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L?arm?e, ennemie de la soci?t? civile

Dimanche rouge

PAUL LAURENDEAU ? Encore de la comm?moration sanglante. Dix ans de guerre pharaonique et catastrophique en Irak et nos journaleux continuent sans cesse de se demander s’ils doivent couvrir les conflits arm?s. Ils se disent que c’est quand m?me dangereux… Le danger, c?est une chose. Mais la question fondamentale est: si les forces arm?es laissent un journaliste monter dans un de leurs chars d?assaut et les accompagner dans une mission offensive, le font-elles dans un soucis d?information impartiale du public? R?ponse: non. Si l?arm?e proc?de ainsi c?est uniquement parce qu?elle juge que le journaliste en question servira, volontairement ou non, les int?r?ts exclusifs de sa propagande. L?arm?e n?est pas une institution transparente. C?est une institution opaque, qui consid?re que tuer et mentir font partie de ce sur quoi elle a impunit?. L?arm?e ne dit JAMAIS la v?rit? sur ses op?rations, sur son existence, sur sa reproduction. L?arm?e soucieuse d?info, ouverte, sinc?re, cela n?existe pas.

Il serait pourtant crucial de couvrir les conflits arm?s ad?quatement pour montrer que la guerre tue. Mais le fait est que, lors de la premi?re campagne Koweit/Irak, celle de 1991, une ?nergie massive, nouvelle alors, inusit?e, fut investie aux USA dans l?art subtil et pervers de masquer les pertes des conflits locaux pour les banaliser dans l?avenir. Ce fut la grande d?vietnamisation de la propagande de guerre US. Et ce fut une r?ussite de relation publique majeure du temps et tous nos journaleux entr?rent alors dans le bal sans protester ou riposter. Cette doctrine joue depuis, comme sur des roulettes. Omerta? Omerta aussi sur cinq millions de capot?s lors de l?occulte et brutal conflit za?rois/congolais. C?est la moiti? des pertes de la Premi?re Guerre Mondiale? On n?en a pas vu passer 10% aux nouvelles! D?ailleurs le conflit en question fut justement surnomm? Premi?re guerre Mondiale de l?Afrique. Silence mat. ?videmment de l? ? glisser vers des insinuations pro-US qui minimiseraient en douce leur propre impact sous pr?texte d’ouverture/couverture envers les guerres oubli?es, je freine? Le vrai ethnocentrisme de nos communicateurs et de leurs lecteurs se manifeste cr?ment lors de la couverture tapageuse et ostentatoire des conflits occidentaux. ?coeuranterie similaire ? celle du silence sur les gigantesques conflits africains. Quel que soit le th??tre o? on se prend les pieds, on hurle et braille sur ?nos? pertes, mais sur ?leurs? pertes, dix fois, vingt fois, cent fois sup?rieures: Omerta toujours. Tout est pr?sent?, par l’insidieuse intoxidentale, comme si l?ennemi n??tait qu?une vermine grouillante et inane. Le silence occulte, mieux que tout, ce qu’il faudrait pourtant dire et redire.

Voici donc ce qu?il faut dire froidement de l?arm?e. L?arm?e est une instance fondamentalement factieuse, trublionne, canc?reuse, parasitaire. Son pire ennemi ce n?est pas l?ennemi. Elle respecte et admire l?ennemi. L?ennemi la fascine, lui ressemble, lui permet de se l?gitimer, de se perp?tuer, d?exister. Le vrai ennemi de l?arm?e, celui qu?elle combat de toutes ses forces hypocrites, c?est la soci?t? civile, la transparence et la paix. L?arm?e ne veut pas d?un monde o? il n?est pas besoin d?arm?e et fera tout pour entraver l??mergence de ce monde. Son financement et son existence autonome en d?pendent crucialement. Tout journaliste qui se tait ou la d?crit autrement qu?en ces termes, la sert servilement. Et c’est alors que commence le vrai danger de la couverture m?diatique des conflits arm?s. Disons la chose comme elle est, quiconque expose nos enfants ? cette manipulation propagandiste est un irresponsable qui d?m?rite enti?rement de la parentalit?. Le corpus litt?raire et cin?matographique des oeuvres anti-guerre issues de la soci?t? civile est pourtant volumineux et parle bien plus profond?ment de tout ceci que la couverture s?lective et non-critique des conflits arm?s. Notre culture collective anti-arm?e et anti-guerre a connu sa premi?re explosion solide apr?s la guerre de 1914. On peut citer, entres autres, le roman LE FEU d?Henri Barbusse. L?oeuvre la plus curieuse en la mati?re, pour nous en tout cas, reste le roman du canadien Charles Yale Harrison intitul? GENERALS DIE IN BED. On y suit au jour le jour les exactions, atrocit?s et souffrances perp?tr?es par un r?giment canadien pendant la guerre de 1914. La description du sauvage et brutal sac d?Arras (France) par ses « lib?rateurs » canadiens vous laisse sur le cul d??dification. Ces oeuvres n?ont vieilli que pour la technologie et l?histoire locale. Au niveau du principe criminel fondamental de la guerre et de l’arm?e, tout y est, intact.

La fonction commerciale fondamentale de la guerre est d?sormais exclusivement le bellicisme. Celui-ci consiste ? d?tourner les fonds publics vers des entreprise parasitaires et improductives tenues par la jet-set des petits copain qui enfilent la fleur au fusil des autres. Il est vrai que la guerre est le dernier des grands monopoles avec privil?ges n?ayant pas ? rendre le moindre compte sur sa productivit?. Pour le coups, je pense ? tous nos militaires. Contrairement ? certain(e)s Tartuffes locaux, je n?ai absolument AUCUN respect pour les soldoques. Leur ruban jaune caca trouille ils peuvent sinc?rement se torcher avec. Les chialeux factieux qui les appuient moralement devraient m?diter aujourd?hui ce fait fondamental du parasitisme social de l’arm?e. La voil?, soldoques & supp?ts, la raison pour laquelle votre secteur militaire est l?ennemi ouvert et direct de la soci?t? civile: il d?tourne massivement des fonds publics qui reviennent ? la sant?, ? l??ducation ? la pr?vention des catastrophes naturelles, au renouvellement des infrastructures urbaines et les enlise ? jamais dans une inextricable bouillie improductive, polluante et meurtri?re de merde et de sang, dont les coups tordus sont de facto prot?g?e de la v?rit? par leur propagande belliqueuse. C?est un cancer curable mais n?glig?, que le cancer militaire. Soldoque, garde ? toi… rends toi compte une bonne fois que les ma?tres que tu sers sont les ennemis direct de tes enfants et des enfants de tes victimes.

La soci?t? civile commence imperceptiblement ? se rendre compte de combien la soldatesque lui est nuisible. Improductive, ruineuse, factieuse, nuisible. Je ne supporte PAS nos troupes nulle part. Moratoire militaire inconditionnel et imm?diat. Fini le gaspillage et les crimes immondes.

Femmes contre la guerre

Ceci dit et bien dit, mesdames, je vais peut-?tre maintenant vous surprendre, mais c?est gr?ce ? ce rejet constant et stable de la mort de nos petits gars au combat dans des conflits de th??tre absurdes (que vous exprimez si sinc?rement, et qui est v?cu et articul? par des millions d?autres femmes comme vous, en toute simplicit?) que nous n?avons pas eu de troisi?me guerre mondiale. Je m?explique. Quand Eisenhower se fit rapporter, au tout premier jour du d?barquement de Normandie de 1944, que 10,000 hommes avaient ?t? tu?s sur le coup, il r?pondit, sans cynisme, et avec un soulagement r?el: ?So far so good, I was expecting 20,000? [Pas mal du tout, Je m’attendais ? 20,000]. Ce type d?insensibilit? implacable (et, disons?le, si masculine?) des ?tats-majors n?est plus possible aujourd?hui, simplement parce que les m?res, les soeurs, les copines des soldats et leurs amies et nos amies veillent et influent de leur massive sensibilit? pacifiste tout le rapport de la soci?t? civile ? la guerre. Comparons le contraste entre la couverture par un journaliste homme et la couverture par une journaliste femme du m?me drame d’un de nos ti-clins soldoques mort ? Kandahar. Sous la plume du journaliste homme, d?accord ou pas, on garde la t?te bien froide et les yeux sur la rondelle. Il va falloir s?habituer ? revoler dans le bande pis y en aura pas de faciles. D?ailleurs (comme l?expriment aussi assez oiseusement encore trop de nos compatriotes) les petits gars sont l?-bas pour sauver les FEMMES afghanes. ?Alors ?crasez vous les filles, Rambo s?en vient. Comme on disait dans mon enfance: Les filles, les gu?nilles, les gars les soldats. Calmez vos nerfs. Ce n?est que la politique par d?autres moyens?? Sauf que la journaliste femme et ses semblables, elles, ont pleur? de tristesse et de rage devant leur ordi et l?on exprim? sans honte au monde dans les canards, les carnets et ailleurs sur Internet. Leurs arri?res-grand-m?res de la guerre ?14, avaient d?ailleurs pleur? et protest? comme ?a, elles aussi, mais au fond d?une cuisine silencieuse. Leurs grand-m?res de la guerre ?39 ont pleur? et protest? comme ?a, elles, dans le tapage d?une tannerie ou d?une usine de bombes. On ne les a pas trop entendu non plus, dans le temps. Maintenant la vision vague et femme de Madame la Journaliste appara?t dans un medium qui vaut pour 50/50 face ? la vision pr?cise et eisenhowerienne de Monsieur le Journaliste. Compareurs, comparez. Choisisseurs, choisissez. Moi, je ne m?habituerai JAMAIS au meurtre de mes fils et des fils du soi-disant ennemi au nom de l?imp?rialisme p?trolier et opiac? de l?Occident.

La mont?e du pouvoir de masse et de l?impact social des femmes vont donc de pair avec l?impossibilit? de disposer aujourd?hui sans obstacle de l?attitude d?Eisenhower envers les petits gars qui sont aux bouttes des fusils. Un mort qu?b?cois en Afghanistan et le Premier Ministre du Canada est oblig? de patiner comme un perdu dans la propagande humanitaire. C’est ? la portion FEMME (que les hommes ressentent aussi de plus en plus profond?ment de nos jours) de la soci?t? civile qu?il s?adresse dans ses salades pour qu?b?cois(e)s vell?itaires. Subitement, l’inepte unifoli? jambette et bafouille dans ses sourates et ses redites intoxidentales: il est en croisade exclusivement… pour sauver les FEMMES afghanes! Personne n’est dupe, allons, et la r?sistance polie mais ferme joue, sentie, dense, pesante… Et ?videmment, cet exploit majeur des femmes de ce temps (nous ?viter de nous jeter en compagnie de notre pire ennemi, notre arm?e, dans un troisi?me conflit mondial, ce n?est pas rien) ?tant un exploit silencieux, en creux, en vide, in absentia (vu que cette guerre n?est PAS arriv?e), on ne le remarque pas, ne l?analyse pas, ne le comptabilise pas dans l?Histoire, mais il est avec nous en permanence. Ces femmes qui ont dit : je ne fais pas de politique, je ne me prononce pas sur la l?gitimit? de la guerre ou quoi, mais bondance les gars l?, il me semble que voir les ti-pits revenir dans des bo?te, ?a marche pas? eh bien elles ont fait toute la fichue diff?rence avec leur larmes froides, leur col?re sourde, leur r?sistance ouverte. Alors, du fond du c?ur, merci Mesdames. Mes fils et moi m?me vous devons la vie.

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    Carolle Anne Dessureault

    @Paul Laurendeau

    Voici un article qui me touche jusqu’au plus profond de mon être.

    Je n’aime pas la guerre. Je n’y trouve AUCUNE excuse. Toutes ces plates excuses inventées ne sont que des justifications de la maladie du pouvoir.

    Dès qu’une partie tente de dominer le tout, c’est l’essence même de la violence. Que la raison domine l’homme, que l’homme domine la nature, ou que X conquiert le monde, c’est une même violence.

    Merci pour cet article profondément humain et lucide.

    Carolle Anne Dessureault

  2. avatar

    Les femmes de l’armée américaine auront le droit d’aller désormais … au front.
    Si c’est ça l’égalité, c’est raté. L’égalité pour une cause aussi destructrice pour la femme même.
    L’armée?
    Offrir ses enfants au boucher… Ou au Bush, juste à côté, et sa descendance de culture guerrière.
    One for the money!