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L?ath?e fid?le 1

Yan Barcelo, 25 septembre 2011

Apr?s avoir lu le br?lot de Michel Onfray, son Trait? d?ath?ologie, j?ai entrepris la lecture d?un autre livre ??ath?ologique??, L?Esprit de l?ath?isme, Introduction ? une spiritualit? sans Dieu, d?Albert Comte-Sponville.

Voil? un ouvrage beaucoup plus substantiel que celui d?Onfray (dont j?ai ?t? fort d??u). Mais je lui trouve des failles importantes.

Comte-Sponville propose un ??ath?isme fid?le??, c?est-?-dire la position d?un homme qui, ayant perdu la foi dans les propositions religieuses et spirituelles chr?tiennes, n?en demeure pas moins fid?le aux valeurs et vertus h?rit?es de ces propositions. Comme il l??crit, ??la fid?lit?, c?est ce qui reste de la foi quand on l?a perdue??.En bref, il s?agit d?une sorte de christianisme, mais sans Dieu et, surtout, sans l??glise.

Il ne se contente toutefois pas de faire table rase, ce que fait Onfray. Il propose un autre chemin, une ??spiritualit? ath?e?? aux accents fort authentiques et qui s?apparente ? la spiritualit? zen bouddhiste. Il appuie son propos sur quelques exp?riences ??mystiques?? qu?il a connues et qui ont le m?me caract?re que l?exp?rience du kensho, v?hicul?e dans le zen. C?est-?-dire un moment d?illumination o? l??tre du monde se d?voile dans sa totale ainsit? imm?diate, o? les fronti?res de l?ego se dissolvent pour laisser place ? la vision de notre unit? totale et indissoluble avec tout. ? un tel moment de d?voilement se greffent des perceptions ?tr?s fortes de pl?nitude, de s?r?nit?, de pr?sence imm?diate de l??ternit?, de lien ? l?absolu.

En un mot, c?est tout le programme bouddhiste de l?illumination que propose Comte-Sponville, mais en faisant l??conomie de tout le corpus religieux et m?taphysique que le bouddhisme tra?ne forc?ment. Le vocabulaire demeure occidental et r?solument tourn? vers l?h?ritage philosophique et religieux chr?tien?: on ne parle pas de compassion, mais bien d?amour?; on ne parle pas de dharma, mais de loi morale; on ne parle pas de l?illusion de la r?alit?, mais de justice sociale.

Son livre s?article en trois grands moments. Dans le premier, il remet en question le bien-fond? des religions; dans le second, il remet en question la croyance en Dieu; dans le troisi?me, il propose son programme spirituel et mystique.

Il y a dans tout cela quelques failles fondamentales. La plus importante, ? mon sens, est de se m?prendre sur l?impulsion essentielle de la religion et de la spiritualit?. Il croit que cette impulsion est fond?e dans la figure illusoire de Dieu et dans l?esp?rance, tout aussi illusoire, que porte cette figure, c?est-?-dire l?attente d?un monde meilleur et parfait qui va nous consoler des brutalit?s et de l?imperfection de celui-ci.

Tel n?est pas, je crois, l?impulsion originelle des religions. Cette impulsion, elle provient de la simple station de l?homme dans l?existence, d?nu? d?orientation claire, et surtout, nu et totalement ignorant devant le grand inconnu de la mort. La question fondamentale des religions n?est pas Dieu ou non-Dieu; la question fondamentale est la mort ou l?immortalit?.

S?il y a la mort, si celle-ci est radicale et d?finitive, alors tout le sens de la vie, de sa valeur morale et spirituelle, sont remis en question. Plus encore, se dissolvent. Or, toutes les religions et spiritualit?s ont r?pondu que la mort n?est pas la fin. Que ??les choses?? continuent au-del?, pour le meilleur et pour le pire. Toutes les religions ne croient pas en Dieu. Comte-Sponville indique ? juste titre que le bouddhisme, le confucianisme et le taoisme en sont trois exemples ?vidents. Cependant, toutes les religions croient que la mort n?est pas d?finitive, que ??quelque chose?? (?me, esprit, n?uds karmiques) se poursuit, et que cette continuation se fait en r?ponse aux actions et aux attitudes bonnes ou mauvaises que nous avons manifest?es dans notre vie. Dans le christianisme, cette continuit? se fait dans les apr?s-mondes du purgatoire et de l?enfer; dans le bouddhisme et l?hindouisme, elle peut se faire dans des apr?s-mondes de dieux ou de d?mons, ou dans d?autres incarnations sur Terre.

(Suite la semaine prochaine.)

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8 Commentaire

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    @YB

    « la question fondamentale est la mort ou l’immortalité »

    OUI. Mais immortalité de QUOI ? Car ce que j’étais il y a une seconde n’existe plus. Ce que j’appelle « moi » est une mémoire à laquelle je m’identifie d’une séquence de perceptions évanescentes. Croire à l’immortalité peut être de penser que cette séquence se poursuivra… mais, par définition, ce sera toujours la mémoire d’un autre « moi »

    PJCA

    • avatar

      Par contre l’immortalité du « moi » au présent est indéniable.

      En fait c’est toujours le même « moi » qui évolue.

      Par exemple: ce que je me rappelle d’hier ne fait pas de « moi » un autre « moi »; mais plutôt le même « moi » qui ajoute à ses souvenirs ou connaissances.

      En ce sens, la mort n’existe pas comme étant une fin mais un simple évènement.

      Amicalement

      Elie l’Artiste

  2. avatar

    Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans les questionnements que nous faisons sur Dieu, la religion, la vie et la mort. Moi, comme croyant chrétien, j’en arrive à comprendre ma foi sans la religion. Elle est un centre qui apporte à la conscience et à l’être ce que l’auteur appelle cette expérience de la totalité qui nous sort de l’individualité pour nous ouvrir à tous les humains qui ont porté et portent la conscience vers un devenir, qui nous sort de la mesure du temps pour nous faire passer à un éternel présent. L’Athée, l’agnostique et même celui qui se dit religieux portent une « foi » ne serait-ce que celle de dire que Dieu n’existe pas, ou encore qu’il est impossible à l’être humain d’en connaitre la réalité, ou encore qu’il est ici ou là ou dans telle ou telle religion.

    Il me semble que la mesure de l’intensité de la vie que chaque être porte en lui se trouve quelque part dans les sources qui alimentent son bonheur: la justice, la vérité, la solidarité, la paix
    etc. Chaque humain porte en lui ce qu’il faut pour donner consistance à ces fondements de bonheur et de plénitude.

    Quant à la vie et à la mort, encore là il faut s’en remettre à la foi qui dira pour certains qu’il n’y a rien, pour d’autres qu’il a de quoi… La raison en est très simple: c’est que la science ne peut franchir la frontière qui sépare le temps de l’intemporel. Tout discours sur l’intemporel sera inévitablement fondé sur un principe intuitif, de croyance ou de refus pour aller au delà du temps. Même l’expérience mystique, toute spirituelle qu’elle est, demeure une expérience dans le temps. Elle nous ouvre à des espaces que nous qualifions de mystiques, de spirituelles, mais nous demeurent partielles par rapport à une totalité qui nous échappe toujours.

    Un commentaire rédigé rapidement et qui se veut tout à fait positif pour ce type de questionnement.

  3. avatar

    Une spiritualité sans Dieu ?

    Une main sans doigts ?

    Un homme sans pénis ?

    Une voiture sans roue ?

    Tout cela pour dire que toutes ces théories, et pseudo philosophie, sont des non sens.

    Pour mémoire, la spiritualité est la vie de l’Esprit, et sans forces divines, il n’y a pas d’éveil, il n’y a pas de vie de l’Esprit, et dont pas de spiritualité.

    L’expérience directe de l’ésotérisme montre à tout homme l’ineptie d’une telle assertion.

    Je n’écris pas ce commentaire pour choquer, mais pour vous dire : réveillez-vous ! Sortez de votre torpeur intellectuelle qui vous rend aveugle.

    Bonne chance !

  4. avatar

    @Pierre Allard et tous
    Je vous répondrais dans le même sens que l’Artiste, en faisant une distinction entre l’ego et la conscience-témoin, entre le moi et le soi. L’ego est une scénarisation qui passe « devant » l’objectif de la conscience-témoin. Cette conscience demeure immuable, elle a toujours été la même aussi loin que je me souvienne, alors que tout le reste s’est transformé. Étant donné que notre vie terrestre est individuée, c’est-à-dire une conscience particulière éclairant les divers scénarios de l’ego, on peut faire l’hypothèse qu’il en sera de même de l’autre côté. En supposant, bien sûr, qu’il y a une après-vie, une hypothèse à laquelle je souscris entièrement.
    Les doctrines ésotériques affirment, je crois, que la même individualité se poursuit dans l’après-vie, portant encore ses souvenirs et traces « karmiques » terrestres. Par ailleurs, ceux qui adhèrent à la notion de métempsychose (une idée que je trouve séduisante, mais dont je ne sais rien non plus), considèrent que c’est au moment d’une nouvelle entrée dans la matière, d’une nouvelle incarnation, que toutes les mémoires passées s’effacent.
    Pour ma part, je ne sais strictement rien des conditions de la survie après la mort, s’il y a réincarnation, purgatoire, enfer ou quoi que ce soit. La seule conviction que je porte est celle d’une continuité entre cette vie-ci et la suivante, la conviction que cette vie-ci prépare la prochaine. J’essaie autant que possible d’être « correct » dans cette vie-ci, ce qui pourra peut-être contribuer à ce que je sois « correct » aussi dans la prochaine. Me souviendrai-je de « Yan Barcelo », de sa dramatique de vie particulière. Je n’en sais strictement rien. Mais que ces souvenirs perdurent ou pas, je suis persuadé que, par une opération évidente ou mystérieuse, la rectitude, l’amour et la justice que j’aurai manifestés en ce monde « me » suivront de l’autre côté, de même que les méfaits, les lâchetés et les trahisons que j’aurai pu manifester.
    À la semaine prochaine, Pierre, dans le nord.

    • avatar

      M. Barcelo, je vous remercie de reconnaître, d’une certaine façon, le sens que je donne à l’immortalité du « moi ».

      Cela, cependant, m’oblige à expliquer avec plus de précision, mon opinion sur le sujet.

      Cela me donne également un sujet intéressant pour mon prochain article qui suivra celui de ce soir.

      Donc, nous pourrons en discuter dans une semaine.

      Amicalement

      André Lefebvre

    • avatar

      @Lartiste
      Heureux que certaines de nos pensées convergent… Au plaisir.