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L?Allemagne, machine ? cr?er de l?injustice!

MICHEL SANTI

Le?? Tout un po?me. En?,?le gouvernement Rajoy vient de s?en inspirer?pour relancer l?emploi des jeunes. Ch?meur ou esclave, voil? la seule alternative possible. ?Bel avenir, merci pour eux.

Doit-on s?inspirer du mod?le allemand? Oui, bien s?r!, si l?on en croit les statistiques du?, qui atteint 25% en Espagne, pr?s de 11% en?, et m?me 7,7% aux?? compar? au taux de sans emploi de 6,5% en? Qu?attend donc le reste de l?Union europ?enne pour marcher dans les pas d?une??qui n?a cesse de s??riger en mod?le absolu en termes de comp?titivit? de ses entreprise et de flexibilit? de son monde de?.

En r?alit?, la forte ?d?crue du ch?mage en Allemagne est enti?rement redevable ? une d?gradation intensive ayant favoris? la cr?ation d?emplois temporaires ou ? salaires tr?s r?duits.?La flexibilit? allemande n?a donc pu se r?aliser qu?au prix de ces ???? qui ont ainsi augment? de 14% entre 2005 ?et 2011 et qui concernent quelque 4,5 millions de salari?s, dont les revenus se situent entre la moiti? et les deux tiers de ceux du salari? moyen.

Le d?veloppement de ce travail ? la pr?carit? sans pr?c?dent devait repr?senter une aubaine pour des entreprises qui, d?s lors, furent promptes ? acc?l?rer leurs embauches. L?essor de cette cat?gorie d?emplois fut trois fois plus importante que celui qui concernait les emplois ??traditionnels?? durant cette p?riode consid?r?e. De fait, les toutes r?centes statistiques ?manant de l?OCDE indiquent que les emplois ? bas ?voire ? tr?s bas salaires repr?sentent environ 20% de la masse salariale allemande, par rapport ? 13% en??et ? 8% en Italie? Il va de soi que, dans un contexte de salaires qui atteignent un maximum de 400 euros par moi, les employeurs n?ont plus aucune motivation ? embaucher sur la base de contrats de travail ? dur?e ind?termin?e. Ce qui explique qu?un salari? allemand sur cinq per?oit aujourd?hui 400 euros par mois et que les contrats ? dur?e ind?termin?e sont progressivement scind?s en un ou plusieurs ??mini-jobs??. Le tout, dans un cadre allemand o? le salaire minimum est banni des dictionnaires comme des lois.

La cr?ation de toutes pi?ces de cette sous-classe de travailleurs est le r?sultat d?une entreprise planifi?e d?s le d?but des ann?es 2000 par le chancelier de l??poque, Gerhard Schr?der. Si la f?d?ration patronale allemande se positionne contre l?instauration du salaire minimum, accus? de cr?er le ch?mage en augmentant le co?t du travail, c?est qu?elle est totalement soutenue par un cadre l?gal et par l??crasante majorit? des pouvoirs politiques peu enclins ? s?apitoyer sur ces salari?s et sur ces travailleurs sous-pay?s. Ces derniers n?ont nullement b?n?fici? du redressement spectaculaire de leur pays ? la suite de sa r?unification. Bien au contraire, ils ont subi une d?capitation de leurs revenus ces dix derni?res ann?es. Le miracle allemand n?est en effet, qu?un mirage voire un cauchemar pour une partie importante des travailleurs allemands, en occurrence pour pr?s de cinq millions d?entre eux! N?oublions pas les d?clarations tonitruantes de Schr?der ? la tribune de World Economic Forum en 2005 qui annon?ait fi?rement d?avoir ??cr?? un des meilleurs secteurs d?Europe en termes de bas salaires??.

Cette masse de mini-jobs exerce des effets pernicieux sur l?ensemble des pays d?Europe p?riph?rique. Ces mis?rables salaires octroy?s dopent, bien s?r, les exportations du pays tout en restreignant consid?rablement sa capacit? ? consommer et donc ? importer. L?incontestable comp?titivit? allemande ? qui se r?alise au d?triment d?une immense masse salariale ? est donc aussi une authentique plaie pour les nations en pleine?. De mani?re bien compr?hensible, celles-ci se montrent incapables d?exporter vers l?Allemagne et vers les Allemands qui n?ont pas les moyens de se payer des produits espagnols, italiens et portugais.

Ainsi, la politique allemande repr?sente ?une des failles structurelles majeures de l?Union europ?enne, car elle y impose et y instaure une d?flation g?n?ralis?e. La seule et unique formule permettant aux entreprises europ?ennes p?riph?riques de gagner en comp?titivit? consiste logiquement en des r?ductions g?n?ralis?es des salaires de leurs travailleurs afin de tenter de concurrencer les marchandises allemandes ? l?exportation et de vendre aux consommateurs de ce pays. Comment les politiques et les chefs d?entreprise allemands ont-ils aujourd?hui le cran d?ironiser sur les ?conomies europ?ennes p?riph?riques voire les stigmatiser quand la quasi-int?gralit? de la croissance allemande reste redevable ? l?app?tit de consommation et ? l?endettement de ces nations?

Il est donc urgent d?augmenter aujourd?hui les salaires de ces mini-jobs allemands afin de faciliter et de promouvoir un transfert ?quitable des richesses et des revenus ? l?int?rieur m?me de l?Union europ?enne. Car les d?s?quilibres touchant un pays de l?importance de l?Allemagne exercent ? l??vidence un impact nuisible sur toute la zone. N?est-il pas temps d?avoir un regard tr?s critique vers cette dynamique de comp?titivit? allemande, tant admir?e, mais qui s?apparente plus ? une machine ? cr?er de l?injustice et des d?s?quilibres?

Publi? dans?Marianne, n?831 du 23 mars 2013

Aller plus loin:

-?Dix ans apr?s l?introduction de la r?forme allemande Hartz IV:?Une ?tude de l?OCDE, publi?e ? la fin de l?ann?e derni?re, a conclu que l?in?galit? des revenus s?est accrue plus rapidement en Allemagne que dans n?importe quel autre pays membre.?Selon une ?tude r?alis?e par l?Association ? l?aide sociale paritaire (Parit?tischer Wohlfahrtsverband), les trois-quarts des personnes concern?es restent ? jamais tributaires de Hartz IV.?A peine 29 millions d?Allemands sur pr?s de 42 millions de travailleurs ont un emploi qui est soumis au r?gime de s?curit? sociale. Quelque 5,5 millions d?hommes et de femmes travaillent ? temps partiel et 4,1 millions gagnent moins de 7 euros de l?heure. 4,5 millions de personnes d?pendent de de Hartz IV, dont 1,4 million doivent travailler sans pouvoir gagner suffisamment pour subvenir ? leurs besoins.

En 2010, 924.000 millionnaires vivaient en Allemagne ? c?t? de 4,5 millions de b?n?ficiaires de Hartz IV. Depuis, le nombre de millionnaires devrait avoir d?pass? le million.

-?La fabrique de pauvres ? La face cach?e du mod?le allemand,?Vid?o Arte

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