faire fuir, cons?quence de tous ces masques et de ces pulsions que les hommes multiplient et qui le chassent de son refuge. On peut aussi le laisser mourir parce qu’on a pas su prendre soin de lui et ainsi d?sormais l’oublier.

Alors viennent les actes sacril?ges qui s’accommodent d’?tre vainqueurs. Il n’y a toujours que des vainqueurs qui sont forg?s ? partir des pr?ceptes de conqu?tes li?es au d?saveu et ? l’infid?lit? qui leur ont permis de briser chaque barri?re que l’enfant en eux n’aurait pas voulu franchir par crainte de se rendre indigne.

Mais l’enfant n’est plus maintenant, ? force d’oubli. On d?terre parfois ses cendres le jour des souvenirs. On aimerait soigner son fant?me en lui cherchant des blessures inflig?es par d’autres. On aimerait qu’il puisse revenir r?invent?, victime efficace et convaincante. Mais il n’est plus. Il aurait fallu l’aimer plus que cet idiot qui l’a remplac?.

Et marche dans la vie un mort-vivant qui transporte sa cath?drale de turpitudes.

Le mal, la vengeance, l’iniquit?, l’horrible d?ch?ance des masques tour ? tour sollicit?s: rien n’est ?pargn?. Il suffit d’un peu d’imagination. Il suffit de souhaiter. L’enfant s’est tu enfin. Tout est possible.

Et vient le r?gne de l’oubli.

Les sentiers p?rilleux
Les sentiers de nos insouciances sont parsem?s d’occasions qu’il nous a ?t? impossible de saisir, trop souvent parce que la r?alit? fait appel ? de nombreuses distractions d’ailleurs pas toutes enivrantes. Il n’en demeure pas moins qu’en s’y perdant, le sens de la vie dispara?t peu ? peu.

Souvent, conscients que quelque chose nous ?chappe parce que nous devinons que des mots se cachent derri?re l’incompr?hension r?sign?e de ceux qui nous aiment, nous attendons qu’on nous les confie, sans tenter de les deviner, encore moins dispos?s ? les entendre. Nous sommes les pires confidents pour ceux qui nous aiment. Et nous sommes les pires confidents lorsque ceux-ci doivent dire chaque mot.

L’enfant oubli?, las de nous, se souvient qu’il n’est coupable de rien de ce qui nous afflige. Il tient dans ses mains les pr?sents que nous refusons d’offrir. L’oubli est un refus. Nous devenons des funambules qui avancent p?niblement, arrach?s au lieu sacr?. Notre fil est l’orgueil, notre filet l’amour des autres et notre chance de ne pas tomber est ce qu’on nous pardonne.

Ce que nous pouvons mal nous expliquer nous laisse seul au berceau de l’enfant disparu, peu habitu?s que nous sommes maintenant ? accueillir la solitude. Nous mettons parfois beaucoup de temps ? trouver un sens qui nous permet de continuer sans tomber. Et pleure les mots qui ne trouvent que l’?cho.

Sans prendre garde, il nous arrive d’?tre si distraits que nous oublions la vie faite de tout et de rien. Il arrive que nous semions ainsi tant d’inconvenances que nous peinons ? les couvrir. Qu?te tumultueuse qui nous renvoie ? nous, bien que nous ayons perdu le sens de nous-m?me qui se cache dans les tr?sors d’humilit?, un h?ritage de l’enfant qui nous habitait. Si un avait d? survivre, c’e?t ?t? lui.

On a beau chercher ? extraire de la vie la justification de nos plaisirs, de nos insouciances, de nos d?bauches, de nos d?viances et des pr?judices qu’on sa sem? ? tout vent, il n’en est aucun qui soit t?moin de l’immense beaut? de l’enfant qui sommeille en nous. Il nous reconduit pourtant sans rancune aux portes des jardins merveilleux dont on oublie trop vite les frais parfums et pourtant, tant qu’on ne l’a pas tu?, il nous y accueille avec bienveillance autant de fois qu’il nous est n?cessaire d’y trouver refuge, paix et beaut?.

Un jour mon p?re me confia une chose qui m’a profond?ment troubl?e. Je sais maintenant que je ne l’ai pas aim? assez pour que l’enfant trouve un sens ? son propos. J’?tais en mode funambule. Il a particip? ? deux guerres qui l’ont ?videmment marqu?es m?me s’il n’en a qu’exceptionnellement parl?, sauf de rares bribes acceptables pour lui. Son meilleur ami, compagnon d’armes, avait une soeur enceinte que son amant avait quitt?e. Voil? qu’un soir mon p?re me fait cette confidence: j’aurais d? marier cette fille car elle avait d?j? beaucoup souffert ? cause de la guerre. Elle ne m?ritait pas de souffrir encore plus puisqu’elle allait devoir mener d’autres p?nibles combats.

Ainsi, il n’aurait pas ?t? mon p?re et subitement cela pr?valait sur tout. Comment pouvait-il presque me dire qu’il ne m’aimait pas assez puisqu’il m’est apparu si troubl? de n’avoir pas fait plut?t ce choix qui m’aurait ?limin? de sa vie?

J’ai su ? cause de cela qu’il n’y a pas pire confident que ceux que l’on aime, car je crois bien ?tre la seule personne ? laquelle il a pu dire ce que l’enfant en lui murmurait. L’enfant n’est pas coupable.

Le funambule
Je sais que pas un seul des secrets qu’il lui avait confi? n’avait p?ri. Il ne l’avait donc jamais tu?, ce qui de sa part eut ?t? impossible tant il avait cette ouverture bienveillante sur la condition humaine. A ce moment, il avait lui aussi suivi le fil du funambule, le m?me que celui sur lequel j’avais soudain failli perdre pied. J’ai pr?f?r? le fil au filet. Ma chute aurait ?t? opportune puisque c’est l? que nous nous serions rejoints. C’est ce refus de chuter sans heurt qui fut une faute. Plusieurs ann?es s’?taient ?coul?es entre ce qu’il ?tait et ce qu’il ?tait devenu et il m’importait sans le savoir qu’il sache que je refusais l’?tre qu’il ?tait. C’est ce que je ne lui ai pas dit et je l’ai ainsi retourn? ? sa solitude. Je n’avais aucun droit et pourtant… j’en ai us?. J’avais-je pu oublier qu’il ?tait un homme libre. Il n’aurait pas souffert sa survie s’il avait d? la troquer ? quelque forme de compromis immonde et pourtant je le bl?mais d’?tre ce quelqu’un qui aurait pu cent fois m’?chapper.

Il avait tant de bont? pour les autres que je sais qu’il m’a pardonn?e de ne pas ?tre venue ? la rencontre de l’?tranger. Je le soup?onne d’avoir sem? une autre graine de savoir, faute de r?colter.. Un cadeau de plus.

Turpitude, pr?judices et insouciances
Les pas invisibles
Nous en faisons de bien maladroits
Puis un jour il faut comprendre
Ceux que l’on aime si imparfaits soient-ils
Nous aiment tout autant
Si imparfaits sommes-nous
Et quand nous leur pardonnons
Ils nous ont aussi pardonn? maintes fois
L’amour n’est que ?a
Un flux continu qui n’arr?te pas
Qui vient t?t ou tard faire comprendre
Que lui ne s’est jamais ?puis?
Qu’il n’a pas compt? le temps
Qu’il ne r?clame aucun d?
Et nous pouvons oublier le funambule
Puisque personne n’a pu s’y attacher

ELYAN

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