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L?anarchie serait-elle possible? (en hommage ? Paul Rose)

Anarcho-communisme

PAUL LAURENDEAU?? Salut et respect?? Paul Rose (1943-2013), salut et respect?? l?id?e, fondamentale et toujours vive, de r?volution. R?volution, oui, encore et toujours. La premi?re erreur ? ne pas commettre ? son sujet c’est de penser que la ?faillite? de l’activit? r?volutionnaire est une exclusivit? mill?nariste. La g?n?ration du philosophe et ?conomiste Karl Marx (1818-1883) a v?cu dans sa chair et son ?me le reflux de la grande euro-r?volution de 1848 sous la forme de la spectaculaire et brutale remont?e de la r?action de 1850-1852. La Commune de Paris (1870-1871), grand espoir r?volutionnaire du dix-neuvi?me si?cle s’il en fut, s’est enlis?e dans le bourbier sanglant de la germanophilie versaillaise. On peut aussi citer la massive pouss?e du ci-devant social-chauvinisme qui pr?c?da l’incroyable boucherie de 1914-1918. R?publique de Weimar, Russie des Soviets, Chine, Kampuchea d?mocratique, Iran (la premi?re grande r?volution historique post-marxiste). La ?liste de faillite? des phases r?volutionnaires serait tout simplement trop longue ? ?num?rer. Donc, essayons de ne pas hypertrophier la conjoncture pr?sente sous pr?texte qu’elle s’impose ? nous, plut?t qu’? nos a?eux. Voyons le tableau comme une s?rie de pouss?es dans la vaste crise du capitalisme industriel mondial. Il n’y a pas de grand soir. On a plut?t affaire ? un ample mouvement par phases, qui nous d?passe comme individus, comme c’est in?vitablement le cas pour tout d?veloppement historique.

Avant de commenter sur ce qu’il faut esp?rer des r?volutions ? venir, un mot sur notre attitude politique ordinaire face ? l?h?ritage ?marxiste? toujours en ardente liquidation. Il y a quand m?me un vice de raisonnement dans notre approche… de la figure historique bannie de Karl Marx. On tend tr?s candidement ? imputer ? Marx rien de moins que la capacit? de faire na?tre des espoirs de changements sociaux en dictant litt?ralement ce que sera le d?ploiement des ?v?nements. Une part importante de notre si?cle investit encore Marx en d?miurge du d?veloppement historique selon la doctrine du ?Qui sait, peut?. Or, m?me un g?nie, un Hegel, un Mozart, un Shakespeare ne peut, ne pourra jamais, commander les forces de l’Histoire. Elles sont objectives, collectives, titanesques. Foudroy?s dans nos espoirs par le caract?re terriblement implacable de cette erreur de fond (de notre fond de liquidation…), on passe alors ? la phase suivante, toujours aussi clairement. On ?rige d’office Marx en thaumaturge qui a rat?, qui a serr? le tsarevich contre son sein mais n’a pu lui ?viter la mort. D?miurge, thaumaturge, voil? une fantasmagorie bien irrationnelle que l?on perp?tue ? propos des meneurs r?volutionnaires et des figures politiques en g?n?ral, de Marx en particulier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne nous faisons pas une image tr?s ?marxiste? de Marx et de ses semblables. Nous sommes en cela de fort cons?quents anarchistes. En effet, l’Anarchisme, au plan th?orique, hypertrophie l’individu, ici, le Sujet, le Meneur, le Chef. Or, comme ce d?miurge imaginaire a failli, comme ce thaumaturge de fantaisie a rat?, nous exprimons alors notre d?ception, comme le parterre, priv? de la chute de la com?die, le soir de la mort de Moli?re. Par l?, nous canalisons cette cuisante douleur qui est celle des ?l?ments sociaux progressistes, subversifs, remuants, tenus en laisse. Marx et les contemporains qui partageaient ses vues ont fait tout ce qui ?tait humainement possible pour la chute du capitalisme, et la r?volution mondiale, quand on est simplement une individualit?. Ils auraient v?cu dix vies, ils l?auraient refait dix fois. Mais Marx n?est rien ? l’Histoire. Les reproches que lui font notre ?poque ne sont pas ill?gitimes, mais ils sont th?oriquement erron?s. Ni Karl Marx ni personne ne peut vous produire la r?volution, parce que la r?volution ne se d?cide pas subjectivement chez l’individu. Elle ?clate objectivement dans les masses, quand les conditions sont en place. Et les progr?s qu’elle entra?ne ?mergent par bonds, ce qui n’exclut en rien les interminables phases, d’ailleurs non-cycliques, de reflux… Au regard de l?Histoire, absolument aucune r?volution ne fut une ?erreur?. Simplement, elles subirent toutes un type ou un autre de r?gression.

Arrivons-en maintenant au coeur de la durable question r?volutionnaire. Que faire? Qu’esp?rer? Comment abattre cet incroyable ploutocratisme qui r?unit le budget d’?tats entiers dans les mains de quelques nababs? Si, cons?quents dans nos pulsions vell?itaires, nous posons la question ? l’?chelle de nos vies individuelles, cela n’ira pas bien loin. Le capitalisme ?merge au c?ur de la soci?t? f?odale aux environs de 1200. Nous sommes maintenant en 2010-2020. Croyez-vous vraiment qu’il lui reste un autre huit-cent ans d’existence? Moi pas. Je dis: soixante-dix, cent, tout au plus. Maintenant comment contre-attaquer? Eh bien, je vais r?pondre ? la Marx, et non ? la fa?on de ces enfleurs d’individus que furent jadis les supp?ts de? l’anarchiste Bakounine (car l’Anarchisme n’est pas l’anarchie, comme le Rationalisme n’est pas la Rationalit?, je vous en passe mon papier). Une recherche volontariste et sp?culative ne nous m?nera qu’au d?sespoir. Il faut partir de la contre-attaque qui est d?j? objectivement en action au sein du mouvement historique lui-m?me, observable, sinon observ?e. La r?ponse que nous inspire toujours Marx est donc que, quoi qu’on en dise, les forces destructrices du capitalisme se d?veloppent aussi prodigieusement. Les masses sont plus instruites, plus inform?es, plus m?fiantes ? l’?gard de la propagande des grands, plus aptes ? ?changer leurs vues mondialement. Les femmes, les peuples non-occidentaux, m?me les enfants, d?tiennent en notre temps un statut et une audience historiquement in?gal?s. Le monde s’unifie. Le caract?re collectif de la production s’intensifie. La baisse tendancielle du taux de profit continue, s’acc?l?re. Le grand capital, d’allure si hussarde, est en fait aux abois. Mettons-nous un peu ? sa place! Malgr? le fait qu’il est, en ce moment, le seul joueur sur le terrain, il accumule les b?vues, les crimes, les malversations ? grande ?chelle, les milliards de cr?ances douteuses, les guerres sectorielles absurdes, les plans sociaux FMI irr?alisables. Il jette des ?tats entiers dans le marasme. Il spolie de facto sa propre prosp?rit?. Car le capitalisme n’a plus d’ennemi subjectif contre lequel il peut mobiliser les masses. Plus d’?alternative?, plus d’ ??tat socialiste?. Les ?terroristes? qu?il se fabrique en vase clos ne tiennent pas la route historique. Le capitalisme ne peut tout simplement plus affecter de lutter contre quelque hydre imaginaire. La catastrophe actuelle, c’est son produit int?gral. Le seul vrai ennemi qu’il reste au capitalisme, c’est son ennemi objectif: lui-m?me, dans son propre autod?ploiement. Maintenant, prenons ces masses instruites, ?clair?es, organis?es. Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair ? canon pour guerre mondiale. Ces masses cyniques, r?alistes, d?voy?es, qui m?prisent copieusement leur employeur, leur maire, leur pr?sident, et la totalit? des institutions de la soci?t? civile ? un degr? inou?, jamais atteint dans l’histoire moderne. Prenons ces masses rendues sans foi et sans piti?, sans na?vet? et sans espoir, par la logique m?me qui ?mane des conditions nivelantes de l’?conomie marchande. Faisons-leur alors subir un effondrement ?conomique plan?taire. Un Krash de 1929 ? la puissance mille, comme celui qui percole en ce moment. Elles vont s’organiser dans la direction r?volutionnaire en un temps, ma foi, tr?s bref, m?me ? l’?chelle historique, ces masses plan?taires nouvelles…

Maintenant, la seule chose que l?on peut dire avec certitude de ces r?volutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas ?marxistes?. Le marxisme, comme cadre r?volutionnaire, a v?cu. Il ne sortira pas plus du vingti?me si?cle, que la pauvre petite personne de Marx ne sortit du dix-neuvi?me. Et c?est justement parce que les r?volutions de l?avenir ne seront pas marxistes, qu?elles… le seront plus profond?ment que jamais dans l?Histoire… Alors, ceci dit et bien dit, les r?volutions du futur m?neront-elles ? l’anarchie? Bien, il faut quand m?me faire observer qu’il y a sur le terme anarchie, dans la culture vernaculaire actuelle, ce que l?on pourrait appeler une ?quivoque. Vite, bien trop vite, le terme est devenu le synonyme trivial de chaos politique, de mise ? feu et?? sang, de foutoir remuant et indescriptible, de bordel sans horizon, etc. Ce sens vulgaire d?anarchie est exploit? couramment et sert m?me de principal argument contre ceux se r?clamant de l?anarchie (ou m?me de l’Anarchisme) comme doctrine politique. Par exemple, en 1920, lors de son proc?s, Nicola Sacco a tent? d?expliquer ? son jury les principes et les fondements de ce qu?il entendait par anarchie. Simultan?ment, le procureur faisait circuler parmi les jur?s des photos de voitures incendi?es, de coups de mains divers?d?s ? des anarchistes. Exploitation de l??quivoque? Sacco et Vanzetti furent condamn?s sans avoir ?t? vraiment compris. Et pourtant, un graffiti en noir charbon sur le pont Le Gardeur de Repentigny disait autrefois, en renouant avec l’id?e que cherchait ? faire passer Sacco: L?anarchie n?est pas le chaos mais la responsabilit?. L?absence d?instances directrices (le sens premier d?anarchie c?est simplement cela: ?absence d?instances directrices?) impliquerait effectivement une tr?s grande prise de responsabilit?s individuelles et collectives, si?

Risquons un exemple: celui de la caf?t?ria ordinaire d?une entreprise quelconque. Si on isole la caf?t?ria de notre bo?te de l?ensemble de la soci?t? civile dont elle fait partie, si on en fait ?fictivement, il va sans dire? un syst?me clos, il y a l? anarchie. Bien s?r tout est en ordre, des gens mangent, d?autres servent les plats, d?autres nettoient les plateaux. On vaque. Chacun est ? sa t?che. Mais il n?y a PAS d?instance directrice (surveillant, policier, etc). Chacun voit ? son affaire. Or, l’autre fois, une bagarre a ?clat? dans la caf?t?ria m?connue d?une grande ville anonyme entre un petit moustachu nerveux et un grand escogriffe les cheveux coiff?s en cr?te de coq. Comment a r?agit l?anarchie face ? cet ?v?nement chaotique? L?absence d?instances autoritaires ou de leurs repr?sentants a fait que nos deux gogos ont pu se tapocher bien ? leur aise pendant une bonne cinquantaine de secondes. Toute la salle les regardait faire, l’un dans l’autre assez sereinement. Les nettoyeurs de plateaux ont m?me interrompu leur travail et se sont adoss?s au fond de la salle, bras crois?s, pour contempler le percutant tableau. Mais rapidement, les gens assis non loin des deux ardents pugilistes ont senti leur stabilit? existentielle pour le moins compromise. Les tables tremblaient. Les carafes risquaient de se renverser. On approchait le d?sagr?ment plus g?n?ralis?. Tant et tant que trois ou quatre individus se sont lev?s spontan?ment, calmement, sans raideur. Un solide gaillard du cru a immobilis? l?escogriffe ? la cr?te de coq sans violence. Les autres ont ?loign? le petit moustachu, l?ont fait s?assoir plus loin, ne l?ont pas bouscul?, ni sermonn?. ?a s?est calm?, sous une nouvelle surveillance implicite, collective, d?contracte et temporaire… Sc?ne banale, fr?quente. Moment ordinaire parlant. L?anarchie n?est pas le chaos mais la responsabilit?.

Pour s?r, vouloir instaurer l?absence d?instances directrices d?un seul coup d?un seul, ce serait comme couper le courant la nuit ? New York (en 1977, sinon en 2003?). Mais pourquoi, sinon parce que la soci?t? civile est comme un chien rageur attach? ? une lourde cha?ne. Il y a longtemps pourtant qu?existe le rem?de contre la rage? il faudrait peut-?tre un peu inspecter, suspecter et questionner… la cha?ne. Et de le faire, collectivement, magistralement, mondialement, ce sera peut-?tre elle, la vraie r?volution qui, inexorablement, s’en vient…

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    SylvainGuillemette

    «Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale.»

    Faux, archi faux. Les recrues débordent dans plusieurs pays, les centres de recrutement. D’ailleurs, on a qu’à regarder les jihadistes qui n’hésitent pas à partir par milliers de toute l’Afrique pour aller chasser un «symbole» en Syrie. La Chair à Canon, même les Allemands de 1939 ne la croyaient plus possible.

    «Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne.»

    C’est un cynisme entretenu qui n’a rien de révolutionnaire en soi, si les raisons de ce cynisme ne sont pas établies. «Sans programme révolutionnaire, pas de révolution» disait Lénine avec raison.

    «Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire»

    Sans programme révolutionnaire et connaissance des classes -que quiconque ici ne peut infirmer-, de leurs intérêts, celles-ci ne s’organiseront jamais. D’ailleurs, même les mouvements spontanés (je donne l’exemple de Occupy WallStreet) ont tenus lors de leurs réunions, à des principes écrits, établis entre eux. Ils se sont donné un programme en quelques heures, comme on l’a fait à Montréal au Square Victoria.

    Et si elles s’organisent, c’est qu’elles se donnent un minimum d’«État», pour faire appliquer les décisions prises par la majorité, pour les intérêts de cette majorité (il doit y avoir une classe ici, où les intérêts coïncident).

    «Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas «marxistes». Le marxisme, comme cadre révolutionnaire, a vécu.»

    Le marxisme est encore présent dans nos vies de tous les jours, car le marxisme n’est en fait qu’une méthode d’observation que l’on retrouve d’ailleurs dans les protocoles médicaux, les recherches scientifiques, etc.. Il n’est vraiment pas à veille de mourir, le marxisme. L’auteur n’a soit rien compris du marxisme, ou l’a pris pour un courant de pensée «socialiste», qui n’a en fait aucun lien avec le dit marxisme.

    En fait, de nos jours, il y a toutes les raisons pour que le marxisme demeure d’actualité. Les classes se sont rendues évidentes, on ne peut plus les nier. Leurs intérêts également. En cela, la méthode d’observation marxiste ne peut qu’amener les prolétaires vers une connivence d’intérêts, vers ceux de leur classe respective, tout comme les patrons se lient vers des conseils du patronat, chambres de commerce, etc..

    «L’absence d’instances directrices (le sens premier d’anarchie c’est simplement cela: «absence d’instances directrices»)»

    Le problème avec l’anarchie, c’est qu’elle ne met pas fin aux classes, elle ne les dissout pas. Alors bref, les intérêts respectifs à chacune des classes de notre société s’affrontent et les alliances ont lieu naturellement. Bref, des groupes, même sans un État, pourraient tout à fait se lier de contrats secrets, rien ne les empêcherait de le faire et la boucle continuerait…

    «Mais rapidement, les gens assis non loin des deux ardents pugilistes ont senti leur stabilité existentielle pour le moins compromise. Les tables tremblaient. Les carafes risquaient de se renverser. On approchait le désagrément plus généralisé. Tant et tant que trois ou quatre individus se sont levés spontanément, calmement, sans raideur.»

    Ça adonne bien, mais ce n’est pas ça qui fera disparaître les groupes et l’histoire aurait pu se terminer bien autrement. Ils auraient pu lyncher les 2 types, un seul des 2 types, etc.. Ce n’est pas la «nature humaine» qui a ramené l’ordre sans instance, c’est un adonc.

    L’anarchie ou un régime libertarien aurait en réalité besoin d’un État pour faire appliquer ce qui existe et ce qui continuera d’exister dans le siècle présent, soit les intérêts de divers groupes d’intérêts, dont les classes laborieuses et exploitantes.

    Bref, l’Anarchie repose sur des suppositions, alors que le marxisme repose sur de l’observation et qu’il n’est qu’une méthode d’analyse. Et je n’ai vraiment aucune impression que nous sommes à la veille de voir des prolétaires, faire fi de ce qu’ils sont. Du moins, tant que je serai vivant, je n’embrasserai pas «mon exploitant» et je n’inviterai pas mes camarades de classes à le faire non plus, au contraire.

    Bien beau l’anarchie, mais la réalité, c’est qu’il y aurait un État bien réel, il deviendrait vite indispensable. D’ailleurs, c’est ça, le communisme. C’est le chemin abouti. C’est où l’État devient dispensable, au profit des comités populaires dont les élus seraient révocables en tout temps.

    Le Communisme partage le même objectif, soit de rendre les masses aptes à se gérer elles-mêmes, sans passer par des parasites. Le chemin pour s’y rendre? Le socialisme dit-on.

  2. avatar
    SylvainGuillemette

    Sinon, oui, pour l’éveil des masses, on sent un changement, à cause d’internet évidemment, qui ne sert pas que les intérêts de la minorité parasitaire.

    Cela dit, je suis persuadé que bien des nations se croyaient au-dessus de la descente aux enfers, de cette chute brutale vers le militarisme, vers un nationalisme chauvin, voire impérialiste.