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L?arme cataclysmique de la simplicit? volontaire

PIERRE JC ALLRD
En tuant Dieu et en rendant bien minces ses propres espoirs d??ternit?, l?Homme a limit? ? la voie h?doniste ses options pour donner un sens ? sa vie. On aurait donc pu croire que, l?industrialisation ayant apport? l?abondance, il se serait empress? d?ob?ir au conseil de l?Eccl?siaste ?au juste craignant Dieu?: boire son vin d?un c?ur content, jouir de la vie? avec une femme qui il aime? et accepter que l? ?tat sa part.

H?las, c??tait mal conna?tre ??l?anmal ? la nuque raide?? dont parle? la Bible. Ses besoins essentiels satisfaits, l?Homme s?en est trouv? d?autres accessoires et a maintenu le cap, continuant ? se donner pour but d?avoir plus. ?Chercher ? poss?der est l?activit? humaine par excellence.

Ce qui est faire notre propre malheur, car s?il y en a d?j? bien assez pour tous, il ne pourra jamais y en avoir ??plus?? pour tous ? que la moyenne pour tous?? Un? constat qui sugg?re que s?impose une simplicit? volontaire collective.

Id?alement, une gouvernance responsable verrait ? ce que les ressources humaines comme techniques soient assign?es prioritairement ? la production du necessaire, puis de l?utile, privil?giant ensuite parfois le simple loisir ? la production obsessionelle de n?importe quoi.? C?est ce que nous voudrions, mais n?oublions pas que, si l??tat se fait sourd ? cette requ?te, nous avons tous et chacun d?entre nous la? possibilit? de le faire?

Nous pouvons CHOISIR de ne vouloir qu?assez. Et il faut le faire.

Nous vivons dans une soci?t? qu?on a gav?e et dont le foie ?clate. On a dit que la pauvret? cesse lorsqu?on a un pantalon et que la richesse commence quand on en a deux, puisque l?on n?en porte qu?un. Il faudrait ajouter que la pauvret? revient quand on en veut un troisi?me, car on est toujours pauvre quand on a un d?sir qui n?est pas satisfait et le syst?me de production actuel, en ce sens, s?est donn? pour but principal de nous appauvrir. De nous appauvrir et de nous engraisser. Comme ces roitelets des ?les m?lan?siennes qui voient l?ob?sit? comme un signe de succ?s, dans une culture dont la faim n?a jamais ?t? ?radiqu?e.

Toute notre structure sociale est impr?gn?e d?une volont? d?avoir plus, plut?t que de devenir mieux : on est ce que l?on a. Tout est fait pour faire de la consommation le but central de l?existence. Ce n?est pas une ?volution naturelle : la tendance normale est d?arr?ter de consommer quand le besoin est satisfait. La boulimie est un d?sordre qui prend sa source dans la crainte d?raisonnable d?une carence. Quand ce sentiment est exacerb? et m?ne ? une gratification secondaire ? laquelle on ne peut r?sister, m?me si elle est nuisible pour l?organisme, on peut parler d?assu?tude.

En fait, le syst?me nous conditionne ? une consommation excessive de la m?me fa?on qu?utilisent les fabricants de cigarette et autres marchands de drogue pour cr?er une d?pendance : rendre facile la consommation initiale puis monter les prix. Pourquoi la t?l?vision est-elle gratuite ? Pourquoi l?acc?s au r?seau routier est-il gratuit ? Prenez-en l?habitude Apr?s, on vous vendra bien quelque chose.

Il ne faut pas croire que seule la publicit? formelle qu?on voit dans les m?dias nous pousse ? consommer ; ce n?est que la pointe du iceberg. C?est la partie visible d?un dispositif de conditionnement qui valorise la possession pour la possession et qui se met en marche pour toucher l?enfant d?s qu?il peut voir des dessins anim?s. L?attaque continue de l??cole primaire ? l?universit? et ne s?arr?te jamais. La gratification secondaire offerte, c?est le respect des autres : la position sociale se mesure en richesse ostentatoire. Ce qui est nuisible pour le corps social, c?est l?envie pathologique que cette approche suscite entre les partenaires sociaux ? (Keep up with the Jones !.) ? et l?incroyable gaspillage de nos ressources.

Quand tous les besoins que l?on ?prouve spontan?ment ont pu ?tre combl?s, le syst?me industriel a continu? sur sa lanc?e et nous en a cr?? d?autres, artificiels. Il en est r?sult? la constitution presque oblig?e, par chaque citoyen qui se veut respectable, d?un invraisemblable patrimoine d?objets mat?riels h?t?roclites dont l?utilit? est souvent douteuse, mais le potentiel d?embarras bien ?vident. Dans un monde o? la mobilit? s?affirme comme condition de succ?s, mais aussi de joie, l?industrie en d?clin a impos?, par un conditionnement incessant, le mod?le pervers de l?accumulation. La masse des choses que l?on poss?de ? et dont il faut prendre soin ? occupe une place d?mesur?e dans la vie de l?individu moyen. C?est une contribution non n?gligeable de l?industrie ? la menace qui p?se sur chaque ?tre humain de limiter sa vie ? g?rer l?insignifiance. On a cr?? une soci?t? ob?se.

Dans le contexte d?un sursis qui prend fin pour une industrie qui a tout donn?, le credo de la Simplicit? Volontaire (SV), qui fait chaque jour des adeptes, est port? par l?esprit du temps et peut apporter la rationalisation dont ils ont besoin pour changer ? ceux qui comprennent qu?une consommation boulimique est incompatible avec le bonheur.

La SV peut ratisser tr?s large : c?est ce qui en fait une solution particuli?rement valable. La SV peut mener ? l?asc?se, mais aussi au choix, tout ? fait h?doniste, de ne pas se laisser d?tourner du bonheur et du plaisir v?ritable par les sir?nes du ? consum?risme ? qui voudraient nous faire croire qu?on ne vit heureux qu?entour? ? et en fait alourdi ? par un fatras de babioles. La SV peut amener ? manger des lentilles et ? cuire son propre pain, mais propose aussi l?option de ne rien acheter que l?on peut louer et d?aller de palace en palace, en n?apportant pour tout bagage que deux kilos de soie et cachemire et une carte de cr?dit Platine. Pour riches comme pauvres, la SV est la voie intelligente de la fuite hors d?une soci?t? ob?se. Jusqu?? ce qu?elle devienne la cure de minceur pour tous et donc le salut pour la soci?t? elle-m?me.

Quand nous disons que l?industrie conserve sa dominance en cr?ant des besoins artificiels, nous ne pensons pas aux nouveaux ? besoins ? que cr?e la technologie. On peut vivre sans un t?l?phone cellulaire, un iPod et un Blackberry, ?tre en forme sans utiliser une planche ? voile, ni un deltaplane, mais certaines de ses innovations apportent vraiment un ajout, ne serait-ce qu?au niveau du plaisir, ce qui n?est pas n?gligeable. On est certes dans le domaine du superflu, mais si la soci?t? s?enrichit et que la technique le permet, pourquoi s?en priver ?

Le probl?me d?ob?sit? de notre soci?t? ne vient pas de ce qu?on fait une place dans notre quotidien ? 200 grammes de m?tal o? se sont incarn?es des d?cennies de science : les truffes blanches engraissent peu. La boursouflure litt?ralement visc?rale dont notre soci?t? doit se d?barrasser, c?est celle qu?entra?ne la consommation sans r?flexion et sans plaisir d?une production it?rative de l?inutile en transit rapide vers le sac ? d?chet et le d?potoir.

Surproduction et surconsommation se manifestent sur les biens de consommation courante, mais aussi sur les produits semi-durables, mettant seulement en oeuvre pour ceux-ci les raffinements additionnels dans l?arnaque que justifie leur valeur sup?rieure et que permet l?ambigu?t? des attentes qu?ils suscitent.

Le choisir collectivement serait un nouveau paradigme: une nouvelle soci?t?. ?Mais le choisir un a un est une d?claration de guerre ? la soci?t? de consommation. C?est scier volontairement la branche sur laquelle nous sommes assis ?avec la foi d?atterrir en douceur ?dans un monde meilleur. ?Etes-vous pr?ts ?

Ne nous leurrons pas sur les effets cataclysmique qui r?sulteraient d?une baisse VOULUE de la consommation que n?accompagnerait pas? une r?affectation planifi?e du travail.? Mais s?il le faut, il faudra bien prendre cette route?

Pierre JC Allard

 

 

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21 Commentaire

  1. avatar

    « Toute notre structure sociale est imprégnée d’une volonté d’avoir plus, plutôt que de devenir mieux : on est ce que l’on a. »
    Je crois que nous sommes véritablement perdus dans la distinction de l’essentiel.
    On va finir par vomir des Ipad. Mais surtout, des « téléphones intelligents »…
    Sapré beau texte!

  2. avatar

    Pierre,

    bonjour, que voila un « article » non téléphoné mais blanchit au « pain » de demain.

    Juste une remarque tu as des réactions sur certains de tes artciles sur Les Voix, mais qui restent sans réponse.

    Merci si tu peux avoir la gentillesse d’y répondre

    Amicalement et bravo pour tous les efforts que vous faites pour améliorer CP

    Le Panda

    Patrick Juan

  3. avatar

    Bonjour, Pierre.

    C’est la voix de la sagesse qui parle à travers ces lignes frappées au coin d’un bon sens dont l’Homme n’aurait pas dû se départir.

    Mais la conjonction des offensives du marketing et d’un cursus de vie soumis dès la petite enfance, y compris dans les structures d’enseignement, à la dictature des marques et à cette autre redoutable dictature qu’est le regard des autres (avec son corollaire de condamnation pour ringardise), rend bien improbable une propagation rapide dans la société des idées véhiculées par cette SV. Mais cela va incontestablement dans la bonne direction. Et, tôt ou tard, nous devrons tous y venir, de gré ou de force.

    Cordiales salutations.

  4. avatar

    @ Fergus

    À noter que, vu avec les lunette du pouvoir, nous garder pauvres est la solution soft et part d’un bon naturel. On ne fait faire aux être ce que l’on veut qu’ils fasssent que par la promesse ou la menace. Notre systeme « démocratique » – qui s’est avéré plus efficace que toute dictature – repose sur la promesse/récompense. L’odeur de la nourriture fait avancer le troupeau vers l’étable mieux que des coups de triques… Mais il faut que l’animal ait faim. http://wp.me/p59O0-r4

    D’où le besoin de nous garder insatisfaits, et TOUTE la stratégie du Systeme consiste a doser cette insatisfaction. Repu, le troupeau s’arrête, trop privé il se révolte. On a mis le paquet sur le contrôle raffiné de son appétit et de sa satisfaction, par des techniques de manipulation géniales dont on ne nous révèle pas le dixième !

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/04/29/rocard-twitter-et-le-subliminal/

    Assez ignoble cette façon de nous priver, surtout pour ceux qui sont les derniers servis…. Mais est-on BIEN SÜRS qu’il existe une meilleure alternative? LAQUELLE ? Il faut y réfléchir froidement avant de scier la branche…

    PJCA

  5. avatar

    « Simplicité volontaire ». Ces deux seuls mots me ramène rapidement à mon adolescence.

    Le père de la simplicité volontaire au Québec s’appelle Serge Mongeau. Lorsqu’il était jeune homme, il fut mon « chef scout » au collège classique Ste-Croix. J’avoue qu’il fut une personnage important dans ma vie, à cette époque, et qu’il était assez extraordinaire comme individu.

    Je ne sais pas à quel point il a pu vraiment m’influencer dans ma vie, mais durant celle-ci, je n’ai jamais ressenti ce besoin de posséder; cette soif d’accumuler. Résultat: je n’ai rien, mais je suis heureux… calmement. S’il en est responsable en partie, je l’en remercie.

    Je préfère son influence vers la SV que celle des autorités actuelles qui, à cause de leur soif de posséder, oblige la population à la simplicité involontaire.

  6. avatar

    @ Panda

    Merci et J’en profite pour te dire que J’ai bien aimé le style comme le fond de beaucoup de tes textes des dernières semaines, lesquels reflètent la diversité d’un travail collectif soudé en une approche cohérente par un bon maître d’oeuvre. C’est cette même particularité qu’on retrouve chez Raymond Viger et Philippe David, et qui est sans doute l’une des voies d’avenir pour un site comme les 7 du Québec auquel il faudrait bien que tu puisses participer plus directement.

    Pierre JC

  7. avatar

    @ GP

    Nous nous y sommes perdus parce qu’on nous y a sciemment égarés… Sommes nous collectivement assez adultes pour voir en face la désagréable réalité que nous « retrouver » ne serait peut-être pas la joie sans mélange que nous en espérons ? Il y a un GRAND débat philosophique à ouvrir… Ou le moment n’est-il pas encore venu ?

    L’explosion ( dans tous les sens du terme) de l’éducation suggère que, pour la première fois dans l’Histoire, une partie significative des humains et non seulement une toute petite élite pourrait participer à ce débat

    PJCA

  8. avatar

    Pierre JC Allard,

    Merci et J’en profite pour te dire que J’ai bien aimé le style comme le fond de beaucoup de tes textes des dernières semaines, lesquels reflètent la diversité d’un travail collectif soudé en une approche cohérente par un bon maître d’oeuvre. C’est cette même particularité qu’on retrouve chez Raymond Viger et Philippe David, et qui est sans doute l’une des voies d’avenir pour un site comme les 7 du Québec auquel il faudrait bien que tu puisses participer plus directement.

    Pierre, merci de tes « compliments » venant de ta part et de certains autres cela me touche.

    Depuis pas loin d’une décenie, il ne te reste plus qu’à contacter si tu le souhaite les 7 du Québec, pour lesuqels tu le sais j’ai le plus grand respect et amitié, afin qu’ils daignent s’ils le souhaitent tout comme tu l’exprimes m’ouvrir « les portes.
    Depuis le temps que nous en parlons…..

    Avec toute mes amitiés à te lire ou t’entendre sur Skype.

    Amicalement,

    Le Panda

    Patrick Juan

  9. avatar

    @ L’artiste

    Serge Mongeau est une personne que j’ai toujours bien aimé, meme si je n’ai eu l’occasion de le croiser qu’une seule fois lors des élections de « 70… ce qui ne nous rajeunit pas !

    Pourquoi ne pas l’interviewer ? Ça nous ferait une super Une pour les 7 et Centpapiers ? Et je crois que la simplicité volontaire est le meilleur point d’impact de l’individu sur le Systeme. Zeitgeist mit Uns.

    PJCA

    • avatar

      🙂

      La dernière fois que je lui ai parlé j’avais 12 ou 13 ans et nous ne sommes pas resté en contact.

      Il est certain qu’un article de Serge serait un « moment » sur les 7.

      Il semble m’être impossible de trouver un lien de communication. 🙁

  10. avatar

    @ Panda

    Les 7 ne pouvaient te publier aussi longtemps que ce site ne publiait que les Québécois… dont il était presque le seul refuge. Maintenant que des Héxagonaux nos cousins peuvent passer les portes du temple, il n’y a pas de raison, en effet, pour que tu ne puisses en être…. Jures-tu de nous donner fidèlement un article par semaine ? Lève la main droite… :-)) Je te passe un mail.

    PJCA

    • avatar

      @PJCA,

      tu as besoin que je lève « la main droite »?

      en principe dans la mesure ou je prennne cet engagement il sera respecté pleinement dans la charte des 7 du Québec.

      J’attends ton mail avec « plaisirs »

      Amicalement,

      Le Panda

      Patrick Juan (cela te suffit)

    • avatar

      Pierre,

      Voila comme prévu, je poste le 1er article pour les 7 du Québec, je t’en souhaite bonne réception, penses que j’ai changé ton adresse courriel (e-mail)

      Amicalement,

      Le Panda

      Patrick Juan

  11. avatar

    Beau texte M. Allard, je me permet une petite suggestion de lecture sur le sujet. Le livre (Rompre!) de Dominique Boisvert et bonne lecture. http://www.ecosociete.org/t160.php

  12. avatar

    @ Carl Monty

    Heureux de vous revoir… vous nous avez négligés depuis un temps.
    Je vous fais concernant Boisvert la meme suggestion que je faisais à André touchant Mongeau.

    PJCA

    • avatar

      Au sujet de Serge Mongeau, j’attend une réponse de la maison d’édition Écosociété. Croisons les doigts. 🙂

    • avatar

      Désolé de ma négligence, mais un petit problème perso à gérer qui demanderas encore un peu de temps. Au sujet de Mongeau je sais que Boisvert s’en est inspiré dans l’écriture de son livre, il est selon moi son mentor et c’est la même maison d’édition alors… Bonne journée!

  13. avatar

    La SV face à la société des rats ? Il ne faut pourtant pas désespérer ! L’avenir de l’humanité en
    dépend sans doute !

    • avatar

      Société des rats est exact.

      Je viens d’apprendre que le coût de l’électricité, depuis 2004, a augmenté de 20% au Québec. C’est à dire en 8 ans, durant le « rêgne » libéral.

      Je suis ce l’âge de ceux à qui on avait promis l’électricité « gratuite » lorsqu’on voulait nous convaincre de la nationaliser (René Levesque).

      Nous sommes prêt pour la simplicité involontaire.

  14. avatar

    Bonjour Pierre, j’arrive un peu sur le tard pour apporter un bref commentaire. Votre texte est tout à fait magique et rejoint cette pensée exprimée par Évo Morales et reprise par plusieurs autres gouvernants de l’Amérique latine « le bien vivre » par rapport au « vivre meilleur ». Dans le premier cas il s’agit d’être heureux avec ce qui nous apporte l’essentiel de la vie. Dans le second cas c’est courir toujours par en avant pour en avoir plus.

    Voilà bien les deux éléments que votre texte illustre à merveille.

    Merci pour une aussi belle réflexion, marquée de grande sagesse.