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L?autorit? publique est aux mains du syst?me financier

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Vous d?montrez avec des exemples innombrables comment le monde glisse vers une sorte de r?gime autoritaire dont l?intention unique est de maintenir les privil?ges d?une caste, l?oligarchie. Cela vous am?ne ? une conclusion socialement et politiquement dramatique?: la fin possible de la d?mocratie.
L?oligarchie est la d?finition d?un r?gime politique. L?oligarchie est un concept invent? par les grecs aux IVe et Ve si?cle av. J.-C. Les grecs ont d?fini les fa?ons selon lesquelles les soci?t?s humaines pouvaient ?tre gouvern?es?: la dictature, le despotisme, la monarchie, la tyrannie, la d?mocratie, qui est le pouvoir du peuple pour le peuple et par le peuple, et ensuite ils ont d?fini une autre forme de gouvernement qui est pr?cis?ment l?oligarchie. L?oligarchie est le pouvoir aux mains de peu de personnes. Ce que je dis alors c?est que, au moins en Europe, nous glissons vers l?oligarchie. Le syst?me politique actuel fait qu?un groupe de peu de personnes imposent ses crit?res au reste de la?soci?t?.
Vous sugg?rez que nous sommes dans une phase de post-d?mocratie dans laquelle, avec l?objectif de se maintenir au pouvoir, l?oligarchie maintient une fiction d?mocratique.
Bien s?r. L?oligarchie r?p?te sans cesse que nous sommes dans une d?mocratie et que tout est parfait. C?est une fiction. M?me les intellectuels ont oubli? le concept d?oligarchie et contribuent ? nourrir la fiction. Tous les intellectuels en syntonie id?ologique avec le capitalisme ont maintenu l?id?e selon laquelle existaient seulement deux alternatives?: ou la d?mocratie, ou le totalitarisme. Cela pouvait ?tre compris au d?but ? travers deux exemples?: dans les ann?es ?30 avec Hitler, ou dans les ann?es ?50 ou ?60 avec l?Union sovi?tique, on pouvait dire qu?il ?tait pr?cis d?opter entre la d?mocratie et ces deux dictatures. Mais cela est fini?: depuis la chute du Mur de Berlin en 1989 et le naufrage de l?Union Sovi?tique, nous passons ? un autre ordre. Mais les intellectuels qui sont au service du capitalisme ont persist? dans l?id?e selon laquelle il y a seulement deux chemins?: ou la dictature, ou la d?mocratie. C?est pourquoi il est important que le concept d?oligarchie soit bien pr?sent pour comprendre que, progressivement, la d?mocratie nous a ?t? vol?e.

Les pays europ?ens, et beaucoup plus les ?tats-Unis, ont gliss? vers un r?gime oligarchique o? le peuple n?a d?j? plus de pouvoir. La d?mocratie europ?enne est malade, elle s?est beaucoup affaiblie, et s?oriente de plus en plus vers l?oligarchie. En revanche, les ?tats-Unis ont arr?t? d??tre une d?mocratie?: c?est une oligarchie, parce que c?est l?argent qui d?termine les orientations des d?cisions politiques. En r?alit?, l?oligarchie est une d?mocratie qui fonctionne seulement pour les oligarques. D?s qu?ils se sont mis d?accord entre eux, ils imposent les d?cisions. Nos syst?mes ne peuvent plus s?appeler d?mocratie, parce que la puissance financi?re d?tient un pouvoir d?mesur?. L?autorit? publique est dans les mains du syst?me financier. Les pouvoirs publics ne prendront jamais de d?cision que puisse nuire aux int?r?ts ?conomiques, aux int?r?ts de l?oligarchie financi?re. Nous devons accepter l?id?e que ceux qui ont les r?nes du pouvoir politique de l??tat ne prennent pas de d?cisions pour le b?n?fice de l?int?r?t g?n?ral. Leurs d?cisions peuvent aller ? l? encontre de l?int?r?t public.

Ce raisonnement implique que la souverainet? populaire a disparu, comme id?e et comme pratique.
Effectivement. D?j? il n?y a plus de souverainet? populaire. Quand le peuple arrive ? r?fl?chir, ? discuter et ? d?lib?rer ensemble et prend une d?cision, l?oligarchie va contredire la d?cision populaire. En 2005 il y a eu en Europe un grand d?bat autour d?un r?f?rendum qui ? la fin a ?t? organis? en France et ensuite en Irlande et aux Pays-Bas sur un projet de trait? de Constitution europ?enne. Pendant six mois, la soci?t? fran?aise a discut? de ce sujet comme elle ne le faisait pas depuis de nombreuses ann?es. Les m?dias, appuyant la philosophie capitaliste, disaient ??il faut voter oui, il faut voter en faveur du trait?. Mais le peuple fran?ais a vot? ??non??.

Et qu?est-il arriv? ensuite?? Presque deux ans plus tard les gouvernements d?Europe ont impos? ce trait? avec quelques l?g?res modifications sous le nom de?Trait? de Lisbonne. Il y a eu alors une trahison extraordinaire de la volont? populaire. Nous retrouvons cet exemple dans d?autres endroits. Sans aller plus loin, en 1991, en Alg?rie, les islamistes ont gagn? les ?lections l?gislatives, mais les militaires ont interrompu le processus par un coup d??tat qui a men? le pays vers une guerre civile ?pouvantable. Autre exemple?: en 2005 les palestiniens ont vot? pour choisir leurs d?put?s. C?est le Hamas qui a gagn?. Cependant, tous les ?tats, des ?tats-Unis jusqu?? l?Europe, en passant par Isra?l, ont choisi d?ignorer le Hamas parce qu?ils le consid?rent comme une organisation terroriste. On n?a pas respect? le vote du peuple palestinien.

Le peuple en tant que tel est le c?ur de la d?mocratie c?est-?-dire le principe ? partir duquel tous partageons quelque chose. Le peuple n?est pas vous, Michel ou moi, mais tous ensembles. Nous partageons quelque chose et nous devons prendre une d?cision conjointe. Nous formons un corps, c?est pourquoi on dit ??le corps ?lectoral??. Mais ce qui est arriv? en Europe en 2005 marque une rupture profonde avec le peuple.

Cependant, entre l?id?e d?oligarchie qui existait au d?but du XXe si?cle et maintenant, il y a eu aussi une coupure radicale dans ce groupe.
Oui. Il y a eu une ?volution de l?oligarchie. Maintenant nous pouvons parler des d?viations de l?oligarchie pouss?e par l??volution m?me du capitalisme. Durant les trente derni?res ann?es le capitalisme s?est transform?. Tout commence en 1980, quand Ronald Reagan gagne les ?lections pr?sidentielles aux ?tats-Unis et Margaret Thatcher arrive au pouvoir en Grande-Bretagne. ? partir de l?, non seulement s?est concr?tis? un capitalisme orient? vers la??financi?re, mais aussi une une transformation culturelle, anthropologique a eu lieu.

La philosophie capitaliste s?est r?pandue avec ce message?: ??La soci?t? humaine n?existe pas??. Pour les capitalistes, la soci?t? est un une collection d?individus qui se trouvent dans une boule et son unique mission consiste ? en tirer un maximum de profit. Pour les capitalistes, l?individu est s?par? des autres, est en concurrence permanente avec eux. Dans cette vision, ce qui est commun n?est plus le peuple, mais le march?. Pour cette raison les gens ont tant de difficult?s ? se sentir un citoyen qui participe ? un processus commun ? tous. Le syst?me a occult? une donn?e?: le ph?nom?ne fondamental qui s?est produit au sein du capitalisme au cours des trente derni?res ann?es fut l?augmentation de l?in?galit?, dans tous les pays, y compris les pays ?mergents.

Nous sommes dans une phase cruciale de?crise. Il n?y en a d?j? plus une, mais plusieurs, et toutes se concentrent en m?me temps. La r?ponse de l?oligarchie est proportionnelle ? l?intensit? de ces crises?: l?autoritarisme et la r?pression comme r?ponse.
Nous sommes dans un moment tr?s d?licat de l?humanit?. La crise ?cologique s?aggrave de plus en plus et les crises sociales s?accroissent?: Europe, ?tats-Unis, les pays arabes, la Chine et Inde. Et face ? l?augmentation des protestations populaires, l?oligarchie tend ? aller vers une direction de plus en plus autoritaire, r?pressive, militaire. C?est ainsi en France, en?Italie, en Angleterre, aux ?tats-Unis, au Canada. Dans chacun de ces pays nous avons vu le d?veloppement impressionnant des technologies polici?res (cam?ras de surveillance, fichiers informatiques, etc.). Nous affrontons un double danger?: non seulement que la d?mocratie se dirige vers l?oligarchie mais, aussi, que l?oligarchie, le capitalisme en g?n?ral, entrent dans une phase autoritaire, insistant sur des sujets comme la x?nophobie, l?ins?curit? ou la rivalit? entre les nations. L?oligarchie ne veut pas adopter des mesures pour pallier ? la crise ?cologique ou pour diminuer l?in?galit?. Non. Ce que l?oligarchie veut, c?est conserver ses privil?ges fondamentaux. C?est une oligarchie destructrice. Je crois qu?elle ne comprend pas la gravit? de la situation. Au lieu d??voluer, l?oligarchie est chaque fois plus r?actionnaire.
Aujourd?hui il y a un nouvel ?l?ment, qui sera sans doute d?terminant?: la crise ?cologique, la crise climatique. Cependant, peu sont ceux qui sont dispos?s ? relever les d?fis.
Nous sommes dans un moment essentiel de l?histoire humaine, pour deux raisons. En premier lieu, nous traversons un moment de notre histoire dans lequel l?humanit? arrive aux limites de la biosph?re. L?esp?ce humaine s?est r?pandue et d?velopp? ? travers de la plan?te en s?appuyant sur une nature qui nous semblait immense et in?puisable. Mais maintenant l?ensemble de l?esp?ce humaine d?couvre que la plan?te a des limites et qu?il est n?cessaire de trouver un nouvel ?quilibre entre l?activit? et la cr?ativit? humaines et les ressources.

Nous devons changer de culture et passer de l?id?e selon laquelle la nature est in?puisable ? la r?alit? que nous mettons en danger ces ressources. Il nous reste ? apprendre ? les ?conomiser et ? les utiliser avec sagesse et prudence. En cela, se joue un changement de culture. Le deuxi?me en importance, est que nous nous trouvons au moment o? nous formons une soci?t? humaine. Avant nous ?tions comme des ?trangers les uns avec les autres. L? non.

M?me si ? R?o de Janeiro on vit d?une fa?on diff?rente qu?? Paris, ? Londres ou Shanghai, il y a beaucoup d??l?ments communs qui nous am?nent ? prendre conscience que nous appartenons au m?me monde. La mondialisation non seulement est en comp?tition avec la mondialisation de la culture ou de l??conomie, non, mais aussi atteint la population humaine. Nous d?couvrons que nous avons des int?r?ts communs.

Les probl?matiques de l?oligarchie ou de la d?mocratie se jouent aussi en ??Am?rique Latine [El Correo?propose ??Latinoriginaire??, parce que il faut int?grer et non diviser, comme le fait ce concept raciste et s?gr?gationniste]??, en Asie et en Europe. Nous sommes la m?me soci?t?. C?est un nouvel ?l?ment dans l?histoire de l?humanit?. Mais cette nouvelle soci?t? doit r??crire, inventer une nouvelle fa?on de vivre avec la biosph?re et les ressources naturelles. Si nous n?arrivons pas ? le faire, cette soci?t? humaine ira vers le chaos, la concurrence et la violence [nous y sommes d?j? au Moyen Orient et Afrique NDLT]. Il n?y aura pas seulement du d?sordre, l?aventure humaine s?arr?tera.

Pour vous, il ne peut pas y avoir un renouvellement de la d?mocratie si la question ?cologique n?est pas prise en consid?ration.
L??cologie et la d?mocratie sont ins?parables. Si nous regardons vers les ann?es 70, quand le mouvement ?cologique a pris son impulsion, il l?a fait avec une critique de la d?mocratie. La d?mocratie a toujours ?t? dans le c?ur de l??cologie. Mais ensuite le capitalisme a d?riv? vers l?oligarchie et nous ne sommes d?j? plus dans une situation d?mocratique. Le capitalisme et l?oligarchie poussent toujours vers la croissance ?conomique.

Mais aujourd?hui nous savons que cette croissance ?conomique fait des dommages importants ? l?environnement. Nous ne savons pas produire de la croissance ?conomique sans d?truire l?environnement, sans ?mettre du gaz avec effet de serre, sans d?truire les for?ts comme dans l?Amazonie, ou sans produire d??normes quantit?s de soja comme en Argentine, pour lequel des tonnes de pesticides sont utilis?s. La croissance permet qu?on oublie l??norme in?galit? qu?existe. La croissance permet de calmer les tensions sociales. Le d?veloppement de l?oligarchie, c?est-?-dire, le d?lire d?un petit nombre de personnes pour s?enrichir d?une mani?re colossale, pousse ? la croissance et, en m?me temps, ? la destruction de la nature. C?est pourquoi la question d?mocratique est essentielle. Nous devons arriver ? une situation o? nous pouvons discuter et r?ussir ? diminuer l?in?galit? et, ainsi, pouvoir red?finir ensemble une ?conomie juste qui ne d?truit pas l?environnement.

En somme, toute reformulation de l?id?e et du principe de d?mocratie passe par l??cologie.
Effectivement?: il est impossible de penser le monde si nous oublions de la question ?cologique. Ce sujet n?est pas exclusif des Europ?ens ou des occidentaux, non, c?est une question mondiale. Le sujet du changement climatique, le sujet de l??puisement de la biodiversit? ou de la contamination sont des sujets mondiaux. Il est impossible de penser ? l??mancipation humaine, ? la dignit? humaine, ? la justice sociale, ? l??volution vers une humanit? r?alis?e dans laquelle chaque personne pourra exprimer ses potentialit?s par rapport aux autres, dans le concret, rien de cela ne peut ?tre pens? si sont laiss?es de cot? , la nature et la relation avec la biosph?re. La situation actuelle est grave ? cause de la crise ?cologique mais aussi pleine d?espoir. Nous avons dix ou vingt ans devant nous pour organiser la transition et permettre aux jeunes du futur qu?ils imaginent une soci?t? harmonieuse. Si dans 10 ans nous ne contr?lons pas la contamination, si dans 10 ans nous ne r?ussissons pas ? l?emp?cher l??volution dictatoriale du capitalisme, nous allons tout droit vers des situations tr?s difficiles.
Eduardo Febbro?pour P?gina 12
P?gina 12. Depuis Paris, le 18 f?vrier 2013.
Source:?Pagina 12?via?El Correo

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3 Commentaire

  1. avatar

    Il me semble impossible de « corriger » l’état actuel de nos sociétés; car la prémisse est fausse.

    Je pense qu’il faut tout ré-évaluer en fonction des besoins fondamentaux de chacun des individus.

    L’erreur fut que le seul critère considéré depuis des milliers d’années fut les « besoins fondamentaux » des nations, des « Patries » ou des pays. C’est dire: les besoins fondamentaux des « systèmes » au lieu de celui des individus membres du système.

    Est-il possible de redresser la barre? Peut-être si on fait preuve d’une honnêteté intellectuelle assez extraordinaire.

    André Lefebvre

    • avatar

      Bonjour André Lefebvre,

      Je ne sais pas comment le premier problème peut être réglé : Quand me demanderez-vous si je veux venir au monde ?

      Nous sommes donc tous des esclaves qui pensent, contrairement aux pucerons des termites.

      Je gage que les prochaines générations seront modifiées génétiquement pour perdre la conscience de soi.

      Maudit que je suis pessimiste, grâce à Bertrand Russel,en partie.

  2. avatar

    Nous ne savons pas produire de la croissance économique sans détruire l’environnement. Vous toucher la un point précis de la problématique sociétaire, à quoi sert cette fameuse croissance obligatoire? Le grand fossé qui sépare une économie réelle, d’une économie fictive qui en résulte l’oublis du rôle légitime de l’économie, soit un outil de développement pour la société, la croissance de celle-ci et non des plans d’austérités, des profits pour les humains sur la santé, l’éducation, la recherche du bonheur et non pour des êtres fictifs qui n’ont comme identité un simple bout de papier juridique qui leur permet d’exister.