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L??conomie est un ch?teau de cartes

RAYMOND VIGER

?conomie et justice sociale

Apparemment, les sciences ?conomiques ne sont pas des sciences exactes, pas plus qu?elles ne sont infaillibles. Cela ressemble ? une grande exp?rience plan?taire dont personne ne conna?t r?ellement les enjeux.

Normand Charest ? chronique Valeurs de soci?t?, dossiers ?conomie, Environnement

reflexions sociales debats soci?t?D?un c?t?, des sp?cialistes qui s?opposent. De l?autre, ceux qui n?y connaissent rien, mais en subissent les cons?quences. Un jeu dangereux que l?on joue les yeux band?s, pendant que les chiffres peuvent servir ? cacher des injustices sociales.

Depuis longtemps, l??conomie ne repose plus sur des valeurs facilement identifiables, comme le nombre de b?tes dans un troupeau, les bonnes terres pour l?agriculture, la qualit? du bois dans la for?t. Des choses comme ?a, bien concr?tes, qu?on peut toucher de la main.

L?argent illusoire

crise ?conomique ?conomie finance financiaire financierToutes les valeurs ont ?t? graduellement chang?es en une unit? abstraite que l?on appelle ? argent ?. L?argent, au d?part, reposait sur son ?quivalent en richesse : de l?or ou la richesse du pays en g?n?ral. Maintenant, on ne sait plus tellement comment cela fonctionne.

Si, comme moi, vous n??tes pas un sp?cialiste de l??conomie, vous aurez l?impression que toute la richesse du monde repose sur peu de choses, qu?il s?agit d?un mirage. Ou d?un ch?teau de cartes qui peut tomber au moindre vent. Des sp?cialistes tentent de nous en expliquer le fonctionnement, mais les ?quations qu?ils nous proposent ne sont pas claires.

?conomiser ou consommer ?

crise ?conomique ?conomie endettement finance financi?re financier? une certaine ?poque, il fallait ?conomiser, faire des provisions comme la fourmi, l?abeille, l??cureuil. Mettre nos sous dans le petit cochon, plut?t que de les d?penser en bonbons. ? cette ?poque, on ne pr?tait qu?aux riches.

Ensuite, ce fut le contraire. On nous a demand? de consommer de plus en plus. Cela faisait rouler l??conomie et cr?ait des emplois. Lorsque nous n?avions plus les moyens d?acheter, on nous a d?bloqu? des cr?dits. Cela sentait d?j? un peu la fraude.

Et puis (oups !) les cartes du ch?teau se sont mises ? tomber. On nous a dit d?arr?ter de d?penser, de faire des ?conomies pour nos vieux jours parce que l??tat ne pourrait plus payer nos rentes. Mais les prix augmentent, les gens perdent leurs emplois. Ceux qui travaillent doivent augmenter leur productivit?, payer plus d?imp?ts.

D?un autre c?t?, on doit baisser les imp?ts des entreprises pour attirer les investisseurs qui cr?ent des emplois. R?sultat : les riches s?enrichissent, les autres s?appauvrissent. Ce qui r?duit du m?me coup leur capacit? d?achat.

Endettement des m?nages

?conomie crise ?conomique finance financi?re? cause de cela, il n?est pas possible, pour beaucoup, d?augmenter leurs ?conomies. Au contraire, l?endettement des m?nages canadiens d?passe maintenant de taux de 160 % du revenu disponible. Un taux semblable s?est traduit en crise immobili?re aux ?tats-Unis et au Royaume-Uni.

En m?me temps, les probl?mes d?endettement des pays augmentent. On le voit aux ?tats-Unis, en Europe et ailleurs. Le seul rem?de ? cet endettement, dit-on, est l?aust?rit?. C?est-?-dire une plus grande mis?re pour beaucoup.

Mais les gens ne sont pas d?accord, ils sortent dans les rues. La situation devient ? contre-productive ?, pourrait-on dire. Et puis, revirement : le Fonds mon?taire international (FMI) surprend en proposant plus de souplesse dans les mesures d?aust?rit? des pays (15 octobre 2012).

Les ? na?fs ordinaires ? que nous sommes ont parfois l?impression d??tre ? la merci des ? experts ? de toutes sortes. Comme des bouchons de li?ge sur l?oc?an, ballott?s par les temp?tes. Or, comme les experts se contredisent souvent, il n?est pas facile de discerner le vrai du faux dans cette affaire.

L??conomie n?est pas une science exacte, visiblement. La notion m?me de science exacte est d?j? discutable, quand on sait qu?en physique, par exemple, on n?a pas encore trouv? une th?orie unifi?e qui s?appliquerait ? tous les aspects de l?univers.

La vraie qualit? de vie

Un des probl?mes modernes, c?est qu?on a cru ? l?objectivit? des math?matiques et des sciences. Il y a quelques ann?es de cela, il suffisait d?inviter un expert ? la t?l?vision pour nous dire qu?il n?y a aucun danger ? utiliser le nucl?aire ou tel pesticide, et le probl?me ?tait r?solu.

Cela ne fonctionne plus maintenant, parce que depuis longtemps on a compris que les experts n?avaient pas tous la m?me opinion. Dans l?affaire de Gentilly-2, on a vu s?opposer des scientifiques qui disaient, d?un c?t?, que les femmes enceintes devaient quitter B?cancour et qu?il ne fallait pas que les habitants consomment les l?gumes de leurs jardins ? et de l?autre qu?il n?y avait aucun danger.

Tant que la science servait ? justifier le travail de l?industrie et les politiques gouvernementales, on la tenait en haute estime. Maintenant qu?elle s?y oppose souvent, elle devient un peu moins cr?dible pour les pouvoirs qui l?utilisaient jusqu?alors.

La conception actuelle de l??conomie d?pend d?une croissance constante? comme dans le cas des ventes pyramidales. Mais on sait qu?il y aura toujours des perdants, dans ce genre de ? fraude ?. En fait, toute la conception ?conomique actuelle est ? revoir parce qu?elle repose sur des bases erron?es.

Il est impossible de sauver ce ch?teau de cartes, et il nous faudra, en fin de compte, reconstruire l??conomie mondiale sur des bases plus solides. Sur des bases qui respectent les lois naturelles et qui nous offrent une qualit? de vie qui n?a rien ? voir avec l?accumulation de biens mat?riels.

Dans une entrevue accord?e au Devoir, le 16 octobre dernier, l??cologiste David Suzuki s??l?ve contre cette croissance sans frein :

Tout ce que nous faisons doit nous permettre de prot?ger la qualit? de l?air, de l?eau et du sol. C?est la base. Ensuite, on peut se demander comment b?tir une ?conomie en tenant compte de ces ?l?ments essentiels. Mais ce n?est pas ce que nous faisons. Nous ?levons l??conomie au-dessus de tout en disant que tout le reste doit servir l??conomie. Et la nature en paie le prix. C?est suicidaire.

Y a-t-il d?autres solutions ?

Pour ?tre plus positifs, il faudrait parler de tout ce qui se fait de bien en marge de l??conomie dominante. Des ?conomistes dissidents qui travaillent ? l??conomie sociale ; des investissements responsables qui sont en pleine progression ; de l?entraide, de l??change de produits et de services qui remplacent l?argent ; de l?aust?rit? ou de la simplicit? volontaire, et ainsi de suite. Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

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2 Commentaire

  1. avatar

    La seule réalité économique viable est celle qui se retrouve dans votre assiette. Et sa seule production sécuritaire est que vous la produisiez vous-même.

    Alors là, aucune conséquence néfaste n’est possible.