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L??nergie Om?lia

 

Transformer un model en cyborg avec Photoshop

Ce matin-l?, on pouvait lire dans le journal en format montre projet? sur le mur de la rame de m?tro que 200 millions de ce nouveau produit pouvant vous nourrir pendant 120 jours par d?gradations lentes ?avait ?t? vendus.

C??tait la d?solation totale, car l?essence avait disparu de la plan?te et les autos rouill?es faisaient toutefois l?envie d??ventreurs de ferrailles. On pouvait voir, entrem?l?s aux ordures rendues depuis longtemps impossibles ? enterrer, ?des masses ?normes et difformes, des montagnes de d?tritus, des lierres de fabrication par les firmes Masant?o, un dr?le de paysage semblables ? des serpents verts, rigides saisir la t?le. Cette mauvaise herbe, issue d?exp?riences ant?rieures s??tait r?pandue et multipli? par millions dans une progression inimaginable. Des c?leris g?ants, de pr?s de 30 m?tres, pointaient le ciel. Bien qu?il ?tait d?fendu d?en manger, les pauvres, affam?s les d?coupaient ? la tron?onneuse pour se nourrir. Des arbres fruitiers, dont des pommiers tout aussi ?normes s??taient r?pandues dans les champs au point d?enlacer les quelques demeures b?ties parfois des tiges de ma?s qui en s?chant formaient un mat?riau sec qui pouvait remplacer les mat?riaux de bois d?antan disparus depuis longtemps.

Le ciel ?tait assombri par un couche noir?tre qui cachait le soleil. Des appareils sillonnaient le ciel afin de creuser cette masse noire pour cr?er des tunnels de lumi?re afin que la Terre puisse faire la diff?rence entre le jour et la nuit.

Une dame s?approcha de moi. Je fus charm?. ?Non seulement elle ?tait belle, mais elle avait ce charme ?discret que j?adorais. Et nous fin?mes par parler litt?rature. Elle avait mis la main sur quelques oeuvres marquantes du 21 e si?cle, format papier, dissimul? dans des sacs ? ordures que chacun avait la t?che de transporter d?un endroit ? un autre afin d??liminer ou du moins att?nuer toute forme de pollution.

Le trajet ?tant long, apr?s quelques 30 minutes de discussion, je tombai sous le charme. J?attribuai ? tout ce qu?elle connaissait de moi ? nos similitudes de cette civilisation d?cadente qui s??teignait lentement. Elle disait se nommer Om?lia et se m?fier des autres. Son regard affichait une peur visible et un doute sur qui j??tais.

Nous lou?mes une cabine priv?e afin de nous entretenir d?un endroit qui avait ?t? ?pargn? de ce monde affreux qui nous ?teignait lentement.

Fuir. Trouver un endroit paisible ou vivre, ?lever des enfants, fabriquer cette vieille nourriture de nos anc?tres afin d??viter tout cet empoisonnement continu et cr?er une civilisation renou?e avec la nature offerte et non celle cr??e par une masse de technocrates et de politiciens agenouill?s.

Nous ?tions tous les deux ?puis?s. Nous devions nous lever chaque matin vers 03H30 pour nous rendre au travail: Montr?al- San Francisco. Pour « tenir le coup », chacun devait avaler des comprim?s d?une nouvelle mol?cule qui permettait de dormir d?un sommeil r?parateur en trois heures au lieu de six. Mais les effets secondaire ?taient parfois d?sastreux sur certains humains ambitieux: on pouvait choisir entre la formule 1, 2, ou 3. La formule 1 permettait une r?cup?ration rapide et un cumul de deux emplois. Cette r?compense ?courtait toutefois la vie. Ceux qui d?passaient la quarantaine avaient bien de la chance.

Om?lia me montra les photos de ses enfants qui ?taient d?c?d?s vers l??ge de six ans, incapables d?avaler les doses de connaissances r?p?titives et en comprim?s, modifiant les cellules du cerveau. La chimio-?cole ?tait une trouvaille de deux d?cennies seulement. L??tat offrait une compensation de quelques milliers de dollars US pour la perte des ?tres chers.

Apr?s deux heures de discussion concernant le « monde actuel », les rires, les ?bats, elle m?offrit un nouveau ? »support » qui permettait de dormir 5 minutes pour deux heures de sommeil. Format ?lectronique.

Om?lia poss?dait une grande culture. Une culture qui remontait ? quelque 200 ans sur l??volution de l?humanit?. Tout ?tait d?taill?. Si d?taill? qu?elle pouvait de parler des Beatles, de toutes leurs chansons, des accords de guitare, des montages, etc. Tout, ou enfin presque?

Elle se colla ? moi pour m?injecter le petit s?rum ?lectronique qui allait nous endormir pendant 5 minutes. Mais lorsque nous pass?mes devant un ?norme pyl?ne, sa voix se fit hach?e bizarrement et je compris que j?avais affaire ? une pub ambulante qui tentait de m?inculquer le d?sir ?? jamais effac? de bouffer la nourriture qui pouvait me nourrir pendant 120 jours.

Lorsqu?elle m??treignit, je vis ses yeux tourner au vert vitreux et sa poigne ferme de cyborg me saisir la colonne vert?brale pour me paralyser. ?Tous avaient ?t? avertis de porter une arme sur eux: un pistolet ? eau. Comme on ?teint un clavier? ?Il fallait toutefois trouver l?interstice qui permettait de glisser l?eau dans ce robot publicitaire pour le faire vaciller. Les nouveaux mod?les ?taient ?tanches et difficiles ? percer. J?avais donc fabriqu? une nouvelle arme pour me pr?munir au cas ou? Un simple jet ? capsule de la grosseur d?un stylo. Mais pour transpercer sa « chair » de plastique, il me fallait la dissoudre. Mais l?autre moyen ?tait de lui enfoncer dans les narines un produit qui allait faire d?faillir son syst?me. ? ?Toutefois, ? chaque semaine, un nouveau mod?le encore plus performant de pub apparaissait.

Comme en tout, on nous contr?lait par le bruit: celui de la parole, des discours, des entretiens, des musiques, radios, appareils portables vieillots, montres-t?l?phones, etc. Bref, tout ce qui nous faisait « vivre » nous tuait. tout ce bruit environnant, de plus en plus ?continu, permanent, ?tait la source de nos malheurs. Alors, l??nergie qui activait cette machine ? pubs n??tait autre que le bruit transform? en une source d??nergie in?puisable puisque nous n?avions plus aucun silence pour nous reposer. Tout ?tait bruit. Tout ?tait discours. Et tout nous apparaissait normal puisque nous sommes faits pour ?couter aux fins d?apprendre, nous ?tions pi?g?s dans un forme d?apprentissage qui ?tait ? la fois notre vie et notre mort.

Il faut observer pour vivre? J?avais remarqu? que plus je parlais, plus elle « vivait ». Plus le bruit ambiant s?amplifiait, plus elle ?tait agit?e et « performante ». ?J?avais trouv? la faille.

Alors, je lui parlai tout bas en lui disant:

– Laisse-moi t?embrasser tendrement, sans bruit. Cette b?te de pub ignorait que son ?nergie provenait de tout environnement sonore. Elle n?avait pas ?t? fabriqu?e pour savoir comment elle fonctionnait, mais dans le seul but ou mission d?int?grer une pub dans un humain.

Elle se radoucit et sa poigne devint moins ferme? Comme pour me ?conqu?rir.

Je l?ai embrass?e. ?tant donn? qu?elle s??tait d?guis?e en format des ann?es 40 de l?autre si?cle, elle portait deux attaches ? cheveux qui me charmaient. J?ai caress? sa chevelure pendant quelques secondes, saisit ses attaches et lui ai enfonc? dans les oreilles pour d?truire son syst?me d??nergie.

Elle se leva d?un bond, titubant, le regard r?vuls?, les yeux hagards. Mais ce n??tait pas termin?. Des capteurs d??nergie d?appoint avaient ?t? install?s sur ce mod?le. Elle tentait alors de reprendre de l??nergie sonore par d?autres sources.

Elle ouvrit la bouche et ?carquilla les jambes. Je lui flanqua une main sur la bouche et me lan?a sur elle en lui serrant les jambes. Elle cessa de fonctionne un moment, puis parut r?sister au silence qui devait ?tre programm? pour un court moment.

Elle resta fig?e sur le sol, son m?canisme ?touff?, et bien ? morte. Je n?avais pas le temps de saisir les informations ? ce nouveau mod?le de pub.

En sortant, je claquai la porte?

Ses yeux s?ouvrirent? Elle semblait chercher la lumi?re. Je fermai le plafonnier et jetai mon manteau sur ses eux.

***

Ga?tan Pelletier

Mai 2014

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