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L?assermentation de Barack Obama et l??criture de l?histoire

 

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?lisabeth Vallet et Charles-Philippe David ? Respectivement professeure associ?e en g?ographie et copr?sident de l?Observatoire sur les ?tats-Unis, Chaire Raoul-Dandurand, UQAM?

Alors que le slogan officiel de la journ?e est ? notre peuple, notre avenir ? c?est un po?te hispanique, jeune, gai ? Richard Blanco ? qui prononcera le po?me de la c?r?monie officielle d?assermentation, tandis que le r?v?rend Luis Leon, de l??glise ?piscopalienne de St. John, connue pour son ouverture ? la communaut? gaie, en prononcera la b?n?diction. C?est ?galement la deuxi?me fois dans l?histoire du pays que le pr?sident sera investi le jour consacr? ? la m?moire de Martin Luther King. C?est encore la premi?re fois qu?une femme, Myrlie Evers, n?appartenant pas au clerg?, prononcera la pri?re publique d?ouverture : elle est la veuve de Medgar Evers, assassin? au Mississippi en 1963 par un membre du Ku Klux Klan, deux fois acquitt? ? avant d??tre finalement condamn?? trente ans plus tard. Barack Obama amorce donc son second mandat avec une s?rie de symboles. Rassembleur, diront certains. Racoleur, diront d?autres. Or le second mandat d?un pr?sident peut ?tre un tremplin. Ou une fatalit?.

La mal?diction du second mandat

En effet, c?est au cours de son second mandat que le pr?sident Madison a, au d?but du XIXe si?cle, vu la Maison-Blanche br?l?e par les Britanniques. Que William McKinley et Abraham Lincoln ont ?t? assassin?s. Que Woodrow Wilson a tent? en vain de faire ratifier son projet de Soci?t? des Nations par le S?nat? et en est mort (devant l?opposition, il est parti faire campagne ? travers les ?tats-Unis et a fait une crise cardiaque dont il ne s?est jamais tout ? fait remis).

C?est ?galement au cours de son second mandat qu?Harry Truman s?ab?me dans le marasme de la guerre de Cor?e avec un taux d?approbation inf?rieur ? 30 %. Que Ronald Reagan, pourtant r??lu dans un v?ritable raz-de-mar?e r?publicain, s?enferre dans la scandaleuse affaire Iran-Contra. Que Clinton essuie les cons?quences de multiples scandales personnels. Que George W. Bush s?enlise dans les sables de M?sopotamie et se noie dans sa mauvaise gestion de l?ouragan Katrina, pour quitter l?avenue Pennsylvanie avec l?un des plus bas taux d?approbation de l?histoire r?cente. Il laissera d?ailleurs derri?re lui un parti d?chir? par des luttes intestines, des factions aux int?r?ts de plus en plus divergents, comme en a t?moign? la derni?re ?lection.

Ainsi, tous les pr?sidents ont connu des retours de flamme durant leur second mandat. Mais ce qui fait la diff?rence, c?est leur aptitude ? reprendre le dessus. Certains sont habiles, comme Reagan qui a quitt? la pr?sidence avec un taux d?approbation de 68 %, comme Clinton qui, tel un chat, para?t avoir sept vies politiques?

 

D?autres ont ?t? moins dou?s, comme Nixon. Lui-m?me le disait, au lendemain de sa r??lection en 1972, que ? la plupart des seconds mandats sont d?sastreux ? et qu?il ferait l?impossible ? pour que le sien ne le soit pas ?. Pour autant, moins de deux ans plus tard, il quitte la Maison-Blanche en plein coeur du Watergate, d?savou? par la Cour supr?me dont il a nomm? quatre des neuf membres, honni par une population qui ne le comprend plus. Perclus de son arrogance qui a fini par constituer sa perte.

Le fardeau tautologique du second mandat, c?est que le pr?sident a justement un pass? pr?sidentiel : son bilan de premier mandat comporte des ?l?ments que l?opposition voudra exploiter. Le r?formateur du premier mandat se mue donc traditionnellement en un gestionnaire de son propre h?ritage, qu?il veut inscrire dans les livres d?histoire. La plus grande latitude du pr?sident (qui n?est plus en campagne ? compter des ?lections de mi-mandat ? donc 2014) devrait donc lui permettre d??tre plus innovant, plus audacieux. Mais cela n?est toujours pas le cas.

De toute ?vidence, le pr?sident Obama fera face ? pour au moins deux ans encore ? ? une Chambre des repr?sentants vindicative et phagocyt?e par le Tea party. Toutefois, plus libre qu?il ne l??tait lors de son premier mandat puisqu?il ne peut briguer un troisi?me mandat, il para?t d?cid? ? trancher dans un certain nombre de dossiers, comme il l?a montr? la semaine pass?e dans le domaine du contr?le des armes ? feu.

Et en politique int?rieure, il va sans doute aller d?urgence en urgence. Urgence de r?gler la crise budg?taire avant que les march?s ne s?impatientent et que la r?cession ne frappe de nouveau. Urgence de pr?venir le retour du pays en r?cession. Urgence de r?gler la question migratoire, avant que les ?lections de mi-mandat n?am?nent les Hispaniques ? se braquer contre le pr?sident qu?ils ont port? ? la t?te du pays.

Toutefois, comme la plupart de ses pr?d?cesseurs, son second mandat le m?nera ? se tourner davantage vers l?international ? d?autant que le principal contrepoids, le S?nat, lui est plut?t favorable. Et dans ce domaine les dossiers sont nombreux et cruciaux : l?Iran, la Chine, le conflit isra?lo-palestinien. Et on se souvient de Reagan et de la fin de la guerre froide, de Clinton et des accords du vendredi saint (Irlande) ou encore du sommet de Camp David (entre Isra?liens et Palestiniens). Or l?influence am?ricaine repose en grande partie sur sa puissance ?conomique. On comprend donc que l?enjeu sera plus complexe encore cette fois-ci, alors que des pays ?mergents envisagent de lui ravir ce titre, et de jouer un r?le dans la g?opolitique internationale plus important encore.

Le temps de r??crire l?histoire

Obama n?a que quelques mois, au-del? du fait de sa r??lection, pour v?ritablement ? passer ? l?histoire ?. Que retiendront les historiens ? Qu?il a su sauver les meubles pour ?viter les dommages ?normes que peut encore provoquer le pr?cipice fiscal ? Pour ce faire, il devra mobiliser toute une nation en utilisant le fameux ? pouvoir de persuasion ? aupr?s des Am?ricains pour faire plier les dogmatiques insens?s du Congr?s? On souhaite en ce domaine qu?il intervienne tel un pr?sident r?solu pour faire passer un accord budg?taire (en recourant par exemple ? la menace de fermer le gouvernement, comme Clinton l?a d?j? fait en 1994).

Se souviendra-t-on de lui parce qu?il saura laisser sa marque en politique int?rieure, sur les armes ? feu ou sur l?immigration ? Peut-?tre, encore l?, si les astres s?alignent (peu probable) ou si, tel Lincoln, il convainc les r?calcitrants ? force de persuasion et en cherchant, en exploitant, l?appui d?une partie de l?opinion publique souhaitant, r?clamant, une volont? pr?sidentielle affirm?e. Ou sera-ce, assez souvent comme tous les pr?sidents qui l?ont pr?c?d?, la politique ?trang?re qui marquera au final ce second mandat ? ? vrai dire, Obama n?a pas encore subi le test d?une crise en ce domaine (certains ?videmment diront que l?op?ration contre Ben Laden ou encore le renversement de Kadhafi en Libye le fut, quoique, dans les deux cas, on ne parle pas de v?ritables surprises, mais de d?cisions bien r?fl?chies de la part du pr?sident).

On peut croire que la relation avec l?Iran et le nucl?aire s?av?re certes le sc?nario le plus pr?visible de ce que pourrait nous r?server une surprise dans le second mandat d?Obama. Un affrontement ou une entente, personne ne le sait. Rien ne laisse croire, pour l?instant, que les prochaines ann?es seront particuli?rement exceptionnelles pour ce pr?sident s?il r?p?te les recettes de son premier mandat. Pour vraiment ? passer ? l?histoire ?, Obama aura ? r?orienter celle-ci. Il devra le faire de mani?re marquante et durable. Le pourra-t-il, le voudra-t-il seulement ? Le pari est ouvert : en politique int?rieure, sur l?endettement ou face ? une grave crise internationale ? R?ponse dans quatre ans.

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